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Full text of "Revue Mabillon"

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PREMIERE ANNÉE. 



1905. 



ARCHIVES 



DE LA FRANCE MONASTIQUE 



REVUE MABILLON 



LUiroÉ 



ARItAYK I)K SAINT-MARTIN 
CHEVETOONE (PAR LEIONON. BELGIQUE) 



PARIS 



LIDKAIKIR VKDVE POrSSIRMiUK, 
15. RUE CASSETTE 



i9a5 



ARCHIVES 



DE LA FRANCE MONASTIQUE 



iVUE MABILLON 



MIHMAIM»: I 

ta IHrtfliim. Ndiri; l'riipiiininii! 

h. P. Duin Uf.t,hk, - l.'OnIre de (lliiiiy el tton fiouteni^nutbl . . 
i.. LKVtLLtlii. - \iile Hur iiiit^lijiiai ulilii^ de SHint-tienih . , , 
R. I>. bmn X.... - L'lfmi:4- (ll^iii rfiiDK l'ultUiye de Ssinl-D^ul». 

Uriilcn.1.-iprileJKSl) 

II. (îttU.DT. - Lm Origines (le la (trayun* nir boin el les 



PARIS 

Librairie Veuve CU. POUSSIELnuE 



I. KUE CAiaETTC 



Articles devant paraître im les procbalDS nuÉios 

IliHD ANTioYmt : Le Bréviaîm ilo S.iiiil-Iieiii3. 

nom Busse ; Les Bénédictins Je Saint-Maur a» «ollf^fjo \ 

Tlioissey. 
(i. (Itiii.iflT : Ci^rémonies tUnèbrfts pour les membres de lafain 

royalw à l'altbays du Vul-de-Grâce. 
L. JÉRÔME : Quelques corresi)on<ianl9 btînédiotiiis de la Coiigl 

galion (lo Saint-Vanne. 
Id. Les derniers chapitres y;éiiéraux des Ut:nédictiii^ 

Saint-Vanne de 1708 ii 1789. 
HiKVLtix i>K l.iVNDOLB : Us.a-Jent de la Con^^régîit Ion de i 

Maur auprès 'de la Cour de Rome, Poni c 
Lanqliiis : Scrjlies de la bibliothèque de Chartres. 
Lbviixain : Nntes sur l'abbaye de Con(jUes. 
Martin : Liviva litrirgiqiuis de l'Ordre île Cliiiiy. 
Vanix : BaInM. pplein-de Talnyers, 
Iitflînilions dos Cliapltros ■.'éiicniiix de l'Ordre d'' (liiiiy. 
l'Urnnii(iic lidjli(><ira|ilu<|iit' jiiiiif l'anni'c i'.M^t. 



Tout ce qui concerne la direction de la lievae M&bflm 
doit âtro adressa au B,. P. Bom J. M. BES9E. 
dictin de l'abbaye de Juigrigé, à Chevetogne. par Leig^iog 
province de Namur (Belgrigue). 



^îuvi-Ot-C- 



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NOTRE PROGRAMME. 



Les historiens sont dans l'obligation de se spécialiser. La divi- 
sion du travail, qui en résulte, (*st un précieux élément de progrès. 
Elle se fait comme d'elle-même, d'une manière toute naturelle. 

Les régions qui formaient l'ancienne France offrent aux 
recherches des érudits des cadres nettement tracés. De nom- 
breuses sociétés savantes et des revues d'histoire locale ont été 
fondées depuis un demi-siècle pour coordonner leurs études et 
les mettre en valeur. 

Cette division géographique du travail ne répond pas à tous les 
besoins. Le passé se présente sous des aspects qui ne sauraient 
entrer dans ce cadre. Il a fallu, pour mieux les examiner, recourir 
à une distribution logique du travail. Les travailleurs n'ont pas 
voulu rester dans l'isolement. Ils se sont d'instinct groupés autour 
d'une société ou d'une revue, dans le but de mieux étudier l'histoire 
des institutions poHtiques, administratives, militaires, religieuses, 
des arts, de la médecine, etc. 

L'histoire des ordres religieux a de ((uoi fournir à un groui)e 
d'historiens et d'érudits le moyen d'exercer utilement leur activité. 
Ils ont tenu dans l'ancienne France une [)lace si importante, ils 
ont joué un rôle si considérable et si l)ienfaisant, il reste de leur 
passé tant et de tels vestiges, qu'ils méritent vraiment d'être étudiés 
à part. Le champ à explorer est même assez vaste pour imposer 
une subdivision du travail. 

Nous choisissons pour notre lot ceux qui miliieni sous la règle 



du bienheureux Père Benoît, c'(!st-à-dire les Bénâiicliiis noirs 
de congrégations diverses, les Cisterciens, les Grandmonlins, ies 
Fontevristes, les Camaldules et les Célestins, hommes et femmes. 
C'est sur les moines noirs que se portera principalement notre 
attention. Ce clioix n'est pas exclusif, au point de nous interdire 
toute élude sur des làmilles religieuses dont le développement 
historique s'est fait parallèlement » celui de l'oi-dre liénédictin, 
les chanoines r^liers par exemple. 

Nos travaux paraîtront sous ce litre généra! : La France 
uionasllquc. Nous ne refuserons aucune coUahoralion sérieuse. 

Lrs Bénédictins de Sainl-Maur so sont préoccu|MJs, dès le 
xvir siècle, .de publier l'histoire des ordres monastiques. Les 
Acla Sanctorum Ordinis Sancti Benedicti de Doin Luc d'Achery 
et de Dom Jean Mabillon, les Annales Ordinis Sancti Betiedicti 
de Dom Mabillon ne sont pas les seuls Iruits de leurs travaux. 
Ils ont, jusqu'il la veille de la Kévolution, étudié les moines et 
les monastères du passé. On leur doit de savantes monographies 
et de nombreux documents épars dans leurs divers recueils, sans 
parler d'innombrables matériaux restés manuscrits. 

Nous voulons reprendre l'œuvre interrompue par la Révolution. 
Qu'on n'attende [)as de nous toutefois des travaux comparables à 
ceux de nos illustres devanciers. Toute notre ambition est de ftiîre, 
en tes continuant du notre mieux, une œuvre simplement utile, de 
travailler ainsi au service de l'Église, de mieux taire connaître une 
institution qui a puissamment contribué â la beauté et à la grandeur 
• de l'ancienne France. 

Dresser un état exact des monastères, abbayes el prieurés, qui 
existaient en France avant i789, telle est la lâche qui s'impose 
d'abord â nous. Dom Beaunier avait publié au xvur siècle un 
recueil historique des abbayes et prieurés à nomination royale. 
Il suffisait d'ajouter à son œuvre la liste des maisons conven- 




NOTKt: IMiOtJiAMMK. 3 

tutelles dont les supërifHirs n'étaient pas nommés j)ar 1(» roi, et dt»s 
innombrables jirieurés simples, dépendant d'autres coUateurs, 
l>our avoir un pouillé monasti([ue de la France. Nous avons revu 
et com|)lété chacune de ses notices. Dans le but de rendre cette 
jHiblicalion aussi utile ([ue possible, nous avons lait suivre la 
notice historique de chacjue maison, de la bibliographie des sources 
manuscrites et imprimées. 

Un |)ren)ier volume vient de |)ai*aître; il est consacré à l'ancienne 
province ecclésiastique de Paris. Nous publierons, l'aimée pro- 
chaine (1900), les notices et la bibliographie des ordres et congré- 
gations qui entrent dans le recueil de Beaunier, Bénédictins 
des congrégations de Cluny, de Saint-Vanne, de Saint-Maur, 
Cisterciens, Camaldules, Célestins, Granihnontins, Fontevristes, 
Chanoines réguliers. Prémontrés, Génovétains. Nous continuerons 
ensuite le recueil de Beaunier : Provinces ecclésiasti(|ues d'Aix, 
Arles, Embrun et Avignon; de Narbonne, Toulouse, Auch et 
Albi; Vienne et Lyon; Bourges et Bordeaux; Tours et Rouen; 
Reims et Sens; diocèses de l'ancienne province de Trêves. 

Après la to|)ographie monasticpie, la l)iogra|)hie. L'iiisloire litté- 
i*aire est au premier rang. Les moines écrivains du moyen Age 
entrent dans l'histoire littéraire générale qui est étudiée par des 
hommes fort com|)étents. Nous enregistrerons les résultiitsde leurs 
travaux. Il n'en (»st pas de même de l'histoire littéraire des congré- 
gations bénédictines. Nous pouvons dès maintenant annoncer une 
liistoire des écrivains de la congrégation de Saint-Maur. Celle des 
écrivains vannistes et clunistes viendra plus tard. Les biographies 
des saints et des saintes, des moines et des moniales, qui ont 
laissé un souvenir ou un nom, seront groui)é(»s par région, de 
manière à former en (iuel([ue sorte le nécrologe de chaque monas- 
tère. Les matricules des congrégations j)ermettront de le dresser 
I»resque sans lacune, au moins pour les derniers siècles. 



i NOTtlK I-<10<;J1A>I.M1-:. 

Les institutions diverses, qu'on pourrail définir la l'ègle de 
saint Benoit mise en pratique, entrent d^Jà dans notre plan d'étude. 
Un premier volume va leur être consacré dans les derniers mois 
de 190S. On y exposera !a vie des moines [Mandant la période gallo- 
romaine et mérovingienne. Nous les ferons ensuite connaître tels 
(ju'ils rnreni et vécurent durant la période carolingienne et sous les 
premiers Capétiens. Les congrégations, entre lesquelles l'ordre s'est 
ensuite fi-aclionné, seront l'objet d'ëludes .spéciales. 

Si le public leur continue ses sympathies et son concours pra- 
tique, les travailleurs ne s'arrêteront point là. Ce sera le moment 
d'aborder les monographies des abbayes et des prieurés. 

Champ très vaste, dini-t-on. C'est vrai. Miiis, uiin avulso non 
déficit aller. 

L'ordre i(^ique, exposé dans les lignes qui précèdent, sera for- 
cément sacritié, dans l'exéeulion, à la commodité et à la [Kissibilité 
des travailleurs. La variété qui en résultera ne saurait compromettre 
l'unité du plan. L'exécution de ce pian comporte deux volumes in- 
octavo par année et une revue trimestrielle, la Revue MabiUmi, 
archiver de la France monasluiue.. 

Cette revue, complément naturel de nos travaux, est devenue 
indispensable. Elle publiera des études qui ne pourraient fâire 
l'objet d'un volume, sur tous les sujets qui se rapportent 'a l'histoire 
des moines el des monastères, histoire littéraire, liturgie, archéo- 
logie, cha|iitn.!S généraux, correspondances des Bénédictins de 
Saint-Maur et autres, etc. Elle nous fournira le moyen de tenir nos 
lecteurs au courant des livres et des articles qui se publient chaque 
année en France et â l'étranger sur les moines et les monastères, 
par une chronique et une bibliographie qui paraîtront dans le der- 
nier fescicule. 

La Dihkction. 



J 



L'ORDRE DE CLUNY ET SON GOUVERNEMENT. 



L<'cil>l>é de Oluny» supérieur ^énércd^ 



L'Ordre de Cluny, comme Tabbaye elle-même, vivait sous un 
régime monarchiciue. L'abbé, qui en était le clief, appartenait au 
corps qu'il devait gouverner. Les moines l'élisaient conformément 
aux prescriptions de la règle bénédictine. Une lois confirmé par 
le Souverain Pontife, il restait jusqu'à sa mort (^n possession de 
sa chaîne. 

Ceux qui les premiers reniplirent cette fonction fure,nt des saints. 
Quatre, saint Odon, saint Odilon, saint Mayol et saint Hugues, 
ont mérité le nom de grands abbés de Cluny. Le plus célèbre 
ai)rès eux fut Pierre le Vénérable (H22-1158). Leurs successeurs 
menèrent longtemps la vie monastique. Pour rencontrer sur leur 
liste un membre du clergé séculier, il faut attendre l'année 1529. 
Onze ans auparavant, François F"" avait imposé aux moines et à 
rOixlre un prélat de son choix, Aymard Goufïler de Boissy; mais 
cet abbé faisait déjà partie de la famille religieuse. Il n'en fut pas de 
même de son successeur immédiat, le cardinal Jean de Lorraine, 
ni de son neveu Charles (1348). Le régime de la commende, 
consacré par le Concordat de loKî, t^st désormais installé à Cluny. 
Deux moines reçurent néanmoins, dans la suite, la dignité abba- 
tiale, Claude de Guise (lo()2-1612) et Jacques de Veny d'Arbouze. 
Ce dernier, ne se sentant point la force d'im[)oser à l'Ordre une 
réforme jugée nécessaire, demanda pour coadjuteur (1627) et de 
fait eut pour lui succéder le cardinal de Richelieu. Celui-ci prit 
.ses mesures en vue d'étouflfiiT après lui la commende. Mais les 



6 REVIE MABILLON. 

moines, par leurs divisions, rendirent toutes ses dispositions inefli- 
caces. Cluny retomba sous la main des abbés commendataires 
séculiers. Le prince de Gonty (1642), le cardinal Mazarin (1054), 
le cardinal d'Esté {1()61), le cardinal de Bouillon (1683 , le cardinal 
Henri Oswald de la Tour-d'Auvergne (1715), et enlin les cardinaux 
Frédéric et Dominique de la Rochefoucauld se succédèrent dans 
cette dignité. Ailleurs les commendataires se bornaient à percevoir 
les revenus d(> la mense abbatiale, sans prendn» aucune part au 
gouvernement des comnumautés régulières. Il en alla tout autre- 
ment à Glunv, nous le verrons bientôt. 

La situation (pie Tabbaye occupait dans l'Église et dans le 
royaume, le nombre et l'importance des monastères qui dé[)en- 
daient d'elle, faisaient de son chef Pun des [)ersonnages considé- 
rables de la chrétienté. Les papes se plui'ent à rehausser encore sa 
fonction, en lui accordant des i)rivilèges personnels honorifiques. 
Pascal II permit à l'abbé Ponce, par bulles du 17 octobre 1109, 
l'usage d(îs ornements pontilicaux aux huit principales fêtes de 
l'année '. L'abbé Yves l" de Vergy reçut de Chôment IV le pouvoir 
d'accorder à ses auditcîurs une indulgence de quarante jours toutes 
les fois qu'il prêcherait (23 octobre 1265) -. Son successeur, 
Yves II de Chasant, obtint de Nicolas III la faveur de donner 
à ses moines la tonsure cléricale et de bénir les ornements litur- 
giques (1279) -^ 

Les prérogatives de sa charge n'exemptaient [)oint l'abbé de 
Cluny des devoirs (lu'impose la profession monastique. Il devait 
aux hommes placés sous ses ordres l'exemple continuel de toutes 
les vertus. C'est du moins ce que les grands abbés comprirent et 
appliquèrent. Une vie irréprochable lui donnait cette supériorité 
morale qui assure aux dépositaires de l'autorité un ascendant irré- 
sistible. Il prenait part à tous les exercices communs. Son lit était 
au milieu du dortoir des frères, dit Udalric dans ses Coutumes; 
la charge de donner le signal du réveil lui incombait personnel- 



1 BuUariutn Cluniaceme, p. 36. Innocent i\\ oonlirma ce privilège., ibid., 
Innocent IV, ibid., 116, 147. 

'-2 Bullarium Cluniacense, 13.'), et Bibliotheca Cluniacfnsis, 15:2-i. Privilège 
renouvelé par le H. Urbain V. bullarium Cluniacenses, 180. 

3 Bullarium Cluniacemf, lia, 144. Le B. Urbain V accorda aux abbcs de 
Clunv de conférer la tonsure cléricale aux étudiants de l'abbave et de ses 
prieurés, ibid.. 181. 



L*ORDRE DR CLUNY ET SON r.OlVEKNEMENT. 7 

lement ^ Il mangeait au réfectoire les mêmes aliments que les 
moines et suivait en tout leur régime?. S'il venait à tomber malade, 
on lui donnait les mêmes soins (ju'aux infirmes de la communauté. 
La loi qui intf^rdisait de parler en certaines salles et à certaines 
heures pesait sur lui comme sur les autres. On ne tolérait pas 
qu'il eût un vestiaire spécial. Défense lui était faite d'employer à 
son service des séculiers; il devait s(? contenttT en tout de l'assis- 
tance de ses religieux. L'obligation de la table conimune avait une 
importance spéciale. Grégoire IX et Nicolas IV, dans leurs bulles 
pour la réforme de Cluny, eurent soin de la promulguer de nouveau. 
I^ présence d'hôtes au monastère était pour l'abbé un motif de 
dispense, que sanit Benoît avait au reste prévu dans sa règle. 

Lorsqu'il sortait du monastère soit f)our le service de l'Église, 
soit pour veiller aux intérêts de l'Ordre, il lui fallait un cortège de 
religieux et de serviteurs. Les abbés des grandes abbayes, qui 
étaient souvent les émules, pour ne j)as dire plus, de puissants 
seigneurs, n'échappaient pas toujours au désir de se montrer avec 
tous les dehors que comportait leur situation. Le luxe des équi- 
pages conv(*nait médiocrement à des lionnnes dont l'existence 
devait être pauvre et simple. Aussi les |)rotestati()ns indignées de 
saint Bernard trouvèrt^nt-elles dans le monde et surtout dans les 
cloîtres 2, au xn** siècle, un écho. Les abbés de Glunv durent oublier 
avec le temps les sages leçons de ral)bé de Clairvaux et surprendre 
par leur faste en voyage. Les papes réformateurs Grégoire IX et 
et Nicolas IV les raj)pelèrent à la discrétion, en les faisant se 
contenter d'une suite de seize chevaux ^. Ce chiffre, qui nous 
semble excessif, ne l'était cependant guère à une époque où le 
voyageur devait traîner ai)rès lui de ([uoi pourvoir à ses propres 
besoins et veiller sur sa sûreté personnelle. 

L'obligation pour les abbés de mener la vie conmnme disparut 
avec la ferveur religieuse. On ne saurait dire à quelle époque, mais 
c'était chose fâite depuis de longues années, lorsque François P*" 



1 In medio dormitorii est leclus ejus prope miiruin: soniturn ipse facit quo 
fratres diliiculo ad surjçenduin excitanliir. (Udnlrici Comuetudiites (lunia- 
rieuses, lib. III, v. t. Pat. lai. CXLIX. 7a4.) 

* Menliar, si non vidi abbatem sexa^cinta equos et eo ani|)lius in suo ducere 
comitalu. Diras, si videas eos transeunles. non recMores aniniaruin, scd prin- 
cipes provinciaruni. (S. Hernardi, Apologia ad (^uillelmvm, c. xi. Pat. 
lat. OLXXXII, 914. 

3 Mandanius ut abbas (lluniacensis etiuitaturis sexdecim contentas existât. 
BuN. <;rejçorii IX. Bullar. Clunioc.) 



1 

? ( 



nomma le premier abbé commendataire. Il tâut voir là une consé- 
quence inévitable de la part qu'ils prenaient à la vie publique de 
leurs contemporains. Leur action principalement extérieure les 
arradiait à \>eii près complètement h la communauté religieuse; ce 
qui ne les era|)échait pas de veiller à l'administration de l'abbaye 
et de l'Ordre tout entier. Mais leur attention fut trop exclusivement 
absorbée par ce côté de leur charge. Aussi ne les vit-on guère se 
liréoccuper des graves questions qui assurent la vie intérieure des 
moines et la prospérité réelle des Ordres religieux. 

Lorsque l'abbé se mêlait à l'existence quotidienne de ses moines, 
un cérémonial, déterminé par une coutume ancienne, fixait tous 
les témoignages de rcsjMjct qui lui étaient dus. Revenait-il de Rome 
ou d'un long voyage, qui avait duré une année entière, les frères 
allaient processionnellement h sa rencontre, revêtus de chapes 
comme dans les plus grandes solennités liturgiques '. Quand il 
pénétrait dans la salle capitulaire, les moines qui s'y trouvaient 
assis se levaient immédiatement et, par égard pour lui, descendaient 
des degrés de leur siège. Pierre le Vénérable, voyant autour de lui 
un gi'autl nombre de frères âgés et inlirmes, les dispensa d'un 
pareil dérangement. On resta désormais debout sur le marchepied 
des bancs *. 



L'abbé de Cluny était investi d'un pouvoir It^tslatff, judiciaire et 
admûiistratif sur son monastère d'abord et sur l'Ordre tout entier. 
L'Ordre, pour lui, n'était que l'extension de l'abbaye. Les religieux 
et les prieurs étaient tous directement placés sous sa juridiction 
spirituelle et temporelle. Les Choses Turent ainsi comprises dès 
'origine ^. Le besoin d'indépendance, inhérent aux individus et aux 
groupements, tinit par rendre ft certains celte sujétion humiliante 
et onéreuse. Dès lors, on put craindre une dislocation de la grande 
lîimille clunisienne. Il importait de se prémunir contre ce danger. 



I Le cérémonial relatif ù l'abbé est minutieusemenl décril par Bernanl 
de Cluny. dans son Ordo ClHniacensi). p. I. e. I (Velus disripliiia muna 
par Marquard Hergolt (Paris, ITiSj, 135-138) et [tar tldalric, dans ses Cotaw-tu- 
dineoM Cluniaeeniti. I. III, c. I, Pul. lat. CXLIX, T3I-T33. 

* S. Pelri VenerabilLsab, Cluo. Slaluta LV. Bibtiotheca Cluniaetiais, I3fil). 

> lK)m LhuiUier a cousacn! a cette question un chapitre Ir^s intftressaiil dan: 
la Vie de Mint Suguei (Solesnies. IS6H, in-«). 177-008. 



1 

V 



l/OKDRE DE CLIJNY ET SON GOIJVKHNEMENT. 9 

Innocent III le fit dans sa bulle de Tannée 1205, par laquelle 
il confirme et précise les droits et privilèges de Tabbaye de Cluny ^ 
Clément IV et Nicolas III renouvelèrent ces prescriptions ^. Voici 
ce qui était prescrit au début : aussitôt après l'élection et la con- 
firmation d'un nouvel abbé, les supérieurs de l'Ordre devaient faire, 
entre ses mains, [)romess(» d'obéissance, et tous les frères chargés 
d'une administration quelconque étaient tenus de lui (mi rendre 
compte aussi souvent qu'il rexigei*ait ^. 

L'abbé Henri I de Faultrières (1308-1319) fortifia par ses statuts 
les liens qui rattachaient à leur chef toutes les maisons de l'Ordre. 
L'expérience lui avait montré les tendances fâcheuses auxquelles 
s'abandonnaient (luehjues-uns des sui)érieurs. Les prieurs des 
cinq grandes filles d(* (^luiiy, (lui étaient La Charité-sur-Loire, 
Saint-Pancrace de Lewes en Angleterre, Saint-Martin-des-Champs 
de Paris, Souvigny et Sauxillanges, fin*«MU, ainsi (jue tous les 
autres prieurs, obligés de prêter, entre les mains de tout nouvel 
abbé de Cluny, serment de dévouement, fidélité, obéissance à l'église 
de Cluny, à son abbé actuel (^t à ses successeurs. Henri I leur 
interdit formellement dtî s'attril)uer jamais l'obéissance religieuse 
et les autres prérogatives de l'abbé d(î Cluny, telles que la coutume 
les consacre. Il formule en termes très clairs la i)ensée de ses 
prédécesseurs et la sienne propre au sujet 'de ses droits. Les 
moines des prieurés, des doyennés et de toutc^s les maisons de 
l'Ordre sont les sujets de l'abbé de Cluny; ils forment un troupeau 
dont il est le |)asteur unique. Les abbés, les [trieurs et tous ceux 
(jui i)articipent au gouvernement sont, au même titre que les 
simples moines, soumis à son autorité. Cela résulte clairement 
des privilèges accordés par les Souverains Pontifes. Leur juridic- 
tion spirituelle et temporelle sur les maisons de l'Ordre n'est 
qu'une extension de celle de l'abbé de Cluny. C'est uniquement 
en vertu de sa délégation qu'ils peuvent gouverner K 



1 BullariumCluniar. 100; Bibiiothern Ciuma/-., Ii98. 

2 ClemenUs IV, 2 nov. lâa'S. Bullarium Cluniac, 133. Nicolai IV, 27 janv. 
1279, Ibid. 1*2 et U7. 

s ... ut priores, monarhi ejiisdem onlinis ubilibct cominorantes ac loca 
eoniiii... subjecta sint abbati (iluniaceiisi in sjurilualrbus et temjioralibns 
pleno jure, proniittanlquc ipsi abbati, (pioties iiovus instituitur, obedientiam 
manualem et benedictionein reciiJiant ab eodeni et reddant ad maiidalum 
ipsius abbatis de sinpulis ([ua* ad administralioneni spirilualem et teiiij>oralem 
pertinent. 

* Henrici I ab. C.luniacensis Statuta. p. IV. Bibliotheca Clumacensis 
i:i<i<)-1.7tt3. 



10 



lŒVIR HAIIIl.LON. 



Celtt! tradition clunisienue ilovait a» heurter à de violentes 
uppusJLions, surtout dans les monastères qui avaient uii plus 
grand iionibi-e de moines et dont la notoriété s'imposait davantage. 
Le moyen le plus prompt d'en linii' avec ces résistances était le 
recours ait Saint-Sit-ge. Rome, du reste, n'avait pas manqué une 
occasion d'aftirmer et de conlirmer ces droits de l'abbé de Cluny. 
Celui-ci n'oubliait pas non plus de montrer dans le Sît'ge ajKistO- . 
lique la source sacréî de ses prérogatives. Guillaume III dùÀ 
Pontoise, qui de prieur do la Charité (\it élu abbé de Cluny 
en I24S, trouva quelques diflicultés à obtenir de certains prieurs 
l'obéissance qui lui était due. Le pape Innocent IV vint à son 
aide. Le pontife et l'alibé se connaissaient; Innocent IV avait reçu 
à Cluny, après le concile de Lyon (134'>|, une hospitalité magni- 
dque. Cluny posséda dans ses murs, en la fêle de saint André, 
le Souverain Pontife, douze cardinaux, deux patriarches, trois 
archevêques, quinze évéques, plusieurs abbés, l'empereur de 
Constantinnpie, le roi dt; France, sa mère, sa sœur et son frère, I 
le fils du roi d'Aragon, celui du roi de Castilie, le duc de BouP- j 
gogne, la multitude des princL^s et dt^s seigneurs qui formaienfl 
leur suite. Une telle réunion laissa forcément dans le i 
d'Innocent IV un souvenir ineflïicable, et établit entre lui et l 
monastère des lien*s indestructibles. Il saisit avec enipressemeot'^ 
l'occasion que lui offrait l'abbé Guillaume de lui témoigner saij 
sympathie, en calmant l'insubordinaliou dont il se ])laignait. L«i'l 
prieurs et les moines de Longpont, au diocèse de Paris, del 
Saint-Hai'tin-des-Champs, de Montieriieuf à Poitiers, de Joigay>| 
au diocèse de Sens, de Nogent-le-Rotrou au diocèse de Ghartrâï' | 
et du Saint-Sépulcre de Troyes reçurent des lettres apostoliques] 
leur enjoignant de mndre sans retard ;> l'abbé de Cluny robéissance*! 
qui lui était due ' (1447). 

Cette promesse d'obéissance coûtait beaucoup à certains a 
Pierre d'Iserpans, ancien prieur de Volvic, élu abbé de Hozat | 
en 1353, le montra peu après son installation ". Dans ses lettres ] 
à l'abbé de Cluny, il se bornait à le saluer en ces termes : satutem J 
cum revei-entia et honore, sans mentionner l'obéissance qui sel 



' Seeuirll des rhnrln rif l'nblmi/e ilr Cluiig ... par Biiiel. VI. [01-KI^, .tHl, 
tas. «4, 4(13. 

* M. Ilriiel (lulilie (liins le Beuueil îles rliurtes de Cluny lit coiinmmlioa d 
son dlecUon [lar Guy. évèifue <le l'.lermoiil II. VI. 447), en juillet l£tS. ReB^S 
i-onlinnullon insoliie l'Uill une ]ii'emii''i'L' ;iiLi:inle aux droits île l'abbé (Je (^nityïjl 




l/ORDRR DE CLUNY ET SON GOLVEIINEMENT. 11 

trouvait dans les formules traditionnelles. Cette réticence était 
préméditée. Le chapitre général df» 1259 eut à se prononcer sur 
cv tait. Le coupable l'ut réprimandé et condannié à recoimaître 
humblement sa faute devant l'abbé de Cluny et à la réparer '. Un 
vent de révolu* soufllait sur Tabbaye auvergnate. Nous verrons 
ailleurs les méfaits de Tabbé et de ses moines. Le mal fut profond. 
Il durait encore à la tin du xnr siècle. Aussi le chapitre de 1297 
dut-il rappeler aux religieux de Mozat et de ses dépendances la 
manière dont Tabbé de Cluny devait être reçu dans les monastères 
de rOrdre. Les déiiniteurs indicpièrent à cette occasion les 
honneurs qu'il fallait lui rendre; les moines, à genoux devant lui, 
plaçaient leurs mains dans les siennes et lui donnaient le baiser 
de paix. Ce cérémonial encadrait la promesse d'ol)éissance ^. 

D'autres monastères obéissaient à ces tendances séparatistes. 
Tout leur servait de prétexte pour r()m])rtî avec l'abbé de Cluny. 
Il en résulta, dans le cours du xin'" siècle, quelques procès reten- 
tissants. Les moines de la Charité s(* montrèrent particuliènmient 
ditticiles ^. L'abbé de Baume-les-Messi(uirs, au diocèse de Besançon, 
ne fut pas moins tenace ^ Nous nous bornons à citer ces deux 
affaires, qui furent les |)lus graves. Les jugements des chapitres 
généraux et l'intervention du Souv(M*ain Pontife réussirent à 
dominer pour un temps ces révoltes; mais elles s(î renouvelèrent 
plus tard. Les bouleverst^ments cpii accompagnèrent la guerre de 
Cent ans et le Grand Schisme h*s rendin»nt faciles. Comment les 
réprimer à une heure où la société tout entièrf» semblait se dis- 
loquer? Cluny perdit alors un certain nombre d(» maisons impor- 
tantes; d'autn^s se séparèrent un peu plus tard. Celles qui lui 
restèrent lidèles formaient néanmoins un ensemble intéressant. 



* De abbale Miui/iaccMise qui si-ripsil Uoinno Ahhali salutrni cunt reveventia 
et honore, non posuit ohedicutiani ut est mûris, detliniunl «luoil dictus ai)l)as, 
cuin viderit Domnum Ahbateni, reco^moscal lunnililer se errasse et ab eo 
veiiiain petat. (lapitul. l:2.-)9, cité ihxws Collertio genernlis statutorun^ iv Ordwe 
Cîuinaceim ranix temporihux edifontui, \V\\). ArscMiai. ms. (î87. \i. III. v\\\). VI, 
art. 31. 

- Defliniunt dettinitores «piod nionachi Mau/.iarensis nionasteiii in «-apite et 
in niembris rorani abbatii)us cluniarensiluis in eoruindeni ablKttiain Mau/ia- 
censem vel l<M*a subdita descendentibus, in si^^niurn superioFitatiset reverentia'. 
flectere debenl ^enua etjunctisinanibus internianus ipsorum abbaluni (îlunia- 
censinni eis<lem tenentur osculuni pacis exbibere (Ctipifiilum générale Ii97. 
loe. cit. . 

3 Recueil des chartes de Cluny, t. VI, p. r>, 1 1-:23 [lassini, 1(W-IH». 

« Ibifl.. 88H-910. passnn. 



12 iievi:f. mahillon. 

L'abbé de Gluriy pouvait, au xvii" siècle, en leur rendant la vî 
iiîgulière, remetti-e l'Ordre dans sh voie. 

Les abbi^s conimeudataires eurent œ noble souci, il faut 
reconnalti-e, bien que leur situation [>ersonnelle ne leur facilitât 
guère la tâche. Cette préoccupation explique en partie le soin qu'ils 
mirent à conserver :i l'Ordro son cai-aclère monarciiique. L'action 
de Richelieu et un peu celle de Maziirin montrent qu'un Ordre., 
religieux tire toujours de réels avantages d'un gouvernement. CCi 
régime, malgré tous les inconvénients de la commende, était moins 
funeste que l'isolement oii se débattaient et se ruinaient le& 
monastères désorganisés et acéphales. 

La distribution des maisons de l'Ordre en deux observances, qui 
se fit alors, ne parut pas une raison de scinder ou de diminuer 
l'autorité du supérieur général. Les cbapitres de la seconde moitié 
du xvn' siècle proli^ssent jwur l'abbé un respect qui rappelle les 
beaux temps. Celui de 166S, en iiarticulier, déclare que les 
religieux lui sont .soumis s:ins réserve '. Celui de 1076 est plus 
explicite encore *. 

Les religieux de l'étroite observance, pour donner une garantii 
à leur vie régulière, exigeaient de leurs novices le serment de nei 
point se soumettre à des supérieurs qui ne pratiqueraient pas les 
mêmes règles qu'eux. L'abbé de Cluny, qui était un séculier, 
pouvait se croire mis en cause par cette restriction. Les déflni- 
teurs déclarèrent, pendant le chapitre de 1078, que jamais ils 
n'avaient eu l'inleution de soustraire par ce moyen qui que ce 
soit à l'autorité du supérieur génénil. Cette réserve ne s'adressait 
qu'aux supérieurs locaux. Il n'en fallut pas davantage pour calmer 
les esprits '. 



I 



> lu lolo online uiiutii abliuieiii Cliiiiiiicensein in su|ierioreni iiubemus et | 
rero(;iiasciniiis. cui tHnqiium membni i.'a[)îti obedientîani pr.(>stamus (Cap(-] 
tulum iOBU. loc. eil.). 

s SUluinms i|uoil ablias Cluiiiacetisis elecliis nul jioslulaiiis el in lilulumijl 
canonine promoliis sib omnibus el sin^lia ulriusque obNerviinliae retigiosuW^ 
habeutiir el ugnoscHlur iil riipul el sii]ierior generalis Loliusonlinis Cluniacenst^ J 
gaudeubiue iKileslaie. aiiuiorllaie. juris<tiulione el ]irivilegiis omnibus ipu a I 
Sancla Se<te, slHluIis et ea|iilulit> K^nerulilms loiiuR onliiiis cODMstiS'fl 
(Copititl. 1670, lor. dl.l. 

s Ea ail no!s 'tilata e»! i|uiPrimoDia : slnrtiorls nempe observauliac novitlos s 
lirojirii» auperioribus aslriiigi ijuo ex animo jurant de nunijuam prsstaDd»^! 
obeiiientia aliis cnJuBCumque fuerini status et conditionis superioribus qiunii' F 
iis i|Ui eam r|uutD i|)xi vovunl protiteiiliir ob.sei-vanliam. l]liiili|iiejii^iirundiuiLl 



l.'nilDIIK l>E a.VS\ KT SON llfiliVElINKJIEST. 18 

La présence d'un séculier, fût-il évênue ou même cardinal, à la 
lële d'un ordre religieux, dont il n'a expérimenté ni la r^le ni 
l'esprit, souleva cependant des dillictiltés. Le cardinal de Bouillon, 
(pli reçvit l'ahliaye de Cluny après le cardinal d'Esté (1C83) ', avait 
pris son rôle très au sérieux. [1 n'tiltendit même |ias ses bulles 
pour entrer eu l'onction. Il présida le ehapitrc général de 1685, 
cin<] années avant l'expédiltou de ces jiièces. Il assista aux chapitres 
qui suivirent en 1093, 1697, 1701 et 1704. Sa présence est signalée 
par les procès-verbaux en termes qui témoignent d'une certaine 
conliance '. 

Les religieux de l'étroite observance choisissaient eux-mêmes en 
cliapilre général les prieurs de leurs monastères. Ils pouvaient 
tenir, d'un chapitre à l'autre, sous le nom de diètes, des assemblées 
annuelles. Les abbés de Cluny ne s'en mêlaient pas. Mais le 
cardinal, feignant d'y voir une atteint» k ses droits, voulut présider 
l'éleelion de leurs suiwrieurs et interdire ces réunions. Les moines, 
Ibrls d'un nsage déjà vieux, résistèrent et ju-ésentèrent leur récla- 
mation au Grand Conseil. Un arrêt du 30 mars 170S leur donna 
raison, en ayant soin toutefois de maintenir le principtî de l'autorité 
du canlinal sur l'OiiIre tout entier ^. Le cardinal-abbé refusa 



maxime esse iioxiuni et Juiiuiosurj um^turiluLi »eu jurlMlirlioiil nbbHlis 
Cluniïcensis. Ad iiiin' befflnilures Slrlclium nbservantiie re!f)H)nilenie« 
expressÎB verliis ilecliiraninl nuniiuiini sibi su^i|ue observa tiliic religiosis in 
aRimo Aiisse hor surt-amenlo immiines et soliilo!> se [tnrsUire ii reverenti;» et 

obedientia a se siiis(|iie sieul ab uliis TimniM'Iiis ilobihi II nMi.ili i:iiiiii:nc]i,si 

^usijue jurisiljcdunj ei aui'ionLiili iiiin ^iihci-.iM. iLi|iri]i' m'iuihi' ii^umih- ei 
buinilUer obte>n|>erare euiiii|iie vencniri Mib iihrh'Tii iinMlivn-- l'i tii.i'ii);:,>iiils 
quibiis ne ei siibjectos vovere jira.'eeilt')iiis i-ii|iiiiili t;eii.'i;ilih -.^iriiNiin, Cnpi- 
luttm IB78. loi:. Rit. Celle d^iaralion Tut r'eiiQuveli^ :iu i'h;i|iiti'e île <7iK. 

1 11 y iitirull^i parler lonKiiementdeKilIltlculti^s'iuelii Home à la nominaiion 
du r.unltnal de Houillun. i'Auny élail, en a» qualiti' de l'hef d'ordre, exempt de 
la cominenile, Home ne l'oubliait pas. Cette i|iie»lioii aura sa plare dans une 
histoire de l'Ordre de Cluny; nous nous bgrnonfl id !i csi|ulsser une histoire 
de la dis<-ipline ei du (louvernemem dans cei Ordre. 

■ Emjnenlissimi Curdinalis nostri piis voLis, deslderiis et Ntulutis obaequen- 
tiasimos et Hdeilsslmos observatores semper nos exbibeamus, esl-îl dit au 
chapitre de 1697. Loe. cit. 

3 Arrest du 30 mars ITDS : a maintenu et gardé le dit cardinal de Bouillon, 
abb(t el chef supérieur général et perpétuel administra leur de l'onire de Cluny 
dans le droit et posseMion d'exercer lu juridiellon spirituelle dans tout ledit 
ordre conformémenl nf-anmoins aux bulles de provision â lui accordées, 
Loc. eil. 




14 REVrE MABILLON. 

d'accepter cette sentence et usa de tous les moyens en son [>ouvoir 
alin de l)riser la résistance de s^\s religieux. L'affaire fut ]H)rtée 
au Parlement. Ce procès se termina de la manière la plus inattendue 
|)ar le brusque départ du cardinal de Bouillon. Louis XIV, irrité 
par sa sortie du royaume, le priva des revenus de tous 
ses bénétices (1710). Les religieux de l'étroite observance y 
gagnèrent au moins le maintien de leurs droits ^ Il y eut bien un 
dilVérend avec Henri d(i la Tour-d'Auvergne, archevêque de Vienne 
et successeur à Cluny du cardinal de Bouillon. Ce prélat avait 
obtenu du pape Benoît XIII un bref lui donnant plein pouvoir 
pour visiter, réformei- et gouverner son Ordre (20 mars 1727). 
Les Pères de l'étroite observance, qui lui attribuaient le dessein 
de modifier quelques pratiques de leur règle, cinjrent bon de 
s'opposer à l'obtention des lettr(*s patentes que l'archevêque 
sollicitait [)our reniplir sa mission. Ce fut une nouvelle occa- 
sion de discuter. Les débats furent moins longs qu'en 170o •. 
Les membres du chapitre général, assemblé au collège de Cluny 
en 1728, leur donnèrent une solution ((ui put satisfaire tous les 
partis. Les religieux des dfnix observances reconnurent l'arche- 
vê(iu(î de Vienne comme su|)érieur général et administrateur de 
tout l'Ordre d(» (iluny, actîeptant sa juridiction spirituelle et régu- 
lière sur toutes les personnes et maisons de l'Ordre dans la forme 
consacrée ))ar l'arrêt du Grand Conseil (30 n)ars 1705) et par celui 
du Conseil secret du 22 septembre dtî la même année. 

En somme, Cluny garda toujours un chef unique dont l'autorité 
s'excTçait sur Tabbaye et S(*s nombreuses dépendances. 



' Sur ce |>rocrs, v. nélyot. Histoire des Ordres religieux et militaires. 
féd. 179:2; l. V, 217-:2il. Ce fui roj'casiun de nombreux mémoires et factums. 
(^es pitVes se trouvent à !a Hil)liolliè(jue Nationale, L di'' 1t)(M30. Voir Cata- 
logue de VHistoire de France, Paris, 1888, in4. t. V. i8»-i91. 

2 Mémoire pour les supérieurs et relij,neux de l'étroite observance ile l'Ordre 
de Cluny. C.ontenanl leurs moyens d'opposition à l'obtention des leUres 
patentes que M. rarchevê(|ue de Vienne demande sur un bref délégatoire 
qu'il |»rétend avoir obtenu du |>ape Benoît XIII pour visiter, réformer et gou- 
verner tout rOrdre de Cluny. 28 fiov. I7i7. Paris, in-fol. — Mémoire [loiir 
M. Tarchev. de Vienne. Servant de répoiise aux moyens d'opposition que les 
.supérieurs de l'étroite observance prétendent avoir contre l'obtention des 
leUres patentes. Paris. 17â8. in-i. Ré|)onse |)our les supérieurs et religieux 
de l'étroite observance au mémoire de M. l'archev. de Vienne sur son bref 
délégatoire, et à la requête du procureur j^énéral de l'observance mitigée sur 
le même sujet. Paris, I7i8. in-fol. Observations de M. l'archev. de Vienne 
sur la réponse que les supérieurs des réformés ont fait à son mémoire. Paris. 
1728, in-i. 



l'okdkk de cluny kt son gouvehnement. 15 



Pouvoir législatif de l*il.bbé de dluny 



Les religieux d'un même ordre sont soumis à une règle unique. 
L^'s Bénédictins suivent celle de saint Benoît, mais elle n'est pas 
appliquée de la même manière par les ordres ou congrégations 
entre lesquels ils se partagent. Ce sont précisément ces divergences 
dans lapplication de la règle bénédictine qui les caractérisent et 
les distinguent. Les religieux de Gluny complétèrent la règle de 
Saint Benoit par des coutumes, soit empruntées à une tradition 
fort ancienne, soit imposées par les conditions nouvelles de leur 
existence, ou prescrites par la sagesse des ahhés. Ils tenaient le 
texte même de saint Benoît en trop haute estime pour l'altérer par 
des suppressions, des moflitlcations ou des additions. Ils lui con- 
servèrent son intégrité. La coutume transmettait tidèlement ce 
qu'on avait dû ajouter, retrancher ou changer. Elle tut d'abord 
orale. Comme toute tradition orale manque de llxité, les abbés de 
(Muny songèrent à consacrer les usages de leur monastère par une 
rédaction officielle. 

Le pi-emier essai connu est l'œuvre du moine Bernard, (pii le 
«lédia à saint Hugues (vers 1060). Il porte ce simple titre : (h'do 
Cluniacensis ^ Cet ordo comprend deux parties. La première 
est consacrée aux diverses fonctions et aux exercices réguliers; 
elle raf)pelle de loin les constitutions des ordres modernes. 
La seconde, qu'on pourrait nommer rubricpies ou cérémonial, 
traite d(* la composition et de la célébration des otiices liturgicjues. 
Quelques années plus tard, vers 1080, Udalric, à la demande de 
Guillaume, abbé de Reicimau, rédigea un recueil semblable. 
(> sont les Antiqniores Consnetudines Cluniacensûs înonasterii ^. 
Elles ne ditïèrent pas sensiblenient des précédent(\s. Le rédacteur 



^ Vf tus disciplina tnoiMstica, [uir Marquant Hergoll. 133-364. Sur railleur. 
voir Histoire littéraire de la France, t. Vil, oîKi-TiOT. 

* Publiées pour la première fois par Doin Luc (i'Achery, SpicilegiiiM sire 
Collertio veterum aliquot Scripttnntiii, Parisiis, 1723, iii-fol. t. I, (J39-703, et 
refirurluites |)ar Mii^ne. Pat. lat.. ('XLIX, 03;>-778. Sur l'auteur : Hanviller, llrick 
ron Clutty, Ein biographischer Beitrag zur Gesc.hickte d^r Clunyacenser in XI 
Jahrhundert, Munster, IBWJ, in-8. 



ns ki^Ê 

imes. ~ 

eurs. 

i qui 
FraDce^fl 



a ilislribué les chapitres en trois iivres. Il est question, dans b 
premier, ilii service litui^ique, dans le deuxième, de l'obsenarK 
régulière et, dans le troisièoje, des ofliciers de la maison. 

Cliiay ne fut point le seul monastère qui rédigea ses coutumes. 
D'auti'es alji)ayes. réformées sur son type, eurent aussi les leurs. 
Nous ne pouvons les énuraérer dans cette élude. Mais celui qui 
voudra connaître le fonctionnement de la vie bénédictine en France^/ 
même dans les seules maisons clunisiennes. devra rechercher U 
les documents de cette nature pour les soumettre â un exa 
minutieux. Quelques-uns sont publiés; d'autres restent inédits. H ' 
ne lîiudriiit même pas pour les coutumes de Cluny se contenter du 
teste donné par Marquai-d Hergott el par d'Achery. Nous aurions 
besoin d'une édition critique de Bernard el d'Udairic. 

Les Consveludines, malgré leur précision et leur autorité 
restaient sujettes aux variations. Ou plutôt leur texte ne variait p 
mais l'existence des moines, entraînée par la force même des chose 
variait. Fatalement, un écart M manifesta entre la (Coutume écrite ej 
la coutume vécue. Les années accentuèrent cette divei-gence e 
pour parler avec fi'anchise. celle décadence. Les supérieurs a^'aiei 
le ilevoir de remédier â ce désordre, soil en modiliant le texte d'un; 
coutume qui ne répondait plus aux besoins des hommes, soit e 
ramenant les moines aux pratiques traditionnelles. Les ConsuetUt 
{tines n'avaient eu d'autorité que celle qui leur venait du coase 
lement des abbés de Gluny. Ceux-ci conservaient le même pouvoS^ 
A eux doue de réformer les monastères déchus de la ferveur 9 
pour lîiciliter cette tâche, de mettre la coutume ou l'observatu 
en harmonie avec les conditions au milieu desquelles vivaient leifl 
moines. Ils usèrent fréquemment de ce pouvoir l^islalîf. On s'éUrif* 
borné, au onzième siècle, à mettre près de la Règle de saint 
fienolt le livre des Constietudines. Ils suivirent la même méthode, 
en joignant à ces textes un recueil de Statuts. Ces règlements^ 
avaient force de loi à Cluny et dans tous les monastères de î 
dépendance. 

Les Souverains Pontifes avaient reconnu aux abbés de Cluuy *■ 
confirmé ce pouvoir de promulguer des statuts, à la condition 
toutefois que ces prescriptions ne fussent en rien contraires à la 
règle de saint Benoît el aux pratiques générales rie l'Ordre '. Les _ 



1 

m 
la 

I 



1 ... Ut in abbalîis ad Cluniufen.se monaslerium perLioeatibus liceal libi, 
quse secundum Deum et Beati Benedirti refîulam et staltita ordinis videris 
corritcenda, corri^ere el ibidem siaUiere stuliienda. C'est ainsi que s'expriment 



L^ 



à 



l'oKDKE de CLL'NY KT son (;OlîVERNEMENT. 17 

Pa|x»s, en agissant de la sorte, ne renonçaient pas au droit d'inter- 
venir personnellement toutes les fois que les intérêts de la religion 
le demanderaient. Grégoire IX, dont l'attention fut très en éveil 
sur rétat des monastères, imposa des règlements nouveaux, propres 
à établir une réforme devenue indispensable. Sa bulle est du 
28 juillet 1231 K II fallut, un demi-siècle plus tard, une deuxième 
intervention du Saint-Siège. Nicolas IV publia des statuts pour la 
réforme de l'Ordre de (Uuny, le 12 s(^pteml)!(! 1289 ^. Ils devaient 
être promulgués en chapitre ^. L'expérience les ayant fait juger 
insutlisants ou inapplicables, Boniface VIII cbai^^ea, le 15 juillet 1295, 
une commission, nommée par le chapitre général, de les modifier 
en tout ou en partie *. 

Revenons aux statuts des abbés. Il n'y a qu'à signaler celui de 
Ponce pour la commémoration annuelle des défunts de l'Ordre ^. 
Le gouvernement de cet abbé fut préjudiciable à l'observance 
monastique. Pierre le Vénérable, qui reçut la dignité abbatiale 
en 1122, après la courte supériorité de Hugues II, successeur 
immédiat de Ponce, voulut ramener la ferveur primitive. Mais il 
ne put faire revivre les beaux jours des Odon, des Odilon, des 
Mayol et des Hugues. Cet âge d'or avait disparu j)our toujours. 
La tentative du pieux abbé eut néanmoins des résultats consolants. 
Si ses moines n'eurent pas le courage de pratiquer les vertus 
héroïques de leurs ancêtres en rivalisant de zèle avec leurs frères 
cadets de Cîteaux, ils menèrent au moins une existence digne de 
leur vocation et du [)assé de leur abbaye. L'abbé Pierre, discernant 
ce dont ils étaient capables, atténua la rigueur primitive des obser- 
vances. Toutefois, le régime de Cluny, tel qu'il est présenté par 
ses statuts, conservait encore les pratiques âpres et dures par 
lesquelles le chrétien s'élève à Dieu ®. 



r.<'Iostiii m tians une bulle «lu 5 août lliMi (BuUariuni ('luniacense, p. ÎK> et 
Pal. lat. CCVI 1179,1 et Innocent lU dans une du 29 janvier \^)o(Bull. Vlun. 
100. Pat. lat. (XXV, TiiO). 

1 HuUanuiii Cluviacense, 110; Bullarium BonMnutn [M. Turin), l. \\\, 475 et 
Registre de Grégoire IX, par L. Auvray, n. 7ir> p. 409. Voir dans cette (ierni(>rc 
publication les nn. 710, 1038 et 1000. 

2 Bull. Cluniacense. 152 et Reg. de Nicolas IV. par Lan^rlois, n. I.j82,p. .'iOl. 

3 Registre de Xirolas IV. n. 1772. p. 329. 

* Rf'g. d^ Boni/are VIII. par A. Tboinas, n" 259. Bullariuiii ('lumaceiuie. ir>3. 
5 Statutum Pontii abbatis Cluniacensis. i)ubli(^ par Baluze, Miscella/rea, t. VI, 
i97 ou éd. in-fol. t. II, 183 et Doni IJiuillier, Vie dr saisit Hugues, OÎW. 
^' Aspera et dura per qu;e ilur ad Deuni. Règle de S. Benoît, ca[). LVIII. 

2 



18 i.i-vtK l^AHll.l.(^^. 

Ces modifications ne lUreiit pas l'œuvre d'un jour. Leur auteur 
mil vingt-quatre années à les mûrir et à les ex[)érimenter. Et 
encore voulut-il les soumetlre au contrôle de ses moines réunis 
en chapitre. C'est après celte longue préparation, qu'il les rédigea 
sous forme de statuts. Il y en a soixante-sei7.e. Un court exposa 
des raisons qui les motivent se lit après chaque règlement. Cet 
ensemble de lois monastiques témoigne de ia sagesse clairvoyante 
de Pierre le Vénérable et du bon ordre qu'il sut maintenir dans ses 
communautés '. 

Les moines de Cluny, inalgré ces condescendances, furenl inc-a- 
pahles de s'arrêter sur la pente fecile du retâehemeot. Les âmes 
généreuses allaient chercher ailleui-s les moyens de senir Dieu. 
CIteaux d'abord et ensuite les couvents des Mineurs et des Prê- 
cheurs leur offraient des asiles mieux garantis. La vie intense 
qui soulevait les monastères clunistes du xi" siècle, affluait dans 
ces communautés récentes. Les moines gardèrent la situation 
économique que leur avait acquise la sainteté de leurs |>ëres, mais 
ils ne surenl phis Ut légitimer par les vertus et les services d'au- 
trel'ois. Dans ces condilions, les caractères faiblti'ent. Les cln-étiens 
manquaient d'une édification et de secours auxquels ils avaient 
droit. L'abbé Hugues V se mit en mesure de remédier à cet état 
par une réforme sérieuse aussitôt après son élection (1191|. Nous 
[W sédo s 1 stiit t q 1 p ora Igua pour l'Ordre tout enlit-r. 
Il m t'a I lu Idrg qu 1 e re le Vénérable, en autorisant 
lusag delà and Cela tune nnovation grave dans la discipline 
m ast q e Auss ouïe a t-Jlle des difficultés. Nicolas IVconlirma 



dan 
H 



la u t 



pp m 



n et assura la paix des consciences. 
U ur moyen de lutter contre le relâ- 
1 l lier l'organisation de son Ordre, 
d Cliartrt!ux, qu'il avait sous les 
y I I ' t> I plions sur la visite des maisons, 

u le hai t s généraux et sur la distribution des monastères 
e I ne s C p og es L,r cen était un, facilita beaucoup le 
gouvernement d'un Ordre au.ssi étendu que celui <if Cluny ', 



|i 




■ Sanuti Pelri Maiincii dkti Vonerabilis, abbatis CluiiiueeDsis fX, Slaluta 
iluiJtn'egiitiunis Cluniarensis, Bibliotheca fluniiKemi», roi. .1333-1376. ei 
Pal. lut. CLXXXIX, n)23-tU4>i. Cf. Disposîtio rei fàmîlLMris Cluriiurensiti. u 
Domno Peiro abbale. Pat. lai, ibid., 1U47-ia^. 

■ Domiii HuKOnis V, AbbutiN CluniacensJs XVll, slaliiU. BibliùtMeca VltiniO' 
Cfuiis, I «7-1 (72 pi PaL lai. CV.IX, S81-89«. (.éditeur publie & la suile des statuts 



l*okdre: dk cluny kt son (ioivkunemknt. 19 

Ces statuts furent promulgués dans les derniers jours du mois 
d'octobre 1200. Lc^s religieux dont la conduite (exigeait cette 
réforme montrèi'(?nt i)eu d'empressement à les applicjuer. L'abhé 
Hugues, pour avoir plus vite raison de leur mauvaise volonté, 
obtint du pape Innocent III la contirmation de son droit de 
réforme et de correction K II mourut en 1207. Son successeur, 
Guillaume II, eut à continuer son œuvre. Innocent III dut 
intervenir et imposer à tous l'obligation d'améliorer leur vie 
religieuse ^. Après Hugues V, d'autres abbés rédigèrent de nou- 
veaux statuts, promulgués babituellement durant les cbapitres 
généraux. Telle est, sans doute, l'origine de ceux (jue publie la 
Bihliotheea CluniucensiH à la suite du recueil de l'abbé Hugues. 
M«' Douais a publié récenmient ceux de l'abbé Bertrand de 
(iolombiers, élu en 1295 ^. Ils furent promulgués en 1301. Henri I 
<ie Faullrières, qui reçut rab!)aye clunisienne en 1308, revit l'oeuvre 
de son prédéci'sseur et la compléta. Les décisions iXm)^ souverains 
pontifes et des abbés, ainsi coordonnées, furent distribuées en 
(luatre sections principales. Dans la première, il était question 
de la liturgie; dans la deuxième, des d(»voirs cpii incombent aux 
religieux; dans la troisième, du cbapitre général et d(î son fonc- 
tionnement, et dans la dernière, des attributions de l'abbé de 
Cluny, des prieurs et des otïiciers de l'Ordre *. C'est ce (|ue 
nous pourrions appeler les Constitutions de l'Ordre de Cluny au 
commencement du xiv*" siècl«\ 

De nouveaux statuts funmt édictés en 1399 sous l'abbatiat de 
de Jean II de Cosant ^. Jean III de Bourbon, devenu abbé en 1450, 
les reproduisit avec de légères modifications **. 



anonymes convus dans le même esprit : Slatuta qiuedam alla (nuniarensis 
('«rnohii. 

i Huile (lu :à9 janvier iiO^i, cilre plus haut et <lu 1(3 mai 1207. Pat. lat. 
<:(:XV. 13()9. 

2 Rulle ilu 15 mars iil3. Pal. lat. CCXVI, 7îM. 

3 Hulletin historique du Vomi t(^ des travaux historiques (1802), 38H-tl5. 

* r.ollectio statutorum per Summos Romanos Pontifices et l)on;p memoria^ 
f»np<ieressores Ahhates (Uuniacenses. pro «pialitate et necessitate temporum 
varietate(|ue casuum, in loto Cluniacensi online edilorum, oniinata per 
venerabilem in (Hhristo Patrem Domnum llenricum, Dei ^^atia abbatem 
r.hiniarensem, nominislmjus primum et online XXIX. Bihliotheea (Hu-niaeevsis, 

i;>ii-ir>80. 

'» Bib. Nal. nouv. acq. lat. 2.')1(). M. Hruel, qui les sii,'nale, en publie des 
extraits. Les Statuts de l'Ordre dr Cluvi/ de l'année 1399, Bibliothr(|ue de 
récole des Chartes, XLI (1880), 321-;«3. 

« Statuta, ordinationes et diflfinitiones receptîe, admissjr et innovât» per 



!20 ÏKVME MABILLON. 

Mais que resta-t-il de ces règlements après les troubles qui 
remplirent le xvi^ siècle? 

Le cardinal Jacques II d'Amboise, qui mourut en 1516, rédigea 
des statuts pour le prieuré de Saint-Martin-des-Champs K L*un de 
ses successeurs, Dom Claude de Guise (lo74-1612), légiféra lui 
aussi pour la même maison ^. On ne voit pas ce qu'ils ont fait 
pour rOrdre. Sous le gouvernement de ce dernier, Dom Jacques 
d'Arbouze, qui remplissait les fonctions de grand-prieur, entreprit 
une réforme, qui, après une fusion momentanée de Tordre de Cluny, 
des congrégations de Saint-Vanne et de Saint-Maur en une seule 
congrégation sous le vocable de Saint-Benoît, aboutit à la division 
des monastèivs clunistes en deux observances, l'ancienne et 
l'étroite. Les Pères de l'étroite observance donnèrent à leurs statuts 
la forme de déclarations et de constitutions, adoptée par les diverses 
congrégations bénédictines ''. 

Il existe à la Bibliothèque Nationale, L D ^« 370, un volume in-4, 
ayant pour titre Vetera statutu Ordinis Cluniacensis, provenant de 
Saint-Martin-des-Champs. Dom Poncet, vicaire général, l'avait misa 
l'usage de Dom Pierre Pernot, le 27 août 1728. Les pièces de ce 
recueil ont chacune sa pagination spéciale; elles sont du même 
format, imprimées en caractères identiques, sortant des mêmes 



nos Joliiirinennle Kourhonio. Deigratia saiicUe Aniciensis Ecclesi»} Ëpiscopuin, 
Valloiiia» coinitem el Abbateni (Uuniacensem, et nos diflinitores (lapituli 
jçenoralis (Uiiiiiacensis, liujiis anni graliie MCCCJXVIII. Bibliotheea Clunia- 
ct^miii, loiKl-lGl(). La lUlUiolhèciue Mazarine possède une traduction française 
manuscrite de ces statuts, nis. 17ril. -j- v. tlbi». 

^ Statuta Martiniana» Domus a R. P. et D. Domino Jacobo d'Ambosia. Claro- 
montousi Kpisco|)o et Abbate <Uuniacensi, anuo Domini 1500 ordinata et a 
rege Liulovico nominis hujus XII supremaque Parlamenti Parisiensis curia 
44 januarii auno 151:2 conlirmata et homolot^ala. MartiniaiWf f. 47. 

'^ Sequuntur statuta et ordinationes a K. D. Claudio a Guisia miseratioric 
diviua abl)ate sacri mouasterii totius(|ue ordinis Cluniacensis, anno Domini 
l.->7o, die XXI mensis maii. Ibid. 159. 

3 Bej(ula Sanctissimi Patris Henedicli cum dedarationibus el constitutionibus 
prout servaritur in online sacro Cluniaconsi a Patribus slrictioris observantiie, 
Lui^duui, 1(J,'M. iu-:2t. Statuta et consuetudines sacri Ordinis Cluniacensis. 
cum constitutionibus pro rej^ulari seu stricta observanlia, in duas partes distri- 
buta. S. 1. n. d. in-i. - Statuta sacri ordinis Cluniacensis. S. 1. 1676, in-4. 
Richelieu avait publié des statuts pour préparer et aftermir riinion qu'il 
méditait pour la réforme de l'Ordre : Statuts el règlements pour l'Ordre de 
Cluny laits par M*^'"* lémineutissime cardinal de Richelieu, abbé, chef et général 
administrateur de l'abbaye de Cluny, 31 mars 16;^3, Paris, in-8, el Paris, 1670, 
in-12. 



l/OKDUK DE CLFNV KT SON GOrVEHNKMKNT. 21 

presses, mais sans date ni lieu (rimpression indiqués. Voici la liste 
de ces statuts : Aniiquiores consuetudines Cluniacensis monastei'ii 
per S. Udalrieum inonachum in ires libros dlvisœ, 128 p. — Isus 
et cmisuetudines saci'i cœnobii Cluniacensis per Bernardum 
inonachum in duas partes divi.sœ, 2i3 p. — S. Pétri Mauritii 
dicti Venei*abili^ ablmtis Cluniacensis IX siatuta congregationis 
Cluniacensis, 23 p.— Domni Hugonis \\ abbatis Cluniacensis X VII, 
Statuta abhatiae Cluniacensis , 10 p. — Statu ta quœdam aliu 
Cluniacensis cœnobii, 8 p. — Collectio statutorum... ordinata 
pei\.. D. Henricum, 43 [). — Statuta venerabilis in Christ/) pair is 
Domni Bet*trandi I, Dei gratia abbatis Cluniacensis XXVIII, 
quœ sunt etiam portio quartw partis statutorum Henrici I ejiis 
prœdeceMoris. Un seul chapitre est imprimé faisant suite aux pré- 
cédents, p. 44-4(). On lit à la fin : Evpliciunt prœdicta statuta 
quibus una cum régula B. Benedicti et statuti.s apostolicis regitur 
Cluniacens^is Ordo. 

On trouve, à la suite des statuts imprimés, des statuts manuscrits. 
Statuta Bei*trandi abbatis Ctunincensi.s anno 1301 édita, ex 
duobus manuscriptis, uno Cartusiœ Divionensis, altei'o Tolosano 
communicavit D. Martène, congregationis S. Mauri, anno 1728. 
— Statuta, ardinationes et diffinitiones recept(e, admissœ et 
renovatœ per nos Johannem de Bourbonio, et nos deffinitoi'es capi- 
tuli geneimlis Cluniacensis, hujus anni gratiœ MCCCCLVIII, 22 p. 

Les ah!)és commendataires du xvir siècle, (|ui eurent à cœur 
Je maintien de la régularité, s(î tirent confirmiM* par le Saint-Siège 
leur pouvoir législatif*. Le cardinal Mazarin sollicita du pape 
Alexandre VII un Bref Tautorisant à se présenter devant les moines 
de Cluny comme un délégué apostolique, muni de pleins pouvoirs 
{lCo7) K Le cardinal de Bouillon reçut une délégation conçue dans 
les mêmes termes en 1691. Les moines n'avaient qu'à donner une 
entière soumission à des pnHats séculiers, ainsi présentés par le 
Saint-Siège. Les affaires publiques absorbaient trop Mazarin pour 



1 Tibi cardinali Ma/.arino mandaimis ut tanciuani nosler et Setlis Apostolicie 
ilelegatus... quuHMinKiue mutatione, corrertionc. ret'orinatione, eineinlatione. 
revoeatione. renovatione aut etiam ex inte^TO ediliono iinlijjere coi^noveris. 
mutare. rorrijjere, reforinare. ainendare, revocare. renovare et de novo consli- 
luere.... abusus i|iiosrum(iiie iiernon statuta nova a quibiisdani nionarhis dicti 
ordinis sub i)nptextu introchu'cndie reformationis retrularis observantia» non 
tamen apostolica aurtoritate roborata. inio coutraha statutis anti(iuis dicti 
ordinis, corrigere. 



IIRVIK «ABII.I.O^. 



qu'if put se rendre à Oluny toutes les ibis que les intérêts de l'Ordu! 
le rédamaient. Il ctiuisil un vicaire pour li> su|iplë(;r et [Ktur 
Iirésitier eu son nom le chapitre de 1636, Au lieu de dëli^guer le 
grand -prieur de Gluny ou un dignitaire de l'ordre, il envoya 
Jacques, évèque de Chartres. Ce prélat recul tous les honaeurs 
dus à sa mission. U- cardinal lui avait remis des statuts avec 
l'ordre de les iiromulguer. sans attendre le consentement du 
.chapitre. Les religieux de l'étroite observance protestèrent contre 
ce ijui leur semblait une violation des r^los et des privilf^s. 
Mais ce llit peine perdue. L'évéqne de Chartres maintint les 
décrets, en ajoutant que les déflniteurs ne pourraient édicler aucun 
statut sans avoir préalablement obtenu son autorisation. Telle 
était la volonté du cardinal. Il fallut bien s'y conformer '. Ses 
successeurs ne se départirent point de celle manière d'agir. Le 
cardinal d'Esté ayant reftisé son approbation à un acte du chapitre 
de m&'à, celui de 1(H>5 dut surseoir à son application. Les abbés 
de Chmy jouirent donc de leur autorité. Le chapitre de 1676 fit 
néanmoins une réserve à la reconnaissance de leurs droits; ils ne 
pouvaient d'eux-mêmes modifier les statuts de l'ordre '- 

Les religieux de l'ancienne observance, qui possédaient à Paris 
le collée de Cluny, voulurent le réorganiser. Ils prièrent 1r prince 
de Conty, qui était alors abbé (16S0), d'approuver les statuts qu'ils 
avaient rédigés, ou d'en promulguer de nouveaux '. 

Les commendalaires conservaient, en somme, les pouvoirs tra- 
ditionnels des abbés de Gluny ; et les moines ne pouvaient prendre 
sans eux aucune décision bnportante. C'est ce qui ressort de tous 
les f^its allégués. 

L'abbé de Cluny avait, cela va sans dire, le pouvoir de remettre 
tes [leines iniligées par lui aux. délinquants. En outre, le chapitre 
général le désigna de bonne heure (1361, 1400, 14S0] pour relever 
des censuresque les déflniteurs prononçaient ; cette délégation allait 



I Sa aeti) Capituli 1656. 

> SUIuiinus quuci ubbas Cluniacensis gHuileal poieslale. xiirlorilaLe el juri»- 
diciione... lia Lamen iil iliclus ablias suu nulu el aucloriiale slaluta immutare 
nulliilenua valeal aut priesumiil. 

3 Rumillime sugiplicaium est Eminenliasimo abbali adetHnilorihusulBUtula 
Cotlegii Cluaiacencix apud Pansios aliiis facta, execiilioiii niandari velit, aul 
nova qua^ ipsimet viaa fuerinl oonilal. tum ad sliKlionim iiistuuralionein 
lum ail cjusdem Collegii reddliuiiiii ac bonurum adniiiiislrariuiiein. Ei ar.tit 
VapUuti lerill. 



u 



À 



l/ORDRE DE CUNY ET SON GOUVEKNEMENT. 23 

d'un chapitre à un autre. Il s'agissait ordinairement de l'excommu- 
nication prononcée contre ceux qui violaient tel ou tel règlement. 
L'abbé, quand il s'absentait du monastère, transmettait ses pouvoirs 
au grand-prieur ou au prieur claustral. Le pardon était donné 
dans l'intérieur de l'abbaye clunisienne, où le coupable devait 
réparer sa faute et demander pardon. Les abbés séculiers gardèrent 
Je pouvoir d'absoudre des sentences portées par les chapitres géné- 
raux. Comme il n'était point facile de recourir à eux directement, 
le chapitre de 1704 pria respectueusement le cardinal de Bouillon 
de vouloir bien déléguer le grand-prieur ou le prieur claustral. 



Momlnation des abbés et des prieurs, 



Les monastères, qui composaient l'Ordre de Gluny, étaient une 
extension de l'abbaye elle-même. Leur personnel était, par consé- 
quent, assimilé à celui de Gluny. L'abbé avait sur l'un et sur l'autre 
les mêmes pouvoirs. La règle de Saint-Benoît, appuyée par une 
tradition constante, lui reconnaissait le droit de nommer et de 
déposer les ofliciers de sa maison. Il en fut de même dans toutes 
ses dépendances. C'est ainsi du reste que les choses se passaient 
dans toutes les abbayes, ayant des prieurés. Les Souverains Pontifes 
qui, à diverses reprises, contirmèrent ce privilège, ne créèrent pas 
un droit ; ils n'eurent qu'à le constater. Cette confirmation n'était pas 
inutile; car, dès le treizième siècle, on vit certains moines ambitieux 
ou indépendants passer par-dessus l'autorité de l'abbé et obtenir du 
Saint-Siège leur nomination à un prieuré. Des religieux d'autres 
ordres, afin de se procurer les avantages d'une supériorité et d'une 
vie facile, ne tardèrent pas à solliciter de Rome, avec leur ti*ansla- 
Jation dans l'ordre bénédictin, une supériorité quelconque. Des 
évêques prenaient sur eux de pourvoir à la vacance des prieurés 
de leur diocèse. Il y avait donc là un péril. Ce n'était pas le seul. 
Certaines maisons essayèrent maintes fois de secouer le joug clu- 
nisien en nommant elles-mêmes leurs prieurs. 

La confirmation du Pape fortifiait l'abbé de Cluny dans l'exercice 
de son droit et l'armait contre ceux qui cherchaient à l'amoindrir 
ou à le nier. Grégoire IX, Innocent IV, Clément IV, Urbain IV, 
Nicolas III, Honorius IV, Nicolas IV la lui donnèrent sans hésiter. 
Le premier posa cependant une condition très sage. Les coutumes 
de Bernard prescrivaient à l'abbé de prendre l'avis des anciens avant 



24 REVUE MABILLON. 

de choisir son prieur dans Tabbaye ^ L'élection du prieur d'un 
monastère exigeait la même prudence. Mais, au lieu de consulter 
les anciens, ses conseillers ordinaires, Tabbé s'adressait à d'autres 
prieurs conventuels; il devait en conférer au moins avec deux ^. 
Innocent IV déclara de nouvc^au que l'abbé de Gluny était Je seul 
à pouvoir nommer les prieurs de son ordre, U) 4 janvier 1247 ^. 
Quelques monastères cherchaient alors à secouer son autorité *. 

Urbain IV alla plus loin, en s'interdisant à lui-même de conférer 
jamais ces mêmes bénéfices par lettres apostoliques; à plus forte 
raison ses légats devaient-ils s'abstenir de pareilles nominations -^ 
Ce qui fut renouvelé par son successeur Clément IV, le 9 novembre 
i26o ®. C'est que les privilèges apostoliques n'empêchaient pas tou- 
jours les violations du droit. Des moines, quelques-uns portaient 
le titre de chapelains du Souverain Pontife, obtenaient quand même 
de Rome des prieurés, et, une fois installés, ils affirmaient (lu'on 
ne pourrait les déposer sans recourir au Saint-Siège. Clément IV 
blâma cet abus et rendit à l'abbé le libre exercice de sa fonction et 
de son autorité. Il eut encore à protéger les monastères clunistes 
contre l'intrusion de prieurs venus soit d'un autre ordre, soit du 
clergé séculier ^ 

La tendance à disposeï* des supériorités monastiques comme de 
vulgaires bénéfices était si forte alors que les privilèges semblent 
tombés en désuétude presque aussitôt après leur promulgation. 
Religieux et clercs se jetaient sur les prieurés vacants munis de 
leurs lettres apostoliques. L'abbé Yves de Vergy dut encore sup- 
plier le Souverain Pontife d'affirmer son droit. Grégoire X le fit le 
12 décembre 1272 ^. Ce qui fut renouvelé, le 7 mai 1279, par 
Nicolas III ®et par Honorius IV le 15 mars 1286 ^'\ Ce dernier ne 
renonçait pas complètement aux nominations faites par lui ou ses 
successeurs; il se bornait à les entourer de précautions propres 



1 Ordo Cluniacensis, p. 1, c. â. Vêtus discipînia monastica, 138. 

2 Ad instilutionem Prioruin conventualium absque duorum priorum conven- 
tualium consilio minime procedatur. BuUa Oregorii IX. 

3 BuHarium Cluniace'nse, 116. 

* Recueil des chartes de Cluny. t. VI, 401-103. 

5 Bull, du 22 juin 1262. Recueil des chartes de Cluny, t. VI, 520. 

6 Bullarium Cluniace^ise, 135. 

7 Juin ou juillet 1267. Ibid. 213. 

8 Ibid., 138. 

9 Ibid., U7. 
K'Ibid., 151. 



l'ordre de CLIINY ET SON GOUVERNEMENT. 25 

à éviter des abus criants ^ Cluny ne jouissait donc plus de la pléni- 
tude de ses droits. 

Voici comment les choses se passaient dans la pratique. Lorsque 
une abbaye, dépendîint de Cluny ^, venait à perdre son chef, le 
couvent en informait Tabbé. Parfois encore, celui-ci nommait direc- 
tement le successeur ; tantôt la communauté conservait son droit 
dVlection sous la présidence de Tabbé de Cluny ou de son manda- 
Uiire, qui contirmait le choix conventuel. Cette din'érence provenait 
des conditions dans lesquelles s'était faite l'union de ces monastères 
à rOrdre. Le mandataire», lorsqu'il y en avait un, notitiait à l'abbé 
les résultats de l'élection H l'élu lui envoyait aussitôt une promesse 
d'obéissance •'*. 

S'il s'agissait de la mort d'un prieur, le sous-prieur écrivait à 
l'abbé de Cluny pour lui annoncer cette perte et lui demander le 
successeur du défunt. L'-ibbé prenait conseil et faisait son choix. 
Hugues V, dans ses statuts, vtnit que l'élu soit prêtre ou apte à 
recevoir l'ordination sacerdotale au terme de l'année. La naissance, 
Tamitié et les avantages matériels ne doivent pas intluer sur l'élec- 
teur. L'intérêt des âmes doit être son unique» mobile; t'illes veulent 
un homme sage et bon en qui elles puissent se conliei' K L'abbé 
Henri I s'étend davantage sur les qualités requises d'un prieur; 
puis il demande que l'élection soit terminée avant la lîn du premier 
semestre. Le nouveau prieur s'empresse de faire, (»ntre les mains 
de l'abbé de Cluny, sa promesse d'obéissance '\ Les moniales 
avaient auprès d'elles un chapelain avec le titre et l'autorité spiri- 
tuelle de prieur. Il était élu de la même manière. 



1 Voici (lu reste les termes de la bulle : Auclorilate uposloliea indul^^emus 
ut prioratuscluniacensis ordinis soliti per monachos veslri ordini gubemari, 
cuiquam conferri non possint, nec ad illoruin collationeni rompelli aliquatenus 
valeatis per litteras Sedis Apostolir:o vel legalorum ejus oblenlas per quas non 
jus alic'ui acquisitum. vel etiam obtinendas, nisi pnedicU*» Sedis littenv obti- 
nendip ptenam et expressam de indulto hujusmodi et de ordine vestro facianl 
mentionem. Cf. Nicolas IV, i3 juillet 1391. BuUnnum Cluniaceme, 157. 

2 Voir la liste de ces abbayes dans Dom Lhuillier. Vie cU saint Hugues, i98. 

3 M. Bruel a i)ublit^ dans le t. VI de son Recueil des chartes de Cluny les actes 
relatifs à un certain nombre de ces (Mections. 

* Hugonis V statuta. Bibliotheca cluniace^isis. /i€6. 

* Henrici 1 statuta. Ibid. io60-i:>61. On trouve dans le Recueil des chartes de 
Cluny les lettres d'obéissance de quehjues prieurs fl24o;, t. VI, 370-376. Ce 
même recueil fournit des renseignements nombreux sur ces élections et sur 
les diflTicultés que certaines présentèrent. 



n HRVi E MAB<LLON. 

Les maisuns placées sous b dépendance immédiate d'uti pHeurc 
recevaient leur clief de son firioiir. Les prieurs de Saint-Martin des 
Champs, de La Cliarilé. de Saiiit-Pancrace de Lcwes fâisaieiil un 
certain nombre de ces nominations. Ils devaient, dans leurs clioii!, 
suivre les conseils donnés aux abbés de Cluny. On leur accordait 
six mois |Hiur ces élections. Si elles n'étaient pas feites après ce 
laps de temps, le supérieur généi'al [murvoyait la communauté de 
son prieur. Quant aux maisons de sa propre défiendance, le droit 
de nomination passait au Saint-Siè(;e, s'il ne l'avait |>ns exercé dans 
le délai voulu '. 

Les élus ne recevaient pas toujours tion accueil de la commu- 
nauté vers laquelle ils étaient envoyés. Il arriva même, — ce flit 
rare, il est vrai, — que certains monastères ne voulurent jiomt 
accepter le supérieur nommé [lar l'abbé de Cluny. Pour vaincre 
cette résistance, celui-ci réclamait l'intervention du Souverain 
Pontife ou mieux remettait au chapitre général l'examen et la 
solution de cette difficulté. 

Les prieurs étaient en principe inamovibles. On se conformait 
en cela au meilleur esprit de la r^le bénédictine et aux traditions 
de rOrdre. Mids les mesures les plus sages demandent toujours un 
tempérament, sous peine d'occasionner des abus non moins (^ves 
que les excès auxquels leurs auteurs ont voulu remédier. Le droit 
d'élection garantissait l'autorité de l'abbé de Cluny sur tous les 
monastères de l'ordre ; la promesse d'ohéissance i]uc lui adressait le 
prieur était une reconnaissance personnelle de cette même autorité. 
Mais, pour rendre ces dispositions effîcaces, il fallait une sanction 
pratique. Elle ne faisait point défaut â l'abbé de Cluny; il pouvait 
toujours déposer un prieur, quand l'expérience le montrait indigne 
ou incapable de gouverner une maison. Hugues V énumère quel- 
ques-uns des motifs qui l^ilimaient une dé|H)8ttion ; une adminis- 
tration défectueuse exposant une communauté à la déconsidération 
ou à la ruine, une désobéissance ou une révolte contre les autorités 
de l'Ordre, une conduite scandaleuse. Il va sans dire que l'élévation 
d'un prieur à une chaîne plus haute ne dérogeait pas au princi|)e 
de l'inamovibilllé '. 

Ces dépositions avaient lieu d'ordinaire durant les chapitrées 
généraux. Les visiteurs soumettaient alors les informations prises 



> Biillij Nkolai IV (IStO ou 1390). 
^ HtL^nU V iibbaliit slaluta. Biblii 



l/ORDRE DE CUJNY ET SON GOUVERNEMENT. 27 

par eux dans les monastères et les mesures qu'ils avaient eu à 
prendre. Les détiniteurs agissaient en conséquence d^accord avec 
Tahbé. Celui-ci donnait aux prieurs déposés un successeur. Il y a 
|Kni «le chapitres généraux qui ne présentent une ou plusieurs de 
ces dépositions. Gela témoigne du sérieux avec lequel on contrôlait 
à Cluny Texercice de la supériorité. 

Ce mode d'élection fut changé dans Tordre de Cluny a[)rès la 
réforme du dix-septième siècle. On s'inspira beaucoup à cette 
épo(iue des constitutions d(^s Bénédictins de Saint-Maur et surtout 
(le Saint-Vaime, qui confiaient au chapitre général le choix des 
ï)rieurs. Les Clunistes procédèrent de la même façon. S'il survenait 
un décès ou une démission durant l'intervalle d'un chapitre à un 
autre, on pourvoyait à cette vacance pendant la diète annuelle. 
L*al)l)é commendataire se réservait le droit de confirmer les élus. 
Il ne pouvait rien d'autre, pas même refuser son placet. Les choses 
allaient toutes seules pour les élections faites en chapitre général, 
puiscpie Tabbé présidait les réunions soit personnellement, soit par 
un mandataire. Comme les diètes se réunissaient sans lui, on se 
bornait à lui envoyer la liste des prieurs et ofliciers élus. Ceux-ci 
attendaif^nt sa confirmation pour entrer en charge K 

Giàce à cette manière très simple de choisir les supérieurs, Cluny 
put sauver du fléau de la connnende un grand nombre de ses 
monastères et leur conserver, jusqu'à la fin, la vie conventuelle 
qui avait disparu de la plupart des autres prieurés. 



I.<es moines des prieurés et l*at>bé) de dluny. 

L'abbé de Cluny avait sur les moines de son Ordre la même 
autorité (lue sur ceux de l'abbaye. Ils étaient les uns et les autres 
ses religieux au même titre, celui de leur profession entre ses 
mains. Chaque maison avait le droit d'admettre d(îs postulants ou 



1 Sui>eriores omnes ofïlciarii ol religiosi de novo elerti vel de loro ad lociini 
fiiissi [>er ditPtas, taiiquain superiores, se j,'erere non pra'suinanl aiile(iuain a 
K. K. Domino abbale siiam institutionem acceperint, quam tamen inslitutionem 
necpie denegare neque revocarc poteril diclus U. K. Abbas juxla anni 1705 
arresluin; et ad hune etl'ectum, slatini post elecliones fartas in diclis di<rtis 
inittelur rotulus omnium oHiciorum et superioruni (jui eiecti (iierinl in dictis 
dtpïtis R. R. D. D. Abbati, sij(natus a Pr.esidente et Secretario diclcF diivtîv, 
an. 8. 



28 KFAUE MABILLON. 

novices. Seul l'abbé de Gluny pouvait, en recevant leurs vœux, les 
incorporer à sa famille monastique. Les abbayes se compoi'taient 
ainsi avec les prieurés de leur dépendance. Le grand nombre et 
réloignement des monastères clunistes rendaient difficile l'applica- 
tion de cette règle. Aussi s'en écartait-on quelquefois au commen- 
cement du douzième siècle. 

Pierre le Véïiérable voulut remettn^ l'antique coutume en vigueur. 
Les abus cjue son oubli engendrait ne l'y portaient pas moins que 
la volonté de maintenir ses droits. On admettait, en effet, dans 
quelques monastères des enfants, qui n'avaient pas encore atteint 
l'âge de raison, des vieillards débiles, des fous et des bommes 
inaptes à n'importe (juoi. Ct\s admissions avaient été assez nom- 
breuses pour troubler gravement des communautés et scandaliser 
les chrétiens du voisinage. 

Un contrôh* sérieux dtîvenait donc nécessaire. Il sutfisait, pour 
l'exercer, de revenir à la tradition. En le faisant, Pierre le Vénérable 
évita d(^ se montrer excessif. Les prieurs furent autorisés à recevoir 
les Vieux des novices (mi dangcM* de mort (4 de œ\\\ dont la situa- 
tion (îl la gravité inspiraicMil toutiî conliance, lorsqu'un délai risquait 
de les jeter dans le découragement K 

Gela resserrait davantage les liens (jui lui unissaient chaque 
religieux. Gomme le voyage était long et dispendieux, les prieurs 
ne se pressaient i)as d'envoyer leurs novices. Quelques-uns les 
gardai(înt dans cet état dix, (piinze, vingt années et plus. L'abbé 
Pierre défendit de retarder au delà de trois ans leur pèlerinage à 
l'abbaye. Le Ghapitre de \Mi demanda que les novices fussent 
envoyés à Gluny, dès qu'ils auraient atteint l'âge de quinze ans. 
Les prieurs emmenaient souvent les novices avec eux au moment 
du Ghapitre général. Pour donner une sanction à ce règlement, 
Pierre le Vénérable avait interdit de présenter aux ordinations 
les frères avant leurs vœux. Geux qui étaient prêtres ne pouvaient 
pas, avant l'accomplissement de ce devoir, célébrer la messe *. 



1 SlatuliiiTi est ut nuUus in nionachiim Cluiiiacensem recipiatur abs([ue 
(iluniaconsis AbbaUs pra'ceplo et perniissiono. sicul inos est, nisi ad succuren- 
(hiin; exreplis ma^Tiis et utilibus personis, (|ua^ si difterentur, levilate fortassis 
animi rétrocédèrent, nec in inreplo conversionis proposito permanerenl. 
S. Pétri ven. statulo. XXXV. Bibliotheca Cluniacensis, i36i. 

2 Stalulum est. ut, modo quo pra»dixinius, extra ('luniai'uni novitii rerepti 
usque ad primum. vel secunduni, aut plus tertium annum ad l)enedicendum 
Cluniarum addurantur. nec intérim, sicut usus Cluniacensis exi;^nl. etatl ordines 



L*0R1»KË DE CLU.NY ET SOS (;OnVERNEMENT. 29 

Hugues V et Henri I renouvelèrent dans leurs statuts ces 
prescriptions ^ 

Les Souverains. Pontifes contirmèrent, à diverses reprises, ce 
privilège. Le Bullaire de Cluny conserve, en particulier, une bulle 
de Grégoire X, du 12 décembre 1272, où sont rappelées les eonlir- 
inations données antérieurement par Innocent IV et Clément IV -. 

Certains prieurs passaient trop aisément outre à ces défenses. 
Il lallait arrêter ces empiétements par des mesures sévères. L'abbé 
Yve I de Vergy, après avoir consulté le chapitre général de 1261, 
leur défendit une fois encore de recevoir les professions des reli- 
gieux, et cela sous peine d'excommunication *'. L'abbé Bertrand 
inséra cette sentence dans les statuts de 1301 K Quelques supé- 
rieurs avaient cherché à éluder ces interdictions par un subterfuge. 
L'envoi (h»s novices à Cluny leur semblait onéreux et humiliant; 
ils ne voulaient point d'ailleurs s'ex[)oser aux peines encourues par 
c-eux (|ui admettaient d'eux-mêmes à la profession. Ils crurent 
t'»ohapper à ce double écueil par une [)rofession tacite. Le port de 
riiabit monastique passait alors pour un engagement véritable que 
l'on ne pouvait plus rompre. Il n'y avait pas de foi'mule requise 
[)Our 1(» contracter. Les prieurs, qui voulai(»nt échapper aux m(»sures 
de rigueur prises [)ar les abbés de Cluny, donnaient l'habit à leurs 
novices. Mais cette vêture fut condamnée au même titre que la 
pi'ofession verbale par l'abbé Bertrand •"*. 

C'est au monastère de Cluny que l'abbé recevait la profession de 
ses moines. Comme les religieuses ne pouvaient convenablement 
y aller, il suffisait, pour recevoir leurs vœux, d'obtenir de l'abbé 
une autorisation et une délégation. Toute profession, faite sans son 
agrément et devant un autre que son mandataire, était déclarée 
nulle. Le chapitre général de 1274, après avoir constaté la violation 



ecclesiasticos iiscendiint et iiiissam unie onliiiuti ranleiiL aiit extra clauMnirn 
nirain alinijus obe<tienti:r administrent. n)i(l., XXXVHl. \^hi. 
t liullariuM Cîuniacnae, \\m et 1568. 

2 BuUarium Cluniacense, 138. 

3 .statuit Domnus ahbas de consilio Deftinilorum et totius (iaïutuli j^eneralis 
siib pd'na excominnnicationis ne ali(|uis prior (iluniacensis ordinis prot'es- 
sionem reci[»iat inonachalem. Actes du C.hapitre de iifil, dans le recueil cite 
plus haut. 

* Kxcoininunicannis et onmes illos cpii ronlra detlinitioneni capituli j^eneralis 
sine nostra aut suocessoruni nostroruni lirentia nionaches facient in futurum. 
Statuts de Cluvy, [uibliés par l'abbé Douais. Hul. hist. du comité, 1892, 
p. .^88 et :\m. 

'' Ibid., :i8ft. 



30 HKM'K HitlIlM.ON. 

v.f. règlement par un iiiuiiHSlën: àv Lombardio, interdit à la 
prieure de recommenaisr et, en cas de récidive, oi-doiina au 
chainbrier d« la province de loi infliger lut-méme une pétiitenc* '. 

C'est au prieur, chargf! de veiller sur elles au nom de l'ahbé de 
Cluny, qu'était donnée Ih délégation, et non aux moniales. Cellps 
de Laveine, au diocèse de Glerniont, voulun-nt néanmoins donner 
elles-mêmes l'Iiahit à une novice, he rliaiiitre de 1303 chargea l'abbé 
de les punir de cette faute et de décider s'il y avait lieu de garder 
la professe on non '. Les religieuses d'Allemagne prenaient l'habi- 
ludede ni' stillii;ileraiiciint' iirrruission pour admettre de nouvelles 
sœurs. l.'i'inij;iii'ninii in' lis rxctisa [loint aux yeux des dé-liniteurs 
du cliaiiiln'ili' KliT, ipii les r;tji[»eièrent à l'observation des règles'. 
Le prieur de Marcigny, malgré le voisinage de l'abliaye-mère. 
prétendait recevoir les professions de son aulonté propre. U' 
chapitre de 1378 l'invita au respect du droit *. 

Qiielqin'liiis V;\hUi- dr CJuiiy délépiail \m supérieur pour recevoir 
sur phiri' 1rs |>nili'^Mniis. \.i- lOiiiinlirii'i' li'Espagne eul ct.'lle lUculté 
pour II.' iiiiiiiii^lcir ilr S;iiiit-/.iij]r (II' i;jri'i(iii, durant une i>ériode ' 
déterminée \\'M>~i} ■■. Mais seiiibliÉliles délégations étaient rarement 
accordées. Les chapitres se plurent i\ maintenir ce droit de Cluny, . 
même durant tout le xvi^ siècle. Comme à cette époque les 
abbés résidèrent de moins en moins dans leur abbaye, il feilut leur 
donner un mandataire attitré, chargé d'incorporer en leur nom ' 
les proies à l'ordre monastique. On ri&iuait, en effet, de voir un 



1 Sei- ^iriorUsa aliquani de ctelero reripial in inuuiulem el sororem sine 
Damai Atibulis licenlin express», et si quiim recipere |irii>iiuinsenl, quod absil, 
pro non rei'.e|ila hubealur, el rei^ipiens (>er ^'amemariuin Lomlutnljif r^ulftriter 
puniiUur. Ailles du Chap. de ISTJ. Reeveil cité. 

3 Uuia in domu de Venna. moniales auctorilale propria induerunl iiuaindain 
ilomii^elliini, l'uni DomnuK Abliu.s (ledis.sel priori suliim {loLesliiiein el non ilirlit 
iiionialibus indiietiili, de laiilo cl Uili enressu Uumnus Abbas ipsas puniat. d 
iW ilicla dcimii-ella ^ii' indiiui facial quud sibi videhilur fadendum. Arles du 
Chap. 1303. ibid. 

3 De l'a'lero moniales non rei'i])iunlur in provini'l;i Alleniunia' nisi de Uomal 
Alibatis liceiilia spedali. Acles du Chap. de 1337. Ibid. 

* Prior irlauslralis Harriniaci de i^^tero non possjl velare domtcellas seu 
piiellas sihi oblaUs sine noslra expressa licentia petita el obtenla. Acte* ds 
i;bap. de 1,<ITH. Ibid. 

'> Duranle lempoi-e prioris modem] deCurrione, camerariiisHispaniwhabeat 
poteslalcm creundi el reciplendî niuiiai'lios nomiiii Uomni Abbalis Claniacends 
in dirlo prioralu solum el non iililii. ni>i Domnus Cliiniarensis id permiltat 
Actf» du CAirpilnr imi. Ibid. 





l/oiUmE DE eu NY ET SON (.01 VEKNEMENT. IM 

al)bë prélat séculier confier cette mission à un autre prélat ou à un 
prêtre séculier comme lui. Le chapitre de io38 le conjura de ne 
déléguer pour une fonction si religieuse que le grand prieur ou le 
prieur claustral de Cluny •. La sécularisation de la dignité abbatiale 
faisait craindre (|ue ces liens, établis par la cérémonie de la pro- 
fession entre chaque moine et Tabbé, ne vinssent à se détendre. 
C'est sans doute pour obvier à ce péril que plusieurs chapitres 
généraux aftirmèrent avec insistance leur réalité et leur force ^. 

Les moines d(î Cluny furent, comme beaucoup d'autres, préoccu- 
pés par le besoin de se réformer au xvi'" sièch^ De là procèdent 
plusieurs règlements, ayant pour but d'assurer une meilleure 
formation religieuse et de mieux organiser le fonctionnement des 
monastères. Tous les prieurés avaient le droit d'admettre des 
novices. Mais pouvaient-ils les préparer à la profession monastique 
d'une manière satisfaisante? Il v avait lieu d'en douter. On était, en 
général, très loin des dispositions sages inaugurées et prescrites 
par le Concile de Trent<% (pii entourent de si précieuses garanties 
les engag(^ments religieux. Abbés et prieurs semblaient fréquemment 
ignoHT les enseignements de saint Benoît relatifs à la manière de 
recevoir les moines. Pour préserver leurs communautés des graves 
inconvénients qu'entraînent toujours des professions faites sans 
préparation, les défmiteurs du chapitre de 1534, ordonnèrent aux 
prieurs d'envoyer leurs novices |)asser au moins trois mois soit 
à Clunv, soit dans une maison où l'on menait une vie conventuelle 
régulière, et cela, aux frais de leur propre monastère ^. 

Il importait de consigner par écrit le jour et l'année de chaque 



1 Humiiiter supplirantes H. D. Abbatein ut deinceps, nisi ex magna neressi- 
tate et proviclenti et rationibili causa duntaxat, nulli nisi dictis prioribus majori 
et ciaustrali Cluniacensis concédât, habita privilegiorum ordinisconsideratione 
quibussoli Abbati Cluniaceusi ex speciali pniTOgativa conceditur prolessionem 
religiosorum totius online recipere potestas. Actes du Chapitre de 15S8. \\m\, 

2 In toto ordine ununi Abbatem CUuniacenseni habemus in superiorem, inter 
eujus nianus expressam facinnis professionem. Actes du Chapitre de 1500. Ibid. 
— Xulli liceat in ordine quenupiam fratreni ad professionem admittere, nisi 
qui spéciale inandatum a R. D. Abbate susceperil. Actes du Chapitre d^ 1600. Ibid. 

3 Staluimus et ordinamus (|uod prioreset decani teneantur deca'tero mittere 
<^luniacum in C.apitulis generalibus fratres qui protiteri voluerint pro emit- 
tendis profession ibus suis. Qui (|uidem fratres in Cluniaco aut alio conventuali 
loco ordinis in quo vigeat vita monastica per Irimeslre ad minus connnorari 
teneantur, expensis tamen praslictorum priorum seu decanorum. Actes du 
Chapitre de 1574. Ibid. 



32 KKVIE MABILLON. 

profession, avec les noms des religieux qui Favaient émise elde celui 
(jui l'avait reçue. Le maître des novices de Cluny était chargé de le 
faire H de conserver ces documents, où Ton trouvait la preuve 
ollicielhî du lieu qui unissait à Cluny chaque moine de l'Ordre K 

On gardait au noviciat de Tabhaye un registre sur letiuel étaient 
inscrites toutes les professions, même reçues dans les autres 
maisons. Lorsque Tahbé charg(»ait le prieur caustral ou le grand 
prieiii' de présider la cérémonie à sa i)lace, il fallait rédiger deux 
act(\s de cette délégation ; le délégué en gardait un chez lui, l'autre 
était déj)oséaux archives de l'Ordre ^. 

Lorscpie Jac(|ues d'Arl)ouz<\ élu en 1622, (îut arrêté son plan de 
réforme et les règlements que l'on devait suivre désormais dans 
l'ordre, il résolut de n'admettre; à la profession que des religieux 
disposés à hîs mettn* en praticpie. Il laissait au convent le soin 
de se prononcer sur leurs aj)titudes et dispositions, et il donnait au 
grand prieur une; délégation générale pour recevoir les professions. 
Celui-ci pouvait S(* faire rem[)lacer, s'il y avait lieu ^. Nous ne 
trouvons, dans les chapitres du xvir et xvnr siècle, rien qui mérite 
de fixer sui' ce sujet notre attention, sauf les décisions relatives 
au S(MMnent (|U(* les religicMix de la stricte observance faisaient après 
leur prof(»ssion. Le cardinal de Bouillon accepta une formule, qui 
fut adoptée^ |)ar le chapitre de 1093, approuvée par le Saint-Siège et 
[)ar le roi et eniHîgistrée au Grand Conseil. On décida, en 1704, que 
ce serait la seuh.* en usage. La voici : Aussitôt après sa profession, 
le frère disait : hi nomine Domini. Amen. Anna N, ego f rater S, 
novitius pro prioratu jS\ ordinis iUuniueensiSy promUto in 
prœsentia /?. Prioris iu hac parie Yicarii Geiieralis Abbatis 



1 Onlinainus et statuiinus ((uod in papiro seu nienibrana srribantiir annus 
et (lies in ijuibiis professionciii einisenirit, iieciioii R. 1). nostri Comnuinis 
fAhbatis Clim. seu ejiis specialis coinmissi, sub «pio faeta fuerit professio. 
ActfK du Chapitre â(* iîMi, 

2 Onllnaiiius ul (iiioliescuinqiie \\. P. noslro Abbati (lare et ('oncedei*e Prio- 
ribus inajori et claustrali ad recipieiidani reliposorum professionem vica- 
riatiiin placuerat, (hio ejiisdein \i('ariatus ori^nnalia (*onticieiitur iiist rumen la 
«piorinii aiteruin apnd secrelarios nionaslerii Clluniafensis in thesauro euslo 
diatur altennn pênes dirtos Priores rernaneat.... Il si cjuis reliposos ad pro- 
fessionem intra vel extra Ciuniacum admittanl. semper unum rejfislrum origi- 
nale babeant et in iH^viciatu C.hmiaeensi dictiim re*;islrnm relimpiatur. ^c/!^jr 
du Chapitre de io.'iS. 

3 Voulons et enjoijînons à noire dit '^nnul Prieur de ne recevoir dorénavant 
aucun proies en noire abbaye (pie ceux (pii voudront vivre conformément à la 
ditle obs(»rvance et de ne rcvestir ou recevoir don'navant auoim novice en 



l'ordre de cluny et son gouvernement. 83 

Cluniacensis. Le prieur, prenant alors dans les siennes les mains 
du nouveau profôs, ajoutait : Promittis obedientiam usque ad 
mœ'tem fi. R. Abbati Cluniacensi et successoribus ejus. — Pro- 
mitiOy répondait le frère, et tout se terminait par là. Cette obéis- 
sance jusqu'à la mort, ne pouvait être promise qu'à l'abbé de 
Cluny. Nul prieur ne devait la demander. C'était dans l'ordre une 
tradition constante ^ 

Le principal usage que l'abbé de Cluny faisait de son autorité 
directe sur tous les moines de l'ordre consistait à les transférer 
d'une maison à l'autre, toutes les fois que la chose lui paraissait 
avantageuse. Innocent III, qui lui reconnut cette faculté, ne laissait 
aux novices aucun moyen de s'y soustraire par un appel à une 
autorité supérieure '^. C'était le droit incontestable de tous les 
abbés sur les monastères de leur dépendance immédiate. L'abbé de 
Cluny pouvait seul l'exercer. Les statuts de l'abbé Bertrand en 
fixeront l'exercice par un règlement, que leur emprunta Henri L 
Personne, pas même le grand prieur ou le prieur claustral, ne 
pouvait envoyer un moine d'un prieuré à un autre. Mais ces deux 
oflîciers étaient à même de donner l'ordre de se rendre dans un 
prieuré à un ou plusieurs religieux de l'abbaye, quand il y avait 
surcroît de population monastique. Ils agissaient de la même 
manière avec les moines errants, qui n'appartenaient à aucun 
prieuré ^. L'abbé Jean laisse aux chambriers de chaque province la 
jx)ssibilité de faire eux-mêmes ces changements. Étant sur place, 
ils pouvaient mieux apprécier les besoins des communautés et des 
individus *. Les prieurs de la Charité, de Saint-Martin-des-Champs 



noire «litle abbaye que ceux que la ditle commun a utc*' reconnoistra aptes 
et capables pour être revus: n'entendant (|ue autres (|ue notre dit yrand Prieur 
ou cexw qui par le dit tfrand Prieur seront dt^putés, puissent dorc^navant vêtir 
ou rerevoir \i profession les novices de notre dite abbaye. Règlement d^ f62f. 

1 Voici comment la désignait Nicolas 111 : Promittant uscjuc ad mortem ipsi 
abbâti obedientiam manualem et recipiant benedictionem ab eodem. BuUa- 
rittm Cluniacenie. 

2 Indulgemus (tibi) monachos tuos a prioratibus vel aliis obedientiis, cum 
causa exigent, appellatione postposita, removere (mai 1308;. Pat. lai. i\CW- 
1300-1310. 

3 Statuts de l'abbê Bertrand, BuL hist. du comité (IHHt) 395 et Henrici 
abbatisstatuta, Bibliotheca Cluniaremis, 1o67. 

♦ Priores ordinis de prioratu ad prioratum non sibi subditum, r.amerariis 
provinciarum exceplis, monachos ad morandum mitlere non debent, nisi 
placent dommo Abbati. Joannis III statuta. Bibliotheca Cluniacensis, 1603. 

3 



el autres monastères, (|ui étaient eiix-mâmcs les centres d'une 
petite con^égation moniislique, avaient toujours eu sur les prieures 
et les moines de leur dé|iendance immédiate les mêmes droits que 
l'Hbbé de Cluny sur les siens. 

Les cliapilres généraux apprenaient par les visiteurs que telle 
communauté manquait de personnel el que telle autre souffrait de 
la présence d'un religieux dlHicile ou pervers. Les délinileurs en 
prévenaient l'abbé, ii qui seul il appartenait d'agir. Quelques moines 
de la province de Gascogne se conduisaient mal. Le ChauiLrier 
re\;ut l'ordre de les déplacer (13()4), en tenant compte pour cela d« 
la naturede leurs toutes '.A la mémeépo<iueetdan$la même r^on. 
quelques moines de Sainl-Lizier manifestaient trop par leurs actes 
el leur langage les divisions qui les agitaient. Le chapitre invita le 
cliambrier à se rendre sur les lieux [«ur expédier ailleurs les 
turbulents et les irréductibles et pour combler les vides iwr 
d'autres changements ^. 

On trouve dans la plupart des cliapitres généraux un ou 
plusieurs exemples de ces mutations sollicitées et obtenues par 
les détiniteurs. Toutes n'avaient point ce caractère de châtiment 
ou de mesure de police. Il arrivait t'réiiuenmienl (jue la vie était 
pénible aux religieux d'une mRison, dont le personnel se trouvait 
pour un motif ou pour un autre trop peu nombreux. Le cbapitre 
demandait alors à l'abbé de Cluny de l'angnienter de telle sorte 
que le chilfre ti.xé par la fondation ou par la coutume fût atteint. 
Ces décisions prouvent une t'ois encore le soin el l'intelligence 
avec lesquels l'Ordre était conduit. 

Le moine, k qui l'abbé de Cluny enjoignait d'aller dans un 
monastère quelconque, devait s'y rendre promplement. lin certain 
Nicolas de Hui s'était vu, par lettres patentes de l'abbé, transférer 
au monastère anglais de l^ewes; il n'obéit point. Les défmiteurs du 
cliapitre de 1306 ordonnèrent de l'expédier à Cluny où il recevrait 
un juste châtiment ^. La résistance venait aussi de la part des 
prieurs à qui les religieux étaient adressés. Quelques-uns même 



1 Ueniniunt ijucid Abbas injunfciii Camtrario Vasi'oniiv i|uu(l nioniicliumil 
transreriit île loeo ail loruiri secuiiiliim quylitulorn cleliclurum; Aetet A» ' 
Chnpilrriif fiSi. 

* Hem. 

* Quia Domnu-s Kifolaus <!c Hui mouurhiis aunni [Dunsioiiein habuit tn 
jirioratu Lewensi |i«r liUerus puieiiies D. Abl)Hli)i. ((itihua lilieris ilîilieri el 
disiulii utieilire... ; <:ai>iutur et millutur apuil Cluniaciini ail arbilrium illornin 
de online fiuniendus. Àclei du r.kapitre de 1306, 



J 



l'ordre de CLINY ET SON (.OIIVERNEMENT. 35 

allaient jusqu'à leur refuser le nécessaire. Il y avait une violation 
de l'obéissance et un nian(iuement grave à la charité. Ordre tut 
donné, en iolO, à tous les supérieurs de faire bon accueil aux 
frères ainsi envoyés, de les garder dans le prieuré et de pourvoir 
à Irurs besoins; et cela, en vertu de l'obéissance et sous peine 
d'excommunication. Ceux qui avaient des motifs de ne point les 
recevoir devaient les communiquer à l'abbé de Cluny et, en atten- 
dant sa réponse, observer les lois de la charité en vers les nouveaux 
venus K 

Cette législation se maintint dans son ensemble jusqu'à la 
destniction de l'ordre. 



De l^ad mission des religieux, venant 
d'un ordre dlfTéreni* 



Du dixième à la fin du douzième siècle, Cluny et les prieurés de 
sa déjK^ndance étaient en grand renom de ferveur. L(»s religieux 
qui abandonnaient leurs monastères pour vivre sous sa discipline 
le faisaient dans le but de tendre à la perfection. Personne ne 
pouvait en douter. Aussi les portes s'ouvraient-elles toutes grandes 
ilevant ces hommes épris d'un idéal plus élevé. Mais les abbés qui 
l(»s perdaient se résignaient difficilement à leur départ. De là des 
plaintes fort explicables. Les papes, voyant d'abord la perfection 
des âmes et la prospérité de l'institut qui leur procurait les moyens 
de l'atteindre, garantirent par leur autorité à Cluny le droit 
d'admettre ces moines qui venaient d'ailleurs, s'ils étaient mus j)ar 
la seule pensée de mener une vie plus sainte ^. 



1 Statuimus et ordinuimis (|uo(l omnes et singuli Decaiii et Prières ad (|uos 
Iralres reiigiosos a D. Reverendissiino transinitti coritij^erit, rcripiant et cari- 
tative tractent et aient. Si vero aliquam ie^itimani causam pnHendanl ob 
quarn ad receptionem aut detentionem dirtorum religiosoruin minime 
leneantiir. de ea diclum Dominum nostrum ciuani ritius voluerit cerlilicare 
studeant. Venim intérim ordinamus et in virtute sancla» ohedienlia> et su!> 
excommunication is pu'na pni'cipimus et mandamiis ut supradictos reli^nosos 
in suis monasteriis retineant et eis necessaria ministrent quous(|uc super hoc 
con;fruum a H. Donmo acceperint responsum. Actes du chapitre de tîit6. 

2 Hune vol)is concedimus pncroj^ativam ut (juisquis ad vos alieni monaslerii 
monachus pro vitu» melioratione transierit, licenter recipialur, semotis prions 
loci qu:i>riinoniis. Bulle de Paschal II. 1107. Buîlanum Cluniacrnse, p. 3i. 



Ces admissions n'offraient alors que des avantages. Mais les abus 
ne tardèrent pas à se présenter. Des prieurs recevaient indiscrè- 
tement quiconiiue frappait à la porte. Les fonctions nombreuses et 
parfois intéressantes gue l'administration des biens et des monas- 
tères nécessitait, attiraient des religieux fatigués par leur genre de 
vie. Ces hommes ne chercliaîent guère un moyen de servir bleu 
avec une perfection plus grande. I! ne ISIlail pas les recevoir à bras 
ouverts et indistinctement. L'expérience le montra bien vite. Aus^ 
Hugues V crut-il bon de se réserver h lui-même et à ses succès-' 
seurs le soin de statuer sur l'opportunité de ces admissions 
Comme lui. les abbés Henri I et Jean Il[ défendirent aux supérieurs 
hcaiix de les recevoir. Je^n déclare nulles les admissions ainsi 
fâites *. Plusieurs chapitres généraux, notamment ceux de 1375, 
1490 et 1S43, renouvelèrent cette délënse, à cause sans nui doi 
des nombreuses infractions que les visiteurs constataient. L'abbl$ 
de Gluny fut respectueusement invité à se montrer sévère, s'il 
voulait pas, en étant faible, semer la zizanie dans l'Ordre '. 

Ces dispositions furent maintenues après les réformes du dix- 
septième siècle. L'abbé, trop éloigné des monastères pour se rend] 
compte de leurs besoins, donnait trop facilement entrée à des rel 
gieux, même bénédictins de congrégations différentes. Les moinf 
de la strlte observance, qui avaient pris leurs précautions, écbap 
pèrent à cet inconvénient. Ceux de l'ancienne Airent moins heureux 
Le chapitre général de 1717 porta leurs plaintes à l'abbé. Celui- 
promit plus de circonspection; avant d'admettre ces religieux, 
s'informerait à l'avenir de leur conduite et de leur doctrine et ded 
services que l'Ordre pouvait en attendre '. Il s'interdit d'accordi 



Jean XI avait déjà concédé ce privilège pre.sque dans les mêmes temM 
en 931. Ibid. 1. 

' Slatuinius ut duIIus de alla religione in aliquu tooorum nostronim. sîn 
ooslra s|)e<:iali liceniia, recipialiir, iguia lalibus dnrum esL uïsuelu relinquer 
el noslris instilutionibus infgnnari. et siepe nostris propter suas levitalesm 
etiam enormitates, graves sunt et damuosi. Hiigonis slaluta. BibUotheeA 
ClUTiiacerwit 1460. 

> Joannis 111 sUluta. Ibid. 1603. 

> Qui diclus abbas sibi caveal quod in talibus non relaxet liabenas. ne in 
sue ordine zizania seminalur. Acte» du cAapilM ât I37S. 

* Cumsa'pius supplicalum ruit serenissImoAbbali qua tenus deliifteps oullant 
porlionem monachalem toiicedere dignelur quibtiscumque religioais extra- 
neis.,.. ('a\ supplicî pelilioni re.s|)Dndel se nullam in posierum concessuniWi 
pnnbendam seu mausionem )iis<'e religiusis, nisi de illoriun monbiis ei^ 





l/ORDRE DE CLUNY ET SON <;01IVERNEMENT. 37 

cette faveur aux religieux de l'étroite observance ^ pour ne pas 
encourager le relâchement parmi ses sujets. 



Contrôle des pouvoirs <le l*abbé de Gluiiy. 

L'abbé de Cluny avait donc sur l'Ordre tout entier une autorité 
tort grande. Elle n'était pas absolue cependant. On eut soin de la 
tempérer par des institutions très sages, qui, en lui assurant un 
contrôle, le tenaient (;n garde contre les dangers de l'arbitraire. 
Il devait compter avec le chapitre général, la visite et son conseil. 
Nous exposerons plus tard le fonctionnement du chapitre et de la 
visite. Il suffira de montrer ici comment l'abbé de Cluny avait à en 
tenir compte. 

Les défmiteurs, qui exerçaient toute l'autorité du chapitre 
général, tenaient leurs pouvoirs du Saint-Siège, ce (jui leur donnait 
sur l'abbé de Cluny une réelle supériorité, au moins pendant la 
durée de leurs fonctions. Cette supériorité s'affirmait dans des 
dispositions importantes. En voici quelques-unes. Les définiteurs 
se prononçaient en dernier ressort sur les affaires pendantes à son 
tribunal -. Le chapitre de 1297 eut à s'occuper, sur l'ordre de 
Boniface VIII, d'atténuer la rigueur des statuts promulgués anté- 
rieurement par Nicolas IV. Au lieu de laisser l'abbé de Cluny faire 
ce remaniement, il en chargea une commission, dont il fut membre ^. 
Les définiteurs lui donnèrent maintes fois des mandats à remplir. 
Lorsqu'ils avaient formulé leurs décisions, ils les munissaient de 
leurs sceaux; l'abbé de Cluny se bornait, comme les autres abbés, 
à souscrire sur le revers du procès-verbal qui les contenait *. 



dortrinis cerlior fhit et eviilentius illi ronstet de inajori onlinls utililate per 
dloniiT) receplionem. Actes du chapitre de 1717. 
1 Actes du chapitre de 17t8, 

* Omnes causîi» qua» inter pcrsonas ordinis ... et per abbatem non riierint 
terminatip. dilate ad capitulum |>erDefflniloresstalulos in capitulo lerminentur. 
Bulla Gregorii l\. 

* Quia ex statulis Nicolai IV multa ^ravia et importabilia siinl injiiiicla, ... 
D. Bonifacius VIII mandavlt quod cerUe person:e mitigareni, modilirarenl, (|Uie 
miti^nda, motlificanda existèrent in statutis pnpmissis. deffinilores (|uod ex 
tum Cluniacensis. Figiacensis, Thiernensis abbates ... pnpdicta efferlui non 
différant mancipare. Actes du chapitre de i297. 

* Ordinant Defflnitores quod Abbas et ca'teri se subscribant supra dorsum 
deffinitionum sigillis Defflnitoruin sigillaloruni. Actes du chapitre de 1399, 



3S 

C'est en vt-rtu de, la déltigation gue lui doniièreril les définitf^urs et 
non «Il vertu de son autorité iiorsoniielle, qu'il put relever des 
sentences d'excommunication portées par eux '. Ils ne craignait-nl 
pas de mettre à celte délégiitioi) des réserves *. Plus lard, le 
cha[iitre de 1477 désigna trois on quatre délinileurs pour conBrmpr 
et approuver en son nom les statuts que promulguerait l'abbé de 
Cluny *. Jaciiues d'Amboise devait rédiger les statiils pour les 
moniales de Marcigny. Le grand Prieur et le Prieur claustral de 
son ahhaye reçurent mission de les confirmer, après les avoir resTis 
et corrigés au besoin (1819) *. 

L'ablié Hugues V avait oRiciellement reconnu celle suprématie 
du chapilre général, en décrétant que les visiteurs lui rendraient 
compte de ce qu'ils avaient trouvé de défectueux à Cluny. Celle 
visite se liiisnit une fois l'an pendant l'octave des saints apôlrei' 
Pierre et Paul, par deux abbés et deux jirieurs de l'Ordre *. 
Grégoire IX, dans sa bu]le pour la réforme de l'Ordre de Clun>, 
bit siennes la plupart des expressions employées par l'abbé Hugues. 
Après quoi, il donne aux visiteurs les pouvoirs les plus étendus. 



1 Kos Ueniiiitorps vuluîmus el cirdinavimiis i|iio<l R. in (^hristo Puler ot rlomnu» 
AbbasClunlac«nsis[>ossil perse vel [leriilium alisolvere omnes. (iriaresel nUiift 
excommunlcatos iwr nos. Aetei du cAitpUre de t400. 

^ AcUf du chapitre de liSO. 

3 Trilius vel i|iiuiuor de no&im coïKieHlniloribus damus iiolesUilem ... oitti- 
naLionittus et stululis per H. P. Abbatem ruviendis nomine iiustro ronseuiire. 
ipBaijiie approbare et raulinnare. Actn du ekapitre de f Jî?, 

* Commiltimus D. D. majori et clau.ilrali Prioribus (|uatenus ipsi ... iiii;*^ 
ilam slalulu pro re^înimiiie ... priorulus Harcinlani facla cl iirumtilgata per 
D. iacobum Av Ambasia. Abbalem Cliiiiiacensetn, diljgenler e[ arcurale videaDI. 
visa norriKant el amendent, addeiidu i\n:e iidilenda, et delrubcmlo qa^f subira- 
beiida viderini. iu inetiua reformeiil el auclorilale nustni. verius aposiolicu. 
ironfimienl el siabilianl. ÀeUi du thapitre de 1519. 

r> r.um Uominalorem omnium subditum homiuibus fuisse le|;anius. nos 
[pHius sequenles exemplum ... ul formam demus ad imiiandum nos : etiatn 
nos ipsos legi siilytcimus. staluentes ul i|ualuor disrreta' el Idotie»' p«rson:F 
eligiiiitur: «oilicel duo Abbal«s el duo friores, ad r.luniacen.seiii ri-rlc«inm 
pCrtlnenles. i|ui semel m anno. alaluto lermitio, videliccl in orliivis ^ifinsio- 
iorum Pelri el Paul!. (UuniMCuni venianl, lam de noslra persona, id tvsi Abbalis 
(■.luniarensi(iipiirumi|ue per sucrediriiliu Ifliniifii ;i fiicrir. <(iiiiiii île sliirii Kivlesiif 




l'ordre de cluny et son gouvernement. 39 

les autorisant à demander la démission de Tabbé, si la chose est 
indispensable, et, en cas de refus, à en référer au Saint-Siège K 
Nicolas IV, qui renouvela ces prescriptions, fixa le moment de la 
visite aux six jours qui suivent la clôture du chapitre général. Pour 
faciliter aux visiteurs l'exercice de leur tâche, il indiqua les points 
sur lesquels ils auraient plus particulièrement à insister ^. 

Les Définiteurs savaient donner un avis à Tabbé, quand il y avait 
lieu. L'accomplissement de leur devoir était alors pénible et délicat. 
C'est ce qui les porte, en i388, à prier respectueusement l'abbé de 
Cluny de gouverner sa maison de telle sorte que le chapitre ne 
puisse lui décerner que des éloges ^. Ils ne craignirent pas, en 1436, 
d'adresser à Odon II de la Perrière de graves avertissements 
accompagnés de menaces. Cet abbé ne tenait compte ni des 
décisions du chapitre général ni de celles des visiteurs. On lui 
enjoignit d'avoir à les exécuter, sous peine d'encourir les consé- 
quences du mécontentement qu'éprouveraient à ce sujet les Défi- 
niteurs et le Souverain Pontife *. 

Le Supérieur général de l'Ordre avait continuellement à sa portée 
le secours d'un conseil. La règle de saint Benoît lui prescrit de 
prendre l'avis des anciens pour le gouvernem(înt de son propre 
monastère. Cette précaution devenait plus indispensable encore, 
lor.squ'il s'agissait de la conduite d'un ordre tout entier. Les statuts 



1 Kt si abbatis exegerint démérita qua* celari non debent. per vivSilatores 
nioneatur ut cedat et liceat visitatoribus et convenlui Cluniacensi hujusmodi 
recipere cessionem. ^^uod si forte abbas sibi cessionis reinedio noluerit provi- 
dere. (jUîP de ipso visita toruni in(iuisito comprehendet, ad Sedeni apostoliram 
referantur. Bulla Gregorii IX. 

2 Adjiciamns autem quod abbas Cluniacensis corain Visitatoribus de omni- 
bus obligationibus pereumdem vel de ejus mandato factis ac etiam de proven- 
tibuset expensis reddat explicite rationem; et Visitalores pnpdicti \v,v.c signili- 
rare in sequenti capitulo generali et deinde summo Pontifici annis singulis 
teneantur. Bulla Nicolai IV. 

8 Deftiniunt deffinitores ((uod abbas jus Kcrlesiii» suie taliter prosequatur 
quod in sequenti capitulode aliqua negligentia non possit notari. sed de bona 
diligentia commendah. Actes du Chapitre de 1SH8. 

♦ Nos considérantes quod parum est leges condere nisi debiUp executioni 
demandenlur. et quod reformatis membriscaput quod est membrum dictorum 
egel ardentiori remedio medicina*, propterea hortanuir H. in Chrislo Palrem 
et Domnum abbatem Cluniacensem, et apostoiica (jua fungimur auctoritate 
mandamus quatenus ordinationes et mandata, a nobis facta et injuncta per 
D.D. Visitatores, implere non ditferat amplius, si ipsius Apostoiica» sedis acri 
moniam evitare et nostram velil. Actes du Chapitre dei4S6. 



40 REVUE MABILLON. 

anonymes lui donnent un conseil composé de douze religieux, dont 
il prenait l'avis dans les affaires qui concernaient la discipline et 
l'administration \ Ce conseil fut connu dans la suite sous le nom 
de la Vaâte, emprunté au local où il se réunissait. Il intervenait 
dans le choix des supérieurs locaux. Mais ses principales attribu- 
tions avaient trait à l'administration temporelle de l'abbaye et de 
l'Ordre. Ce conseil, qui joua un rôle très important au quinzième et 
au seizième siècle, se composait de l'Abbé ou de son Coadjuteur, 
président, du grand Prieur, du Prieur claustral, de quatre religieux 
choisis dans l'Ordre, du Chambrier et de deux prêtres de l'abbaye *. 

Dom J.-M. Besse. 



1 Et (iiiia scripliim est, onmia foc cum cotisilio et postfacium non pœniteàis. 
Domnus Abbas duodccini fratres in domo Cluniacensi semper habeat, quorum 
consilio in omnibus lum interioribusquam exterioribus agendis semper utatur. 
Bibliolheca Cîunincensis, /473. 

? Caméra Oluniacensis erl^'atur ad honorum temporalium omnimoduni 
administrationem, in qua pncsident D. Abbas vel D. Coadjutor; sine in ea 
prior major et prior olaustralis, quatuor socii in ordine. Camerarium et duo ex 
fratribus presbyteris... pênes quos sit omnis auctoritas. In absentia D. Abbatis, 
D. Coadjutor, bis absentibus prior major et prior claustralis pni'sideant; nec 
quic(|uam, nisi ex bis quatuor uno pnpsidente, decerni aut immutari possit- 
R. D. Abbas, vol in ejus absentia D. coadjutor in ramera unam tantum vocem 
habeant, et, si vota essent a^quaiia, suffragium illorum |>ntponderabit ad deffi- 
nicndum. Actes du Chapitre de i57L 



Des circonstances plus fortes que nos volontés ayant cmpèclié 
la n-vision lies épreuves pour une partie du premier numéro de 
la Revue MabilUm, il en est résulté, notamment dans la Note sur 
(pielques abbés île Saint-Denis et dans l'article sur le Calendrier 
(le Saint-Ucnis, un certain nombre de fautes assez graves que nous 
tenons Ji rectilîer le plus tôt possible. 



Corrigenda dans la Note sur quelques ahbén itt Saint-Denis-. 

Pagi.) 43, n. (ili mettre iex mots avec TubrévialioD d'une nasale en ilatii/iie.ii. 

— n. (h) et n. (i) à irpiivler à la pngf suivante. 

P:\ge ifi. licites 8 et 9. lisitz : lu sutmlilution... n'était peul-i^tro point encore 
un Tait iiccomplî. 

l'âge 17, n. i. Substituer au texte de ceJtv mie le texte suivant : 

Clirori. brève S. Dionysii ad riici. pasch., u. 1005 : Ut>iit Robertm 
ablian.... éd. Itcrger, p. 27S. — I^ manuscrit de Rome Keg. lat. 309 
iwrle : Otnit Hotbntux abhaa saneti DyoHtsL Les lettres nixi 
sont Écrites au-ilessus île la ligne et de la première syllabe : Dyo. 
Reste iHiBsible la supposition qu'il s'sigit en 1005 d'un iibbë de 
Saint-Denis autre que Bobert IT et inconnu par ailleurs. Nous l'i'car- 
lons commL' gr^iluite. 

Page W, n. 9. ligne 8. aiirigez : (Jiry, La donation de Ruett.... 

l'agi' *9, n. 2, corrigez U disposition, au lieu de : le dispositif. 

— n. 3, corr. les passages, au lieu de : les ouvrages. 

l'âge 50, ligne 11 : et serait seulement, corrigea : et ce st^riit seuletnenl. 

— ligne Î2 : eommixssi, rori: : Citnmissi. 

— n. 1, ligne 3 ; n. 37. cm: : n' 37. 

— n. 3, ligne 2 : n. 4182. curr. : n" 4189. 

p-.ige .H, ligne 17 : c'est ii cette tiue.... airr. : c'est li celte on;asiori que..,. 

— n. 1, ligne 3 : secteur, corr. : Saekur. 

— — lignes: »'jHf,OJ(r. ;.V(((p. 

— n.3: 691. corr. .■991. 
Page m. ligne 13 : par le diplôme, corr. : pour le diplAinc. 

— n. 4 : n. 10, cnrr. : n" 10. 

— n. S : n. 1*, corr. : n" 1». 
Page 53, note : XIV kal. december.Oti. .-idelaidis irgiiin.corr. : XI 

lifcemtir. Ob. Aelaiilis regina. 

— n. 1. ligne 1 : n. XV. forc. : n" XV. 

— — ligne î : p. X, n. .X, cotr. : p. i.xx, n" 33. 

— n. 2, ligne I : Viit., coir. : V. id. 
pjge 54 : Bestiluer entre Odilon et .4lhrrt lu mention : Vivien, ùj 

en 1008, mentionné par un dipli'ime du 17 mai lOOB. mort 1. 
le 10 aoQl d'une année inconnue. 



fiorrigenda dans yOffiffi divin dans l'abbaye de Sainl-Oenis. 

Piiei: S6, dernier alinéa, ligne T, au lieu tle : It^s duc soldats; 11»» : les 
dix mille, martyr i. 

— ligne 8. au lieu de ; saùU Lévi; lisez : naitit Léon il. 
Page 57, ligne 3, au lieu de : naint Brieux; lisez : saint Hilure. 

— ligne 8, au lieu de : saint Thomas Beequft; lisrz : sninl Thomax 

BHCiiet. 
l'âge Sa, ligne,'), au liijudc ; ou d'Hit!: imiiuttn : lisez : et d'une oraison. 

— ligne M, au lieu de: autant de vfpre^ iWaïa.: auUtnt derépims. 
Page 59, ligue 7, après saint Afanricc. : ajoutez : saint Demrtriu*. 

Page Kl. au â7 janvier, au lieu de: Fabiani epi&cvpi; \,Kez : Juliani episaipi. 
Page 63, au iS février, au lieu de : XII lectinnum; lisez ; /// lectionum. 
Page 6S, ligne 3, au lieu de famex; lisez : fomrs. 

— au 3 mai, au lieu de : Theodoti; lisez : Th^odoli. 

Page 66, au 33 juin, an lieu de Decem mililtim; lisez : Demm milium. 
Page (f7, au 9S juillet, au lieu de : Chri/sologi; lisez : Ciistofori. 

— au 29 juillel, au lieu de : .Symphorusœ, Famli; lisiiz : SimpHrii. 

Fauslini. 
Page 68, au 6 août, au lieu de Agapilis; lisez : Agapiti. 
P.ige 69, au \" septembre, au lieu de : t'riscœ; lisez : l'riai. 

— au 13 septembre, au lieu de : Mouritii; lisez : MaurilH. 
Page 70. un 2 octobre, au lieu de : et eonfessoris; lisez : et martyris. 

— au 23 octobre, au lieu de : XII lecttvnum; lisez : /// lectionum. 

— au 33 octobre, au lieu de : XI! lectionum; lîsee : /// hctioavm. 

— au 25 uctobre, au lieu de Hilarii ; lisez : HUart. 
Page 71, au 8 novembre, ajoutez : XII teclùmnm. 

— au 2* novembre, ajoutez ; Oiisagoni mart. mem. 

— au 31) novembre, au lieu de : l confessoris; lisez et marlynx. 
Page 73, au H décembre, au lieu de et marf^m,- lisez : memoria. 

— au 29 décembre, ajoutez : XII lecliimum. 

~ au 31 décembre, au lieu de ccn/'^s^mix ,- Vuez coufeseoris. 




NOTE S|;H quelques ABBËS de SAINT-DENIS 41 



..NOTE SUR QUELQUES ABBÉS 'DE SAINT-DENIS. 



1* — Lie pi*ocès-vei*bal d^électlon de Fabbé 

de ISaliit^Denls, Albert* 

M. Achille Luchaire, le savant profiîsseur de la Sorboniie, a 
récemment signalé quelques documents qui intéressent l'histoire 
de Tabbaye de Saint-Denis. Parmi ces documents, il en est un d'un 
intérêt capital : c'est le pro(îès-verbal d'élection d'un abl)é de 
Saint-Denis, Albert, dont le nom manque dans les listes abbatiales 
qui ont été dressées jusqu'à nos jours. 

L'instrument d'archives, qui avait très anciennement dis[)aru du 
chartrier de Saint-Denis, est une expédition sur parchemin très 
soignée, d'une belle écriture de l'extrême fin du x'^ ou du commen- 
cement du xr siècle. Tronqué en haut et en bas, rogné sur les 
côtés, troué par places, usé le long des plis, il est, on le voit, en 
mauvais état : les deux premières lignes sont même devenues en 
partie illisibles, par suite de l'emploi d'un réactif pour faire revivre 
l'écriture. Conservé dans le Regiria 980 de la Bibliothèque du 
Vatican, où il formait le folio 0, il en a été distrait pour constituer 
à lui seul le Regina 980^ '. 

Ce qui reste de ce précieux texte suflit à nous permettre d'en 
saisir le sens général. Nous apprenons que le roi de France et de 
Bourgogne, Robert, a voulu demander aux grands du royaume 
(aux évêques) et aux prêtres, aux moines dionysiens aussi, de 
désigner comme abbé de Saint-Denis un successeur à l'abbé de 
Cluny, Odilon qui, ne croyant pas pouvoir plus longtemps i>orter 
le lourd fardeau d'administrer Saint-Denis, s'était rendu auprès du 
roi pour le prier de pourvoir à son remplacement. Robert le 
Pieux, sur le conseil unanime de ses fidèles et selon la volonté de 
la congrégation dionysienne et de l'abbé de Cluny, choisit le moine 



1 .Nous devons ce «lernier renseignement à notre confrère, M. L. Halphen, 
membre de TÉcoIe française de Home, à qui nous sommes redevable «Pautres 
recherches entreprises à noire requête. 



Albert, qui avail été élevé dans ce monastère et que recomman- 
daient sa connaissance des prescriplions régulières, sa dévotion, 
sa naissance ft son érudition tliéologique. L'acte était souscril, 
sur deux colonnes, par de -nombreux membres de ta congrégatiou 
de Saint-Denis, parmi lesquels Odilon, le prieur Yves et des prêtres. 

L'abbé Albert, dont il est ici question, est celui igui mourut 
en 1049 ', le 29 juillet 2. 

Non seulement le docunienl permet d'identifier les indications 
mystérieuses du Chronicon brève sanuti Dionifsii ad cyclos pas- 
chales et du Nécrologe de Saint-Denis relatives à un abbé Albert 
inconnu, mais encore prouve ce que M. Ptister, avec sa [wrspica- 
cité habituelle, avait supposé ", à savoir que l'abbé de Cluny Odilon 
avait administré Saint-Denis après l'avoir réformé *. 

La ligne de date f^it dé^ut. Le seul indice clironologiquc que 
renferme le texte est fourni par le titre donné au roi Robert : 
rex Francorum Bur(iumHmum<iiie. Le duc de Bourgogne, Henri 
le Grand, mourui le l.'i urinhn' liiii-J. \,<- roi Koliert voulut disputer"! 
au beau-tils lii- HimuI. nui.-Guill;uuue. le duché et les comtés 
d'Auxerro et d'Autun que celui-ci avait occupés; en 1003, l'expé- 
dition roj-ale écboua contre Auxerre et l'armée se borna à ravager 
le pays Jusqu'à la Saône. En 1005 seulement, le roi prit Avallon 
et, dès 1006, l'autorité de Robert le Pieux était reconnue en 
Bourgogne, mémo par Otto-Guillaume, sans être cependant soli- 
dement établie ». Notre procès-verbal ne saurait être antérieur 
il 1002 et peut-être même à 1006, ni postérieur au 20 juillet 1031, 
date de la mort du roi Robert !i Melun *, 

C'est tout ce que nous pouvons tirer présentement du texte que^ 
nous publions ci-dessous. 



I 



i 



' Chrimir.im brève Sitneli Dtonyfii ad eyelo* paichiUfi. a. 1049, é^\. BlieBi 
(Bibliotkègue de VÈeolf dr* CXarUt. t. XL), 11. 375. 

a Xér.rotngf de Sam/Dmi» : ■ IV Kat, Âug. Oh. ... doainui Albertu*. - Bien I 
que k nom ne soit pas suivi du lilre A'abboê, il n'est pas douteui qu'il s'xgisss J 
ici d'un ibbé : il est A noter, en elTel, que les réilticieurs du ni3crolo^ onl.j 
réservé \a queliflration de detimua. quand ils l'emploient, »n\ seuls abbéK. L« \ 
noms qui suivent dans le même ([uaniii'me et que l'on |ieul idenUller Bppa^' ] 
tiennent au xti» siècle ■ ce sont l'éveque de Paris Etienne de .Senlis 0124-1 Hl) 
et l'abt>é de Saint-Denis Guillaume II (I tT3-1IS6). 

» PfIîITER, Sludea mr le règne de Soierl le Pieiu- (Paris, 1H«8, În-H", ItiP^e 
de la KiiciiW de Paris), p. 3(M1. 

* Ainsi se trouve infiruii'e l'opin-ion de I). Kj^libik^, HUlotrr de l'abbaye de 
SaiKt-Oengi, p. 117. 

fi PFISTEtl, op. cit., pp. 355-200. 

■ Pfisteh, op. til., p. 81 el n. 4. 



NOTE SUR QUELQUES ABBÉS DE SAINT-DENIS. 43 



Fra^^meni du procès- verbal d'éleellon 
de l'abbé de Saint-Denis, Aibert. 

A Bibliothèque du Vatican, Reg, 980^ (ancien Reg, 980, fol. 6) i, commen- 
cement du XI* siècle. 

Ind. a. Luchaire, Études sur quelques manuscrits de Rome et de Paris, 
dans Bibliothèque de la Faculté des Lettres (Université de Paris), t. VIII 
(1899, in-8»), p. 157. 



li ^ illumque <*) fieri secundum Deum preesse cupiunt assensu unani- 
mi[tatils .... 

Il ^ .... patriam precepcionibus (^) Deo omniflue bonitatis annuente edoctus 
serenissimus Rotbertus rex Francorum Burgundionumque sim[ul] .... humanas 
res ^c> .... 

Il 3 .... ernunt communicari consiliis subditorum voluit de abbatia excellen- 
tissimi martyris Xpi Dyonisii sociorumque eius expetere consilium ex sui 
regni proceribus .... 

Il ^ .... [sacerldotibus verum etiam cum predicti loci monachis, quero, post 
domnum Odilonem abbatem, roiris dulcibusque moribus comptum prasfate 
abbatise prelatum sanciret Dei com (<^) .... 

Il ^ ....mpe dicioni ipse locus subdebatur a diurnis temporibus, prefato rege 
annuente, roerituro sanctitatis eius expertus idemque abba videlicet Odilo 
afTectu suo .... 

Il ^ [alnimadvertens se non posse tam grandisonum pondus ut hactenus jam 
perferre, excellentissimi régis iamfati procerumque s[uo]rum submovit pr?^ 
sentiam ut sibi («).... 

Il " sencio (0 atque plebriatus te) per placido ipsius flatum Deo quandoque 



(•> Oii peut lire aussi bien ullumque. — ^) L'\ de la syllabe cio est suscrit au 
dessus d'un a qui est expo'nctué. — ^^) res est de lecture douteuse. — (<i) On lit 
co avec l'abréviation d'une nasale. 

!•) La fin du tnot est illisible. — ^^ La syllabe cio est de lecture douteuse. — 
U?) sic. — (h) La fin du nioi est douteuse. — (*) La première lettre est douteuse. — 



1 M. G. Périnelle, archiviste-paléographe et membre de l'École française rie 
Rome, a bien voulu me faire photographier ce document; et mon excellent 
confrcre, M. Louis Halphen, a revu ma transcription sur l'original. Quel(|ues 
mots qui étaient mal venus sur la photographie ont pu être déchiffrés sur 
l'original par M. Halphen; d'autres qui sont illisibles sur l'original ont reparu 
sur la photographie. Je remercie MM. Périnelle et Halphen de leur obligeance. 



44 REVUE MÂBILLON. 

vocante quo venit, nolens locum pretitulatum sine pastor[ilb[u8l (^) .... ige 
icassum relinquere .... 

Il ^ nerunt (^) procerum singuli, eoque deprecante, prefotus rex assertione 
ca^terorum fieri adiudicavit .... factione ^) cum alise proficu .... 

Il •* illa utilliraa auctoritas est indita quo pretextatus locus in ipsius régis 
successorumque regum inibi ^^) labe[n]tis asvi temporibus persistens, nulli 
umquam .... 

Il ^^' tant! patris meritum siibiaceat. In iiac igitur abbatia elegit predictus 
rex cum communi suorum fidelium consilio [.... v]oluntate ^^0 precipuas ipsius 
congreg[ationi8] .... 

Il ^^ (lomni Odilonis abbatis cœnobii Cluniaoensis quendam monachuin, 
nomine Albertum, ipsius loci alumpnum, regular[i]bus 0) institutionibus 
adprime eru[ditum] .... 

Il ^ fructuosis percomptum actibus, nobilissimis ortum natalibus et tam novi 
quam veteris instrumenti detritum erudicionibus. Et ut ha&c electio aH"^) .... 

Il 15 non ficte sed alacre ratam .... e voluraus, act.... [maniMuls propriis 
firmatam, onomatum suLscri]ptione <») corobor[a]t[a]m au.... 

Il 1* *. Signum <»» Odilon[isl (p) abb[at]is ii) S 

Il 15 S. Ivonis priorris S. Constancii sacerdotis W. 

Il i« S. Vuillelini sacd. S. Humberti sacd. 

H 17 S. Ernoldi sacd. S. Pétri sacd. 

Il 1^ S. Aimonis sacd. S. Immonis sad. 

Il 1^ S. Airardi sacd. S. Benedicti sacd. 

'^ S. Milonis sacd. S. Ivonis sacd. 

21 S. Gozfredi sacd. S. Restoldi sacd. 

^ S. Armanni sacd. S. Landrici sacd. 

Il 23 s. Frederici sacd. S. Bertrandi sacd. 

Il 24 s. Constancii sacd. S. Gamalfredi sacd. 
Il 25 sacd. (•). 

U> Ln première lettre est douteuse. — tk) id lecture de ce mot n'est pas abs(h 
lument certaine. — <^') Il faut peut-être lire secunduni voluntaleni. — (*) L'ori- 
ginal ne permet de lire que regu...rabus; la photographie laisse clairement 
entrevoir rcgularabus. Corr. regularibus. — ("») Le document est si malencon- 
treusement coupé qu'on ne peut pas lire autre chose que al; mais il faut 
probablement restituer abbatis. et non Alberli, car dam le reste de la teneur les 
7107ns de personne Rolberliis, Odilo, Alberlus sont écrits avec une inajuscule 
initiale tandis que nous avon^i ici un a minuscule. — (") Sur l'original, on ne 
lit que su ; mais le reste se laisse deviner; sur la photographie, on lit nettement 
la fin du mot. 

(o) Nous traduisons par Signum la note tironienne 2J- qu^ nous représentons 
ailleurs par S. — (P) L'original ne permet de lire que Odi; la photographie 
fournit Odil et laisse apercevoir on. — (<i) totalement illisible sur l'original, le 
mot est au contraire assez net sur la photographie. — <t) abrégé sacd partout. 
— (•) A droite des souscriptions et en travers est écrit d'une encre plus noire et 
en caractères du IIV*> siècle Lartdrici. 



NOTE SIR QL'ELOLES ABBÉS DE SAINT-DENIS. 45 



mi. — W^m abt>és de 8Alni-Deiil« de OI^O à 1040. 

S I. — CHRONOLOGIE DES ABBÉS MENTIONNÉS DANS LES LISTES ABBATIALES. 

Le document que nous venons de publier nous a conduit à 
examiner la chronologie^ des abbés de Saint-Denis à la fin du 
x** siècle et au commencement du siècle suivant et à tenter ainsi 
de préciser, dans la mesure du possible, les dates auxquelles on 
lK)urrait introduire saint Odilon et Albert dans les fastes abbatiaux 
de la célèbre abbaye parisienne. 

Le dernier catalogue critique des abbés dionysiens a été composé 
au xviir siècle; dans les limites chronologiques que nous assignons 
à nos recherches, entre 980 et 1049, les auteurs du Gallia Chris- 
tiana ont, à l'aide d'une observation de D. Mabillon S corrigé la 
liste qu'avait dressée D. Félibien * et établi la chronologie abbatiale 
ainsi : Hobert II (980, 988, lOOo), Guérin (988), Vivien (998, 1008, 
1049), Hugues IV (1049) \ 

Il faut tout d'abord contrôler la valeur des renseignements qui 
nous sont ici fournis. 

1* RoBEKT II et GïJÉKiN. — La date initiale de l'abbatiat de 
Robert II est inconnue, mais la première motion de cet abbé est 
bien de 980 : le 15 octobre 980, Robert obtient de l'empereur 
Otton II un diplôme confirmant les possessions de l'abbaye de 
Saint-Denis dans l'Empire *. — La date de 988 que l'on impose 
comme terme extrême au gouvernement de l'abbé, résulte de deux 
documents : une lettre de Gerbert et une charte de Guérin, succes- 
seur de Robert II. 

La lettre de Gerbert fut écrite vraisemblablement au nom de 
l'archevêque de Reims Adalbéron et adressée au roi Hugues Capet. 
Consulté sur le cas de l'abbé Robert II, l'archevêque répond qu'il 
ne lui appartient pas « de mettre la faux dans la moisson d'autrui », 
que l'on doit à la révérence et à la dignité du monastère de 
Saint-Denis de ne déposer ou imposer aucun abbé sans le consen- 



1 Mabillon, Annales Benedictini, t. IV, p. lu. 

* FÉLIBIEN, Histoire de l'abbaye royale de Saint-De^iySy pp. 1 11 et siiiv. 
« eallia Christiania, t. Vil. col. 3(51 et suiv. 

* Original .scellé, Archives nationales, K 17, n. 4. — Tardif, Monunients histo- 
riques. Cartons des rois, p. 147, n. 235. 



I 



46 IIËVIK MAnrLLON. 

ternent des comprovinciaux intéressés el sans une solennel 
[ ftveur, enfin que, si l'on reLarde la solution de l'atfaii-e. il trouvera, 
f avec le roncours d'hommes sages et religieux, ttuelque chose d'utile 
[ et dlionorable à suggérer an roi '. Cette lettre fut envoyée le 
[ S3 décembre 988 ou peu après, comme rétablit Julien Havel *. 
' Â nous en tenir aux termes mêmes de cette lettre, il s'agissait de 
déposer Robert II et d'imposer un autre abbé; mais à la lin de 
décembre 988, la substitution de Guérin â Robert II n'était point 
encore un lîiit accompli. 
La charte de Guérin a seule déterminé Mabillon et les auteurs du 
) Callia Cfirisliajia à adopter la date de 988 pour cette substitution. 
Par cette charte, l'abbé Guérin, « à la requête de Berland. abbé de 
Saint-Vincent de Laon, accorde aux moines de cette abbaye l'asso- 
ciation spirituelle a%'ec les religieux de Saint-Denis, et leur concède 
une église avec ses dépendances à Andelain et à Berteaucourt, 
moyennant le paiement d'un cens de six deniers, tel que le payaient 
Azon et Grignier qui avaient auparavant tenu de Saint-benis les 
dites terres ' n. 

Cette cliai-te est datée du 8 décembre de la seconde année du 
règne d'Hugues Capet et de la sixième indiction '. La date est 
incohérente : l'année du règne correspond à 988 et l'indiction de 
septembre k 992. Ce dernier élément chronologique est nécessaire- 
ment liiutir, puisque l'abbé Berland mourut en janvier 990 " : la 
correclion de i'nrf. VI" en ind. ill" paraît s'imposer, bien qu'elle 
ne fesse pas conatrder l'année du règne (988) avec l'année indic- 



I Ggrbeht, Lettres, ep. l-i3, l'dil. Hiivel (Collntion de texte» pour tervir à 
l'iftudf fl à l'enteignetneat de rkittoire), p. 138-9. 

> Julien Havet. Lettre* de derberl. p. tS8 n. S el |i. tîO ti. I. Lii IcUre Hp]iar- 
tienl au grou|ie ries 180 iiremiÈres dont le olasaenienl dans la iradition manu- 
scrite ri^jiDnil à l'ordre rhronologiigue : sa date paraît èlre sollilement établie. 

^ Cartutaire de Saint-Vineent de Laon. <'4irIaVl]], 6A. Poupunliu (Milnuiires 
de rhittoire de Paris et de ritf-de-Frawe, l. XXIX, latî), p. lOâ (tir. ù part, p. U,. 

* Âelum Stmeli Dgimiiii, VI" idu» dfvetnl>rt», anno régnante Hvgone rege 11^, 
ittdktione Vin. 

'■ Le 18(011 le I7Î) janvier. Cf. PorPAHom, Cartulairr lU Sainl-Yincent de Laon, 
p. IW n. I, el p. ÎSS. Ailleurs (p. 191 n. 3), cet auteur semble dire i|ue Herluud 
mourul le 3 mars 986 ; il n'y a lii cfu'une simjile Inadvertance comme le prouve 
la date du dijilôme de Hu^es Capel |MJur Saint-Vincetil de Laon (J3 sept. 9l(T) 
publii^ par H. Poupardln d'après le carlulalre (p. <83} et fonsei'v<^ en original 
a ta Rihliothfque de Laon (Collection d'aulograplies. carlon, I, n. IN). Cf. Lot, 
Étudei lur le règne de Hugues Capet. Paris. I90:i, iu-S« (Hibl. de l'Ecole des 
Hautes-Etudes, fasc. 147), p. 331, n. 1. 





NOTE SIIK QUELQUES ABBÉS I)E SAJNT-DENIS. 47 

tionnelle qui serait alors 989 *. On peut donc, après la correction, 
hésiter entre 988 qu'ont adopté les auteurs anciens 2, et 989 que 
l'éditeur du Cartulaire de Saint-Vincent de Laon a préféré. De prime 
abord, même si Ton sait que, dans les chartes privées, le calcul 
des années du règne présente les erreurs les plus singulières '\ on 
peut être tenté de donner la préférence à 988, parce que la rédaction 
de l'acte est si voisine du début du règne qu'une erreur est peu 
vraisemblable. Mais la lettre de Gerberl doit taire pencher la 
lialance en faveur de 989, à moins (|ue celte lettre ne fut une 
réponse tardive à la sollicitation du roi, (jue les événements 
n'eussent prévenu le refus de l'archevêque Adalbéron de participer 
à la déposition de Robert, et même que le métropolitain rémois, 
désapprouvant l'acte du roi, feignît d'ignorer la solution intervenue 
pour se permettre de proposer à Hugues Capet la réunion d'un 
synode pour examiner l'affaire. Si nous penchons pour la date de 
989, nous ne la présentons que comme probable. 

En 1005, le moine qui inscrivit, en marge des tables pascales, 
de brèves notes historiques, mentionne la mort de Robert et lui 
donne la (jualité d'abbé * ; on ne peut pas écarter le témoignage de 
cet auteur : le caractère même des notes marginales écrites, pour 
ainsi dire, sous la dictée des événements, donne à ce téjnoignage 
un grand poids. La façon dont s'exprime Gerbert dans la lettre 
précédemment citée laisse entendre que la substitution de Guérin à 
Robert ne s'était pas faite du consentement des moines, et il est 
ix>ssible que Guérin ait été considéré par (hix comme un intrus : 
le passage de Guérin sur le siège abbatial de Saint-Denis n'a laissé 
aucune ti'ace dans les documents de l'abbaye, chartes, nécrologe 
et chronique; on peut donc croire que si Robert reparaît en lOOo, 
avec son titre d'abbé, c'est qu'il avait recouvré, à une date que nous 
ignorons, l'autorité abbatiale. 

Robert II, qui avait commencé son abbatiat avant le 15 octobre 980, 
fut donc vraisemblablement déposé à la lîn de 988 ou en 989, il 



1 PoiPARDiN, Cart. de Saint-Vincent rff Laon, p. 192 note. 

» FÉLiBiEN, Hist. de Saint-Denys, pièces justificatives, p. Lxxxi, n. cvn. — 
Mabiiion, Annales Ben., t. IH, p. 6o3. — Oallia Christiana, l. c. 

2 Lot, Hugues Capet : « Cette donnée n'a jamais qu'une valeur approxima- 
tive « p. 179, note. 

* Chron. brere S. Dionysii ad cycL pasck., éd. Berger, p. 27o.. Restent 
|K)ssibIes deux suppositions que rien n'est venu justifier : 1" (lu'il s'agit on i(K)3 
d'un abbé de Saint-Denis autre que Robert 11 et inconnu par ailleurs; 2" (piil 
s'agit d'un abbé d'une autre abbaye. Nous les écartons comme gratuites. 



48 REVUE MABILLON. 

eut alors pour successeur Guérin qui n'est mentionné que dans la 
seule charte du Cartulaire de Saint-Vincent de Laon, et il fut pro- 
bablement rétabli dans ses fonctions abbatiales. 

2" Vivien. — L'abbé Vivien aurait succédé à Guérin avant 988, 
et sa présence sur le siège abbatial de Saint-Denis en 998 était, 
aux yeux de I). Félibien et de ceux qui l'ont suivi, attestée par un 
diplôme de Robert le Pieux daté de la première année du règne 
et du !25 janvier ^ : malheureusement, l'instrument d'archives qui 
a longtemps passé pour l'original scellé d'un document authentique 
est un faux très ancien, comme M. Plister a eu le premier le mérite 
de le dire, et l'autorité d'un tel acte est nulle en l'espèce ^. 

Si la date à laciuelle on plaçait la première mention de l'abbé 
Vivien n'est pas acceptable, celle de sa mort est-elle plus certaine? 

La seule autorité qu'on pouvait invocjner en faveur de 1049 était 



1 Orij^niial scellé, Archives Nationales, K 18 n" 2. Tardif, Mon. hist., p. ITiO 
II" :2i9. D. Félibien a daté ce diplônie de 998 (Hist. de Saint-Drnys, pièces 
justilicalives, p. LXXXII n" CJX); mais le io janvier de la première année 
correspond à 997. Cette date est euij)runlée à un diplônie de Robert l''"" (Recueil 
des historiens de Fra'ikve, t. IX, p. .m9) que D. Doublet a attribué par erreur 
à Robert II (Histoire de l'ahbaye de Saitit-Deins, p. 820). L'impossibilité où l'on 
est de faire cadrer les souscriptions du diplônie avec la date qu'il s'attribue 
est un élément de crili(iue important : c'est sans raison que Jules Tardif a cor- 
ri^çé la li^ïne de date pour lui faire dire 1008, et que M. Plister place ce docu- 
ment « vers 1008 » (Études sur le règne de Robert le Pieux) (Paris 1886, thèse 
de la Faculté de Paris, catalojfue n" îi8, p. LXXI). 

2 Voir Pfistkr, Robert le Pieux, l. c. - Ce sinjfulier acte est tout à la fois 
une conlirmation d'immunité, une exemption des assises que le roi tenait à 
Saint-Denis aux fêtes de Noël, de l'Epiphanie, de Pâques et de la Pentecôte, 
une conlirmation des droits de justice de l'abbaye et un jugement contre 
Rouchard de Montmorency qui opprimait l'abbaye. — Les excellentes raisons 
invoquées par M. Plister pour proclamer la fausseté de ce diplôme ont été 
acceptées par les meilleurs diplomatislcs Julien Havet, Les origines de Saint- 
Denis, dans Œuvres, t. I. p. 19i. - La donation de Rneil â l'abbaye de 
Saint-I)e7îis, dans Mélanges Jnlie^i Havet, \). 70i. ii. 2). Les emprunts de ce 
faux diplôme de Robert K' sont plus étendus encore qu'on ne l'a dit; le sceau 
a été vraisemblablement emprunté à l'une des deux expéditions originales du 
diplôme de Robert 11 du 17 mai 1008 Pfistkh, Robert le Pieux, calai, n" 37. 
p. LXXI). Ce faux est en rapports étroits ave(' trois autres faux, deux prétendus 
diplômes de Dagobert et un de Charles le Chauve; il dut être forgé aux envi- 
rons de l'an 1101 à l'occasion du grand débat entre l'abbé de Saint-Denis 
Adam et Bouchard IV de Montmorency, descendant et homonyme du person- 
nage qui, d'après notre diplôme faux, aurait été condamné en 997 {sur ce 
débat, voir A. LrciiAniK, Annales de la vie de Louis VI, a. 1101, p. 8, n" 16). 
Il peut servir à établir les prétentions des deux adversaires. 



NOTE SUR QUELQUES ABBÉS DE SAINT-DENIS. 49 

le témoignage de la petite chronique de Saint-Denis publiée par 
D. Luc d'Achery et réimprimée par D. Félibien ^ Mais, dans Tédi- 
tion critique de cette chronique donnée par M. Élie Berger, le nom 
de l'abbé Vivien a disparu de Tannée 1049 pour reparaître avec un 
point d'interrogation en 1014 2. En réalité, Tabbé qui mourut en 
4014 n'est pas Vivien, mais un abbé étranger à Tabbaye dionysienne, 
Morard, Tabbé de Saint-Germahi des Prés ^. Du coup, le décès de 
Vivien n'a place nulle part dans le Chronicon brève sancti Dionysii. 

Reste donc la date de 1008. Celle-ci n'est pas douteuse : elle est 
fournie par le Chronicon brève et par un diplôme de Robert le Pieux. 

En 1008, le Chronicon brève porte : Ordinatio domni Viviani 
abbaiis *. Il n'y a aucune raison a priori de rejeter cette mention ^. 
M. Élie Berger a distingué dans cette chronique deux séries 
d'annales : la première, à laquelle nous empruntons ce renseigne- 
ment, a été rédigée à peu près au fur et à mesure des événements 
dans l'abbaye de Saint-Denis, ce qui donne à coup sûr une grande 
autorité à la relation des faits qui concernent cette abbaye. 

Que Vivien ait été abbé de Saint-Denis dès 1008 au plus tard, 
cela résulte, en toute certitude, du diplôme authentique de Robert 
le Pieux émis dans le synode de Chelles le 17 mai 1008, par lequel 
le roi, à la prière de ce personnage, confirme les droits de justice 
de l'abbaye de Saint-Denis, lui donne un village et renonce aux 



1 D. FÉLIBIEN, Eist, de SainUDenys, piùces juslificalives, p. CClll. — Giry 
(La donation de Rueil, I. c, p. 703, n. 3) accepte encore cette date. 

2 Chron. brève S. Dion, ad cycL pasch., éd. Berger, p. 275. Je reproduis ici 
le dispositif de cette édition : 

1014. Obiit Vivianus (?) abba. 



1049 Obiit domnuê Albertui abba. 
.... abba3 (?) obiit. 
3 M. L. Halphen a bien voulu coilationner pour moi les ouvrages en question 
sur le manuscrit de Rome; il m'écrit (lettre du 15 mars 1905) qu'on lit « sans 
la moindre hésitation : » 

1014. Obiit Morardus abba. 



1049 Obiit dosnnui AlberttM abb. 
Odilo abbas obiit. 
* Chron. brève 8. Dion, adcycî.pa^ch., a. 1008. éd. Berger, p. 275. 
& D. Félibien, qui a entraîné à sa suite les auteurs du Oallia Christiana, 
a prétendu écarter ce témoignage en donnant au mot ordinatio le sens d'ordi- 
nation à la prêtrise; mais il était conduit à cela par le fait (pi'il croyait trouver 
dans le diplôme faux de Robert le Pieux de 997 la preuve (juc dès 998 Vivien 
était abbé (ffist. de Saint-Denys, p. 117 note; et. p. 113 . 

4 



30 HliVLE MABELl.ON. 

droits qu'il exerçait à Villepiiile, Kueil et Féricy ^. Mais un passage ' 
de cfj diplôme semble infirmer le témoignage du Ckronicon brève. 
Le foi rapporte que, depuis l'époque de l'empereur Charles III 
jusqu'à pi-ésent, l'abbaye a été lorl négligée, et il ajoute : « Notre 
11 père Hugues de pieuse mémoire, notre glorieuse mère et nous- 
» même, compatissant au malheur de ce monastère, nous nous 
n sommes efforcés, avec l'aide de Dieu et le conseil de nos grands. 
j> de restaurer dans cette maison, et même d'y affermir, l'ordre 
« monastique, et nous avons placé à la tête de ce saint lieu comme 
B abbé le vénéi-able homme, le seigneur Vivien. » Si l'on s'en tient à 
la lettre de ce document, il fiiut admettre que Vivieu a été fUit abbé 
\m- Hugues Capet, Adélaïde et Robert, donc avant le mois d'octobre 
996, date de la mort du premier capétien; et ce texte contredit le 
Chronicon brève. Mais le passage peut s'entendre d'une favon moins 
étroite : le roi affirme que la réforme a été entreprise par ses parents 
et par lui-même, ce c[ui est parfaitement conforme à ce que nous 
savons par ailleurs; et serait seulement en 1008 que Robert le 
Pieux aurait placé à la tête du monastère Vivien, qui aurait immé- 
diatement entrepris de réparer les désastres matériels que l'abliaye 
avait subis, et mérité les éloges que lui décerne le roi de ; Vir 
magnœ prudenliœ et induairiœ alque sedulua investigatof bmw- 
rum loci sibi commisssi intus ac foris. Cette interpi-étation accorde 
le diplôme et la chronique : elle sera, du reste, appuyée plus lo'm 
par d'autres considérations. 

La date de 1008 pour le début de l'abbatiat de Vivien, nous parait, 
comme elle a paru à M. Giry, « le plus probable * u. En tout cas, 
elle est la seule certaine à laquelle Vivien soit mentionné. 

3' Hugues IV. — L'abbé Hugues IV, que l'on a jusqu'à présent 
donné comme successeur à Vivien, était bien, comme on l'admet, 
monté sur le siège abbatial dès 1049 : le 5 octobre de cette année, 
il obtenait du pape Léon IX une bulle '. 



i Original en double exemplaire dool un encore scellé, Archives Nationales, ■ 
K 114 u. 3. Tardif. J/onAit^, p. lSS,n'>SSO. CÎ.VrKTm.Robeil U PieutB, catal. 
n. 37. p. LXXI. — Le dlpldme n'esL pas daté, mais nous lisons lUns la lenenr 
qu'il fui rendu le 17 mai dans le synode deCheiles, ol les souscriplions obligent 
â placier ce synode en 1008. 

9 GiHV, La donation de Sueit, t. c. p. 703, n. 3. 

" Ballia ciritliana, t. Vil, cul. 363. Cette bulle (Jaffé-Lcewenfetd, Regeila, 
n. 118!) nous est parvenue sous deux formes difTérenles ; la copie figurée con- 
servée aux Archives ^atlonaIes [L 230, n^^ 7) est un acle subrepUce; mais la 
copie du carlulaire du xi* siècle ( Bibliothèque Natlocale, douv. acquisitions 





NOTE SUR QUELQUES ABBÉS DE SAJNT-DENIS. 51 

De cet examen, il ressort que les seules données certaines sur 
la chronologie abbatiale de Saint-Denis sont les suivantes : 

Robert II, mentionné en 980 et à la lin de 988 (ou au commence- 
ment de 989). 

Guérin, 1 1005 avec le titre d'abbé, mentionné dans une charte 
du 8 décembre 988 ou 989. 

Vivien, mentionné en 1008, ordonné en cette année. 

Hugues rv, abbé avant le 15 octobre 1049. 



§ 2. — ODILON ET ALBERT, ABBÉS DE SAINT-DENIS. 



L'histoire de Saint-Denis paraîl avoir été dans les dernières 
années du x* siècle fort troublée. En 992 ou 993 un concile se 
tenait en ce lieu pour examiner la question des dîmes que se dis- 
putaient le clergé séculier et le clergé régulier : les moines, 
probablement à l'instigation d'Abbon de Fleury, excitèrent le peuple 
contre les pères du concile et le président de l'assemblée, le vénérable 
archevêque de Sens, Séguin ^ Selon la conjecture de D. Félibien, 
admise par Julien Havet et par M. Lot 2, c'est à cette que l'arche- 
vêque de Reims, Gerbert ^ condamna les moines et fut rappelé au 
respect des privilèges pontificaux de Saint-Denis par les rois Hugues 
et Robert *. A la suite de ces événements, Hugues Captît sentit la 
nécessité de faire réformer la grande abbaye : il manda au saint 
abbé de Cluny, Mayeul, de venir le trouver afin qu'il pût, avec son 
conseil et son aide, restaurer et consolider la règle monastique 



latines. 326, f. 16 v<>) est certainement authentique. Sur ces deux textes de la 
bulle de Léon I\, voir A. Hessel, Lespltts anciennes bulles de Saint-Denis, dans 
le Moyen-Age, 1901, p. 376 et p. 397-398. 

1 Sur ce concile tumultueux, voir Eug. de Certain, Amoul, évéque d^ Orléans 
(BibL de V École des Chartes, t. XIV, 1852), p. 455. — Olleris, Vie de Gerbert 
(dans Œuvres de Gerbert, 1. 1, 1867), p. cxxxvet suiv.). — Secteur, Die Clunia^ 
censer in ihrer kirchlichen und allegemeinen geschichtlichten WirXsanikeit bis 
%ur Witte des XIJahrhunderts (Halle, 2 vol. 1892-9i), t. 1, p. 285 et suiv. — 
Lot, Hugues Capet, p. 88, n. 4 et p. 184, n. 1, 

« FÉLIBIEN, ffist, de S.-Denis, p. 112-3. — Havet, Lettres de Gerbert, p. 176, 
n. 8. — Lot, Hugues Capet, p. 88, n. 1. 

3 Gerbert fut promu à Tarchevéché de Reims le 21 juin 691. Lot, Hugues 
Capet, p. 97 (lU, 79). 

* Gerbert, Lettres, ep. 190, éd. Havet, p. 176. 



52 KEVUE MABILLON. 

dans le monastère dionysien ^ Mayeul se rendait à l'invitation du 
roi lorsque la mort le surprit à Souvigny, le 11 mai 994 *. Odilon, 
qui lui succéda comme abbé de Cluny, fut alors appelé par les rois 
Hugues et Robert et imposa aux moines de Saint-Denis la réforme 
clunisienne : il demeura, nous dit son biographe, quelque temps 
dans ce monastère ^. 

La venue d'Odilon à Saint-Denis est un fait qui se place entre le 
mois de mai 994 et le mois d'octobre 996. Elle n'implique pas du 
tout que Tabbé réformateur se soit substitué à Tabbé de Saint-Denis, 
du moins dans l'administration du temporel de l'abbaye, et que, 
à la date de 1005, l'abbé Robert II mourant n'eût plus eu droit au 
titre abbatial. Ce serait cependant à cette conclusion qu'il faudrait 
en venir, si Ton acceptait la date en dernier lieu proposée * par le 
di[)lôme de Robert le Pieux sur lequel M. Pfister appuyait son 
hypothèse, aujourd'hui confirmée, qu'Odilon avait porté le ftiix du 
gouvernement de Saint-Denis. Cette date 996-1003 est erronée. 

L'acte original, dépourvu de la ligne de date, porte que le roi, 
à la prière de l'abbé Odilon, renonce aux droits qu'il exerçait injus- 
tement à Ferricy, à Villepinte, à Rueil et à Saint-Denis, et exempte 
l'abbaye du droit de gîte exercé par les évêques et les comtes ^. 
Robert a rendu ce diplôme : prœcipue tamen mairis pro sospitate. 
La reine-mère, Adélaïde, qui vivait encore le 28 mars 1003 •, 
mourut en 1006 7, probablement le 15 juin ^ : son fils demande des 



1 Syrus, Vita sancti Maioli, éd. Mabillon (Acta Sanctorum Ordinis Sawiti 
Benedicti, Sîec. V), p. 809. 

2 Cf. Pfister, Robert le Pieux, pp. 304 et 306; — Lot, Hugues Capet, p. 183, 
n. 6 et 184, n. 1. — Souvigny, arr. de Moulins, Allier. 

3 JoTSALDi's, Tîï^ sancti Odilonis, liv. II, s. 8, éd. Mabillon (Acta SS, Ord. 8. 
Bened. saec. VI, pars 1«), p. 696. — Cf. Adhémar de Chabannes, Chronique, éd. 
Chavanon (Col. de textes pour servir à .,. r histoire), p. 151. — Chronicon Sancti 
Maxentii, éd. Marchegay et Mabille (Chroniques des églises d^ Anjou), p. 384; — 
diplôme de Robert le Pieux, Tardif, Mon. hist., p. 158-9. 

* Pfister, Robert le Pieux, catalogue n. 10, p. lxiv. — Fellbien le disait de 
« vers 1008; » Tardif, de « vers 1000. » 

^ Original scellé, Archives nationales, K 18, n. 1^. Tardif, M^n. hist., p. 152, 
n. 243. 

fi Cf. Pfister, Robert le Pieux, catal. n. 25, p. lxviii. 

7 Chronicon brève S. Dion ad rycl. pasch., a. 1006 : Obiit Adela..., éd. Berger, 
p. 275. Le manuscrit que M. Halphen a consulté sur ce point porte : Obiit Ade- 
laidis regina; seules les deux dernières lettres du nom propre sont très effacées ; 
le mot regina est écrit au-dessus des deux dernières syllabes de ce nom. 

^ Le Nécrologe de Saint-Denis porte les obits de deux reines Adélaïde : XVII 



NOTE SUR QUELQUES ABBÉS DE SAJNT-DENIS. 53 

prières pour son âme le 6 janvier 1007 ^ Notre diplôme est donc 
daté de 996-1006. Odilon y apparaît seul, et Tabbé Robert II est 
mort en 1005 ; l'acte royal est donc vraisemblablement de 1005-1006. 
Nous sommes ainsi ramenés à une date voisine de celle que 
nous avons attribuée comme date initiale du procès-verbal d'élec- 
tion de l'abbé Albert. On pourrait donc être tenté de dater ce 
procès-verbal d'un jour compris entre 1006 et 1008, de le placer 
avant l'ordination de Vivien. Mais nous savons qu'Albert mourut le 
29 juillet 1049 et qu'il était encore abbé à cette date : il semble 
préférable de considérer qu'il succéda à Vivien et à Odilon tout à la 
fois. Il suffit pour cela d'admettre que, dès 1008, Odilon s'était 
déchaîné sur Vivien de l'administration temporelle de l'abbaye, 
que, à la mort de Vivien survenue un 9 (ou 10) août ^ d'une année 
indéterminée, l'abbé de Cluny abdiqua toute autorité spirituelle et 
temporelle en faisant élire Albert; tandis que Vivien est vanté de 
sa sagesse, de son habileté et surtout de son activité à rechercher 
les biens de Saint-Denis, Albert est par-dessus tout recommandé 
au choix du roi pour sa connaissance des pratiques régulières, 
pour son érudition théologique. Albert serait, en conséquence, le 
premier abbé qui, après la réforme accomplie, aurait exercé à la 
fois le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel attachés au titre 
d'abbé de Saint-Denis. Cette conclusion est hypothétique, mais 
c'est la seule qui nous paraisse convenir à toutes les données de la 
question. 



Mal, Juin, Ob,,„ Adelaidù regina. — XIV hal. decemher Oh. AdelaidUs regina, 
La place qu'occupent ces obils dans leur quanliôme respectif laisse croire que 
c'est celui du 15 juin plutôt que celui du 18 novembre (jui rc^pond à l'anniver- 
saire de la mère de Robert. Le second concerne la femme de Louis VI le (iros. 

1 Rec%teil des historiens de France, t. X, p. 587. n. XV. Sur la date, v. PHster, 
Bobert le Pieux, catal. p. X, n. X. 

2 La date du 9 août est fournie par le Nécrologe de Saint-Denis : « Vid. Aug. 
ob ... et domnus Vivianus abbas obiit. » Celle du 10 août par un nécrologe de 
Dijon cité par les auteurs du Oallia Christiana : « IV idus Aug, in nécrologie 
Divionensi » (t. VII, col. 363). 



ItEVre MARII.LDN. 



988. ^1 

^88 ou d89^H 



Robert II, mentionné en 980 et à la fin de décembre 988. 
Guériii, mentionné dans une charte du 8 décembre 988 o 
Robert II. prohablement rétabli, t lOOS. 
Odilon, réformateur de l'abbaye à dater de 994-996, seul abbé de 

1 1008 (t 1049). 
Albert, successeur li'Odilon et de Vivien, élu entre 1008 i 
1031 (+ 29 juillet 1049). 
Hugues IV, mentionné dès le IS octobre 1049. 

L. IjEVIt-LAlN. 



L'OFFICE DIVIN DANS L'ABBAYE DE SAINT-DENIS. 



L.e cnlendrior de I ttZtO. 

Les Bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur portaient 
avec leurs pratiques régulières, une manière uniforme de célébref^ 
l'office divin dans les abbayes qu'ils réformaient. Or, quelques-unes 
d'entre elles avaient une lilui^te propre d'une haute antiquité. Ces 
rites et ces prières, consacrés par la tradition, conser\'aient parmi 
les moines les plus beaux souvenirs de leur histoire. Leur poésie 
locale et vivante, la piété simple et profonde qui s'y exprimait, 
leur donnaient un cliarme inappréciable. On tenait beaucoup, cela 
se comprend, a ces formes antiques de la louange divine, dont 
les Pères du Concile de Trente avaient reconnu la légitimité. 
Plusieurs monastères s'étaient même donné te luxe de missels et 
de bréviaires imprimés. Il leur fallut, malgré cela et pour la facilité 
que des pratiques uniformes ménagent au gouvernement des mai- 
sons religieuses, sacrifier tous ces trésors. L'abbaye royale de 
Saint-Denis en France ne fut pas mieux traitée que les plus obscurs 
prieurés. 

Elle était cependant en possession d'un bréviaire à elle, imprimé 



J 



■.OFFICE DIVIN DANS I. ABBAYE DE SAIST-DEMS. 53 

Paris pour la première et unique fois en ISSO, sous le gouver- 
Kiemenl de l'iihbé Louis II, cardinal de Bourbon-Vendôme '. Ce 
livre liturgique est plein d'intérêt. On y trouve le texte et les 
x-ubriques de l'office divin tel qu'il a é{é célébré par les moines de 
c^ette abbaye durant le cours du moyen Sge. 

Les Bénédictins de Saint-Denis avaient le resjwct de la tradition 
litui^iqiie. Les nouveautés pieuses étaient sans attrait pour eux. 
Xe calendrier rend à leur esprit conservateur un témoignage écla- 
taot. Il a été imprimé au milieu du xvj' siècle. On s'attendrait à 
y trouver les noms de quelques-uns des saints qui ont illustré 
l'Église et plus particulièrement lionoré la France et l'Ordre de 
Saint-Benoit, depuis le xi' ou le xii' siècle. Saint Louis, saint 
Bernard, saint Mayol, saint Edmoud, saint Thomas Becket et 
saint François sont les seuls admis. El encore les trois premiers 
doivent-ils cet honneur aux relations qu'ils ont eues avec le monas- 
tère. Le culte de saint Louis s'imposait dans la basilique qui servait 
de nécropole aux rois de France et qui conservait son tombeau ; 
il y fut solennel et pieux. Saint Bernard avait eu par l'abbé Suger 
une action salutaire à Saint-Denis; les moines, qui lui devaient un 
retour à la Itrveur monastique, ne pouvaient l'oublier. Saint Mayol, 
l'un des quati-e grands abbés de Cluny, les avait réformés au 
X' siècle. Il séjourna dans leur cloître. La légende qu'on lisait a 
matines, le jour de sa lëte, narrait un miracle survenu alors. Le 
pieux abhé aimait à lire les œuvres ds l'Aréopagite. Il lisait, une 
nuit, son livre de la hiérarchie céleste. Le sommeil le surprit 
pendant sa lecture et la chandelle allumée tomba sur le livre, sans 
le brûler ni même y laisser aucune trace. 

Les saints mentionnés au calendrier appartiennent aux siècles 
reculés du christianisme. Ce sont les saints apôtres, les martyrs 
des premiers siècles, les grands évêques du iv siècle, les i>ontifës, 
ies abbés et les moines de la France gallo-romaine et mérovin- 



> • Breviarliim juxia riium regalis npnobii Chrisli marlyris uriopagilte 
Dionysii. niinc primiim acruralt.ssinie ParisiiSi excussum anL. -, in-6. On lit 
i la rlerni^re TeiiUle : • Ad laudem sancta^ el individus Trinilalis et i^loria- 
«iniui marlyris ariopagilap Dionysii. Gallorum apostolt, explicit Breviarium 
Juxta Hlum regalis ejusdem cœnobi Christi martyris, nunc primum Parisîis 
aMuralissinie impressum, tmpensis dicii cœnobii in a^libus Johannis Amayeur 
lypograpbi, anno Domini miUesimo quingenies-iiDO quinquagesimo. die de^'irna 
lertia mentis Febniarii ■> Voir ; L' Imprimerie dr Sainl-Denit à Farit, par 
H. Omonl. dans Rullelin de la Socit'U' de l'Histoire de Paris, elc, vrr ;I881]. 




J 



56 REVUE MABILLOM. 

gienne. Il reste, à peu de chose près, ce qu'il était au x* siècle. 
Nous possédons, en effet, un calendrier de cette époque, publié par 
M. L. Delisle d'après le manuscrit 2290 de la Bibliothèque Natio- 
nale K La comparaison de ces deux monuments de Tancienne 
liturgie de Saint-Denis confirme ce qui vient d'être dit. Quelques- 
uns des saints honorés au x* siècle ont, il est vrai, disparu de la 
liste de 1550; mais ils sont en petit nombre. 

Ce sont : saint Aubin, 1" mars; les saintes Perpétue et Félicité, 
7 mars, et les Quarante Martyrs de Sébaste, le 9 du même mois; 
sainte Théodosie, le 3, sainte Euphémie, le 13, et saint Riquier, 
le 26 avril; la translation de saint Probace, le 15 mai, et de saint 
Éloi, le 25 juin; saint Calais, le 1", saint Nicostrate et ses compa- 
gnons, martyrs, le 7, saint Victor, le 21 juillet; la translation de 
saint Germain, le 25, et la fête de saint Samson, le 28 du même 
mois. Ces suppressions sont plus nombreuses au mois d'août : 
saint Théodote, le 2, l'octave de saint Laurent, saint Agapit, le 18, 
saint Magnus, le 19, saint Philibert, le 20, saint Privât, le 21, et 
tout un groupe de martyrs et de confesseurs célèbres, le 22. Nous 
en trouvons deux en septembre, saint Chrodegang, martyr, le 2, 
et saint Alexandre, le 21; en octobre, la Translation de saint 
Riquier, le 9, saint Callixte, le 14, et saint Florent, le 26; une en 
novembre, les Quatre Saints couronnés, le 4, et une en décembre, 
sainte Colombe, le 31. Ces suppressions sont, en somme, peu nom- 
breuses et de minime importance, si l'on tient compte des six 
siècles pendant lesquels elles se sont effectuées. 

Durant ce long espace de temps, quelques noms nouveaux ont 
été insérés. Ce sont, en janvier, saint Maur, le 15, saint Loraer, 
le 19, sainte Bathilde, le 30, et saint Patrocle, le 31; en février, 
saint Biaise, le 3; en avril, saint Denys de Corinthe; en mai, saint 
Mayol, le 11, les saints martyrs Donatien et Rogatien, le 24; en 
juin, saint Nicomède, le 1, saint Boniface, le 5, saint Landry, 
le iO, les saints Cyr et Julitte, le 16, les dix soldats martyrs, le 22, 
saint Paulin, le 23, saint Lévi, le 28; en juillet, la translation de 
saint Martin, le 4, saint Martial, le 7, saint Arnoul, le 18, sainte 
Marguerite, le 20, sainte Magdeleine, le 22 ; en août, saint Pierre- 
ès-liens, le 1, saint Romain, le 8, saint Yon, le 12, saint Bernard, 
le 23, saint Louis, le 25, saint Ouen, le 26; en septembre, saint 
Bertin, le 8, saint Maurille, le 13 et saint Germer, le 23; en 



1 Mémoire sur d'anciens sacramentaires, dans Mémoires de l'Académie des 
Inscriptions et Belles-Lettres, t. XXXU (1886), 102-105, 313-323. 



l'office divin dans l'ABBATE de SAINT-DENIS. 57 

octobre, saint François, le 4, saint Sanctin, le 19, saint Taurin, 
le 20, les onze mille vierges, le 21, saint Mellon, le 22, saint 
Romain et saint Séverin, le 23, saint Magloire, le 24 et saint Brieux, 
le 25; en novembre, saint Clair, le 4, saint Marcel, le o, saint 
Edmond, le 20, saint Colomban, le 21, saint Romain, moine, le 24 
et sainte Catherine, le 25 ; et en décembre, Filiation de saint Benoît, 
le 4, saint Nicolas, le 6, la Conception de Notre-Dame, U) 8, saint 
\alery, le 15 et saint Thomas Becquet le 29 ^ 

Plusieurs fêtes ont changé de date, mais ces déplacements et 
ces mutations n'altèrent en rien la physionomie originale de ce 
calendrier *. 

Les fêtes, quoique assez nombreuses, sont loin d'encombrer les 
colonnes de notre calendrier. Les moines du xvi« siècle, pas plus 
que les clercs de cette époque, n'avaient pas les fériés en horreur. 
Ils trouvaient dans les souvenirs bibli([ues et évangéliques qui font 
la richesse du temporal ou propre du temps de quoi fournir à leur 
piété un aliment utile et agréable. Le sanctoral, ou propre des 
saints, disséminait les bionheunîux à travers les saisons litur- 
giques comme une parure, qui en rehaussait la beauté, sans la 
voiler aux yeux des chrétiens. 11 y avait un vide considérable allant 
de la mi-février à la fin du mois d'avril. C'est la longue période 
réservée au carême et à la liturgie pascale. Elle n'admet les fêtes 
des saints qu'à titre exceptionnel. 

La résurrection du Seigneur y est indiquée le 27 mars; l'Ascen- 
sion, le 5 mai, et la Pentecôte, le 15, d'après une coutume admise 
depuis des siècles. Ces trois fêtes cependant appartiennent à 
l'ensemble des fêtes mobiles, qui se déplacent annuellement sur le 
calendrier. Des chiffres inscrits tous les jours, en commençant 
le 21 mars pour finir le 17 avril, fixent les limites dans lesquelles 
la solennité pascale doit se mouvoir. Ce chiffre se nommait le 
nombre d'or, numerus aureus, parce qu'on l'écrivait en lettres d'or 
sur les calendriers manuscrits. Le calendrier perpétuel, chaque 
année, avait son numerus aureus indiqué. Il n'y avait qu'à le 
chercher en mars ou avril, et l'on avait alors la veille de la fête 
de Pâques et, par ce fait, le moyen rigoureux d'adapter les fêtes 
mobiles aux fêtes fixes ^. 



1 II y aurait d'autres fêtes à signaler encore, celles de la Transfiguration et 
plusieurs autres octaves. 

' Nous aurons, dans le cours de cette étude, Toccasion de faire connaître les 
motifs de ces additions et moditications. 

' Une rubrique du bréviaire, à la tin du mois de mars, donnait la clef de 



5B limCE KABIU^K. 

Les fêtes mobiles ou fixes, du temporal ou du sanctoral, é 
en raison de leur lu^lennitë, dislrilmées en plusieurs catégoriel 
Celles qui se célébraient avec le moins de solennité étaient Vol: 
d'un simple mémoire {memoria. commemoratio), par la récitaiioni 
ou le chant d'une antienne, d'un verset ou d'une oraison, avanU^ 
la fin des premières vêpres et des laudes. Elles [nuvaient ainsi J 
réder le pas à une (ëte plus importante, qui tombait le mémRJnur. 
Viennent ensuite les fêles dites de trois leçons (Ul lectionum), qui - 
avaient un office entier, mais aussi restreint que possible. Leurs 
matines gardaient l'allure des fériés ordinaires avec leurs d^ 
nocturnes séparés par les trois leçons et autant de vêpres. Ella 
correspondent aux simples du calendrier actuel. 

On désignait Clément par le nombre des leçons les lëtes dl 
rite immédiatement supérieur. Elles étaient de douze leccHU 
(HU lectionum). Leurs matines se composaient en effet de troii 
nocturnes, comme celles des dimanches et des solennités, suivi 
chacun de quatre leçons avec leurs répons. Cette catégorie, qii 
l'on peut assimiler à nos semi-doubles, était la plus nombreusa 
Il y avait à Saint-Denis des semi-doubles (semi-duplex. 
dupLicia), célébrés avec plus d'éclat que les doui£ leçons sau 
égaler cependant les doubles. Telles étaient l'octave de l'Épiphaaiaj 
saint Fabien et saint Sébastien, la Conversion de saint Paul, H 
Chaire de saint Pierre, l'Invention de la Sainte Croix, la Cott 
sécration de l'autel de saint Pierre dans la basilique de Saint-Uenï« 
saint Pierre-ès-Liens, l'Invention de saint Etienne, la DécoUatiol 
de saint Jean, sainte Catherine. 

l.es lëtes doubles (duplex, duplitm), qui correspondaient^ 
semble-t-il, à nos doubles de seconde classe ', étaient beaucoup 
plus nombreuses. On attribue celte solennité à la Circoncision, 
à l'Exaltation de la Sainte Croix et à l'octave de l'Assomption, à 
saint Michel, a la naissance de saint Jean-Baptiste, â sainte Marie- 
Madeleine, à saint Etienne et aux IStes d'apôtres ', au.\ saints 
Innocents, à saint Laurent, aux quatre grands docteurs Ambroise, 



cesyslËme ing^iiieun <]ui iiv;itl géni'rulenient rours à reUe époque : » Re|[ull 
ad inveoiendum paHchH i|uulibet anno. Quore numerum aureum si)£Ti3tuTii 
margine supehori a die sanctï Benedicti el uljicuni(|up DUmerum atireum 
anni currenlis inveneris, seiiuens dies dominicum eril Pasf ha. • 

1 Sur /ftlumlbipleic, loir Olottariuni meiiif el M^rrurlalinalii, par Du Gange 
\éii. Parrs, I8ii) III. £4!); Ononuitticon ritutite teleetum, par Pnint.-Aiil. Zaccarii 
(KaveDtia>. 1787) \mm tfmiduplea, IJ. 143. dvplrx, 1, 124. 

* Celle de saint André avait une octave. 



i 



l'office divin dans l'abbaye de SAINT-DENIS. 59 

Jérôme, Augustin et Grégoire, à saint Martin ^ au Trépas 
(Transitus) et à la Translation de saint Benoît, à saint Nicolas, à 
saint Bernard et à des saints dont le trésor de l'abbaye possédait 
quelques reliques insignes, tels que saint Denis de Corinthe 2, saint 
Cucuphat ^, saint Hippolyte ^, saint Pérégrin, évéque d'Auxerre ^, 
saint Eugène de Tolède ®, saint Eustache ^, saint Firmin ®, saint 
Brice, saint Maurice ®, sainte Osmanne ^® et sainte Ursule et ses 
compagnes " et surtout saint Louis, dont la fête était complétée 
par une octave. 

Le rite le plus élevé était Vannuale ^^. On le réservait aux six 
fêles les plus solennelles, Pâques, la Pentecôte, Noël, l'Assomption, 
saint Denis et la Dédicace de la basilique. Le rite immédiatement 
inférieur, ou semiannuale, était celui de l'Epiphanie, de l'Ascension, 
de la Conception de Notre-Dame, de sa Nativité, de son Annonciation, 



1 Avec octave. 

* Voici le texte de la VIII« leçon de son office : « Hujus autem venerabile 
corpus quod bonae mémorise Petrus presbyter cardinalis apostolicae sedis legatus 
de Graecia in Urbem transtulerit, Innocentiiis papa tertius apud venerabile 
cœnobium beati areopigatap Dionysii per Haymericum priorem transferri fecit, 
et omnibus qui ad illas sacras reliquias venerandas dévote convenerint qua- 
draginta dies de injunctis sibi pœnitentiis relaxavit. » 

' On lit dans sa légende : « Venerabile corpus ad cellam In saltu Vosago sitam, 
quae Lebraha dicitur, est translatum, ut demum in basilicam beati et magni 
areopagitae Dionysii. » Voir Duchesne, ffist. Franc. Scriptores, III, 384-385; 
Acta Sanctorum, Jul. VI, 154-156. — L. Delisle, Mélanges de paléographie et 
de bibliographie, 246-247. 

* On consentait dans un oratoire spécial les reliques de ce saint. Son inter- 
cession obitnt la cessation d'une peste qui désolait la ville et les campagnes 
voisines. Ce miracle motiva une seconde fête en son honneur, le 12 mai. Voir 
Bibliotheca Hagiographica Latina, 591 . 

6 Acta Sanctorum. Mai III, 559. 

* Saint Eugène, Le culte de ses reliques à travers les siècles, par Eug. Tbssier, 
Paris, s. d., in-8, 129-143. 

7 Acta Sanctorum. Septembre, VI, 117. Cette fête avait une octave. 

* Histoire de Vabbage de Saint-Denis, par Doublet, 315. Bibliotheca Hagio- 
^rophiea Latina, 451. Sa légende raconte la translation à Deuil et les miracles 
qui s*y sont accomplis. 

^ Saint Louis donna à Tabbaye de Saint-Denis le corps de Tun des martyrs 
de la légion thébaine. Le fait est rapporté dans la légende. 

^ Acta Sanctorum. Septembre, III, 417-418. 

it L'abbaye possédait les ossements de trois de ces vierges, les saintes Secunda, 
Panefreda et Seraibaria, enfermés dans la même châsse que ceux de sainte 
Osmanne. 

ts Voir Glossarium mediœ et i^fima latinitatis, t. III, au mot Festum annuale. 



60 REVCE MABILLON. 

de sa Purification, des Saints Aixîtres Pierre et Paul, de saint Jean 
rÉvangéliste, de la Toussaint, de l'octave de saint Denis et de 
l'Invention de ses reliques. 

Les rédacteurs du bréviaire de 1550 ont inséré dans le calen- 
drier lui-même la liste» des morts dont ils devaient célébrer l'anni- 
versaire. Il était bien naturel d'inscrire leur obit au jour où les 
moines devaient chanter pour eux l'oflice et la messe des défunts, 
et cela sur le calendrier qui leur assignait l'emploi liturgique de 
chaque journée. Tous ces morts se trouvent dans l'obituaire di 
XIV' siècle publié par Molinier \ sauf celui de maître Jean Roger. 
Johannes Roger ius, inscrit le 2î2 mars -. Ces mémoires relatés 
dans le calendrier de 1550 sont beaucoup moins nombreux que les 
anniversaires célébrés en 1325 et dont la liste a été publiée pai 
M. Molinier ^. 

Au milieu du xvr siècle, les moines de Saint-Denis accordaient 
une place dans leur lilurgi(i des morts à neuf rois de France, er 
premier lieu au roi Dagnbcrt, fondateur de l'abbaye. Venaient 
ensuite Charles le Chauve, Kobert le Pieux, Louis le Gros 
Philippe II, Philippe III, Philippe VI, Jean le Bon et Charles \ 
le Sage, les rein«\s Jeanne de Bourbon, Blanche, épouse Ai 
Philippe VI, et Isabeau de Bavière; plusieurs princes et princesses 
ou personnages politi(iues : Alphonse, comte de Poitiers, Blanche 
duchesse d'Orléans, 31arguenle, comtesse de Flandre, Philippe 
comte de Boulogne, et Louis, comte d'Etampes. Deux papes soni 
inscrits dans ce nécrologe, Innocent III et Martin IV. On y trouve 
deux cardinaux, Jean Cholet, et Jean de Villiers, évéque de Lombez 
ancien abbé de Saint-Denis; deux archevêques, Pierre de Cusanc( 
et Eudes de Kouen; plusieurs abbés de Saint-Denis, Suger, 
Henri Troon, Pierre d'Auteuil, Guillaume de Macourris, Mathiei 
de Vendôme, Renaud de GilVard, Gilles de Pontoise, Guy de Mon- 
ceaux et Philipi)e d»^ Gamaches; et un petit nombre de bienfai- 
teurs, Guillaume, prieur d'Arg^Miteuil, Jean Pastourel, et maître 
Jean Rogier. 



1 Obituaires de laproehtce de Seiis, l. I, 338-Ht2, auquel on peut recourir. 

> Nous irouvons un mes-sire Jehan Rojçicr parmi les membres défunts de lî 
confrérie de saint Denys, au commencement du xvi« siècle. Molinier. Ibid., 875 
Serait-ce le même personnage? 

3 Op. cit., 336-338. 



CALENDRIER DE SÂINT-DENIS, EN 1550. 

JANVIER. 
Pocula Jantis amat. ^ 

Januariux habet die» XXXI; luna vero XXX, 

\ Januarii calendis. Circumcisio Domini, duplnm, 

9 IV noDas. Octava sancti Stephani, XII leclionum. 

3 m DODas. Octava sancti Johannis evangelist:€, XII lectionum. 

4 Pridie nonas. Octava sanctorum Innocent! iim, XII lectionum. 

5 Nonis. GenovefdD virginis, XII lectionum. 

Simeonis monachi, memoria. 

6 VIII idus. Epiphania Domini, semiannuale. 

7 VII idus. 

8 VI idus. Luciani sociorumque ejus martyrum, XII lectionum. 

9 V idus. 
-10 IV idus. 
-11 III idus. 

dî Pridie idus. Obitus Suggeri abbatis. 

-13 Idibus. Octava Epiphanise, semiduplum, 

^4 XIX calendas februarii. Hilarii, episcopi et confessons, duplum. 

Remigii, episcopi et confessons, et Felicis, presbyteri 
memoria. 
-15 XVm cal. Mauri, abbatis, XII lectionum. 

46 XVII cal. Marcellit papse et martyris, III lectionum. 

il XVI cal. Sulpitii, episcopi et confessons, III lectionum. 

iS XV cal. Priscae, virginis et martyris, III lectionum. 

Obitus Philippi, comitis Boloniœ, 
19 XrV cal. Launomari, abbatis, III lectionum. 

Obitus Dagoberti régis. 
90 Xni cal. Fabiani et Sebastiani martyrum, semiduplex, 

îi XII cal. Agnetis virginis, XII lectionum. 

9Ï XI cal. Viûcentii martyris, duplum. 

S3 X cal. Emerentianœ virginis et martyris, III lectionum. 

Obitus Ouillermi OuiUematœ. 
ii IX cal. BabillsB episcopi cum tribus pueris, III lectionum. 

iS Vin cal. Conversio sancti Pauli, semiduplex; 

Praejecti martyris memoria. 

96 VU cal. Polycarpi martyris, in lectionum. 

97 VI cal. Fabiani, episcopi et confessons, XII lectionum. 

98 V cal. Agnetis secundo, ni lectionum. 

99 IV cal. Obitus Pkilippi de Oamaches. 

30 III cal. Bathildis reginas, III lectionum. 

31 Pridie cal. Patrocli episcopi et martyris, duplum. 

Nox habet haras XV J, dies vero VI IL 



62 



REVUE MABILLON. 



FÉVRIER. 

Et Fetfruus algéo clamât. 

Februariut habêt dtm XX Vit. Lama vero XXIX, Àt quando currit idssextut, 

habet die» XXIX, Uma vero XXX. 

1 Calendis Februarii. Ignatii episcopi et martyrifi, III lectionum. 

Brigidae virginis memoria. 
Purificatio beatae Mariae, semiannuale. 
Blasii, episcopi et martyris, XII lectionum. 



2 IV nonas. 

3 m nonas. 

4 Pridie nonas. 

5 Nonis. 

6 Vlllidus. 



Agatha), virginis et martyris, XII lectionum, 

Vedasti et Amandi, episcoporum et confessorum, XII le 

tionum. 
Obitus Joharinis, regina de Borbonio. 

7 VII idus. Obitus Pétri de Autolio, abbatis, 

8 VI idus. Obitus dominée Blanchœ, ducissœ Aurelianensis. 

9 Vidus. 

10 IV idus. Scholasticîe virginis, XII lectionum. 

li III idus. 

12 Pridie idus. 

13 Idibus. 

14 XVI calcndas martii. Valentini martyris, III lectionum. 

15 XV cal. 

16 XIV cal. 

17 XIII cal. 

18 XII cal. 

19 XI cal. 
^ Xcal. 
SI IX cal. 
Î2 VIII cal. 

23 VII cal. 

24 VI cal. 

25 Vcal. 

26 IV cal. 

27 m cal. 

28 Pridie cal. 



Silvini, episcopi et confessons, XII lectionum. 
Julianae, virginis et martyris, III lectionum. 



Cathedra sancti Pétri, semiduplex. 

Dedicatio ecclesiae beati Dionysii. 
Mathiae apostoli, duplum. 



Nox habet haras XI F, dies X. 



CALENDRIER DE SAINT-DENIS, EN i550. 



63 



MARTIUS. 
Martius arva fodit. 

Martiut habet dies XXXI; luno vero XXX. 



1 JMariii calendis. 
5 ^''I nonas. 

3 '^ nonas. 

4 lA' nonas. 

5 m nonas. 

6 F^ridie nonas. 
1 Nonis. 

Vnu idus. 
VII idus. 
VI idus. 
V" idus. 
1\ idus 
III idus. 
Pridie idus. 

Idibus. 

XVII calendas aprilis. 

X\T cal. 



Obitus magtstri Johannis Pastourel 
Obitus Guillelmi de Macourris, 



8 

9 

10 

11 

12 

13 

U 

15 

16 

n 

18 
1^ 



Obitus Reginaldi abbatis, 
Gregorii papae et confessons, duplum. 



XV cal. 
XIV cal. 

*^ XIV cal. 

^i xnical. 

^ Xncal. 

^ XI cal. 
^ Xcal. 
% IX cal. 
"36 VUIcal. 
» VI cal. 
« Vcal. 
^ IV cal. 

30 III cal. 

31 Pridiecal. 



Benedicti abbatis, duplum, 

Obitus magistri Johannis Rogerii, 



AnnuDtiatio dominica, setniannuale. 

Resurrectio Domini, annuale, 
Obitus Martini papœ. 



Nox habet horas Xll, dies XII, 



64 RBVUE MABILLON. 

APRILIS. 
Aprilis florida prodit. 

Aprilit habet diet XXX; luno vero XXIX, 

1 Aprilis calendis. Obittis Pétri archiepiscopi Cusancini. 

2 IV nonas. 

3 III nonas. 

4 Pridie nonas. Ambrosii episcopi et confessons, duplnm, 

5 Nonis. 

6 VIII idus. 

7 VII idus. 

8 VI idus. Dionysii Gorinthiorum episcopi, dupiez, 
■ 9 V Idus. 

10 IV idus. 

il m idus. 

12 Pridie idus. 

13 Idibus. 

14 XVIII calendasmaii. Tiburtii,Valeriani etsociorummartyrum, III lectionum. 

15 XVII cal. 

16 XVI cal. 

17 XV cal. 

18 XIV cal. 

19 XIII cal. 

20 XII cal. 

21 XI cal. 

22 X cal. Inventio corporum Dionysii, Rustici et Eleutherii, 

semiannuale, 

23 IX cal. Georgii martyris, III lectionum. 

24 VIII cal. Reguli, episcopi et confessons, III lectionum. 

25 VII cal. Marci evangelistoB, Letania major. 

26 VI cal. 

27 Vcal. 

28 IV cal. Vitalis martyris, III lectionum. 

Obitus Ouidonis abbatis. 

29 III cal. 

30 Pridie cal. Eutropii martyris, III lectionum. 

Nox habet hoi*as X, dies vero XIV, 



CALENDRIER DE SAINT-DENIS, EN 1SS0. 



()f) 



i 


B4aii calendis. 


î 


^'I nonas. 


3 


^' nona8. 


4 


X'^ nonis. 


5 


m nonas. 


6 


I^ridie nonas. 


T 


IVonas. 


B 


A^ffl idus. 


9 


Vil idus. 


10 


VI idus. 


11 


V idus. 


lî 


1^ idus. 


13 


' m idus. 


^* Pridieidus. 


^^ Idibus. 



MAIUS. 
Frons et flos nemorum maio sunt famés amorum. 

Motus habet die* XXXI; luna vero XXX, 



Philippi et Jacobi apostoloruro, duplum. 
Athanasii, episcopi et confessons, III lectionum. 
Inventio sanctîe Crucis, semiduplex. 
Alexandri, Eventii et Tlieodoti martyrum. 

Asccnsio Domini in cœlum, semiannuale. 
Obitus Odonis archiepiscopi Rothomagensis, 
Joannis ante Portam Latinam, XII lectionum. 
Obitus Joannis Régis, 



Gordiani et Epimachi, III lectionum. 
llaioli abbatis et Mamerti episcopi, XII lectionum. 
Hyppolyti, Nerei, Achillei et Pancratii martyrum, 
XII lectionum. 



Potentianae virginis, III lectionum. 
Austregesili abbatis, III lectionum. 



Descendit Spiritus Sanctus super Apostolos. annuale, 
Obitus Margaretœ Comitissœ Flandriœ. 

^6 XVIIcalendasJunii.Peregrini episcopi et martyris, duplum, 

n XVI cal. 

« XV cal. 

W XIV cal. 

âO xnicai. 

21 XII cal. 

tt XI cal. 

td Xcal. 

U IX cal. 

in VlUcal. 

)6 VU cal. 

57 VI cal. 

!8 Vcal. 

Î9 IV cal. 

90 m cal. 

31 Pridiecal. 



Donatiani et Rogatiani martyrum, III lectionum. 
Urbani papse et martyris, III lectionum. 



Germani episcopi et confessons, XII lectionum. 
Maximi episcopi et confessons, III lectionum. 
Obitus Comitis de Stampis. 
PetronillsB virginis, III lectionum. 

Nox habet horas VIII; di-e.s vero XVI, 

6 



66 IlEVUR MABILLON. 

JUNIUS. 
Junius dat fenn. 

JuniuM habet diet XXX; luna vero XXIX, 

i Junii Calendis. Nichomcdis martyris, III lectionum. 

i IV nonas. Narcellini et Petri, XII lectionum. 

3 m Donas. 

4 Pridie nonas. 

5 nonis. Bonefiacii martyris, III lectionum. 

6 VUIidus. 

7 \llidu8. 

8 VI idus. Modardi et Gildardi episcoporum et confessoi 

XII lectionum. 

9 V idus. Delcctio corporum Dionysii, Rustici et Eleutheri, XII 

tionum. Primi et Feliciani martyrum raemoria. 
10 IV idus. Landerici episcopi et confessons, XII lectionum. 

1 i III idus. Barnaba apostoli, duplum, 

12 Pridie idus. Basilidis, Cyrini, Naboris et Nazarii, martyrum, IIl 

tionum. 

13 Idibus. 

14 XVIII calendasJulii. KufTI et Valerii martyrum, 111 lectionum. 

15 XVII cal. Viti, Modesti et Crescenti;e martyrum, III lectionun 

16 XVI cal. Cyrici et JulitUe martyrum, III lectionum. 

17 XV cal. Aviti presbyteri et confessons, III lectionum. 

18 XIV cal. Marci et Marcelliani martyrum, III lectionum. 

19 XIII cal. Gervasii et Prothasii martyrum, XII lectionum. 

20 XII cal. 

21 XI cal. Kusebii episcopi et confessoris, III lectionum. 

22 X cal. Decem militum martyrum, XII lectionum. 

23 IX cal. Paulini episcopi et confessoris, III lectionum. Vigi^ 

24 VIII cal. Nativitas sancli Joannis Baptistnf), duplum, 

25 VII cal. 

26 VI cal. Joannis et Pauli martyrum, XII lectionum. 

27 Vcal. 

28 IV cal. Leonis papœ memoria. Vigilia, 

29 III cal. Apostolorum Pétri et Pauli, semiannuaie, 

30 Pridie cal. Gomroemoratio Pauli apostoli, duplum. 

Nox habet horas VI; dies vero XVI IL 



r 



CALENDRIER DE SAINT-DENIS, EN 1550. 



67 



i Câlendisjulii. 

i VI nonas. 

3 V nonas. 

4 IV nonas. 

5 III nonas. 

6 Pridie nonas. 

7 Nonis. 

8 VU! idus. 

9 VII idus. 

10 VI idus. 
ii V idus. 
« IV idus. 

i3 Ulldus. 
14 Pridie idus. 



JULIUS. 
Julio resecatur avena, 

Juliut habet dies XXXI. luna vero XXX. 

Octava sancti Joannis Baptista), XII lectionum. 
Processi et Marti niuni martyrura, memoria. 

Translatio et ordinatio sancti Martini episcopi et confes- 
sons, XII lectionum. 

Octava apostolorum Pétri et Pauli, XII lectionum. 
Martialis episcopi et confessons, XII le(;tionum. 



Septem Fratrum martyrum, 111 lectionum. 
Translatio sancti Benedicti abbatis, duplum, 
Hermagoraî episcopi et Fortunati archiepiscopi marty- 
rum memoria. 

Focîc episcopi et martyris memoria. 
Obitus Philippi 11 régis. 



IS Idibus. 

\6 XVïi calendas Augustl. Obitus Innocenta papœ. 

n XVI. cal. 

18 XV cal. 



i9 XIV cal. 

« XlUcal. 

a XII cal. 

a XI cal. 

iS Xcal. 

U IX cal. 

25 VU! cal. 

» vncai. 

Î7 VI cal. 

28 Vcal. 

29 IV cal. 

30 Ulcal. 

M Pridie cal. 



Octava sancti Benedicti abbatis, XII lectionum. 
Arnulphi episcopi et martyris memoria. 

Margaritœ virginis et martyris, III lectionum. 
Obitus Roberti régis, 
Praxedis virginis, III lectionum. 
Maria Magdalenadt/p/um.Wandregesili abbatis memoria. 
Âpoilinaris episcopi et martyris, III lectionum. 
Christine virginis et martyris, XII lectionum. 
Cucuphatis martyris. (/2/J9//17/I. Chrysologi martyris me- 
moria. 
Jacobi apostoli duplex, 
Christofori martyris, III lectionum. 
Consecratio altaris, semiduplex, 
Pantaleonis martyris memoria. 
Felicis, Symptiorosip, Fausti martyrum, III lectionum. 
Abdon et Sennen martyrum, III lectionum. 
Obitus Joannis Cholet cardinalis. 
Germani Autissiodorensis episc. etconfes., XII lectionum. 
Nox habet haras Vlll, dies XV 1. 



^^^^ 68 




ALIIUSTIS. ^ 
Augu^lws sjncas. m 

AuquilHX habei dia XXXI: Ittua wro XXX. 1 


^^f 


Calendis augusti. l'etri ud vincula, semidnplex. \ 


^^H 




Sanclorum Macchabjiiorura martyrum memoria. 


^^H 


iV nonas. 


SW|>liatii papse el raaptyrîs, III iectionum. 
Obitus Ludovici grossi régis. 


^^B 


111 nonuK. 


Invenlio Baocli Stepiiaui, semiduptex. 


^^H 


l'ridie nonas. 


Justiiii presbyteri et marlyris, I!l Iectionum. 


^^1 


Nonis. 


Hemmii episcopi et confcssoris, III loctionum. 


^^1 


Vm idus. 


Transflguratio tlomini, XII lecLionum. 
Sixli papa; et Agapilis marlyris memoria. 


^^1 


VII Mus. 


Uonali episcopi et martyris, III Iectionum. 1 


^^H 


VI idus. 


Oyriaci, Urgi et Smaragdi marlyrum. 111 locUonin 
Romani martyris. III Iectionum. Vigilia. ' 


^^m 


V idus. 


^^Ê 


IV idus. 


Laurenlii martyris, duplex. ( 


^H 


111 idus. 


Tilmrtii martyris 111 Iectionum. 
Obitus Philippi régis. 


^^B 


Pridie idus. 


VoDii martyris, 111 Iectionum. 


^^p 


Irtibus. 


Hippolyti el sociorum ejus martynim, duplum. 


P^F 


SIX calendas seiitembria. Vigilia. [ 


*' IB 


XVIll cal. 


Assumptio beatje Mari;e virginis, afiHuale. ■ 


16 


XVII cal. 


) 


17 


XVI cal. 




18 


XV cal. 


i 


' 19 


XIV cal. 


j 


SO 


XIU cal. 


j 


31 


Xll cal. 


^m 


ii 


XI cal. 


Octava beat»! Hariie, duplex. ^^^H 


23 


Xcal. 


Bernard! abbatis, duplex. ^^^H 


34 


IX cal. 


Bartholomai apostoli, duple.r. 1 


1 95 


VUI cal. 


Ludovici régis, duplex. 


tu 


VII cal. 


Audoeni episcopi et confessori s, Xll Iectionum. 


il 


VI cal. 


Ruftl martyris memoria. ■ 
Obitus Alphonsi comitis Pictaviensis. 1 


38 


Vcal. 


AugiiBtinl episcopi et conressoris, duplex. l 
Hermetis et Julitta) marlyrum memoria. 


89 


IV cal. 


Decollatio sancti Joannis Baptiste, se.midwplex. 
Sabins Virginia et martyris memoria. 


30 


m cal. 


Peliciset Adaucli martyrum memoria. 


31 


Pridie cal. 


Octava sanuti Ludovici régis, Xll Iectionum. 
Paulini episcopi et confessoris memoria. 
mx hahH Iwras X. dies vero XJV. 



f 



CALENDRIER DE SAINT-DENIS, EN 1530. 69 

SEPTEMBER. 
September conterii uvas. 

September habet dies XXX, luno vero XXIX. 

i Calendisseptembris./Egidii ubbatis, Lupiepiscopi et confessons, XII lec- 

lionum. Priscai martyris memoria. 

2 IV^ nonas. 

3 111 nonas. 

^ Pridie nonas. Marcelli martyris, III lectionum. 
5 Nonis. Berlini abbalis, III lectionum. 

^ VIII idus. ObitHs Joannis de ViUers, dicti cardinalis de 

Lombays (Lombez). 
' Vil idus. Evortii episcopi et Clodoaldi presbyteri et confessons, 

XII lectionum. 
^ VI idus. Nativitas beataj Mariie, semiannuale. 

Adrianl martyris memoria. . 
^ V idus. OsinanniB virginis, duplex. 

^^ IV idus. Gorgonii martyris, XII lectionum. 

^1 m idus. Prothi et Hiacynthi martyruni memoria. 

1^ Pridie idus. 

13 Idibus. Mauritii episcopi et confessoris memoria. 

14 XVIIl calendas octobris. Exaltatio sanctîe Crucis, duplex. 

Cornelii et Cypriani martyrum memoria. 
\i) XVII cal. Octava l)eataj Mariîe virginis, XII lectionum. 

Nichomedis presbyteri et martyris memoria. 

Obitus Caroli quinti régis. 
16 XVI cal. Lucia», Geminiani et Eufemiîi» martyrum III, lectionum. 

i7 XV cal. Lamberli episcopi et martyris, III lectionum. 

18 XIV cal. 

19 XIII cal. 

iO XII cal. Faustai et Evilasii martyrum, III lectionum. Vigilia. 

il XI cal. MatthîPi apostoli et evangelista3, duplex. 

ii X cal. Mauritii sociorumque ejus, duplex. 

i3 IX cal. Teclaî virginis et martyris, III lectionum. 

i4 VIII cal. Geremari abbatis et confessoris, III lectionum. 

i") VII cal. Firmini episcopi et martyris, duplex. 

% VI cal. Cypriani et Justinae martyrum, III lectionum. 

Obitus Mathœi abbatis. 

27 V cal. Cosma3 et Damiani martyrum, XII lectionum. 

28 IV cal. 

29 III cal. Michaelis archangeli, duplex. 

30 Pridie cal. flieronymi presbyteri et confessoris, duplex. 

Nox habet horas XII, dies etiam XI L 



70 KE\TE MABILLON. 

OCTOBER. 
Seminat october. 

October habet dies XXXI, luna vero XXIX, 

1 Calendis octobris. Remigii episcopi et confessons, XII lectionum. 

(lermani et Vedasti episcoporum memoria. 

Obitus habelis reginœ, 
t VI nonas. Leodegarii episcopi et confessons, XII lectionum. 

3 V nonas. 

4 IV nonas. Francisci confessons, XII lectionum. 

Obitus Rlanchœ reginœ. 

5 III nonas. Obitus Philippi III régis. 

6 Pridie nonas. Fidis virginis et martyris, III lectionum. 

Obitus Caroli calvi régis, 

7 Nonis. Maici papas et confessons, III lectionum. 

8 VIII idus. Vigiiia. 

9 VII idus. Sanctorum martyrum Dionysii, Rustici et Eleut 

Annnale, 
10 VI idus. 

\{ V idus. 

12 IV idus. 

13 III idus. 

14 Pridie idus. 

15 Idibus. 

16 XVII calendas novcmbris. Octava beati Dionysii sociorumque • 

semiannuale. 

17 XVI cal. Dcmetrii marlyris, duplum. 

18 XV cal. LuciJû i*vangelisla\ duplum. 

19 XIV cal. vSanctini et Antonini episcoporum et confessoi 

XII lectionum. 
ÎO XIII cal. Taurini episcopi et confessons, III lectionum. 

21 XII cal. Indmni milliuni virginum,rfw/;/Mm. 

24 XI cal. Mcllonis episcoi»! et confessons, XII lectionum. 

Obitus Ilenrici Troon abbatis. 
23 X cal. Koniani et Soveriai v\nsr. et confcs., XII lectioi; 

2i IX cal. Majîloi ii episcopi et confessons, XII lectionum. 

20 VIII cal. liilai'ii episcopi et confessons, duplum, 

"26 Vil C4U. Crispini et Crispiniani martyrum, III lectionum. 

27 VI cal. Vigiiia. 

28 V cal. Simonis et Judse apostolorum, duplex, 

29 IV cal. Faronis episcopi et confessons. III lectionum. 

30 III cal. 

31 Pridie cal. Quintini martyris, III lectionum. Vigiiia. 

Nox habet horas XI V; dies X. 



CALENDRIER DE SAINT-DENIS, EN 1550. 71 

NOVENBER. 
Spoliât virgulta november. 

November habet diet XXX; luna vero XXIX. 

i Calendis novembris. Omnium S^nciorum.semianniiale, 
^ IV Donas. Eustachii sociorumque ejus martyrum, duplex. 

Cammemoratio fidelium, 

3 lu nonas. 

4 Pridie nonas. Clari martyris, XII lectionum. 

<^ NoDis. Marcelli episcopi et confessons, XII lectionum. 

« Vin idus. 

"» VII idus. 

B VI idus. Octâva omnium Sanctorum. 

^ V idus. Octava sancti Eustachii, XII lectionum. 

^0 IV- idus. Theodori màrtyris, 111 lectionum. 

^1 m idus. Martini episcopi et confessons, duplex, 

MenniP màrtyris memoria. 
*2 Pridie idus. 

13 Idibus. Bricii episcopi et confessons XII lectionum. 
^^ XVlUcalendasdecembris. 

^^ XVII cal. Eugenii episcopi et màrtyris, duplum. 
16 K VI cal. 
^■î XV cal. 

\^ Xlv cal. Octava sancti Martini, XII lectionum. 

^^ Xlii cal. Aniani episcopi et confessons, III lectionum. 

^ Xll cal. Edmundi régis et màrtyris, XII lectionum. 

il XI cal. Columbani abbatis, III lectionum. 

^ X cal. Caecilia) màrtyris et virginis, XII lectionum. 

93 IX cal. Clementis papae et màrtyris, duplex. 

Felicitatis memoria. 

îk Vlll cal. Romani monachi et confessoris, duplex. 

^ VII cal. Catherinse virginis et màrtyris, semiduplex. 

26 VI cal. 

27 Vcal. 

28 IV cal. 

29 III cal. Satumini episcopi et confessoris III lectionum. Vigilia. 
90 Pridie cal. André» apostoli, duplum. 



73 REVIE MABILLON. 

DECEMBER. 
Quœrit habere cibos porcum mactando December. 

December habet dies XXXI; luna vero XXX. 

i Decembris. Eligii episcopi et confessons, XII leclionum. 

â IV nonas. 

3 III nonas. 

4 Pridie nonas. lUatio sancti Denedicli abbatis, XII lecUonum. 

5 Nonis. 

i) VIII idus. Nioolai episcopi et confessons, duplex, 

7 VII idus. Octava sancti Andréa} apostoli, XII lectionum. 

8 VI idus. (ionceplio beata' Mariœ, semiannuale, 

9 V idus. 

10 IV idus. Kulali.T virginis memoria. 

11 III idus. Damasi papse et martyris. 
42 Pridie idus. Walarici abbatis memoria. 

i3 Idibus. Luci.'u virginis et martyris, XII lectionum. 

1 i MX calendas Januarii. 

15 XVIII cal. Maximini abbatis, XII lectionum. 

Hi XVllcal. 

17 XVI cal. 

18 XV cal. 
10 XIV cal. 
^20 Mil cal. 

-21 XII cal. Thom;e apostoli, r/tt^Mr. 

-2-2 M cal. 

23 Xcal. 

U IXciil. Vigilia. 

2o VIll cal. Nativitas Domini, annnale. 

AnaslasicO virginis memoria. 

-26 VII cal. Slephaui protomartyris, duplex, 

"il M cal. Joannis evangelistic, serni annnale, 

28 V cal. w^auctorum Iiinocenlium niartyrum, duplex, 

20 IV cal. Tlioma,' archiepiscopi et martyris. 

30 111 cal. Gbit us E(jidn abbatis, 

31 Priditî c<il. Silvestri papa» et confessorius, XU lectionum. 

Nox habet horas XV 111, dies vero VL 



Nota quod, dominiez proximiori festo sancti Andro.c sive ante sive 
semiK-r relebratur adventus, et, si idem festum cadat in dominica, 
bratur ibidem. 



LES ORIGINES DE LA GRAVURE SUR BOIS. 73 



ORIGINES DE LA GRAVURE SUR BOIS & LES MONASTÈRES 
FRANÇAIS, FAPRÈS UN OUVRAGE RECENT ^ 



l-e nouveau livre de M. Bouchot est de nature à modifier les 
^ôées admises depuis longtemps sur Thistoire des origines de la 
typographie . On croyait jusqu'à présent qu'elle avait été inventée 
^n Allemagne, en dehors de toute participation du clergé. C'était 
l'opinion de Christ, le premier monogrammiste qui se soit occupé 
des estampes primitives. Il « affectait même de ne compter comme 
graveurs que les allemands et les flamands ^ ». Heinecken, Bartsch, 
Brulliot, Nagler, Passavant ne pensaient pas autrement. 

De ce côté-ci des Vosges, le vicomte Delaborde, Georges 
Duplessis, tout en trouvant un peu exagérées les allégations de 
leurs confrères d'outre-Rhin, admettaient à l'envi que la plus 
vénérable par son antiquité des estampes xylographiques était 
le Saint Christophe de Lord Spencer, découvert à Buxheim, près 
de Meingen, dans une abbaye bénédictine, ou la Vierge de 
Bruxelles, de 1418. Passavant, il est vrai, reconnaissait qu'une 
Vierge debout, au Cabinet des Estampes de Paris, pourrait bien 
être française et du xiv« siècle; mais sa voix était isolée, et la seule 
revendication des savants français se bornait à la constatation de 
quelques dates appliquées à des pièces qu'il fallait placer par rang 
d'ancienneté, avant ces prétendus incunables. 

Depuis lors, les travaux des érudits bavarois ou prussiens, 
MM. Muther et Schreiber, avaient révélé des estampes nombreuses 
remontant au xiv* siècle; mais la part revenant à la France dans 
l'invention de la xylographie restait méconnue. 



1 Les origines de la gravure sur bois et les monastères français d'après un 
ouvrage récent : les deuw cents incunables xylograpkiques du Département des 
Sstampes, Origines de la gravure sur bois. Les Précurseurs. Les papiers. Les 
indulgences. Les « grandes pièces >» des cabinets d'Europe. Catalogue raisonné 
des Estampes sur bois et sur niétal du Cabinet de PaHs, par Henri BorcHOT, 
Conservateur du Département des Estampes. Paris, Lévy, 1902, in4 de 2:>8 p.. 
avec un album in-folio de 19i photographies. 

3 Bouchot, Les iOO incunables, p. 2. 



74 reyi:e mabillon. 

En même temps que le rôle de la France, était oublié celui du 
clergé catholi(|ue. 1-a cause de ce silence, M. Bouchot ne la détinil 
pas; mais il nous est i>ermis de la chercher dans ce fait que, jusqu'au 
milieu du xix' siècle, riiistoire a été, en Allemagne, le monopole 
des érudits protestants. 

Dan5 un article publié |)ar M. G. Goyau, dans la Revue des 
Deux-Mondes ^ l'auteur i-ap|H>rte que la pénurie des livres catho- 
lifjues était telle dans ce pays, (|ue les prêtres catholiques en étaient 
réihiils à prendn* des sujets de méditation ou de lectun\s pieuses 
dans des ouvrages écrits |>ar des plumes protestantes. Cette infé- 
riorité de la littérature catholique, la Goerres Gesekchaft eut 
pour luit principal d\ remédier; mais elle n'avait pu emi>êcher que 
l'histoire des temps qui a voisinent l'apparition des doctrines de 
Luther et de Calvin n'ait été écrite par des protestants. L'esprit 
qui présida à la rédaction de toutes les aimales du monde germa- 
nique, et nous pourrions ajouter français, fut opposé aux moines 
et à leur influenc**. 

L'histoire de l'imprimerie et de la gravure sur bois n'a [>as 
écha|)pé à ct»tte cause d'tM-reur. Il n'est pas étonnant que Ton ait, 
volontairement ou nivolonlairement, caché le rôle des religieux 
dans la production par la xylographie des images pieuses et leur 
dirt'usion dans les pays germaniques. C'est, du moins, une réflexion 
que nous suggère la constatation faite par M. Bouchot 2, que ce 
cultt» des images, ce qu'on a appelé le commerce des indulgences, 
fut la principale cause de la guerre, des hussites. 

Aussi l'opinion communément admise se manifesta-t-elle, dans 
le courant du xix*^ siècl»*, lors de l'érection de deux statues à 
Gutt»nherg, l'une à Mayt*nce par Thonvaldsen, l'autre à Strasbourg 
par David d'Ang(MS. Dans la |)remière, l'artiste danois présente une 
sorte de Luther, (pii serrt» la Bible contn^ son cu»ur et semble 
n'avoir inventé rimpriinerit» qut* |)Our favoriser la diffusion des 
traductions (mî langue vulgaire de la Bible. 

Dans l'autre, le sculpteur, ipii était un adepte forcené de la 
libr(^-|)ensée, n'a songé tpi'à symboliser le missionnaire de la 
doctrine (|ui lui était chère. Son héros, le |)ied droit en avant, 
montre d'un geste orgueilleux une page sur laquelle (»st écrit, dans 
une intention nettement antichrétienne, le mot biblique détourné 
de son vrai sens : El lu lumière fut. 



1 iV des l«^«" et 15 février UHUi. 
« Op. cit., p. 8. 



LES ORIGINES DE LA GRAVURE SUR BOIS. 75 

Sans être guidé, — ce qui donne une force nouvelle à ses consta- 
tations, — par aucune préoccupation confessionnelle, M. Bouchot 
a relevé cette erreur et rendu à chacun selon son œuvre, aux 
Français comme aux religieux. Il a étayé ses conclusions d'un 
faisceau de documents, de patientes observations, de comparaisons 
qu'il ne nous est pas possible d'analyser, dans le sens rigoureux 
de ce mot. Mais nous voulons indiquer sommairement les princi- 
paux arguments développés par le savant conservateur du Cabinet 
des Estampes et en tirer les conséquences logiques. 

Sa thèse paraîtra d'autant plus intéressante (lue l'auteur du livre 
qui nous occupe n'avait nullement en vue la gloire des monastères. 
C'est comme Français qu'il les envisage, non comme religieux. 

Nous ajouterons même que le travail d'érudition auquel il s'est 
livré n'a pas rencontré, dans le monde savant, les mêmes résistances 
qui se sont manifestées, d'une façon un peu bruyante, lors de 
l'Exposition des Primitifs français ^ à propos d'autres conclusions 
présentées par lui. Jusqu'à présent, il semble que le consensus 
des érudits ait consacré les recherches du savant parisien. Cet 
accord tacite nous engage à faire état des résultats proclamés 
et admis en ce qu'ils ont de glorieux pour les moines de la lin 
du moyen âge. 



I. 



Désormais *, Gutenberg nous apparaît non plus comme un 
inventeur, mais comme le mettcnir en œuvre de procédés déjà 
connus, l'homme intelligent, doué de volonté et d'énergie, qui sut 
organiser en métier des combinaisons auxquelles il ne manquait 
plus qu'une méthode pour se relier les unes aux autres. 

« Les insinuations de textes sur les gravures ^ » ont été proba- 
blement l'origine de l'application des lettres mobiles à l'impression 
de ces textes. 

Nous insistons sur ce fait : il grandit l'importance du rôle joué 
par les vrais précurseurs de l'imprimerie. 



1 Voir les art. de M. L. Dimier, dans la Chronique des Arts, n° d'octobre 1W)4. 
« Bouchot, op. cit. préface, p. ix. 
s Bouchot, p. 32, en note. 



76 



nK\lTE NJkBILLON. 



L'impression obtenue au moyen de planches en relief, il y avait 
plus de cent ans qu'elle était d'un usage couranl. 

Les caractères mobilesT dès le xiii' siècle, un moine de l'abhjijTe 
de Vauclair, en Picardie, avait imprimé, avec une matrice en relit-l', 
des initiales de majiuscrits. Le volume sur lequel a travaillé e<: 
précurseur de la typogi'apliie existe encore; c'est Ip conservalrur 
de la Bibliothèque de Laon, M. Ed.- Fleury ', qui l'a signalé. 
Le texte de ce manuscrit a été écrit au xiti' siècle et les initiales 
ne sont guères postérieures, puisque les ornements qui les aiM^om- 
pugnenl sont connus dans le même style que 1c corpb de 
récriture. M. Bouchot, qui tire allument de ce Tait, en met en 
relief toute la signilication *. Les empreintes ont été obtenues à 
la suite d'un roulage qui a laissé de.s traces dans le parchemin. 
La matrice en relief était couverte d'une encre à la colle qui a 
bavé en dehors des contours de la lettre. C'est une vérilalile 
impression en relief. 

L'exemple n'est pas, du reste, isolé. Séroux d'Agincourl ■'' avait 
remarqué des empreintes du même genre dans un manuscrit des 
(L'uvres de Sénèque de la Bibliothèque du Vatican. 

Ces lettres mobiles, nous en trouvons l'origine dans l'outillage 
des fabricants de jtavages colorés. Les inonastèn^s étaient obligés 
de donner asile il des ouvriers de ce genre et ils avaient vu les 
moules, les » molles, « les matrices dont on se servait [mur creuser 
dans l'at^ile humide la place des substances de couleur dilTérente 
qui constituaient l'ornemenlation des terres cuites. 

M. Bouchot cite deux Liégeois : Lambert et Renier Mocant, qui, 
il l'abbaye de Chanlemerle, dans l'Aube, gi-avent des matrices pour 
(lavements en couleurs, et se servent, pour les inscriptions, de 
lettres mobiles taillées dans le bois et rassemblées les unes avec 
les autres *. 

Il ne manquait pas. du reste, d'artisans capables d'épai^ner des 
reliefs dans une planche dressée. Les orfèvn?s, depuis longtemps, 
savaient entailler le métal pour préparer le lit des verres iiisibles 
dans la tiibrication des émaux trans|)ai'en[s ou ries nielles opaques. 

Depuis longtemps on gravait des sceaux en France, et M. Demay 



Kon livre. 

» DOUCBOT, p. ii. 
^ BODCBOT, p. i\. 

i Bouchot, p. S3 el lu noie. 



It de Limn, II" parlie, p. .'i, el Ig noie (le M, Bourhoi. p. il <j 



LES OKtClSES DE I.A i 



Ciit remarquer l'habileté de certains des praticiens qui modelaient 
ces œuvres d^rt. L'exécution matërielle de ceiles-ci était, du 
reste, beaucoup plus diffîcile avec ses plans de hauteurs diffé- 




I 



78 REVUE MABILLON. 

rentes que celle des « molles », où le seul problème à rés 
consistait à épargner des parties plates et à creuser tout a 
uniformément (voy. M. Demay : le Costume diaprés les se 
Paris, Dumoulin, in-4, cité par Bouchot, op cit. pp. 41 et 43) 

D'autres ouvriers exécutaient de véritables clichés 
« empreintures » sur étoffes. Tel est ce Jean Baudet \ charpe 
que cite M. Bouchot, auquel on feit un paiement, pour avo 
et taillé des « moles et tables pour la chai)elle de mondict seig 
au dit Champmol, pour la chapelle des Angles, à la devis 
Beaumetz ». 

Il y avait donc bien avant Gutenberg, des impressions sur î 
sur étoffe et sur parchemin, obtenues au moyen de matric 
relief. Les éléments du métier ^ existaient dès le xiii*' siècle, 
documents nous les signalent comme inventés par les m( 
découverts à Tabri des cloîtres, ou favorisés par eux ; il ne 
qu'un homme d'initiative pour constituer une technique. 



IL 



Ce qui arrêtait les progrès de l'invention et sa réalisation i 
trielle, c'étaient les lois qui régissaient, aux environs de la g 
de Cent ans, l'organisation du travail '^. Il ne saurait être qu( 
ici d'exprimer une opinion sur les avantages ou les inconvé: 
des corporations. Ce qui est certain, c'est qu'il n'existait pas. 
le tableau des métiers, une case où pût se loger, pour être pi 
par les statuts, un imprimeur ou un graveur, ouvrier ou n 
Gutenberg fut obligé, au début, de cacher ses essais sous Y 
rence d'une fabrication de miroirs. 

Il fallait donc, vers 1350, que des hommes voués exclusive 
à l'étude préparassent la besogne de l'industriel. C'est au coi 
ce travail préliminaire qu'on découvrit l'usage qui pouvait et 



1 BorciioT. op. cit., p. 33. 

« Bouchot, op. cit., p. 42. 

3 « Nus moleres (mouleurs) ne puel moler ne fondre chose la ou 
leUres, et se il le fesoit, il seroit en la merci le Roy, de cori)s el avoir. \ 
lettres chascun parli : nies en sel et en deniers, ne en chose cjui porte 
çon ; ne puent-ils moler ne fondre. » Statuts de 1260. Ciu'^ pur M. Bu 
D. 42. note 1. 



LES ORIGINES DE U GRAVURE SUR BOIS. 79 

d^^ matrices on relief capables de inultiplicT à Tinlini les exemplaires 
d'un même ty|)e. Seuls les moines, dans le silence de leurs cloîtres, 
à l'abri des soucis de la vie quotidienne, affranchis des entraves que 
pouvait apporter à leurs recherches l'organisation économique du 
p^iys, seuls les penseurs idéalistes qu'étaient les religieux étaient 
en mesure de s'y livrer efficacement. C'est ainsi que les hommes de 
théorie pure inventent, de nos jours, dans les Universités, les pro- 
cédés techniques que vient utiliser l'industrie. 

IJ est assez piquant de constater que la typographie artistique, 
instrument de vulgarisation, œuvre démocratique par excellence, 
est sortie des monastères et tut le produit des méditations de reli- 
^eux soumis à l'observance bénédictine. Ils étaient d'ailleurs seuls, 
à Cette époque, C4ipables de rendre ce service. 

Quel était précisément l'usage que les religieux pouvaient taire 
<l'iniîîges pieuses en grand nombre, telles que les peut produire la 
xylographie? 

I>epuis longtemps, des religieux avaient créé, pour les besoins 
^e leurs prédications, des sortes d'aide-mémoire, dans lesquels 
figuraient des résumés de sermons, des dessins qui fixaient les 
idées sous une forme succincte ^ 

Tf>l est ce document écrit dont les Allemands ont cherché à faire 
^^^l pour démontrer que de semblables travaux avaient été faits sur 
'•^ rive droite du Rhin. Un cahier de moine prêcheur porte en effet 
'^ nom de celui qui l'a écrit : Ulriefi Widemann, à Augsbourg ^; 
'^^î^is rien n'est moins prouvé que la nationalité germanique de cet 
^^rivain. L'inscription alléguée contient un : timc temporis, qui 
P énonce des habitudes voyageuses. M. Bouchot fait remarquer très 
4^steraent que le prénom du personnage se rattache à la Suisse ou 
^ l'Alsace plutôt qu'à l'Allemagne proprement dite. Enfin, l'écriture 
^- 1 l'image qui l'accompagne, nous le verrons plus amplement, sont 
Souvent exécutées à des époques et en des lieux fort différents. Le 
Manuscrit d'Ulrich Widemann ne porte donc pas une preuve 
^b.solue d'origine tudesque, quant aux dessins. 

Ce qu'il fait, ajoute M. Bouchot, un Français, Jean Faivre (Johannes 
ï'abri) le fera au xvi* siècle, à Saint-Urbain, dans la ville de Lucerne, 
^n reconnaissance de l'hospitalité reçue dans ce monastère (op. 



1 BorcHOT, op. cit., p. 25 in fine et p. 25. 

* Ibid., pp. 27 et 28. Cf. Incunabula xylographica et chalcographica, von 
Ludwig Rosenthal (Munich. 1892, in-fol., n. i). 



LES ORIGINES DE LA GRAVCRE SUR BOIS. 81 

cit. p. 28). Saluons en passant cette trace du rôle joué par les 
abbayes dans cette question des hommes de lettres qui voyagent. 

Ces mémento, livres de chevet du prédicateur ambulant, ne con- 
stituaient pas son unique bagage, nous dirions volontiers son outil- 
iage de missionnaire. 

Celui-ci voulait, à son départ, laisser, de son passage, des leçons 
de morale qu'il avait données, des bonnes résolutions qu'il avait 
fait prendre, des vérités qu'il avait préchées, un souvenir matériel 
qui assurât l'avenir des résultats obtenus. C'est encore un usage 
observé par les orateurs sacrés qui séjournent dans une paroisse, 
quand ils ont converti des pécheurs ou stimulé le zèle des fidèles, 
de donner à ceux avec lesquels ils se sont trouvés en relation des 
chapelets, des emblèmes pieux, des images. 

Ces dernières, au milieu du déluge de publications illustrées qui 
inondent le monde contemporain, ont sans doute beaucoup perdu 
de leur vertu. Mais au xiv* siècle, alors qu'elles étaient rares, que 
*^s chrétiens qui en recevaient une la croyaient dessinée à la 
'ï^ain, conséquemment monotype, c'étaient des objets précieux, 
P^^osque des reliques. Bénites par le prêtre qui les avait distribuées, 
^**^s étaient attachées aux vêtements ou sur les murs de la maison 
^^ celui qui les avait reçues ^ Si quelques-uns en faisaient un 
^^jet de superstition, la plupart y attachaient une idée sincèrement 
^^igieuse, et la considéraient comme une occasion de prière, avec 
^^utes les réserves de soumission à la volonté de Dieu que com- 
porte la loi chrétienne. 

C'est ainsi que Saint Christophe ^ était légitimement invoqué 
Contre l'éventualité d'une mort violente, et qu'une manière très 
orthodoxe de le prier était de porter son image. Ce qui aurait 
Constitué un acte de superstition, c'eût été de croire à l'effet néces- 
saire, au résultat certain d'une telle pratique. 

Des réserves analogues doivent être faites en ce qui concerne 
^îe qu'on a appelé d'un terme fort impropre le trafic des indul- 
gences. Remise de la pénalité encourue par le pécheur, remise 
subordonnée à certaines conditions de bonnes œuvres, de commu- 
nions, de jeûnes, d'aumônes ou de prières, sans préjudice de la 
nécessité de l'absolution, l'indulgence devait être accompagnée 
d'un signe matériel attestant son octroi. Ce signe fut une image, 



1 Bouchot, op. cit., p. 76. 
* BoiCHOT, op. cit., p. 25. 



6 



S2 REVIK NARJLLON. 

souvent la messe de Saint-Grégoire ^ Comme était grand 
nombre des fidèles (iiii désiraient obtenir des indulgences, l 
moines, soucieux des besoins des âmes, éprouvèrent le dés 
(robtenir en grand nombre des in)ages qui faisaient comprendi 
aux tidèles ce qu'était la faveur accordée |)ar TÉglise, et donnaier 
une preuve matérielle que cette faveur était intervenue. 

Il y avait aussi le désir de provoquer chez les fidèles des senti- 
ments d'adoration et des élans de piété. Sans doute, la vue des 
images de dévotion ne produisait [)as chez tous une émotion 
semblable à celle que subissait Fra Angelico pleurant devant la 
n^présentation du Calvains mais la vue des scènes de la vie des 
saints, ou de Thistoire siicrée, a toujours passé, à juste titre, pour 
Tun des moyens les plus etlicaces de propagande religieuse ^. 

Certaines des images cpii sont parvenues jusqu'à nous portent 
des traces de leur origine monastique et française. Tel est Técusson 
à la bande échiquetée, trouvée sur un iSaint Bernard embrassé par 
le ChrLsty écusson (jui appartient, non pas à l'abbaye d'Ebrach, 
comme le prétend un Allemand, mais à Tabbaye-mère, à Clairvaux, 
chef d'ordre *. 



III. 



Le temps était passé où saint Bernard se refusait à laisser orner 
ses cloîtres par l(\s sculpteurs ou les peintres. Les abbés de Cluny, 
en pni'ticulier, avaicnit formé de véritables écoles d'artistes. La 
plupart du ttMn|)s, c'étaient les moines qui travaillaient eux-mêmes 
pour leur convient et se faisaient, suivant leurs aptitudes person- 
nelles on les besoins de la communauté, architectes, peintres 
verriers, miniaturistt\s. L'élément laïque n'est entré qu'à titre 
d'appoint dans la construction et l'ornementation des grandes 
abbayes cisterciennes *. 

Les professionnels séculiers venaient chercher dans les cloîtres 
soit simplement du travail, comme les Liégeois, peu recomman- 



1 Bouchot, op. cit., p. 101 

« Bouchot, p. 15. 

3 Bouchot, p. 20. 

* Bouchot, pp. (U> et 06. 



LES ORIGINES DE LA GRAVURE SUR ROIS. 83 

dables personnages que nous avons déjà nommés, soit le repos et 

k retraite. Parmi ces derniers, on peut compter le grand sculpteur 

Ciaus Sluter, qui vint, en 1404, solliciter son admission comme 

oblat à Saint-Étienne de Dijon. « L'ouvrier ymaigier » apporte 

pour « sa dot » 40 livres et son talent '. 

Il y avait donc, dans les cloîtres bourguignons et franc-comtois 
du XIV* siècle, des artistes de toute espèce, et parmi eux, il n'en 
manquait pas qui lussent capables de composer un dessin suscep- 
tible d'être gravé sur bois. 

Car, c'est une considération dont les Allemands n'ont pas tenu 
compte, la gravure sur bois n'est pas un art original. Celui qui 
sculpte le dessin pour en faire une planche typographique n'est pas 
celui qui Ta inventé. De l'autre côté du Rhin, la langue admet trois 
ternies différents pour distinguer : d'abord le dessinateur. Malei' 
<lésigne puis celui qui transporte sur le bois l'invention du premier 
(Z^iehner fur den FonnSchnitt), et enfin le graveur proprement 
^^it, celui qui coupe le bois s'appelle Form-Schneide)'. 

Or, en Allemagne, au milieu du xiv*" siècle, il n'existait |)as un seul 

miniaturiste ou dessinateur qui fût capable d'inventer les modèles 

U^e nous trouvons réalisés dans les incunables les plus anciens ^. 

^^ ne faut pas croire que ces naïfs essais de la xylographie méritent 

^n bloc la qualification de barbares. Parmi ces dessins d'un trait 

^mraaire, quelques-uns ne sont pas dépourvus d'expression ni de 

caractère, et, un siècle avant la naissance de Wohigemuth, le maître 

d'Albert Durer, il n'y avait pas, sur la rive gauche du Rhin, un seul 

artiste capable de tracer sur le bois des figures que nombre d'artistes 

flamands introduisaient dans leurs compositions depuis plusieurs 

siècles. 

Nous vendons plus tard quelle étroite parenté unit les premières 
gravures sur bois aux miniatures de Jean Malouel , d'A ndré Beauneveu , 
et à celles des Italiens établis à Avignon, Simone di Martino, par 
exemple ^. M. Bouchot cite des personnages ^ entiers créés pour 
une miniature ou une fresque, et qui se retrouvent dans une 
gravure ancienne. Si le dessinateur pour gravures sur bois est allé 
chercher son modèle chez un artiste français, ce fait n'établit-il 
pas déjà par lui-même une présomption en faveur de la nationalité 
française *. 



1 Bouchot, p. 61. 

« Bouchot, op. cil. pp. 8i et sq. 

3 Ibid., p. 48. 

* Ibid. pp. 150 et 151 et passim. 



RRVf'R NABILUlN. 

tu ptiiloliigit' iiiêtiK' vient apporter un ai-gunient iiiiuveau à l'J 
de noire thèse. Les partisans de l'origine tudesqiie invoquaiofe 
terme FormSchneider ' (]U(; l'on rencontre Ih^iuemmentl 
XV siècle, accolé à des noms d'allure germuDique. Mais Ils iM 
pas reman|ué que le nidical du mot Form est d'origine luln 
fie root, nous le trouvons à Orléans, quarante ans avant qu'il! 
soit employé jtar les Allemands; ii sert de synonyme au tern 
moule (raoUa) ». 

Il y a mieux 1 Toute la terminologie de l'imprimeur est de langil 
ft^nvaise. Le feit est d'autant plus remarquable que ce métier a éfl 
constitué par des Allemands. Il tïiut que le tirage ait été praliqul 
pendant longtemps par des ouvriers parlant noire langue, )>our qiitl 
Pust, Scheller et Gutenberg n'aient même pas été tentés de donner! 
à leur-s outils d'autres noms que cens qu'ils [lortaient déjà'. Oui 
encre avec des « balles, « on couvre les blancs à épargner a 
des « frisquettes «, les lettres sont réunies en « {«quets » dans une 1 
u Torme » munie de « garnitures ». Le tout est placé sur ui 
« tympan » garni d'un « blancliet; » la presse |>orte une « platine •>. 
On pourrait citer d'autres exemples et démontrer que le métier 
d'imprimeur a été pratiqué, systématisé [>ar des Français, avant 
l'invention des caractères mobiles. 

Il i-este à transtbrmer ces probabilités en certitude. 

On a trouvé en Allemagne, dans des abbayes en l'elalion avec des 
monastères fiançais a Buxheim, à Bibracb, à Salzbourg, à Freising, 
à Brixen et surtout à Mondsee et à Tegernsee. de véritables dépôts 
de xylographies anciennes, très anciennes pour la pln{)art; mais 
nulle part en Allemagne, on n'a découvert les « bois » sur lesquels 
les épreuves avaient été tirées. 

Au contraire, il y a quelques années, en faisant des réparations 
à une maison qui avait i^té construite avec tes débris du monastère 
de la Ferté-sur-Grosne *, les ouvriers mirent au jour uue quantité 
considérable de clichés ayant servi â l'impression d'images de 
piété. La pluj)art de ces clichés (formes, ou molles, suivant le 
langage du xtv siècle) étaient tombés en pourriture. On put 



> Bouchot, pp. U, ISetiq. 

> Ibid. p. 8. 



■' V, AnnaUs inientalie^talet (Thiiton-e. Congrès de Paris IftOO. T section, 
p, 1*3. Arl. lie M. Oehio. ciié par -H. Boudiol (op. oit.j, 

* Boi'CHOT, op.cii. pp. 73 el 74. Cfr. Unanettrt de ta gravure mr boit, p. iH, 
surtout la note i de la p. H. 



LES Oni<^ISF.S I)K I 



iiependanl en sauver un qui, sous le nom de son propriêtain;, 
M. Prolal. restera comme l'un des inonuments les plus importants 
des premiers Jours de la xylograpliif. 




KeiiiaiTinnns f|ue la Ferté-sur-Grosne était la première lille de 
{Clteaux. A la Ferté, on s'était occ^iipé à enpîer des manuscrits et à 
oluminer les livres '. 




d 



86 REVUE MABILLON. 

Il est donc certain, de certitude matérielle, que l'abbaye c 
Ferté-sur-Grosne avait été Tune de celles où les moines prépara 
pour l'exportation, con)me on dirait de nos jours, les imt 
destinétîs à accompagner les missionnaires dans leurs pi 
voyages. 

La découverte est d'autant plus im|K)rtante que la Ferté-si 
Grosne (commune de Saint-Ambreuil, Saône-et-Loire), nionastè 
cisl(Tcien, fondé en 1113, était nommée la première tille de Gîte^m. 
ce monastère avait soiis sa dépendance les abbayes cistercienne 
de France et de l'étranger qui descendaient de lui directement o 
indirectement par voie de fondation. 



IV. 



Parmi les abbayes chefs d'ordre, les premières fondées, les plus 
florissantes étaient situées à l'ouest des Vosges. Gitons parmi elles 
les grands établissements, déjà anciens au xiv^ siècle, de Glairvaux, 
de Gîteaux, de Gluny, de Morimond, de Vézelay, la Ferté-sur- 
Grosne, Saint-Oyan, Saint-Glaude du Jura, etc. *. 

De ces maisons étaient partis successivement des essaims de 
moines (|ui allaient coloniser à l'étrangercontrairement à la direc- 
tion du courant qui semble entraîner les migrations des peuples 
vers roccid(mt; l'exode des Bénédictins les amena vers l'est -, où 
des populations honnêtes, mais peu cultivées, offraient à la prédi- 
cation un t(MTain favorable. 

Déjà des voyages semblables avaient lieu entre divers monastères. 
Des émissaires allaient de l'un à l'autre, portant, soit une bulle, 
soit un rouh^au des morts^. D'autres fois, le bien d'une communauté, 
les nécessités des études, motivaient des déplacements souvent 
d'une grande amplitude. 

Gîti^aux, Glairvaux, la Ferté, (entretenaient des relations pério- 
diques avec les monastères cisterciens du monde entier. Les cha- 



1 Bouchot, pp. 70 et 71. 

> Ibid. passim. 

3 Ibid. \i\). fîH et 59. .M. Koiichol désijjne le rouleau des morts de Tabbaye 
de Saint-BcMii^rne de Dijon et cite M. d'Arbois de Jubainville (Portefeuille 
archéoIotji<|ue de la ('.hanipiiyn(\ peinture p. 48, et planche 9). 



LES OltJi^NF.S 11K [ 



S7 



pitres généraux qui réutiissaienl iinnuelleinenl tous les supérieurs 
Aps monastères sussent à exp]i(|uer ces relations. Les abbés de 
CBS éUiblisseiiients faisaient. [wrsonneHeinent ou par un délégué, 
la visite de leurs oionastëres étrangers. 

Les TOUvents de la région jurassienne, dans l'un desquels on 
» trouvé des « bois » destinés à l'impression lypograptiique, se 
Irouvaient placés au carrefour des routes iiui unissaient l'Europe 
cenlrale à la Provence d'un coté, par la vallée du Rhône el de la 
&tôt\f. el de l'îmtre la France, par les cols ijui séparent les Alpes 
tie la Forêt Noire-, et les vallées de la Seine et de la Meuse. 




A cette date du xiv siècle, les papes résidant à Avignon 
\ envoyaient souvent en Allemagne des communications, et l'ecclé- 
siastique ou le messager devait passer par Dijon, oi) les abbayes 



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-..r- . •-- :'-:.'i<::.!- :ri-rr.:> «rit rtr^ ie plus fréi}ueminent o|>érés. 

M. fi, .;.'.• • .*-. .l'rtjr^s M. Schî^il-^r, des estampes trouvées 



-^ Of». ^;t. f.{>. *iii el i;i. 

3 Bon HOT ii|». i^> et î*l. 

* 0(». 'II. I», .Vi. 
L;i preuve «le «e lait rr>iilir «le 1 examen «le> pitM-es de xylo^Taphie anl«^ 
rieiire* ;ju \vi- si»-r\f, «•olori»''e> presnue lûmes .t Tinslar îles minialures. 
L ifi-kinij-jlion «le ^es i!n;jge> clan> les livres inanuscrili> est un fait fré<|iienl. 
.M;<n;iKî mainies Uns clan.s le livre ile M. Bouchul. Nous |K)Uvons indiquer, 
il liue d'exemple, les morreaux éilih's par Simon Vt^rard. Limilalion de 
l'enluminure est ici avouée. 

' Moi mioi, op. rii. p. Ht. \. au.vsi p. ii et cli. V. pi. XVI. p. 31, «<♦ el \k 105. 



I 



LES ORIGINES DE LA GRAVURE SUR BOIS. 89 

dans cette abbaye qui portent toutes un encadrement Identique, 
bien que le style qui caractérise le corps du dessin soit très 
différent. On ne peut expliquer ce ("ait par un changement dans la 
« manière » du graveur; mais bien par Thypothèse que démontre 
l'examen matériel des pièces, de c< l'apport ultérieur des bordures, 
bordures semblables, composées de passe-partout assemblés et 
rejoints • ». 

Il est facile à présent de nous rendre compte du processus qu'a 
suivi l'invention qui nous occupe. Les modèles d'art étaient fournis 
tantôt par les Italiens d'Avignon, tantôt par Beauneveu, Jehan 
Malouel, Claus Sluter, le même que nous avons vu oblat dans une 
abbaye dijonnaise. 

Cette double origine explique comment un style intermédiaire 

«ntre l'idéalisme méridional et le réalisme flamand put se former en 

France. Mais nous ne faisons pas ici d'esthétique. Contentons-nous 

d'étudier le procédé opératoire qui permit aux religieux français 

de préluder à l'art si moderne de l'illustration du livre. 

Le modèle une fois choisi, un copiste le transportait sur la 
planche de bois ou de métal. Celle-ci était remise au « tailleur de 
molles » qui était choisi à l'origine parmi les menuisiers, les 
« chapuis » 2. Signalons en passant ce mot d'allure bourguignonne 
qui a servi longtemps à désigner le graveur d'épargne. 

Le « bois » terminé, on le livrait au moine imprimeur qui en 
tirait des épreuves, soit avec de l'encre à la colle, soit plus tard, 
avec de l'encre grasse ^. Quelle qu'elle» fut, l'encre était déposée 
sur le n^lief au moyen d'un tampon w la balle ». Puis on tirait 
répreuve soit au frotton, soit avec une presse rudimentaire *. 

Puis la pièce imprimée était, la plupart du temps, coloriée, afin 
de prendre l'aspect d'une miniature. 



i Op. cit., p. 29. Nous prenons les moines de Tegernsee en flagrant délit de 
travail additionnel sur les estampes. Il existe deux exemplaires de la Légende 
de saint Meinrad, l'un à Munich, provenant de Tegernsee, l'autre à Kinsielden. 
Les deux exemplaires sont munis d'une inscriplion en dialecte suisse: mais la 
dernière page de l'estampe bavaroise est en blanc. Dans celle d'Einsielden se 
trouve une Messe de saint Grégoire, embordurée de la bordure particulière 
à Tegernsee. Cette dernière abbaye a donc, au moins cette fois, travaillé pour 
l'exportation (Op. cit.). 

* Bouchot, op. cit., p. 38. 

* Op. cit., p. 41. 
4 Op. cit., p. 90. 



90 REVUE MABILLON. 

On formait ensuite des ballots ^ que la mule du moine colpor — 
leur emportait à sa destination définitive. 

On croit aussi que les « bois » étaient de temps en terap 
confiés au voyageur, (jui, muni alors de son encre et de son 
frotton, tirait de chaque type la quantité demandée. 

L'industrie avait été grandement facilitée par la vulgarisation 
du papier de chiffon, qui, vers le xiv^ siècle, commença à devenir 
moins rare. N'oublions pas que c'est à Troyes en Champagne que 
paraissent avoir fonctionné les premières manufactures de papier. 
Là du moins on le produisit très tôt en quantités appréciables. 

Il est à peine besoin d'ajouter que l'abondance du papier avait 
été favorisée par l'usage, qui devint général à la tin du xiii* siècle, 
de porter du linge de fil. Avant d'être transformé en papier, le 
chiffon avait servi de linge de corps sous forme de chemise *. 

Sans ce détail de mœurs, la bonne volonté du moine créateur 
d'images de propagande fût restée probablement stérile. 

Nous ajouterons même ce détail qui intéresse notre thèse de 
l'invention monastique de la gravure sur bois, que l'on a fabriqué 
du papier à Glairvaux. Le papier porte les armes de Champagne ^. 



V. 



Comme les moines qui figurent dans les renseignements que 
nous dépouillons sont d'origine française, nous sommes obligés 
par endroits d'insister sur des détails qui intéressent plutôt la 
nationalité que la profession monastique. Nous ne sortons pas 
cependant pour cela des limites de notre discussion : qui dit 
imagier au xiv* siècle ou dessinateur, ne peut parler qu'à titre 
exceptionnel de laïques. 

L'examen technique auquel se livre M. Bouchot, et dont nous 
allons essayer de donner un aperçu, est nécessaire pour le déve- 
loppement de l'argumentation en faveur de l'origine religieuse de 
la xylographie. Nous ne saurions en effet trop le répéter, il n'y 



1 Op. cit., p. 55. 

a Op. cit., tout le ch. III. 

3 Op. cit., p. 97. 



LES ORIGINES DE LA GRAVURE SUR BOIS. 91 

a pas, en matière de gravure sur bois, d'art laïque au xiv^ siècle; 
il n'apimi'aît, dans la série des estampes de la Bibliothèque Natio- 
nale, (|ue dans la Ballade des chapeaux (Catalogue de M. Bouchot), 
unti pièce de basse époque. En Allemagne, si Ton en croit 
M- Firmin Didol, Essai typographique et bibliographUiue sur la 
gra^vure sur bois, le premier livre illustré laïque est la Chronique 
flfe? Nuremberg (1492). 

Il appartient donc à notre sujet d'étudier la technique, Testhé- 
liLïtje qui a présidé à la naissance de chacun, et de préciser la 
dat.e des costumes dont sont couverts les personnages. C'est 
aii:isi qu'a pu être fixée, de science certaine, l'époque à laquelle 
rei3nontent les premières gravures sur bois, le pays où elles ont vu 
le jour et les établissements où elles ont été faites. 

M 1 ne nous est pas possible de citer in extenso les discussions 
pl#3înes d'intérêt présentées à l'appui de la thèse : nous nous 
co Patenterons d'en résumer quelques-unes. 

M^orsqu'on regarde avec attention le saint Christophe de lord 
Sf>^?încer, découvert à Buxheim près de Meiningen, on reconnaît 
qui "il a dû être imprimé en deux fois, comme beaucoup d'analogues. 
Uinscription qu'il porte perd, dès lors, toute valeur documen- 
tai i^e en ce qui concerne la date et le lieu d'origine du dessin au 
pi^d duquel elle avait été apposée. Rappelons que cette inscription 
es^t. écrite en caractères gothiques, qu'elle contient la date de 1423 
et c^ue les partisans de l'origine tudesque de la xylographie en ont 
feit^ leur principal argument ^ 

Si donc la lettre et le dessin cessent d'être considérés comme 
contemporains," on peut légitimement chercher dans l'examen 
esthétique de la composition le secret de la date à laquelle elle 
reiBonte. 

Que voyons-nous donc dans cette gravure 2? Le Saint s'appuie 
sur un palmier, arbre que ne connaît pas la froide Germanie. Les 
inontagnes du fond sont traitées dans une technique qui dénote 
""^ inspiration italienne. L'analogue se trouve dans un dessin de 
Pétrarque, déposé à la Bibliothèque Nationale et représentant la 
foojjaipg de Vaucluse. Ce dernier dessin contient des eaux courantes 
^^priinées par le même procédé que celles de la rivière traversée 
P^^ le Saint dans la gravure de Buxheim ^. 



. Bouchot, op. cit., pp. 11 et 23. 
^ Jbid.. p. 12. 

Bouchot, op. cit., pp. 12 et 13. 



92 



IIËWR UARILL.ON. 



L'origine germanique sst donc dcstiluée de toute vraisemblance; 
l'antiquité du document cesse d'être démontrée ; nous nous 
trouvons en jirésence d'une pièce de basse époque, dont l'estlié- 
tique, visiblement niéridioiiaie, confirme l'hypothèse d'un courani 
larti d'Avignon et aboutissant un Allemagne, en passant |)ar le.' 
monastères franc-comtois. 

Lorsqu'on se demande de quels Saints le souvenir a été com- 
mémoré dans les incunables, on est amené à reconnaître qu'ils 
appartiennent à la région où l'on parle la langue franchise et 
qu'ils renferment des allusions à la vie des monastères franco- 
bourguignons. 

Un évêque martyr, dont les doigts sont percés d'alênes, avait 
été baptisé allemand et appelé saint Cassien >. Il lîiut désormais 
admettre qu'il s'agit de saint Bénigne, patron d'une abbaye dijon- 
naise, étranger au martyi-oioge germanique. 

Sainte Gertnide *. Iltle de Pépin d'Héristal, protectrice df 
Nivelles et de Bréda, apparaît aussi en cHigie dans l'un de nos 
incunables ". Les Allemands ne sont pas fondés à la revendiquei 
comme leur compatriote. 

Le style de la pièce contredit nettement l'inscription en caractère* 
allemands qui accompagne la gravure. Cette inscription est visi- 
blement interpolée. 

L'un des monuments les plus curieux de l'histoire de la gravuit 
est celui que conserve le cabinet des Estampes de Paris. Il porlt 
une inscription contemporaine du « bois «qui a servi à l'iniprimei 
et sur laquelle on lit : S. Claude. La nationalité franc-comtoise à( 
ce Saint ne peut être révoquée en doute. Il a donné son noir 
il une abbaye du Jura, où étaient déposées ses reliques, et c'est 
précisément à la châsse contenant ces dernières que Mt allusioD 
l'un des deux sujets représentés dans celte pièce. La compositîor 
est d'une invention naïve. Des jeunes gens habillés, coiffés à la 
mode française des débuts du xv siècle viennent en pèlerinage au 
tombeau du Saint. 

L'autre sujet contient une aigle à deux têtes, Or (v. Bouchot, 
op, cit.. p. 19), celte figure héraldique sur fond d'or, caractérise 
les armoiries de l'abbaye de Saint-Claude, qu'on disait fondée ^r 
Saint Romain. L'aigle à deux têtes étant, d'autre part, l'emblème d 




LES ORIGINES DE LA GRAVURE SUR BOIS. 93 

l'Empire Romain, nous nous trouvons presque en présence 
d'armes parlantes. 

Il ne s'agit pas ici d'une bordure ou d'un cachet appliqué après 
coup. L'écussorî héraldique occupe presque toute la page. Nous 
avions sous les yeux une pièce fort ancienne créée par ou pour 
l'abbaye de Saint-Claude, dans le Jura français. Jamais un dessi- 
na tciur de l'autre côté du Rhin n'aurait pensé à ces allusions, 
toutes naturelles dans le lieu où le corps de Saint Claude était 
véinéré K 

J-.es costumes qui figurent dans les incunables ont été, de la part 
de JM. Bouchot, l'objet d'une étude très attentive. Muni de types nom- 
br^3ux de comparaison que lui offrent les statues, les miniatures à 
dat.4rî certaine, il est parvenu à fixer, à vingt-cinq ans près, l'époque 
à Isà quelle ont vu le jour la plupart des pièces qu'il considère. 

l^à encore son examen aboutit à la conclusion que les 
docîuraents sont français, et que beaucoup remontent à la pre- 
mière moitié du xiv*" siècle. Pour ne citer qu'un exemple, signa- 
le i:^ s comme un signe de parenté incontestable avec les œuvres de 
Beî'Sriuneveu les barbes disposées en lyre '^, les plis souples formés 
pî^i^ (les étoffes de laine. Lorsqu'on aperçoit ce dernier signe, il 
feut: conclure immédiatement à une origine française ^. Tout le 
monde sait, en effet, que la raideur des plis est un des caractères 
si&nillcalifs de l'art tudesque. 

I-.es pourpoints tailladés, fermés au moyen de gros boutons, 
^F^r>artiennent aux années qui s'écouient entre 1380 et 1100, et 
à Is France. 

I-â certitude s'affirme plus nettement encore lors(|ue des détails 
^^ cîostume se rattachent à des souvenirs historiques locaux, surtout 
2 <lcs faits relatifs à une abbaye dont on sait par ailleurs (|u'elle a 
Produit des xylographies. 

r)ans une gravure représentant le martyre de saint Sébastien, le 
^'^^f des archers est coiffé de ce bonnet oriental qui fut d'abord la 
li£4x*e des Empereurs d'Orient, puis, modifié par l'addition de galons, 
<l<^i^na naissance à la mitre des évéques. Sous la forme qui apparaît 
<l^ns l'image du Saint Sébastien, cette toque était celle des officiers 
P^^lonais ou hongrois. Un manuscrit appartenant au prince Czarto- 



^ Bouchot, op. cit., pp. 82, 83 et 152. 

^ Bouchot, op. cit., p. 148. 

^ Bouchot, op. cil. passim, et notamment pp. 110 et sqq. 



94 REVUE MARILLON. 

riski et datant de 1420 à 1430 le fait voir sur la tête d'un duc de 
Cujavie K 

Or, aux environs de 1380, un seigneur portant ce titre, Wladislas, 
avant d'aller nfiourir à Strasbourg, vint chercher le repos dans 
l'abbaye de Saint-Benigne à Dijon, au centre même du pays où se 
faisaient les gravures sur bois. Il devint même abbé de ce monas- 
tère. Tout porte à croire que le dessinateur, lorsqu'il affubla le 
chef de ses bourreaux d'un bonnet exotique, s'inspira de la coiffure 
du duc de Cujavie, réfugié en Bourgogne, dont la tournure et le 
costume avaient frappé les imaginations, que le monde instruit 
appelait dux abbas Foloniae, et le populaire, le roi Lancelot. 

Dans l'ouvrage de M. Bernard Prost sur le Trésor de l'abbaye de 
Saint-Bénigne de Dijon, M. Bouchot trouve la description d'une 
châsse, dont l'ornementation comprend le même saint. Cette châsse, 
les armes qu'elle porte en font foi, a été probablement donnée par 
le même roi Wladislas ; elle démontre que l'exilé aimait à invoquer 
le souvenir de ce patron des militaires. 

Dans ces conditions, l'allusion se précise, et donne créance à 
l'opinion que la pièce de Munich a été créée précisément pour 
rappeler le souvenir du duc de Cujavie, d'abord hôte puis abbé de 
Sainte-Bénigne. 

Une démonstration décisive est celle qui résulte de l'examen 
d'une pièce fort ancienne découverte à Tegernsee, en Bavière, et 
que les savants allemands s'étaient empressés d'inscrire à leur actif. 

De très grand format, cette gravure représente le crucifiement, 
et contient trois figures. Des deux côtés de la croix sont imprimées 
les armes de l'abbaye bavaroise. Plus bas on lit ces mots, écrits à 
la main : Attinet mro Tegernsee. 

De ces deux indications, ajoutées à la présence dans le même 
lieu d'une quantité d'estampes anciennes, on avait conclu, non sans 
quelque apparence de raison, à l'existence d'un atelier producteur 
de ces images. 

M. Bouchot reprend les pièces du procès. Il examine attentive- 
ment la gravure et constate que les deux empreintes des armes de 
l'abbaye sont identiques et superposables. C'est donc un cachet 
unique qui les a produites. Elles n'appartiennent pas au bois, qui 
reproduit le dessin. Si elles constituent un signe de propriété, on 



1 Bouchot, op. cit., pp. 138 et 199. Discussion delà pièce : le Saint Sébtutien 
appartenant au Cabinet des Estampes de Munich. 



LES OKIGINKS DK LA (;nAYrKF: SUR BOIS. 95 

ne peut voir en elles une signature, encore moins une marque de 
fal)ri((ue. 

Quant à rinscription manuscrite, elle s'explique, s'il s'agit d'une 
pièce rare et précieuse qu'un bibliothécaire soigneux cherche à 
prolt^er contre des soustractions possibles. Elle est incompréhen- 
sible, si le monastère en possède d'autres identiijues, si surtout il 
détient la matrice qui permet de s'en procurer indéfinimtMit de 
seml)lables. 

Loin donc de confirmer la thèse de l'origine allemande, cette 
jçi-civure vénérable donne raison à ceux qui pensent que les monas- 
tères rhénans ou bavarois n'ont été, dans la question des incuna- 
bles, que des entrepositaii'es, si l'on peut ainsi parler, et non des 
proiiucteurs, encore moins des créateurs. 

Gaétan Guhxot. 



'^remipre année. — N" 2. 



ARCHIVES 

DE LA FRANCE MONASTIQUE 




EVUE MABILLON 



I 



sonHftinE ) 






Dum Resse. — (.'Onlre •\v Ciiiiiy r^i son t'oi 


ïcrnmncnl ovUn. 


07 


Dum AxuoTEH. - Le Uréviaire >le Smni-Ucn 


s-co-France 


1.10 


i 




1^8 



PAlllS 

Ulbrnirle Veuve Ch. POUSSIELGUE 

It, HUE CAB8ETTE 



1905 



Doui Beulière : Corres|ioti (lances héin-dirtines, 
■ Dmn Besse : Los BéiiAliclins de Saitit-Maur au oullùf^' 

Thoisscy. 
G. (iuiLLOT : Anne d'Autriche et le Val-de-Gi-ûce, 

Id. C«rémoiiies l'unèlir^îs iKiiir les membres <Ie hi famille | 

royale h l'nbbajie du Val-de-Onîcp. 
I,. JÉRÔME : Quekjiifis t;orres|Hjndants lif;nddicUnB de la Confina J 

galion de Saint- Van ne. 
M. 1/'» derniers chapitres généraux des Bénédictins dsl 

Saitit-Vanne de 1768 il 1789. 
Ilvr.voix DE Landole : lUi aj^nt df la Congrégalion de Sainl- 

Maiir auprès de la Cour de Rome, Doin dfl VïcJ 
Dorii VvEs Laurent : Les réibrmea inona8lif|Ues de Saint- 1 

liermain-dcs-Préa au xvr siècle. 
Lkvillain : Notes sur l'ablmyo de Conques. 
Martin : Livres liturgiques de l'Ordre de Cluny, 
Vankl : Bainzt;, prieur de Taluyers. 
Définitions des Chapitres généraux de l'Onlre de Cliiny. 
Chroniqu'.' Iiililiograpliiqne pour l'année 1905, 



Tout ce qui concerne la direction de la Revue Mabllloo, 
doit être adressé au R. P. Dom J.-M. BESSE, Béi 
dictin de l'abbaye de Ijgugé, à Chevetogne, par Zidignon, | 
province de Namur (Belgique). 



L'ORDRE DE CLUNY ET SON GOUVERNEMENT 

(Snite) 

II 
M^em €uhapltro8 §;énérmix 



Les abbés qui avaient sous la dépendance de leui' monastère 
des prieurés ou des maisons dans lescpu^ls vivaic^nt qurlcpn's-uns 
de leurs n.'b*gieux, convoquaient tous les ans les prirurs (»t supé- 
rieurs et leur demandaient compte de leur j^estion. Ou mi saurait 
dire quand et où ces assemblées aimuelles oui cnnnnnicé. Klles nr' 
furent pas assez générîilement et univcTst^llemcnt pratiipuM's pour 
qu'il y ait à y chercher une institution réj^ulicrc tir Toi-dn;. (li»s 
réunions, qui recurent dans la suitt^ le nom dv ChapitreH ynurau.v, 
prirent chez les Cisterciens une imporlanci» considifrabif. Cr fut 
l'un des moyens de gouvernement h*s plus rllicacii'S admis par la 
célèbre Charte de charité. On nTonnnt vilr leui' iitiliti». I.rs abhés 
bénédictins de la province rcclésiaslique de Krims voulunMït fairr 
|K)rtiei|)er aux civanlages de ces remuons 1rs monastères iMfm'dic.- 
tiiis. Un pi*emier chapitre fut conv(>qu('* rn IKij. R(mie (Micnuraji:i'a 
celle initiative». D'autres assend)hM's suivinMït. I.es papes comprirrnt 
le profit que Tordre df^ Saint-Benoît pourrait en rctiriM*. Nonc(nitrnis 
d'a]»prouver et d'encouragiM*, ils prescrivirent et orj^^anisèrent la 
tenue des chapitres généraux, de tellr» soiie qu'au xiri" siècle ils 
étaient entrés dans Torgîmisme de Tordre hénédictin K 

Innocent 111, les Pères du concile i\o I.ati-an illilTi) et Cn^^oire IX 
avaient rendu Tassistanct» à ces cliapiti'es ohlij^îiloire pour t»)us li*s 



* Lrs Ckapit/YS g/v/rnux df r ordre d*' Hniikt-hruutt urmit h' /l'*' roiinlr df 
Lairtin, par Uoni rrsnier HKiu.iKitK (Rith»' h(',u'dirti,it\ 181»1, :2.V)-i<il . /o- 
Chapitres g^n^rtiux df l'nrdrr dr Stihif-lifunif du \///'' au W' sn'rh'. \\,\\ h- 
rncime ilhid. IHW. r>ir>-.'>i7 . - Vhnpitrt'n fit^iu'nwj' dt's timiuisfcn'a hi'ii**thrfnts 
lUfS prorinres df lieiuts ff df Sfiis \iii''-xv . \y.\\' I<» iiiriiic i Ihivunicitta int'difs 
pour servir à rhisfotff frrl^sitistnfUf de ht littffiqi"'. M;in'«lM)iis. IK!>i, iri-M. 
58-117). - L^ft Vhapitrtfs gémfravx df l^Ordrr d»' Smnf-IirHUît. |):ir h' lurnir 
( M^angf s d' histoire hfyiédicthir, i" srrio. ManMlsmis. lîïoi. in-x. -irlAM . 

7 



ahjjés el prieurs bènédiclins. Los monastères clunisles, qu! étaient 
par le fâil de leur soumission à Tabb^ de Cliiny. dans une silualio- 
particulière, ne se crurent jamais altetnls par ces prescriplion^î 
Le \»a\>c Alexandre IV eut soin de le déclarer dans une bulle d 
13 février 1256 '. Lorsque Grégoîri" IX voulut leur imposer c«lU 
iuslitulion, il s'adressa din>ctemenl :'i l'abW et aux moines de Glun^ * 
(28 juillet 12311 '. Ce n'était point eliose nouvelle pour eux :> 
Pierre le Vénérable, qui fut l'un di*s premiers â comprendre \es.' 
avantages de l'organisation monastique adoptée par Glteaux, réunii ' 
en chapitre général les prieurs des monastères de son ordie. 11^ 
vinrent au nombre de deux cents; un grand nombre de moines les^ 
accompagnaient (1132). L'abbé de Cluny promulgua devant eus les* 
règlements d'une réforme, qui lui parurent, à l'expérience, un pi-u 
sévères. Il les renouvela dans la suite, après avoir atténué leurs 
prescriptions trop rigoureuses ". L'abbé Hugues V, qui rédige:iit 
ses statuts en l'année 1200, avait ordonné la célébration annut'tle 
des chapitres généraux, oii les fautes des su[)ériQurs cl des religieux 
devaient être corrigées et punies conformément à la loi de Dieu, 
à la règle de saint Benoit et aux statuts de l'ordre; on y prendniil 
ensuite^ les mesures que demandent le salul des âmes, la conser- 
vation rie l'ordre et l'intéi-ôt des monastères *. Ce règlement n'est 
pas le témoignage le plus ancien qui nous soit conservé de l'eiiis- 
lence des chapitres généraux à Cluny. Dès le 1* juillet H82. 
Lucius III écrivit aux évéques pour se plaindre des malfaiteurs qui 
molestaient les moines se rendant à ces assemblées *. 
Les chapitres qui suivirent immédiatement la bulle de Grégoire IX 



.*J 



1 Sullarium Cluviacnuie, 126. Rfgùliri d'Atexandri- IV, [lariiE l« Homciére. 
n»<138. 

* (il (irimis slaUiimiis ul tjeiierule cupilulutn iibhuluin el iihorum liiiu rou- 
vetitualiumquani TninorNtnr.luniacensiiianlinisuimd riluiiiuciiiDKinguIisaniiis 
relebretur... ad instar CUIerciensis oritinis relebrttur. Rfgiilr» de Brégoirr IX, 
\i»r L. AdVHAï, n" 7*3. 

^ M<tBiLLON, Annale» BénédicUne*. vi. £U'3I3. L'auteur reproiluU un r^il 
il'Orileric Viial i|Lii nvait pris piirt à la n^union. ffislorin /rrlftùuUea, I, xill. 

Pnt. M. CIAXXVIII, 93S-»38. 

* Uiiximus slatuendiim ul générale (.'npitiiluni omnium |irlurum tum conven- 
iiiHJiiim quam minorum Cluulaci siiigulis untiia celebreUir. ubi sine arreplioae 
persunurum.secunduni tteumetBenedicti repilam.etdlunlacensisonliniit [nsli- 
liila, (telinquetilium rorriganturexcessus. eldesaluteanimariim.conMrvatioDe 
urdliiis el doitjorum IndemiiitaCe irai'lelur, et slalualur quod Aierit rcgiilariler 
titatuendiim. Hugonit V italufn, BibUolheca CIvrtiaceniiM, 1171. 

6 Bullnrlum Ctumacaae, 38. Recueil lUt charlei de Citttiy. a- 4Î89. t. V. KM. 



l'ordre de cluny et son gouvernement. 99 

n'ont laissé aucune trace dans Thisloire. Le premier connu eut lieu 
en 1259. Il ouvre une liste qui se prolonge, malgré quel(|ues inter- 
ruptions, jusqu'en 1788. Nous possédons les procès-verbaux de 
trois cent dix de ces réunions. C'est le chitlre donné par M. Al. 
BriJel dans une consciencieuse étude, que nous allons mettre 
largement à profit ^ Ces textes sont manuscrits pour la plupart, 
quehjues-uns seulement sont imprimés; ils apparticMment au xvir 
et au XVIII* siècle, sauf un petit nombn* d'une époque antérieure, 
f|ui sepiblèrent plus importants. Les documents manuscrits ont été 
copies sur les originaux au xvir ou au xviir* siècle. 

F^e recueil des chapitres généraux, conservé à la bibliothèque 

du palais Bourbon et à celle de l'Arsenal, provient selon toute 

probabilité du prieuré parisien de Saint-Martin-des-(lhanq)s, où 

résidait le procureur des Clunistes de l'Étroite observance -. Le 

tonicz* VIII de la collection du [)alais Bourbon renferme trente-cinq 

procès-verbaux allant de 12o9 à 1311 ; le tome IX, dix-sei)t de 1812 

à i 33C). M. Morand a publié celui de 1323 d'après l'original conservé 

•'* la Bibliothèque Nationale ^. On en trouve vingt et un dans le 

^^'"o X, de 1337 à 1368; vingt-trois dans le tome XI, de 1309 

^ ^ ^^2; quatorze dans le tome XII, de 1393 à 1409; cinquanttwJnq 

<^aris le tome XIII, de 1410 à 1479. Ceux de 1410 à 1571 se trouvent 

ïians. le recueil de l'Arsenal. Les textes de neuf de ces chapitres 

^rtt êt:é imprimés au xvir siècle; ce sont ceux de 1290, 1324, 1399, 

14-^»^ loOO, 1501, 1507, lo65, 1571. 

ï-^s chapitres de 1600, 1626, 1627, 167(), 1678, 1695, 1()97 (»t 
prt*5^ j^^ tous ceux du xviir siècle sont également imprimés K Ceux 



^^^s chapitres géiiéraux de V Ordre de Qluny depuis le XI IF jusqu'au 
-^V"« siècle^ avec la liste des chapitres qui se so'nt conservés jusqu'à nos jours, 
par ^vi . |{R, EL (Bibliothèque d^ VÈcole d^s Chartes, xxxiv, (1873, :>4:2-:>7y . 

■— ît bibliothèque du palais Bourbon possède une collection de 33 volumes 

'* ' 5SOUS la cole H" 89, portant ce lilre : Chapitres généraux de V Ordre de 

**^, enregistrés sur lettres patentes conjirmatives de ses privilèges et statuts, 

^ plusieurs arrêts du Conseil d'État, du Parlement et du Grand Conseil et 

^•^ actes pour VOrdre de Cluny. A la bi])liolliè(|ue de l'Arsenal, Chapitres 

^, ^^**^ux de VOrdre de Cluny avec plusieurs a rrests, 13y;i-l(>:27. C.od. 777-778. 

' j ^^ qui est conservé aux Archives ualionales, à la Hibliollièque Nationale 

^ ^ ^**inte-Geneviève, v. Briel, article cité, luUu± 

^-^ijjlnitiones capituli generalis Cluniaceiisis, Paris, hnp. nal,. 1872, in-l. 
r> trîjii des Mélanges historiques, t. 1. 

^*^apitres généraux de r Ordre de Cluny, enregistrés sur lettres patentes 
^ ^^ '^hiatives de ses privilèges et statuts; arec plusieurs arrêts du Conseil 
^*^<>^ dM Parlement et du Grand Conseil: et autres actes pour l'Ordre de 



100 rkvi:e mabillon. 

qui restent inamiscrits se trouvent dans les recueils de TArseï"^ 
ou du palais Bourbon K Ces procès-verbaux forment un cnsenUi»' 
très préci(nix pour l'histoire de l'ordre de Cluny. M. Ulysse Robert 
travaillait depuis vingt années à en préjiarer la public>alion, (j^ 
devait (Hre laite par le Comité des travaux historiciues. I^es copient 
étaient prêtes, les renseignements néc(;ssités par l'annotatio - 
réunis rt l'introduction terminée, lorsciue le savant éditeur fi» 
enl(»-vé par une mort subite ^. 

Les moines de Cluny avaient (extrait de leurs chapitres généi*au^ 
les (lécisit)ns ([ui intéressaient plus particulièrement la discipline?; 
régulièn; et le gouvernement d(î l'ordre. M. Al. Bruel s'est servie 
pour son étude, d'un recueil formé au commencement du xvir siècltrf 
par un n^ligieux anonyme ^. La bibliothèque de l'Arsenal en jmssèdt»^ 



('hniy, Paris, 1717, in-ibl. - Artus rapituli generalis Cluniacensis avni I6i6. 
EjHsdeM in nirnum qupuiîihet, arprimuM I6i7, ad diem solituM dumhnctp tertio 
po»t Pffsrhfi relus, pereniptorie repetita, indictio .9 mai IHiH.. s. I. ii. d. iii-i. 
Pithîiratio cftpituli grneralis ordhiis Cluniacmsis (31 mars lH7(r;. s. I. n. «I. 
iii-i. [ndirtio capituU generalis amii 1683. Capitulum ge^terale ordini» 

Cltmiacnusis, nnno Domini MDCLXXXV, s. 1. n. «I. iii-4. — Capitularia gène- 
ralin sficn ordinis Clwninmisis habita annis i6H3 et -tSBS, suh seremssiiAO 
priiicipr ne ehiiiientissimo cardinale huîîionio, abbate, Parisiis, 1($9i, in-i. — 
Capitulum générale nacri ordinis Cluniacensis, Parisiis, in-i. l({7t>, Ui78. KWW, 
1717, 17-JH, 17:i(>, 17:iî). 17(>:2. - Actes du chapitre g/n/rai de l'Ordre de Clung. 
Avitrnon, in-i. 17i:», 17:2H, 17:>:j, \rM\, 17;>», 17H2. 17(m. — Capitula gmeralia 
sarri ordi'itis Cluniacensis. habita annis 1685. 4693, 1691, 1701 et 170 i. sub 
sereni}(siuio principe et einine^Uissimo carditiale Bullwnio.... Acresserunt qute- 
dam alla instrumenta, Paris. 17()i, in- 1. Mémoire serrant pour l'exercice de 
la Jiiridiction de JA le card. de. Bouillon.... Composé par M. Ant. Le Vaillam. 
Arec tous les chapitres généraux dudit Ordre de Cluny, lettres patejifes. brefs 
du Pape, olr., Paiis. 170;), in-i. Actes concenutnt ce qui s'est pas.té au 
chapitre général de l'Ordre de Cluny, assemblé le 7 octobre I70H, Paris. I7(>9. 
in-i. Procès-verbal du chapitre général de tout l'Ordre de Cluny, le septième 
jour du présent mois d'octobre de Vannée 1708. s. 1. n. d. in-fol. - Procès-rerbal 
du chapitre géytéral de l'Ordre dr Cluny, tenu en l'af)baye de Cluny le dimanche 

dix-huitième d'avril 1717 s. I. n. d. in-i. — Procès-verbal du chapitre général. 

d^ l'Ordre de Cluny, tenu au Collège de Cluny. à Paris, le 26 septembre 17 tH. 
.s. 1. n. d. in-i.<:os docnnionls se Irouvenl à la Bibliolhrijue Nationale, LD'^^iJMîi. 

^ On pont so rapporter an lablean par ieipiel se termine l'article «le 
M. Ilrnel. .>7r;-;>7». 

2 M. riysse llohert avait déjii pnblié (inehjnes extraits de son travail : 
État des monastères espagnols de l'ordre de Cluny aux XIIP-XV' siècles 
(Bote tin d^ la real Acadrmia de la historia, Madrid, XX, 1891, 3i 1-431;. État 
des monastères franc-i'om lois d-e l'Ordre de Cluny aux XIIP-XV* siècles, d'après 
les actes de visites et des chapitres généraux, Lon.s-le-Sannier, 18Hi. in-H 
(extrait «les Mémoires de la Société d'émulation du Jura, 1881). 

8 Bil). Nat. coll. Bourgogne, 90. 




IIEVIK SABrLLOS. 

S3iiit-Martin-<ies-Chaini)S(ki Paris. La plupart dps autres, a l'ahlia;; 
même de (îluny. 

Ces réunions, annuelles dès l'origine ', se succédèrent réguliê 
ment depuis le milieu du xii" Rièeli' jusqu'en l'année 1S71. Il dul 
avoir interruption de 1543 à 1346. Les défmiteups de ce démit 
chapitre supplièrent l'abbé de se montrer plus exact à l'avenir ^^' 
Les autres lacunes que présente la liste dressée par M. Bruel*- 
proviennent soit de la perle des procès- verbaux, soit d'une oinissior^ 
du chapitre général. En somnie, la régularité de ces asseniMi'' — =- 
annuelles, pendant un si long espace de temps et â des époques -;[«■ 
troublées, atteste les efforts de l'abbé de Cluny et des prieius di-s^ 
l'nrdre |iour maintenir l'unité parmi eus, I 

La suspension qui va de 1571 à 1626, interrompue seulement 
jar le chapitre de 1600, coïncide avec le malheureux abbatial de 
Dnm Claude de Guise, les guerres de religion et la Ligue. Clunj' ne 
sourt'rit pas moins de ces troubles que les autres institutions 
religieuses de ta France. Les ruines morales ne furent pas relevées 
sous le gouvernement du cardinal de Guise, Louis de Lorraine^ 
neveu et successeur de Claude (1612-1624). Avec Dom Jacques' 
d'Arbouze et les réformes dont il fut le promoteur, recommence la 
tenue régulière de ces assises monastiques. Mais elles lurent moins 
fréquentes. Le chapitre de 1645 décida qu'elles auraient lieu tous 
les trois ans; ce qui était en usage depuis 1638 '. Il y avait dan^ 
l'intervalle des réunions moins importantes, eonnues sous le nom 
de diètes. Ces modifications furent empruntées aux Bénédictins dS 
Saint-Maur. On demanda, eu 1663. que les chapitres eussent lieu 
tous les deux ans ', et en 1676, tous les ans *. 



' Anni.s singuli» celebretur, est-il dit ilans les stululs Ue l'ulibé Hugue&i.' 
V. Bmiotkeca Cluniocemi», U7I, et clyns la ButU dif Orégoire IX. 

■ Exoramus R. D. abbalem nosCnim ut |ira stimina uUliiale mw religionis et 
nianuienlione bonorum morum utque obedieiili;? eonlinualione, raciut si»' 
gulis Htinis Rupiliilum (^erule aui ordiniii, juxta l'ormam unli'iuain et ilecrels 
sununonim iMiDlilicum. Acta da chapitre d* 45iË. 

s Eritslngulis trienniis rapitulum générale. SI R. K. Puires dieto' exr>e(liil 
j II (I ira vérin t |jro|)ler emergenlem aliquam neeessitalem raiiituliim geoeralfl^ 
anie (leslinuluni iem|ius pro bao vire laiitum convocare poterunl. Aetei 4m 
chapitrt lie ISiS. 

* Singulis bientiiis ceiebrabilur ca[iitulum générale, domitiira JitMnIt lit 
posl Pascha. Aclft du rli/tpUre dt 1853. 

^ I]lrius<|ue observanlix reliRiosi in iino eodemiiue capiLiilo ^'enerali ijitod', 
singulis annis célébra tiilur. in loi'o ei temporu el modo |)er sUiliita generalït 
ordinalis, «nill el conjuiicli remanebunl, sicut in uno eortemque •lefflaiiorio U. 




[■ KT SON i;niH'KI<NKMBNT. 



Ce retour à la tradilion fui éphémère, car il n'y eul ensuite de 
^-«^•-•nions qu'en lfi78, 168.^ el I69;i. Dans celle-ci on revint au 
tr-i«ïiinat ^ Ce qui fut conliriné en 1717 et i73B. Mais, en pratique, 
t's*t:»\)é de Cluny, qui convoquait et présidait, ne craignit pas de 
i-«5tanler qufiques-unes de ces réunions, pour sa commodité 
j^^x'^nnelle. 

I<es déliniteurs du xvir et du xviu' siècle recommandèrent 

ffr-«3<iueiiiinent de lixer l'ouverture de ces assemblées à la date 

t*-^<lilionnelle du troisième dimanctie après Pâques. Ce n'est pas 

«^^^"«iidant celle qui fut acceptée au début. Hugues V parle du 

«iî«-*ianche OcuU, deuxième de Carême ^ Il ne fut pas toujours 

j3<z»ssible avet^ les abbés commendalaires de conserver une époque 

<i^t.«nninée. On dut s'accommoder de leurs exigences. C'est ainsi 

«-ï»j«3 les chapitres commencèrent le l(i novembre, en lfi33; le 

-^r ortobi-e, en i636; le 27 juin, en 1642; le 17 mars, en 164B; 

Icî -1 " septembre. en i6Sl ; le 20 juin, en 16ofi;le 17 janvier, en 1662; 

\« *T novembre, en 1665; le 16 août, en 1676; le 7 octobre, en 1708. 

l-*s mombn'S du chapitre devaient être présents le samedi qui 

prtîcédait ie jour de l'ouverture, mais pas avant, à moins d'une 

rnison grave '. Il.s restaient jusqu'à la lin. Comme nul règlement 

le fixait la durée des réunions, le nombre et l'importance des 

^flfàires les disaient quelquefois traîner en longueur. Plu.sieurs 

Pf»uvaient s'en plaindre l^itimement. Alors un prieur pouvait 

obtenir ai.sément la permission de partir dès qu'il avait entendu la 

^nieiice des déliniteurs sur sa maison *. Cette permission était 

ac«o»*(iée par le prieur claustral, assisté d'un délégué de l'abbé *. 



V'Kiinîne. Régi clirislianissima humillier supplicabUur ijuaieniis loti ordini 

"iiiaceiisi iiroterlioiiem Kium imperlire dipielur, ut oapituJa tE^neralia 

. "idiiin unlînis ataluta sin^vlis annis celehr-iri pDs.sinl. Aclfi du chapitre 

^st]iiluJa geiieniliacelebrabunturiD poslerum sin^'iillii Iriennlii Dominica J[l 
V^t l>astha. AcU$ du chapitre de <693. 

^in^ulls annis, Dominica socundx hebdomadic Quadraj^es[ina'. <|U3 rati- 
,**•■ onieiuni Otuli taei lemper, (rapilulum decrevimus relebrari. Ifugonit 
»***"■ BittioUteca Cluntatensit, U7). 

, Itihilientes ne leiiipore dii.-li l'apiluli geiieralîs inlrenl Cluuiacuni anle 
&>liatn rnpiluli. uisi ex gravi causa et raticinabili abquis ipscirum cunipel- 
'^'^'■Ur inirare. Benriei I italula. Bibliotheca CluitiacetuU, 1533. Ce qui fui 
^«Ouveli^ au chapitre de liM. 

VeiiienieN ait rapilulum générale debenl venire die sabbali Domiiiicam 
''*U>tiili pneredente, el non ante, el non debent recedere nisi capitula 
*"*'*t>n(lo. pelilu liceijtia el obtenta. Ac le* du chapitre de tiSS. 
Benrici Mtuttfln Bilitiotkeca duniaeetuu, itiiiA. 




Uva circonstances plus Tortes que nos volontés ayant einpi>chda 
l:i ri-vision des i^preiives pour une partie du premier numi^ro 
l;i liftiie Miihilion, il en est résulti^ notamment dans la Note ^ 
i]ui-Iiiui's ;ilibés de Saint-fleuis et dans l'article sur le Calendriei 
lii' Saini-ltcnis, un certain nombre de fiiutes assM graves (jut; nousj 
tiiiuns â i-ectitler le plus tôt possiMe. 



C(irrigenila dans la îiole sur quel^ueti abbés de Hainl-itenUi. 

I^ugu U. n. \i\i mettre lux mots avec l'iibréviution d'une nasule m Ualiques. 

— a. (h) et n. {i) à triiinier à la piigc mivanle. 

I';ige ità, liit'icB 8 et 9, lisez : la substilution... n'était peut-^trc point 
lin Tait accompli. 

l':ii!'t M, n. i. SidisUtuer au texU de cette nttte le te^te suiva'U : 

Chnm. brève. S. Dionysii ud cgcl. pasch., a. 1005 : Obiit Itobfttut 
abhas..., 6d. Berger, p. 375. ~ Le manuscrit de Rome Reg. lat. 309 
|H>rto : Obiit Hotbertm abbas tancti Dyonisi. Les lettreti nixi 
sont ôcriteH au-ilessuB do la ligne et du la {iremière syllabe : Dyo. 
Itcslc imsiible la supposition qu'il s'agit eii 1005 d'un 
Salnt-l)eiiis autre que llotiert U i-t inconnu par ailleurs. Nous l'(!<cat^' 
Ions uomni'> gratuite. 

Paefi W, n. 2. ligna 8. currigei : Uirï, La émotion de Rueil.... 

l'ago 49, n. i, corrigez la disposition, au lieu de, : le dispositir. 

— n. 3, ctnr. les passages, au lieu de : les ouvrages. 
Page ao, ligne IT : et serait seulement, corrigez : et ce senit aeulem^t. 

— ligne 48 : commism, corr. .- annmûuii. 

— n. i, ligne 3 : n. 3T. corr. : n- 37. 

— u. 3, ligne â : n. «82. corr. : n- *1»i. 

Page .SI. ligne n : c'est à («tte que..., wrr. ; c'est a celte owasion que... 

— n. I, ligne 3 : secteur, corr. : Sackur. 

— — ligne B : WiUe. corr. : Mille. 

— n.3:(iOI,(»rr. :991. 

Piige VA. ligne 13 : par le diplôme, cmr. : pour le diplûmc 

— n.*:n. 10, (Wir. : n" 10. 

— n, .1 : n. 1*. «jrr. : n° t«. 

I>agc,t3. note: XIV kal.december. Ob. Adelaidis reginii.rorr.: XIV kal. 
decembr. Ob. Aelaîdis reginn. 

— n. 1. ligne I : n. XV, corr. : n" XV. 

— — ligne î : p. I, n. X, rmr. : p. i.x\, n" 33, 

— n. 8. ligne 1 : Vid.. nin\ : V. id. 

l^ige 5i : liestituer etittv Odilon et Albert In mention .- Vivien, ordonné 
en 1008, mentionné par un diplôme du 17 mal 1008, mort le!) nu 
le 10 août d'unp année inconnue. 



i 



L*ORDRE DE CLUNY ET SON GOUVERNEMENT. 105 

renouvelée par Grégoire IX dans sa bulle du 28 juillet 1231, pour 
la réforme de Tordre ^ On ne s'empressa guère de répondre aux 
injonctions du pape; il lui fallut donner à Tabbé et au [)rieur de 
Sâint-Élienne de Dijon et à l'abbé de Cîteaux la mission de 
contraindre les récalcitrants à obéir -. 

Les prieurs dont les maisons appartenaient à un monastère de 
l'ordre ne furent pas soumis à cette obligation. Cela résulte claire- 
ment des statuts de Hugues V et d'une bulle de Nicolas IV que 
nous citerons bientôt. Ce fut aussi la pratique constante de Cluny. 
Ces prieurés avaient cependant quelques droits à figurer dans une 
certaine mesure au chapitre. On admit, en conséquence, deux 
prieurs conventuels dépendant de la Charité-sur-Loire et un de 
î^aint-Martin-des-Champs ^ 

On s'aperçut promptement que les réunions annuelles devenaient 

pour les prieurs des maisons éloignées une charge très onéreuse. 

beaucoup même se trouvaient dans l'impossibilité maléri<^lle de 

^3're des absences aussi prolongées et aussi fréquentes. Nicolas IV 

codifia en leur faveur les règlements de Hugues V et du [)ape 

Grégoire IX. Les supérieurs des monastères clunistes situés en 

Angleterre, en Espagne et en Italie, ne furent tenus qu'à une 

présence triennale (1289) *. Les statuts anonymes se bornent à les 

^'^sponser d'un chapitre sur deux ^. C'est la disposition adoptétî par 

''abl)é Henri I «. 

Les prieurs qui, pour une raison de santé ou pour tout autre 
'"otîf grave, jugeaient impossible de se rendre au chapitre. 



P^ï't inentes, accedere volumus, etiam non vocalos. ffenri V statuta. Bihlio- 
t^^^n Cluniacensis, U71. 

^ ... slaluimus iit générale capitulum abbatum et priorum tam conventua- 
Ijum quam minorum Cluniacensis ordinis ... celebreliir. Registre de 
^^^Qoire IX, par L. Auvray, col. 469. Bullariurn Cîuniacense, 109. 
^ ^ulL du 10 décembre 1237. Bullariurn Cluniace^ise, 109. 

Prior tamen de (îharitate duos secum priores convenliiales adducat, prier 
i*»*leîiiSan('ti Martini, iinum. Statuta incerti. Bibliothera Vlmiiareiisis, H79. 

^ Imprimis slaluimus ul omnes abbates et priores Cluniacensis ordinis 
in^irrieiiiate monaslerio Cluniacensi subjeoti, in regno Franria» oonsliluli annis 
^**^Vrulis. existentes autem in Anglia. Hispania. Italia, Lombardia de iriennio 
*" Iriennium convenianl ad capitulum j^enerale. Bulle de Nicolas IV, 
*- î^pl. Ii89, Bullariurn Cluniacense, 162. 

Qui (le remolis sunt provinciis, de biennio in bienniuni vcnire procurent. 
""-»s autem remotos reputamus, i\\\\ in An<;lia, Hispania, Lombardia provinciis 
ï^^niconstituli. Statuta imerti. Bibliotheca Cluniacemis, H80. 
liibliotheca Cluniacensis, 1553. 



KM) 



n£\Te XARILLON. 



envûjaicnt leurs excuses aux détliiîtcurs ou se [iriurviiyaifril d'il 
|H?rmitisio]i. Le dernier volume <lu K(ïcu<^il des chartes île ra))l>al 
lie Oluiiy mentionne un grand nombre de ces leltn's d'excuse f 
L'alihë Henri I propose dans ses statuts une formule par laquellil 
le supérieur exjitisitit l:i i.-;iitKi' de son absence et se ili^'clnrail jir^l 
à recevoir les décisiuns <lii cliapilre.Un niligieuxdeson mouasl^. I 
porteur de celle l-ltri', Ir n|irésenlail à Cluny *; cel envoi d'm 
dél^é, chargé de les excuser et de les remplacer, s'impo<»it île ] 
lui-même à tous ceux qui avaient une raison gnive de ne pDJiil ' 
assister au chapitre. On leur en avait ftit, en 1294, une obligation, 
qui lui renouvelée eu H28. Désormais tout prieur absent eut n 
déléguer un procureur '. 

Il y eut cependant, et de trts bonne heure, des absences nom- 
breuses, pour lestjuelles nul ne présentait la moindre excuse. Cette 
résistance aux volontés du souverain |)onlire et cette violation 
flagrante des droits de Cluny et des statuts de l'ordre ne [Kiuvaienl 
rester sans une Juste répression. On laissa d'aiiord aux visiteurs le 
soin de réprimander et de.iiunirlescoupablesVCeltediscrétion parut 
insutlisante, et il RiUut recourir à des chfitiments plus énergiques. 






1 N« «65, *TSO. iTM, *77*. 47Tft48t(î, IMIW-waâ, «(Kl, illilUftU. S(W3. 
S084, elc. 

■ ... Paratus sum veaira Mlubria inoniia, onlinaiionea ei |iR«epl;i, i|Uii- 
per vos in diclo ch[)Uu1o onlinabuniur ei fleni, reuipore ei servare. recipi cl 
Hervuri Tacen;. \>rout rondecel, rêve renier.... Millo charissimum rratrem 
iiachuiii. priesenlium porlilurem. Cui ïii|uîdem, quanliiin in 
t, prout tnelius possum, jiirandi impcdiineiilum hujusnio<li. in Torma <)ua 
B^-il jurari, tlo poiesiaiem [ilenarLam per pnesenies. Benriet I 
staluUi. Biàliolieea Cluniaemuû. tSBi. 

^ Quia plerique abbales et priores a<l eapiluliiin générale non veniunl ner se 
exrusanl l^lime ul délièrent. deltlniunidelflnitorËsquod absentes el impediti 
l^itiine minant uinoilo excusalorea lettilimos, i|ni (jossini jurare el audeant de 
lni|«(tin]enlD lettilimo pro Hbsenie. Àekt lUi ehapitre de IlSi. 

Quad umnes el singull abbales. priores. decani et aliî ailminislralores 
urdinis, qui secundum slalula aposlolica ad eapiluluni (^nernie Cluniuceiise 
venire tenentur, si ipsi non veniant, prout tenenlur, impediinenlo legilimo 
cessante, vel excuaalorem el procura lo rem uotnmanachuni suum vel atium 
idoneum, cum sufflcienli mandaUi cuusam excusalionis siinirientem el clarum 
continente, non transmiserinl, du|ilum ... quod e\|icMsiiri erunl. ud diclUm 
cupitiilutn veniendo el in coinmoramlo un redeundo iib ipso, juxta delllniloruni 
arbitrium lestimandum ... in ulilitale ipsius capiiiili ^eneraiis eonverlendnm 
solvere leneanlur. aliis pivnis per slaluta ordints poulra non venienles inilictia 
nibilominus in huo rabore duraluris. Actrt dM ehapitrs de titS. 

* Priores qui non veneruni ad riipiiulutn générale vocaU punianlur |ter vlsi- 
lalores fuliiri anni. Kecundiim ipiod milius et saniits videbiliir expedîre. Attr» 
du ehajiitrf ilu llHi, 



l'ordre de eu ny et son gouvernement. 107 

Les statuts anonymes prescrivirent la déposition ' ; mais cette 
peine ne fut pas appliquée d'une manière générale. Le chapitre de 
1264 la prononça cef)endant contre un prieur Odon, en l'aggravant 
* l'excommunication ^. Nicolas IV prescrivit d'infliger aux 
contempteurs de ces statuts une pénitence di^ deux mois, qu'ils 
devaient accomplir au monastère de Cluny -^ L'abbé Henri I fit 
sienne cette prescription *. Il est permis de douter de son eflicacité. 
/^ sus|)ense de leurs bénéfices fut prononcée contre les obstinés 
'/ui rel'usaienl de purger leurs peines au chapitre de 1328 '\ 

La plupart des négligents prétextaient les dépenses occasionnées 

par un long voyage. Cette économie indiscrète, permettait de croire 

qu'une amende serait le plus efficace des châtiments. Les défini- 

t(»urs de 1294 punirent les absences inexcusables d'une amende 

équivalant à un centième des revenus de leur monastère ^. Ces 

/Moines pécuniaires furent renouvelées dans plusieurs chapitres. 

En 1332, les abbés absents furent condamnés à payer trois marcs 

d'argent; les prieurs conventuels, deux, et les prieurs simples, un ^. 

Ce qui fut commué plus tard (1428) en une sommr^ égalant le double 

des déf>enses qu'auraient nécessitées le voyage et le séjour à Cluny ^. 



* Qui autem terminis sUitiitis venire contempserunt, a prioralibus depo- 
nantiir. Stntuta incerti. Bibliotheca Cîuniacensis, 1180. 

2 Det!initores approhant amolionem Othonis prions, (|uia sibi cainerarius 
înjiinxerat <|iio(l ad capituluin générale acccderet, quod facere renuil lani- 
(|iiain inobediens per D. abbatem excoininunicatus el iis<pic ad satisfactioiiein 
con^niam ab omnibus evitelur. Actes du chapitre de it6i. 

3 Qui vero non venerit el se secunchini inochim légitime non excusaveril, [)Ost 
sef]uens capitulum, ad quod venire similiter teneatur, in claustro (Muniacensi 
duonim mensium spatio assidue moram trahal. Buiie c\[6e plus haut. 

* Henriri T stntuta. Bibliotheca Clum'acensis, i?J5l. 

^ Priores (|ui non venerunt ad capitulum générale ner se exrusaverunt, ab 
administratione suorum beneficioruni suspendimus, nisi ad capitulum proxi- 
mum générale pa^nam in statutis contentam a[>ud (Huuia(*um veuerint régula- 
riter a<'<*epturi. Actes du chapitre de t32S. 

*^ Oui vero non venerit nec se légitime excusaverit, ut est dictum, ad conto- 
siinam partem redituum suorum pro refectione capituli generalis tonealur. 
Act^s du chapitre de f294. 

' ... non venientes ad capitulum générale nec se excusantes p<pna (lua* 
se<]uitur punientur, videlicet : Abbates in tribus, |)riores conveuluales in 
duobusmarcis argent! et non conventuales in una, fabric:recclesiaM'luniaconsi 
applicandis. IMtra pœnam contra pnediclos prii'dictis statutis introdiictam ... 
deffîniendo deflfinitores proferunt excommunicalionis sentcMitiam contra omncs 
immédiate subjeclos, qui in hoc capitulo pra»sentes non fuerunt nec se ralio- 
nabiliter excusaverunt. Actes du chapitre d^ 1332. 

^ Actes du chapitre de f428, cites plus haut. 



108 IIEÏIE MAltlLLON. 

Cela (Ut reconnu insuffisant. On dul recourir d'une façon régulière 
3 l'excommunication, qui avait été jusque-là employée avec lieau- 
coup de réserve. Les dëtlnileurs de 1332 la fulminèrent contre Iniis 
les prieurs alisents celte année et qui n'avaient présenté aucune 
excuse. Cet exemple fut suivi. Et à partir dp 1387 l'excommunica- 

I tion devint la punition régulière de tous ceux qui ne s'excusaient 

pas ou même qui donnaient des explications insullisantes ^. Seuls, 
ral)l)é de Gluny, son grand-prieur et le prieur claustral iiouvaient 

I absoudre ceux qui avaient encouru c^ette peine, et cela dans le seul 

monastère de Cluny, oii les coupables devaient faire acte de 

I réparation '. 

Les modilications introduites dans le régime des cliapitres géné- 
raux à la suite des changements que subit l'ordre au xvii* siècle, 
ftji-ent à peine sensibles. Ou exclut les prieurs qui n'a\Tiient aucun 
religieux à gouverner. I^a pénurie des vocations ne permettait |)as de 
peupler tous les monastères. On tenait cependant à conserver tous 
les titres; ils étaient donnés à des religieux qui, n'ayant itoint la 
(onction priorale à remplir, n'auraient eu que tkire au cliapitre •- 
Les absents inexcusables furent punis d'amende. Elle était de 
50 livres pour les prieurs de la province de France, de Datqihiné, 
d'Auvergne et de Poitou; de 60 pour ceux de Gascogne et de 
70 pour ceux de Lyon '. Ce système de taxe ayant paru délï-clueux, 
les chapitres de 1701, 1717 et 1733 se bornèrent à prélever sur 




' Kuni excommunkali qui falsïs excusuliones in eludium delrimenlumque 
révérend!!? Ecclesiiin CluiiiHcensis <le non venieiido ad capilulum générale pne- 
lenilunl, vel <|ii!inilo non se excuiianl. Acta du chapitre de 1387. Renouvelle en 
1390 et en HH». 

' Uetliniunl demnitores quoil liret alias etimn in faoc annocoinraissasil B. in 
Christû Palri Domino noslro roimnuni, priori busqué major! el daustrati Ctunia- 
censIbUH el eorum cuilibel poteslaa ubsolvendi omnes priores et alias qui on^a- 
sione non venîendi ad iiapitulum générale senienliHm excommunienliiinis 
jiii'iirrunt, priptatis R. Puiri et priorihuK. nosiris in hue jiurte commiSKiriis, 
inhibemus. aucloritate ajiostoliea qua fungimur In bac parte, ne de c;Flero iules 
exrommnnicali ad moniislerlum Cluniarense veaianl |iersoualller tloner. juxta 
siaïuta inobedlenllam el rebellionem purgaTerlnl. Acte* du chapitre de I4S0. 

" (lapilula generalia. ad qua? omnes tam abbutes quam priores et deciinî 
uonvenlum actu habenies. convenlant. àftta du chapitre de 1893. 

* titululiim est ul priores plauBtrales qui absque légitima causa ud pRt'sens 
vapilulnm uon venluntaut a l\ituris capltulia abOieiInt, In pu-naui aliseDii:r 
persolvant, nirninim priores provinciie PranciiT. 50 libras. LuRdui 
Delphiuaius SO. Alioniia.- .W, Piciaviensis 30 et Vascontie sn. Arln du chapili 
de 1661. 




l/OKDRE DE CUINY ET SON GOUVEHNEMENT. 109 

les coupables les économies qu'ils avaient pu réaliser jçràco à leur 
absence '. 

Les chapitres généi^aux se composaient alors de la manière 
suivHnte : l'abbé de Cluny, ses vicaires généraux à la tête de 
chacune des deux observances, les visiteurs, les prieurs, l(»s doyens, 
les administrateurs, en un mot les supérieurs des monastères 
habités par des moines, et les procureurs généraux. Les religieux 
des maisons de l'Étroite observance eurent la faculté de députer 
l'un des leurs; on donnait à ce délégué le nom de conventuel. 
Les choses se passaient ainsi dans les nouvelles congrégations. 
Les monastères ayant huit moines de chœur et au-dessus le 
suj)érieur compris, jouirent d'abord du droit de se faire représenter 
à la diète provinciale, s'ils le jugeaient à proi)()s. L(»s autres 
confiaient leurs réclamations au conventuel d'un prieuré voisin. 
on à un messager fidèle ^. Ils purent ensuite envoyer un manda- 
taire» aux cliapitres généraux. On suivait dans le choix les règles 
admises pour tout(îS les autres élections. Le supérieur n'avait point 
droit de vote. Toutes les maisons cpii comptaient, en l'absence du 
prieur et du conventuel, quatre religieux clercs aptes aux fonctions 
du clueur et au service régulier, pouvaient choisir lein* rei)ré- 
senl^int. Cela cesserait du jour où le nonïbre des religieux se serait 
accru ''. 

L'élu devait réunir la moitié des suffrages plus un. En cas d'éga- 
lité, le premier en dignité avait la préférence *. Ce mode d'élection 



^ St;)tuiiiuis priores titulares a<l capilulum veiiire nejîlij^^culos laxainlos fore 
a<l siiiiiniain quain venicndo insiimpsissenl. Acffs du rhapitrf de 170 î. 

2 In monasteriis in (]uibuserunt salteni oclo munaclii choro depulali coniiui- 
lalo pni'lalo, liberum erit, si majori eonini parti videbitur, miltore <'onven- 
tualcm ad dietani provincialem. f'bi vero pauciores enint, conNonlualis 
litleras, menioralia et quavumcpie alia ad onicium smini s|)e('Uinlia claiisa ol 
si^inata convenluah alterius monaslerii vci lideli nunlio ronimillal dotcreinla. 
Actes du chapitre de 1630. 

3 Donec tainen au{(eatur in nostra obsenanlia nionachonnn nunierus. niilli 
I»oteriint ronventuales ad capilulum in omnibus monasteriis in quibus. eo et 
pr.Halo absenlibus, supersunt quatuor ad minimum monachi olerici ofticiis 
divinis rite ])crsolvendiselsolitismonasleriorum tunetionibus obeundis habiles. 
Qui per tempus in constitulionibus iirîeseriplum non manserit in suo monas- 
lerio aul de ejus familia non fueril in (pio lit eleetio, non possit elij^i in con- 
ventualom. Actes du chapitre de 1647. Ci'. I(>i9. 

* NuUusiiue censebitur elertus nisi (pii sufiraj^Ma super medielateni habueril. 
Actes des chapitres de f63i et de 1663. Dans réle<lion du ronvonluel. 
luM]u'il y aura égalité de voix entre deux reiitcieux. celuy qui sera le premier 
en diifnité sera censé élu. Actes du chapitre de 1668. 




tri's simpif liil rf'iii|i!acé, dans les cas de liallotlagt'. par ]c systèr:««î 
(-cijii|ilii|iii'' ili'^ l'IiiDiiiations successives (IliTS). 

Ci's lirli'^m-s cîtHivBiituels Unirent par sembler enconibranK=i-3 
Comme il était diflicile et injuste de les supprimer, les chapitres -^^ 
bornèrent à entourer leur nomination de formalités minutieuse:^— 
La première fut décrétée en IKHii. Tout monastère (\\i\ croyait bc^* 
d'élire un conventuel, devait préalablement exposer au vicai^^ 
général ou au visiteur les motifs iiui le déterminaient et altend^^^ 
la réponse '. La marche à suivre fut indiquée plus tard ave^S 
beaucoup de précision. Trois mois avant l'ouverture du chapilr^^^ 
le su(^)ërieur convoquait ses moines et délibérait ave<^^ eux si^^i 
l'opportunité d'une délégation. Si la majorité se inoiiti'ait làvorablts^ 
le si'crétaire rédigeait le pi-ocès-verbal et en adressait une copi 
au vicaire général ou à l'un des visiteurs, qui iMiuvail alors se pro-^ 
jioncer en connaissance de cause '. 

1^ perniission écrite et les lettres d'envoi étaient exigées de lou 



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■Jv du rhapitrif df liOK. 



plane lerlioreH. (Juotl iiinimnue fdclum e; 
* " Les Monastères de lu Franche-Conili? wwnl tenus de d<^|iuler iiliwnaii- 
il el selon l'ordre ey apr^s myniui^ j» reli|;jeiix convenliiel |iijiii ^issksier 
yux chupilres île l'Ordre de r.limy; en sorte que les monaslrre.s de Suiiii- 
Jiïi'Ome de Dole, de Saiiil-Plerre de Horteau, de Saint- Déïirt' ite Lauii 
le Smilniei'. de Suint-Pierre de Moulier Haute-Pierre eiivoyent cliacua un 
religieux conventuel au premier cliupitre ^énÉnil qui se tiendra après l'enre- 
gTstretneot des présentes; que les monastères de Nolre-Duine de Vaux sur 





l'ordre de cluny et son gouvernement. 111 

Le rôle de ces conventuels est détini en ces ternies par les 
lettres patentes de 1749 : « Pourront tous lesdils députés ou 
conventuels rendre compte au chapitre général, chacun à son 
^g^rd, des affaires qui concernent la maison qui Taura député, tant 
ix^ur le spirituel que pour le temporel; des abus et relâchements 
tians la discipline, si aucuns s'y étaient introduits; faire telles repré- 
sentations et demander tels règlements qu'il jugera convenable. » 
Sous le régime primitif, les abbés, prieurs (ît doyens pouvaient 
:s^uls aller à Gluny pendant la tenue du chapitre général. Tous les 
ordres religieux imposaient cette ligne de conduite pour éviter 
J'tz'ncombrement. Les visiteurs et détîniteurs citaient quelquefois 
cJc^s moines à comparaître. Il y avait exception pour eux, cela va 
^^iis dire. Ceux qui se présentaient d'eux-mêmes, afin de faire 
♦ entendre leurs plaintes, étaient fort mal accueillis. Un moine de 
-Riirl)ezieux alla ainsi, au chapitre de 1272, se plaindn; de son 
I^>i*ieur; il fut condamné à rester en pénitence à Gluny K Les statuts 
î*i:ionymes interdisaient même aux supérieurs de conduire avec 
e^Lix les novices qui devaient faire profession entre les mains de 
l*îil>|jé 2. Celte prohibition tomba i)lus tard en désuétude, nous 
a^'ons eu à le constater antérieurement. 

1^^ défense aux moines de se présenter à Cluny pendant la durée 
ci VI chapitre ou dans tout autre monastère où il pouvait se tenir fut 
rnaiiUenue pendant le cours des xvn« et xvnr siècles. Il fallait, pour 
IKisser outre, une permission écrite du vicaire général ou du 
visiteur '. Les religieux qui avaient un titre de prieur sans fonc- 
tion, ou des grades en théologie et en droit canon, fuss(înt-ils 
docteurs, étaient traités comme les autres *. 



Poligiiy. Saint-Pierre de Vauciuse, Notre-Dame de (iliâleau et Nolre-Danie de 
Thierbarh envoyent pareiUement chacun un religieux convenluel au chapitre 
yé'ni'Tal suivant. » Lettres patentes de 1739. 

^ Monachus iilequi de Rarbasiaco contra iirioreui suuui, non vocalus, veuil 
^d rapiiulum. in claustro Cluniacensi renianeal et alins ad Harbasiacuni niil- 
talur loco sui. Actes du chapitre de 1i72, 

~ ^ullus monachus nec aiicpiis novitius benediceinhis accédât ijropler nndti- 
'"<Jinem ad ca|)itulum générale. Stntuta mcerti. Bihliotheca Vlumacensis, /4S0. 

' Disiricte prohibemus ne <|uis religiosus noslra* observanlia^ a<l capilulun» 
générale ven ire pni»suinal sine licentia superiorum niajoruni in scri|)lis oblcnla. 
^ftes (i^ chapitre de 1735, renouvelé en 1730, avec aggravation. Qui secus 
'ycerii^ habeatur et puniatur ut fugitivus. 

•^^ tituiaribus, nec graduatis, nec <ioctoribus liceat adiré ca[)iluhini j(ene- 
'"'**^' nisi de licentia superioris vicarii generalis aul visilatoruni in scriptis, 
ypote nuUam jurisdictionem nec adininistralionem habentibus. Actes de la 
diète Oe 1733, Statuts de 1735, 



112 RKVIIE MARIU.ON. 

On allait même plus loin, le sous-prieur d'une maison n'a^ 
pas le droit d'aller remplacer le prieur mort avant la célébrât 
du chapitre, à moins d'obtenir la permission des supérieurs ^ 

Les religieux ainsi écartés du lieu où se tenait le chapi 
général, pouvaient faire i)arvenir aux déliniteurs l'expression 
leurs griefs et de leurs désirs, en leur adressant un mémoire 
une lettn* signée de leur propre nom. Les documents anonymes 
trouvaient aucune créance auprès d'eux ; et leurs auteurs étai^ 
sévèrement punis, si on parvenait à les découvrir *. 



Fraie du chapitre §;énéral 

Le chapitre général occasionnait à tous les monastères et prir 
|)alement à l'abbaye de (]luny des déi)enses quelquefois onéreus 
Les prieurs qui partaient de l'extrémité op})osée du royau 
avaient des frais de route qui gr(»vaient fort le budget de l 
maison. Ceux des supérieurs venant de l'étranger étaient jj 
considérables encore. L'abbaye, qui les hébergeait pendant iouU 
duré(^ du chapitre, i)ourvoyait à leur nourriture et à l'entretien 
leur suite. C'était pour elle une charge très lourde. On dut se i 
occuper de réduire les dépenses au strict nécessaire ^. Bien q 
constati\t (|ue l'on n'avait pas pourvu au moyen de couvrir les fi 
de séjour de tant de supérieurs, l'abbé Hugues V laissa à chacui 
possibilité de conduire la suite (pi'il voudrait. Quehiues-i 
«lurent en abuser. Car les statuts anonymes, publiés après les sic 
décrétèrent qu'à l'avenir cha(iue i)rieur aurait à se contenter 
trois chevaux *. Ce qui, i)ar le fait, limitait le nombre des serviteii 



1 Ordomiûfice d-f 17 fi. 

'^ Si (|iii ex online nionarhi aliqua jusla jiMliraverinl capilulo generali n 
ticaiula, Id possint per ali(]uen) ad capitulum j(enerale venienlem aut delï 
loribus scribani propria manu subscribentes. Qui vero sine propria sust* 
tionescripserintvelmeinorialeniiserint,i)ra'terquann (luodeonim memoriali 
et liueris nulla adhibebitur lides, si roj^niti fuerinl, arbitrio deffinitor 
|)unienlur. Statuts de 1717. 

3 Ne autein ex hoc lanlo convenlu abbalum sive prioruni (Uuniaeensis Kc 
sia {(lavetur. provisuni esl et slaliituni : n!)i inlerini, doner de oonimuni rons 
providealur. unde lariUr niulliludini <ie!)eanl neoessaria ininistrari, oni 
abbates sive priores, nulla «lislinclione habita, faiiiulos sucs et equos, pro 
volunlale exhibeant. Ifugom'.s V statuta. Bihliotheca Cluniarensts, 1471-72. 

* Prioros convenluales ad <'a|)itulum venienles Iribus sînt e(|uitaturis c 
lenli. Statuta incerti. Jbid. 1479 



l'ordre de cluny et son gouvernement. 113 

//ahbaye ne recevait, pour feire face à toutes les dépenses, (jue 
tes a/nendes infligées aux absents. 

Les chapitres du xvir siècle eurent à résoudre des difficultés 
provenant des frais de route et de séjour. La commende diminuait 
considérablement les revenus de certaines maisons, de telle sorte 
que les prieurs ne trouvaient pas la somme indispensable pour 
laire dignement le voyage. Une supplique fut présentée* au roi 
I^oiiis XIV (167G), dans laquelle il était humblement prié de donner 
lies ordres alin que les pensions établies pour couvrir les frais du 
chapitre fussent régulièrement payées '. L'abbaye de Cluny devait 
en profiter. Il fallait en outre songer aux monastères de sa dépen- 
dance. Les commendataires reçurent à leur charge les dépenses de 
i*oute; ils avaient à verser neuf livres par journée de voyage ^. Un 
arrêt de l'an 1685 réduisit cette somme à six livres. Ceux cpji 
payaient à leurs prieurs claustraux une double jiension et prenaient 
siii" eux le tiers des charges du monastère, en furent dispensés. 
l^*s autres montrèrent peu de générosité et d'empressement. Aussi 
l^'s iléliniteurs de 1693, constatant le nombre des absences causées 
par leur mauvais vouloir, chargèrent-ils U', procureur général d'agir 
î>"r eux [jar les moyens de droit ^. 

Ciette nombreuse réunion devait conserver le caractère solennel 

^t religieux réclamé par les grands intérêts qui la motivaient. Aussi 

se [)réoccupa-t-on de bonne heure d'écarter les affaires commer- 

C'al*^s,(|ui accompagnaient presque forcément toutes ces assemblées 

î*u iDoyen âge *. 

Nous ne trouvons rien qui nous permette de dire dans (pielle 
niesure les membres du chapitre participaient aux exercices régu- 



^ Rejïi christiani.ssimo huiniliter supplioabitur ul ordinis seu niensiP abbulialis 
I^^nsiones exi>ensis durante capitule exponendis institut;!' restituanlur et exacte 
^* V uniur. Actfs du chapitre de 1676. Nous ne saurions dire la nature ni l'origine 
«le o^ jjensions. 

^ Abhates, jïriores et alii cominendatarii prioribus claustralibus ad capitu- 
luin irenerale venienlibus necessarios sumptus niinistrare lenebuntur: iis(|ue 
^^ ^\\\X\\\Q\. ipsorum pro singulis itineris diebus solvant summam noveni lihra- 
rum. Actes du chapitre de 1676. 

^ l^uia mulli priores claustrales ad capituhnn g(Mierale venire non potuerunl 

^^ î^' oxcusavenint. eo quod ipsis necessaria non pni'stilerint priores <oni- 

n^^^inlatarii. Contra illos qui ad Id tenentur et inler <|uos partilio nondum 

faeia f^^ procurator gcneralis agat. Actes du chapitre de 1693. Ce (pii fut 

renouvelé en 1701. 

* Mercimonia non vcndantur ubi concursus est nionac.horum, durante capi- 

lulogenerali. AcUs du chapitre de 1t90. 

8 



114 



liers des moiiies clunistes. Il leur était impossible d'as^sler au 
longs offices, qui prenaient une partie considérable de la journé 
Au XVII' siècle, la vie lilurgi(|ue des monastères fut beaucoup nioiii 
clwrgée. Dès Iops, les capitnlaires purent, sans inconvénienl 
y prendre pari '. Cette n^utarité donnait ù leurs travaux une allur 
plus monastique. Dans le même liut, les statuts de 1717 le:^ astrei 
gnaieiil, pendant toute la durée des sessions, aux lois de la elôturt 
qu'il leur était interdit de violer sans la permission du préside»! 
Tous les monastères de l'ordre s'associaient par des prière 
onicielles aux délibérations du chapitre. Le Saint-Sacrement restai 
exposé dui-anl les trois premiers jours; les religieux se suecédaie.n 
de demi-heure en demi-heure, en dehors des oBices el des repas 
pour l'adorer et appeler sur les membres du chapitre les bênédic 
lions divines. Les prièi-es des Quarjnte-Heiires avaient égalemeii 
lieu dans le monastèrt* de Gluny ', 



Élection et iioiiibfe dea DêHuitmiria 



I 



Grégiiirc IX vouiul que les chapitres généraux de l'onire d 
Cluuy russL'nl organisés sur le modèle des ctiapitres cistercitMiï 
Ceux-ci fonctionnaient depuis longtemps et donnaient d'excellent 
résullâls. Il y avait à Citeaux une commission dont les membre 
étaient nommés définiteurs, ii laquelle fe cliapiti* général reinettai 
tous ses pouvoirs législatif^, administratif^ et judiciaires ". Le 
Clunisles choisirent et invitèrent à leur premier chapitre quatr 
abbés cisterciens qui leur indiquèrent la marche à suivre. L 
souverain pontife leur en avait donné l'ordre *. 

Nicolas IV compléta l'œuvre de son devancier. Les déliniteur 
étaient au nombre de quinze. Mathieu d'Aqna Sparla, cardinal di 
titre de Saint-Laurent in Uainaso, le dominicain Hugues, cardina 
de Sainte-Sabine, l'abbé de Mozat et ie [)rieur de Sainl-Lcu euren 
du Saint-Siège mission de choisir ceux du chapitre qui suivrait 1i 



> Omnes de tu|iilulo t'Ënemli ruveunl ite ubsque gr^ivi euu&a u <'utiiinuiiibu 
i. tnaiLme u choro el n mciisu communi absiiU. Stntutt ik ///'. 

■ StatuU de mi el Aetei du chapilre de I6S4. 

3 Ad instar Cislen-ioDsLs ordinis relebreiui' (tupiluluni) el iileo •lefflnilore: 
(le abbulibus el priorilms Clunim'eiisis aliiluanlur. Bull-- de flréffuire fX A 
tS juillet iî3L Seguin, n" 715, p. 470. 

* Ibiri. 




A 



L*OKDRE DE CLUNY ET SON GOtVEHNEMENT. 115 

promulgation de la bulle. Ces derniers, au début du chapitre de 
rannée suivante, choisirent eux-mêmes leurs successeurs parmi 
lesahbés et les prieurs de Tordre, après avoir juré sur les Évangiles 
de ne point faire acception des personnes ^ 

Ce chiffre de quinze déliniteurs fut conservé durant toute la 
première période des chapitres généraux clunistes. On le réduisit à 
neuf en 1645 2, et à sept en 1650. Les réunions qui se lirent alors 
avaient toutes pour objet des essais de réforme, et dans beaucouj) 
on tenta de rattacher les monastères à des congrégations béné- 
dictines différentes. Ce fut sans résultat direct. L'ordre de Cluny 
dut ensuite se reconstituer par lui-même et veiller à maintenir son 
unité malgré la division des religieux en deux observances ou 
congrégations, ayant chacune sa manière de vivre et ses sui)érieurs. 
L'unité du chapitre général s'imposait comme l'unité du supérieur 
général, l'abbé de Cluny. Restait le recrutement des déliniteurs. 
Jl y fut pourvu au chapitre de 1675, qui maniue sur plusieurs 
points un retour à la tradition. Laissons parler le secrétaire qui 
y rédigé le procès-verbal. 

« Les deffiniteurs du chapitre général présent, selon les statuts 
^^ Tusage de l'ordre de Cluny, doivent être élus par les delliniteurs 
^" chapitre précédent. Et comme il n'y avait plus de delliniteurs 
^" dernier chapitre à cause du long temps qu'il n'avait pas été 
l^'^^u, à savoir de l'année 1600, il a fallu que tous les vocaux ayent 
^^^ les deffiniteurs. Et comme le nombre des vocaux de l'ancienne 
^'*servance surpassait des deux tiers celui de l'étroite observance, 



Circa vero electionem defflnitorum capituli generalis Cluniacensis cele- 
"'^^di, ordinanius ul dilecti filii Matthapus, tilulo S. Laurentri. et Hul^o. liliilo 

• ^ubinîe cardinales, ac abbas Mauziacensis et niay;isler Albertus, prier S. Lupi, 
'|Uinde<Min ex abbatibus et prioribus Ciuniaceiisis ordinis eli^'wnt liac vice iii 
^*^hiJtores priiiii capituli reforma lionem hujusinoHi subseqiieiitis. Ipsi in prin- 
''pio sequentis capituli. antequam tractatus ca|)iluli a^'j^redianlur, ejusniodi 
J'^'*t?iil. taclis sacrosanclis Evangeliis, se bona liiie sine personaruni îu^cephoiie 
^"Kere quindecim deftinitores de abbatibus et [)rioribus. Si abbates delueriul. 
'^'hilominusde prioribus praefatiCluniacensis ordinis viros prol)os...; et pni'slilo 
^" ^is hujusmodi juramento, viros taies {>ostmodum eli^^ant. Si autein ali(|ui di.' 
''^^initoribus capituli pra'cedentis, ad (pios spécial eleclio defiinilorum, abesse 
^^ntîjjerit. reliqui (|ui pra»sentes l'iierint, nihiioniinus ad ipsorum eicdioneni 
prti^.çjgpg non omittant. Et qui a niajori parle ipsornin elijicnliuni noniinali 
'Ufrrint etelecti, sine aliqua exceptione pro «lelîiniloribus habeanlur. Bulif de 
^^^€*ias IV, 12 sept. 1:289. Bullarium Cluniaccme, loi. 

* Kril sini(ulis annis capitulum générale, cujus erunl noveni dellinilores de 
ûuniero superiorum. Actes du chapitre de 16 io. 



Ilfi 



ce qui les aurait pu exclure du dertînitoire, et que tié&ntùi 
l'équité voulait que, ^'agissant d'une réunion commune, ils eusaj 
part au detïinltoire, alin qu'ils pussent travailler à ladite réunit 
il a été convenu amiabiement qu'il seni pris des leurs sept dej 
niteurs et que de la part des anciens il en sera [iris huit. Ce qui) 
eséculé à l'instant par la voie du scrutin '. » j 

Les rfligieuK de l'Étroite ohservance se trouvaient forcémeiAJ 
minorité. Cette condition, préjudiciable à leurs intérêts, finit | 
leur sembler humiliante et pénible. Ils s'efforcèrent de la oiodlu 
au chapitre de 1717 en proposant d'alterner avec leurs confrèf* 
Chaque observance aurait eu à son tour le privilège d'avoir t 
huitième déliniteur. Ce changement Tut repoussé. Il n'eut pas j 
meilleur accueil au chapitre de 173S. Les délinileurs de ctia^ 
groupe étaient élus, au commencement de tout nouveau chapltt 
par ceux du chapitre antérieur, agissant à part les uns des autrt^ 

Bien que, en princi|)e, tous les membres du chapitre rép^j 
lussent éligibles, certaines exceptions Unirent par s'imposer. Q 
ne iHiuvait taire irartie du délinîtoire deux Ibis de suite ". On eiÀ 
au xvti' siècle les visiteurs, au moins pour le chapitre qui suH 
immédiatement leur visite *; car cette visite même entrait dao* 
programme des délibérations. Si deux Trères se trouvaient prés^ 
en qualité de supérieurs, l'un d'eux était inéligible ', I 

Les vicaires généraux de l'abiié de Cluny, le procureur gêné 
les délégués de chaque monastère ne pouvaient être choisis, pp 
que de fiiit ils n'avaient point rie communauté à gouverner. Ml 
pendant la période de transition qui précéda la réorganisation 
l'ordre, les supérieurs présents au chapitre étaient peu nombrel 
on dut restreindre les motifs d'exclusion. Les visiteurs, procure 
et conventuels Turent alors déclarés éligibles. Il (Pliait à char 



■ AeM du chapitre de 1670. 

1 Ueninilomin rerenliiini eleciio llei a ileHiniiorilni.s slrli-Li- uliservu 

in^e'leiitisriipttiili, ae|iiir4[imaileninilDnbu«rumtniiiiiaoliservanliH>eiaM 
ursu. per viain scrutiaii. SlatuU de tUl. J 

1 aulem quoil illi gui deninitorcs in capilulo fiieninl, capl 
imiriediaie sequentî deRinitores esse non [xisainl. SuUe de Nieotat /F ^ 
plus haul. Ce gui se retrouve dans Ibs siuiuls lie 1717. I 

* Qu] visiialores inonasteriorum observanliie Tuerinl. non iMiterugt in 4 
lulo eonim vi^ilalioneni subseguente eligi in defllniUires. AcUi du thu^ 
dm iB97. 

^ Prohibemus ne iJiio FTalres i\\\\ eoilem lempore su(ieriores in doï 
nionaKieriia ruerinl, imssinl ambo eligi in ilelll ni tores in eoilem cupitulo. Ak 
du chapitre de 17U. 



l'ordre de cluny et son gouvernement. H7 

obtenir l'assentiment préalable du chapitre ^ En 1668, le 
nombre des supérieurs permit dé revenir aux traditions de l'ordre 2. 
Cette tradition n'était point absolue. Plus d'une fois à Cluny, au 
xv« siècle surtout, on vit sur la liste des définiteurs des religieux 
non supérieurs. Nous trouvons en 1385 le doyen du monastère de 
Baume; en 1420, le socius primus in m*dine, le cellérier, l'aumô- 
nier et l'archidiacre de Cluny, le sacristain de Saint-Victor de Genève, 
celui de Saint- Victor de Mâcon ; en 1422, le sacristain de Cluny; en 
i424, l'aumônier et l'archidiacre de Cluny, l'aumônier de Ganagobie, 
te sacristain de Thizy; en 1429, celui de Souvigny ; en 1430, l'aumô- 
nier de Cluny; en 1431, l'infirmier, le maître des novices, l'hôtelier 
et le réfectorier de Cluny, le doyen de la Charité-sur-Loire, les 
sacristains de Rampon, de Vendeuvre et d'Alais; en 1435, l'archi- 
diacre, le chantre, l'infirmier de Cluny, le sacristain de Rougemont, 
l'aumônier de Coincy et le sacristain d'Aubigny ; en 1437, le sacris- 
tain de Threford; en 1443, l'archidiacre et l'aumônier de Cluny; en 
1444, le doyen et le chantre de Cluny, les sacristains de Vendeuvre, 
te Cherlieu, de Chanlieu, Alais et l'aumônier de Paray-le-Monial ; 
^n 1445, l'aumônier de Cluny; en 1450, le même et le doyen de Vif; 
6n 1476, l'archidiacre de Cluny. Il serait facile de prolonger cette 
ïiste. 

L'élection des principaux officiers de Cluny s'explique ; ils étaient 
^^r les lieux. Ceux des autres monastères qui ont eu l'honneur 
^^ siéger au définitoire, étaient venus remplacer leurs prieurs 
^U abbés. 



^ Qiiamvis activa et passiva vox visitatoribus et conventualihus in hoc 
^pitulo concessa sit ut in deffînitores eligi possint, in pnpjudicium consti- 
*'^lionum declaramus id esse factum ob exiguum numerum superiorum prae- 
^ntis capituli, ita ut in posterum in praejudicium transire non possit. Actes du 
^^pitre de 1654. On avait agi de même en 1650, ce qui se renouvela en 
^B56et 1663. 

< Cum sit suffîciens numerus prxiatorum ut ex ipsis solis juxta constitutiones 
•^oslraseliganlurdeffinitores, declaramus visitalores, procuratorem generalem. 
^t conventuales in electione deffinitorum voce passiva in posterum gaudere 
^on posse, abrogatis quibuscumque decretis ob paiicilatem superiorum in 
^ontrarium editis. Actes du chapitre de 1668. 



Diir«S«^ dex pouvoli'ia tlea Dt^Hnileiirti 

Le cliajiitre de 1301 autorisa les iléliniteurs à conserver leur 
pouvoirs |)endant la journiie qui suivait la clôture lies assises ^ 
aliii de temiiner rcrtRines aHàires Importantes. En 1365, wtte prff 
rogation parut trop courte; elle Tut prolonge jusqu'à la Tin de U 
semaine. Ils Iransiucllaienl alors leur autorité à une (.^uinmissiol 
de trois nu (juati'e incmtires, choisis parmi eux, rliai^ée d'expédiei 
ce qui n'avait pu l'être *. ' 

Ces commissaires devaient appartenir à l'abbaye de Cluny (H 
aux prieurés voisins (1430). Leurs pouvoirs, limiti^ à douze jouH 
en 1442, à quinze en 14S0, furent étendus h un mois en 1454 et i 
nu trimestre en 1547. Le chapitre de 1000 ne fixa aucune limite' 
11 leur était Ibrtement recommandé de ne rien innover dani 
l'ordre, et surtout de n'imjioscr aucune cliarge nouvelle *. 

Les Clunistes du xvii" siècle conservèrent cette commission 
qui terminait, après le chapitre général, l'œuvre interrompue da 
définiteiips '"'. 



L.e Seci-élniro <lu dini>ilr«^ et le portier 
<lii Dôflnllolre 

Le secrélaii'c avait à rédiger les règlements et les décision! 
adoptés par les définileurs. Cette fonction fut attribuée à ui 
officier siiécial du chapitre '. Les statuts de 1717 Usèrent dans li 



> Defnnitores sibi adhuc reitnent suam iiolestaiem ob l'eru^ 
CiiuKus per lolum (incsentem diem. Aclei du chapitre de 1301. 

" Heiinent defllnilores suiim iiDleatalem iiscjue ud diem sabbiili inclusive 
■liiuni ]iolest.itcm remlUiinl quatuor vel Iribiis ipsorum. Attet du fhapili 

de nés. 

s Corn mi tu m us i|U3liior ex nobis ni negotiis provideunl Umdiu nunniilii 
necessariuin ruerlt et o|)portunu.m. ÂcUt du ehapili-e de 4600. 

* Dummodo ditti comniissarii non mulenl vel innovenl, lier etiam ulii|u(ii 
sutisidium ordini noslro imponant. ÀeU» du rhapitre de 145S. 

'• Detnnilores possint uliquibus in loco capltiili remanentibus, si îpsis expe 
dire videbiliir, siiam eommiliere polestatem [ler aliquod leinpits, sccuiidim 
neKOtiorum e\i);eiiiiiini et consueludines ordinis. Stntuti de 1717. Le.s di^llni 
leurs de IGTil uvaienl Uirmf une <:onimiasion de six membres. 

" StaluimuK et ordiiinmus qiiod eiimn eliKulur iinus siTiba ad scribendi 
ordinaUonesetdeniuilioiiesqiiu.- lient in deninitDrio. Actei du chapitre de H99 



b 



i.nnnnR de clc^v kt so\ < 



119 



cl<5tail ses atlrihulions. Il Usait lievanl les déUniteiirs les lettres 
adressé*^!! au chapilr» général et les inémoires venus des diverses 
nnaisons; il transcrivait les statuts arrêtés par eux et leurs sen- 
tences, ainsi que les actes du chapitre. Il signait au nom du 
crtiafiitre les periiiîssions accordées jiar les définiteiirs. après les 
voir marquées du seeau de l'ordre. Il expédiait, signait et scellait 
l«?s missions données par le chapitre et les lettres d'obédience 
signillant à des religieux leur changenieat de monastère '. 

La composition mixte du déflnitoiri: avait compliqué le clioix du 
crélaire. Chacune des observances le réclamait pour elle. On 
ixnagina, en 1676, de dédoubler son office; c'était le meilleur moyen 
dcï satisfaire les deux giartis. 11 y eut un rédacteur chargé de rédiger 
* actes et un secrétaire qui apposait sa signature et le sceau 
«1<? l'oiiire *. Le titre de secrétaire fut indistinctement porté par 
ÏÏ&s deux ', 

L.e chapitre de 1499, ({ui précisa la réglementation des chapitres 
S^néraux, institua un portier, choisi par les défimteurs. Il Termait la 
ï>orle de leur salle de réunion et conservait la clef sur lui *. 

Pour siinpiilier la tàclie des déliniteurs, les moines de Ctuny 
Ifîur ndjnignirent une commission chargée d'étudier les procès, les 
aR^ires lemiwrelles intéressant l'ordre, de vérifier l'état matériel 
«l In comptabilité de chaque monastère, les comptes du procureur 
g«.^n<*nil, et d'étudier la répartition des charges communes. Les audi- 
teurs lies causes, auditores causarum, c'était le nom des membres 



Ail i|i»ius si'rill!!' raijiluli ollldiini jierlinet nlliciiirius l'upiliill jre'iPralis 
liulillritrti, e|)istolas ciipilulo ^etierjll direrL^s el mcmorlulia ileflIriiloribuH 
'*»*i^. Ad eumdein siwciat rteffloiliones et slalula a deffiniloribus cuiidila el 
omuin cïpiiiili acta srrilwi'e. licenlias a deffiriiloritius coiicessas sigillo ordinis 
raunin; eis<)ue de mandalo rapiluli i^eneralis subscribere. Instltutiones et com- 
""wJUQgg ÎQ capîiuio generali dalas sicul obedienlianini 1[U«ni!< jiro mutatione 
""^Mhorain expédiai alque suo rhirocrapho el ordinls sidllu muniat. Statut* 

* '7/ï. 

■ Powt concilier les anciens el les réformés au sujei de l'éleclion du secré- 

'^> » Ht Bc<!eplée la proposition qu'on dlirail un compositeur qui comitoserait 

, ^^igerail par érril ce (|ui se proposeraîl ou résoudrai! au chapitre et di^n- 

"Hoine el paraplierait son fir.Hi; et qu'on tflirail enrore un secrélaire, qui le 

"pieraii. - ^ete» du eknpilrc de 1616. 

^1ei,-erunl olTIriarios prwsenlia capiluli el seorsimadeflinilorihuscujuslihel 
**''vantrii' elecli sunl scriba' eapituli. Aclet du chapitre df il II. 

^Uiiuiniu&clordJnamuHquod aniodoin deffinitoriîsfuluris. immediale poal 
^lionem prcx^uraloris generalis ordinis et visitaloruni monaslerii. eligalur 

* ''^I»ulel»r unus religiosus pro janilore el porlario qui tiabeai clavem porlse 
'Tiorisdeffinilorii el eam sem|ter cuïtodial. Aelei du ehitpitre de 1499. 




i 



de cette commission, rédigeaieal ensuite, sur toutes ces Questio»- 
un rapport destiné aux riéliniliîups, qui seuls pouvaient statuer '_ j| 
Cette ri^lemenlation, empi-untée aux statuts de 1717, est cert-^d 
ncinent antérieure à cette date tai'dive, au moins dans ses ligirm. « 
principales. Quant à l'ollice même des auditeurs, il existait déjà ^ 
1449. Les auditeurs des excuses furent institués vers le même tern 
Leur titre indique suliisammenl ce qu'ils avaient à faire. 



I^e Président du Chapitre général 



J 



Le chapitre général avait pour président-né l'ablié de Clunj 
en cas d'absence, son vicaire général ou le grand-prieur le renff^ 
plaçait. II signait, avec les définiteurs et les membres du chapître^^ 
le pmcès- verbal, qui devait être lu et promulgué dans la sallS 
capitulaire de l'abbaye par un notaire public, comme il convensitf 
à un acte officiel de cette importance. A partir d'une certaine époque 
du moins, le nom des présidents ligure sur tous ces procès-verlMU);. 
Voici une liste qui commence avec l'année 1445. 

En 1443. l'abbé fldon de la Perrière, absent, est remplacé par 
son grand-prieur Jacques de Moussy; il préside lui-même ceux de 
1449 et de 1450. En 1458, l'atibé Jean III de Bourbon se fait rem- 
placer par Dom Jean d'Auziac, qualifié socius in ordine: on le 
trouve lui-même aux chapitres de 14fi3, 1480, 1481, 1483, 1484. 
Jacques de Moussy, grand-prieur de Cluny. préside en 1463, 1469 
et 1470, et son successeur dans cette charge, sous le gouvernement 
du même abbé, Philippe de Larière ou de Lozier, en 1477, 1478, 
1479 et 1482. L'abbé Jacques d'Amboise assista aux chapitres 
armuels de 1480 îi 1496, de 1499 à 1504, et dans l'inlervaile à ceux 
de 1499 et de ISll; son vicaire général, le grand-prieur Antoine 
de la Roche, tînt sa place en 1497. Ce lut le successeur d'Antoine, 



) Omnes vnustf el Ules seu negoUa quxvis lemporalla, au aiiditorcs ruusarum 
defenialiir e;(aniiriHnii». Qiiixl vensuerini in srriplis rediganl el uiuiii tief^- 
[iuni verbo el !icri|ilD coram (leflliiiloribus référant. Ad eosdem caiisarum 
audilores referanlur omnes alienaliones, conlrac[us, iraosucliones el acius 
notabiles facci a monaateriis el inill a lemiKire capituli ultimo pr.i>ierili. Re 
hisqueomnibuseoniinijefllniiorlbiisrereraïu. AdoUlciuin auililorum uausanim 
perlinei computa procura ta ris tteneralis audire. slatuB temporales monuste- 
rioriim, reddiliis, onera, débita et expensas examinare. El de pr»^irlis 
omnibus ail dcfflnllores referanl. Impositiones ]im ueguliia commuoibus ad 
defllnilores rolaluri ut termincnlur. StaluU de /'// . 



L*ORDRE DE CLUNY ET SON GOUVERNEMENT. 121 

Philippe Bourgoin, en 1S10, 1512, loi 3 et 1514. Geoffroy d'Amboise, 
ahbé de Cluny, présida les chapitres de 1515, 1516 et 1517. Son 
successeur, Aymard de Boissy, présida celui de 1521. Sous cet 
abbatial, le grand-prieur Jean de la Madelaine de Ragny présida 
ceux de 1519, 1520, 1522, 1523, 1524, 1525, 1529 et 1530. Le 
même personnage remplit cette fonction, au temps de ral)bé Jean 
de Lorraine, en 1531, 1532, 1534, 1536. Nicolas Doler, prieur 
claustral de ciuny, eut cet honneur en 1533, 1535, 1537, 1538 et 
1539. Christophe Coquille, successivement prieur claustral et grand- 
prieur, vicaire général des cardinaux abbés Jean et Charles de 
Lorraine, assista comme président aux chapitres de 1537 à 1564. 
Charles de Lorraine présida personnellement celui de 1565. 

Pierre Dulaurent présida ceux de 1676 et 1678, en présence de 

trois délégués royaux, l'archevêque de Paris, François de Harlay, 

le Père François de la Chaise et M. Paul de Pélisson. Ces deux 

chapitres furent décisifs pour l'avenir religieux des monastères 

cluTiistes. Le cardinal de Bouillon assista en personne à ceux de 

i68o, 1693, 1697, 1701, 1704. Le grand-prieur Jean Marin le 

remplaça comme vicaire général en 1708, 1711, 1714. Le prince 

Osvald de la Tour d'Auvergne, archevêciue de Vienne et abbé de 

C.Uiny, présida en 1717, 1725, 1728, 1732, 1735, 1738. Les abbés 

commendataires tinrent jusqu'à la fin à occuper eux-mêmes la 

présidence de ces grandes assises de l'ordre. Ils y voyaient un 

devoir à remplir et un moyen d'afllrmer leur puissance. 

L'abbé de Cluny, président du chapitre général, assistait, en 
^tte même qualité, aux délibérations des définiteurs. Sa prési- 
dence ne gênait eh rien leur autorité. Les pouvoirs qu'ils tenaient 
^" Sîiint-Siège garantissaient leur indépendance contre tous les 
^"^piétements possibles. On peut, d'un terme emprunté à nos consti- 
tutions politiques modernes, qualifier la situation respective de ces 
"^i^x autorités : les définiteurs avaient le pouvoir législatif et l'abbé 
'^ Pouvoir exécutif. Celui-ci leur propose une mfîsure à prendre, 
une répression à exercer. Après en avoir délibéré, ils prescrivent 
^^'^iii leur semble bon. De leur côté, les définiteurs ne décident 
^^^^ sans avoir obtenu l'assentiment de l'ablié. On trouve dans le 
fecu^ii] des chapitres généraux des preuves multiples de cette 
3utox»ité. Elle s'imposait tellement que les personnages qui en furent 
invfiç^^g au xv« et au xvi'' siècle n'essayèrent jamais de passer outre. 
^^s abbés commendataires jouirent donc du droit de présider le 
???^^*^ des définiteurs. Mais ce privilège était tout personnel, 
.^^^^ue de Chartres, qui se présenta au chapitre de 1656 comme 
vic^l^jg général de Mazarin, abbé de Cluny, voulut se l'arroger. 



132 



HF.viR M\nii,i.n 



Les déflniteurs de la Stricte observance protestèrent contre cette 
violation de leurs droits. En 1714, Dom Jean Marin, grand-prieur 
de Cluny, priisidail le chapitre géniSrai au nom de ral)iM5. le prinre 
de la Tour d'Auvei^ne. It r-rut pouvoir présider au même titre le 
conseil des définiteurs. Ceux de l'Étroite observance lui liiviil 
observer que le grand-prieur n'avait pas ce droit et pmlcstèrent 
contre sa présence. L'atfeire fut portée devant le grand conseil. 
i|ui condamna Jean Marin '. 

Les religieux de l'ÉlroiUî observance, dans le but unique de mieux 
assurer la conservation de leur réforme, obtini'ent que leurs défi- 
nileurs pussent délibérer seuls et sans la présidence de l'abbé, 
toutes les fois qu'il s'agissait de leurs seuls monastères. Le cardinal 
de Bouillon trouva cette restriction de son autorité insupportable 
et voulut imposer sa présence aux déliniteurs réformés. Ceux-ci 
firent parvenir leurs plaintes au grand conseil. Ils eurent gain de 
cause le 20 mars 1703. Voici en quels lermes : a Iceluy noire grand 
conseil ... a maintenu et garde les religieux de l'étroite observance 
dans le droit et possession d'élin' dans le Defiiniloire, hors la pré- 
sence du cardinal de Bouillon et sans qu'il y puisse assister, leur 
supérieur général et leurs supérieurs locaux. leVisiteur, le Procureur 
général et leurs autres olliciers. |Kir leurs nouveaux Déliniteurs, 
et sans le concoure des Déflniteurs de l'ancienne observance; el 
d'y làire pareillement jiar leurs Déflniteurs des règlements néces- 
saires pour la manutention de la discipline régulière de ladite 
étroite observance, pour être lesdites élections et règlements 
référés et inscrits dans les deftinitions du Chapitre général et le 
tout exécuté de l'autorité d'iceluy. » 

Ces dispositions très sages, maintenues en dépit des résistances 
du cardinal et des prétentions de ses successeurs, [iassërent dans 
les statuts de 1717 et furent observées jusqu'à la fin. Les deui 
groupes de définiteurs se constituaient à part et prenaient les déci- 
sions qui convenaient à chaque observance. Ces définitions avaietf 
la même autorité et étaient insérées dans les actes du chapitre, r" 
se réunissaient eu un conseil unique pour délil)érer sur les intéré 
généraux de l'ordre, sous la présidence de l'abbé *. 



P 



1 li Iceluy notre dit gran<l Conseil a ctMsri.' 'lU'il y a «bus diins la pri^siden 
de Dom Jean Marin, }[run<l Prieur, au Uetllniioire de 1714, luy Tait défense dl 
ronliniier de pareilles entreprises h l'avenir, n Arrel du grand eomeil de f7H 

' " Ordonne que les ri^glemeiits el alTairei^ gÉm^rales et t'ommunes 
(litres géni^raux, où les voix seront complices par |iersonnes des dt^flnitem 
sans ilislinclion il'ubservanre et les iti^libi^ralions Torm^s a la pluralité t 
suBrage». - Antt du 19/évrUr 173». 



l'ordre de cluny et son gouvernement. 123 



Rôle des Déflnlteurs 

Ijf (létinitoire était Tàme des chapitres généraux, Grégoire IX et 
Mcr)las IV ont lixé Sf»s attributions. Ils reproduisent Tun et Tautre 
le langage d'Henri V au sujet des chapitres eux-mêmes. Il n'y sera 
feit aucune acception des personnes, écrit cet abbé dans ses statuts. 
Conformément à la loi de Dieu, à la règle de saint Benoît et aux 
inslitutions de l'ordre de Cluny, on y corrigera les fautes des cou- 
Ittbles; on y traitera des moyens de pourvoir au salut des ûmes, 
à la conservation de Tordre» et au bon état des monastères; on y 
promulguera les statuts nécessaires. Sans faiblesse les uns envers 
les autres, les prieurs et les chambriers signaleront en toute charité, 
soit dans les réunions soit en particulier, ce qui leur paraîtra répré- 
hensihk» dans la conduite de chacun ^ 

Grégoire IX déclare ensuite que les définiteurs auront à trancher 
tous les différends survenus entre les religieux de l'ordre et à 
résoudre les diiïicultés qui ne l'auraient pas été par l'abbé de Cluny. 
Ils feront les règlements qui leur sembleront propres à affermir la 
discipline, sans rien statuer qui soit de nature à la laisser faiblir. 
Ils auront à dresser la liste des abbés et prieurs de l'ordre avec 
indication de leurs monastères. Cette liste sera lue au chapitre 
suivant. Si quelqu'un avait changé de maison, il en dira les motifs; 
au C5S où les définiteurs ne les trouveraient point valables, ils lui 
infligeront le châtiment mérité par sa faute ^. 

Nicolas IV, après avoir renouvelé ces prescriptions, charge les 
définiteurs d«^ nommer les visiteurs des monastères, de recevoir 
leurs rapports sur l'état de chaque maison et de prendre contre les 



^ Bfnrici V statuta. Bibliotheca Climiacemis, ii70-l t7â. 
^D eodein quoquc capitulo, omnes causa» (|u;r inter personas onlinis (.lu- 
"'îiceiisis emerseriiit vel per abbalem (iluniacensem non fuerinl terminala\ 
relatif» art capiluluni per deflfinitores, proul Ht in (Msterciensi capiliilo, tenni- 
nentur; et ea staUiantur quu^ provenire ad conversationcm et restrictioneni, 
"^1 ^d relaxationem ordinis vel reguhe, videbiintur.... Ea qu:v majori consiiio 
•mligent referanlur sin^^ulis annis ad capituium jçenerale.... Singulis annis in 
^ypUiilo cjenerali dettinitores scribant et retineant iiomina sintçuiorum abbalum 
^'prioruni, et in se(iuenli rapitulo leclis eoruni nominibus. in (|uibiis ecclesiis 
•*^"ïUhl)aies mulali vel priores dilijjenter attendant, et qui mutaverinl causam 
"lutaiionis proponanl; qu.T si justa fuerit, ap[>robetur ab ipsis, aliociuin 
"l'Jlationis pcrna* secundum Cisteroiensis ordinis ronsuetiidinein inniji^antur. 
Bulle de Grégoire IX, citée plus haut. 



prieurs négligents ou coupables les mesures de droit, au hesoia de 
les suspendre ou de les déposer '. 

Us avaient donc à remplir une mission très importante, Pour lui 
(tonner un caractèPi? plus sacré et inspirer à tous les religieux de 
l'ordre une entière confiance, l'abbé Henri voulut ijue. au commen- 
cement du chapitre, ils jurassent, la main sur les Évangiles, de 
conformer leurs décisions à la loi divine, à la sainte Uègle et au 
droit apostolique, et de ne point faire acception des personnes -. 

Ils devaient prendre pour eux l'interdiction laite par l'abbé 
Hugues V de recevoir pendant le chapitre général des dons ou des 
promesses; car si ces procédés ne leur enlevaient pas toujours 
leur liberté d'action, ils causaient à leur dignité une irréparable 
injure *, 

Les pajies Grégoire IX et Nicolas IV avaient indiqué aux détl- 
niteurs leur mission. Le temps se chargea de la préciser davant<ige. 
Les moines de Cluny ajoutaient une grande importance aux 
questions administratives. Us tenaient surtout au l)on gouver- 
nement des monastères. Les déllniteurs jjartagèrent Ibrcément cette 
sollicitude. On les vit bientôt se tran-sformer en une sorte de 
cour des comptes devant laquelle tous les supérieurs devaient 
se présenter avec un état exact de leur administration. Ceux qui 
n'a\'aient pu se rendre au chapitre général envoyaient un relevé de 
leurs comptes à Cluny *. Les vi.siteurs les mettaient au (durant des 
charges et des dettes de chacune des maisons inspectées par eux *. 
On leur soumettait les ventes et autres contrats intéressant les 
monastères de l'ordre. Les actes qu'ils confirmaient de leur appro- 



I StBtuiinus ut in capitiilo geiierali more solilo |>er defllniiores oi-dinenlur 
ïiaiUtores («r proviiicias; defllniiores super hoc priorum amolionem vel 
siispenùonein ordineot et deniniaiil, secundum iguod eis juste et secundum 
Deuil) videbilur expedire. Bultf de Nicolo* lY, citée plus haut. 

* Tetieniur jiirare in quolibel capitulo ad saiicla Evangelia corporaliier tacio 
libru (|uod in defUnilionibus secundum Deiini et B. Benedicti regiilam et 
AposloliesE Sedis slatuia. sine personarum acceptione procedeoi. ffenrici t 
itatula. Bièliolheca Cluniaeemù, ISSi. 

* lllud autem auciaritaie Dei et nostra disirîctius prohibemuii, ne in capi- 
tule eeiierall alii|Uii' liant exaciiones ex parte noslr», vel quoniniiibet alionim, 
aut etiam Cluniacensis Ecclesiie, vel aligna munera denlur vel recipianlur vel 
prumiltaotur. Bugonii 7 ttatuta. Ibid. 1*77; renouvelé par Henri i, 1533. 

* Aetet du chapitre de 1341. 

" Anno quolibet... per visiliitores siaïuU onera ei débita abbutlanim ei 
prioratuum debeani ad rapituluin refbrre et debent etiam HimJlia scripta 
remanere in dictis abbatiis et prioratibus. Actes du ehitpitre de i4S8. 



l'ordre de cllny et son gouvernement. 125 

balion étaient enregistrés à Cluny ^ Les auditeurs des causes leur 
simplifiaient ce travail en étudiant les dossiers. 

L'œuvre administrative accomplie par les définiteurs de Cluny 
fui considérable. On la trouve consignée dans les actes des 
chapitres généraux. De là vient en grande partie leur valeur histo- 
rique. Mais ce ne fut pas tout. Les membres de ce conseil suprême 
usèrent fréquemment du pouvoir législatif que leur donnaient les 
souverains pontifes. Les décisions prises i)ar eux obligeaient tous 
les membres de Tordre au même titre que les statuts des abbés. Ils 
surent le dire aux prieurs tentés de les enfreindre ou de ne pas 
les accepter. Des négligences de ce genre furent constatées dans 
plusieurs monastères en 1336; les déiiniteurs enjoignirent aux 
supérieurs et aux chambriers des provinces d'y mettre ordre -. 
Ils demandèrent aux visiteurs de dénoncer en plein chapitre les 
abbés et les prieurs qui ne feraient point cas de leurs statuts. 
Le président ou le prieur claustral de Cluny leur infligerait un juste 
cliûliment ^, 

Ils ne craignirent jkis en certaines circonstiinces de modifier des 
prescrij)tions qui semblaient excessives. Ce fut le cas des statuts 
promulgués dans la bulle de Nicolas IV maintes fois citée. Munis de 
l'autorisation du pape Boniface VIII, ils confièrent à quelques-uns 
<l'entreeux le soin de les atténuer (1297). On abusait à cette époque 
^^ l'excommunication, en rattachant comme sanction à un grand 
nombre de préceptes. Les Clunistes tombèrent dans cet écueil. 
'^ déiiniteurs de 1387 suspendirent l'effet de ces menaces, à la 
réserve de quelques points qui leur parurent trop importants ^. 



'^taluimus qaod de celero per scribas et secretarios hujiis doinus Clunia- 
*nsis fiât registrum in quo describantur contractus quocumque censeaiitur 
^^^îne quos contigerit per nos aut successores iiostros auctoritate aposlolica 
^^^Dlirmari et ratilicari. Acles du chapitre de 15it. 

Quia per deffln itères ordinis plures deftinitiones super ordinis reformatione 

^^Ciessuum correctione fact;e fueruiit necduni execiiUr fuerunl, defliiiiunt 

^^itores qaod per iinmediatos superiores correctionein liabenles et aliter 

^^ ^amerarios provinciarum sine aliquo subterfugio exequantur. Actes du 

^*^f>M'ére de 1336. 

*t.em abbates et priores non observantes staluta ai>osloIica et statuta Kccle- 

.'^* ^-luniacensis et defïîniUones dellinitoruni et pniM*e[>la visilalormiulcbent 

*** ^^pitulo generali per visita tores proclaniari et ad arbitriuni prioris claiis- 

r^«iii^ vel prausidentis \mn\r\. Joannis III Statu ta . Bibîiotheca CUmiacensis, IG(lî). 

^^nines sententias quascumque exronnnunicationis inajoris in ordinatio- 

niD\^5ç et statutis contentas et alibi et quovis alio modo proniulgatas usque ad 

pnaeî^^nteni diem, auctoritate apostolica in hac parle nobis rommissa et alia 

<\u^ti\iinque auctoritate, tenore pni»sentium suspendinius ac revocanius et pro 

su&peDsis et revocatis teneri volumus. Actes du chapitre de 1387, 



l-2i> 



IIKVIK HAKI1.L0N. 



Ils Ibrinèi'enleii 13l!j une commission d» huit membres iiveccliaT^ 
d'étudier les adoucissements lëgilimes qui pourraient èlre donnés 
à la pratique de la règle de saint Benoît ' . 

Le délinitoire conserva au xvii' et uu xviii' siècle ses attributions 
tmditinnnellcs. La reddition des comptes était sévèrement exigée '. 
Il avait liillu réagir contre ta négligence de plusieurs en 1646. Mais 
rien ne découi-ageait le zèle des délîuileurs. Les statuts de 1717 
|]ropos<>rent une mesure très sage en demandant que les nouveaux 
règlements, avant de devenir obligatoires, re^^ussent la contirmation 
de deux cliapitres généraux *. Les religieux de la Stricte ol)servance 
coniièreut à leurs détiniteurs réiectiou des prieurs et princi|iaux 
ofiiciers de leurs maisons. 

I^s détiniteurs n'osaient pas prendre seuls une décision dans 
les alîaircs très graves qui pouvaieiit engager l'ordre tout entier. 
Ils les soumettaient à tous les membres du chapitre, qui se pro- 
nonçaient après mjïre délibération. C'est ainsi que fut résolu, 
en 1339, l'envoi des religieux étudiants auprès des Universités. 
Gei'lains prieurs ne voulaient envoyer leurs moines à Parus que 
pour étudier la lliéologie; l'abbé de Cluny leur lit imposer |»ar tout 
le chapitre et le couvent de son monastère l'obligation de leur 
adjoindre des étudiants en droit canon (1378) *. L'ordre possédait 
un collège auprès de l'IJniversité de Paris et un autre auprès de 
celle d'Avignon; il voulut on avoir un troisième à Reims. La chose 
était acceptée en princiiie. Il ne s'agissait plus que de le doter. Le 
ehapiti'e général de 1571 décida le transrerl à Reims du doyenné i 
de Tours-sur-Marne '. Les événements ne irermirent pas de donm 
suite à ce projet. 



1 Eligjmus, depulamus ei unlinamus ocio ex pncsenlis cupituii deffinilorihf 
ui\ (lerlitranilum, inlerjiretaDtluni, nioderandjm el limilandum capitula Reg 
.S. lU'iK'ilirll i\\ia- déclara lia ne, inleriirelulionc yut nioderulione seu liniilalJQJ 
|[jdi<:i'j'e fis videbuntur. Jctu du ehapUm de ISIS. 

^ Abbiiii's. priores Uererjnl sialiim temporalem suorum monasterioruni, i 
in i|u>!»>s sigillullm coosislant cuin onerlbus deliila pnssivi) el aclivu; omnif 
h;ec a senionbus exiiminulu el lesliljealu. AfTeranl auiem staluuni teni|)oraIJu 



duplîuatu, UQum in archiviis utibatiae CJi 
sLta mgnasleria rejiarlandum. SlatitU de 1735. 

^ .Si quamlo lameD nova condaleriut staliiUi, j 
iijsi in iliiolius soijiieiitibiiK <'U|ilIu11s Tuerinl 

« H, Puier... (le consiliu deinniloriini el : 



depuneniluin, ullenim ad 



I. 



[Il Hlalutonim non Iranseaiil. 
inlirmaU. SlatuU de ilM. 
sensu expresse eliam conveiilus 

CUiniuceitsis el prioniiii aliurum iiuoruinoumiiue assisieiilium in dîcto rapKulO 
geiierali, slaluil el ordiaavil (jQod... pritircs nui coosiievenini lenere aludeal 
Puri.siis in iheolo^a, leneani sludentes in jure Cimunioo. ÀcUt'du 
de tS7S. 
* Postremo cum colleRimii in civilale Kemensi erigi speramus. pro itlH 



•M 



L*ORDRE DE CLIJNY ET SON GOI'VEIINEMENT. 127 



Lies actes du Chapitre i^énéral 

Les décisions ou détinilions prises par les déliniteurs étaient 

insérées j)ar le secrétaire dans ie procès-verbal (jue le président et 

les déliniteurs signaient et scellaient. Il en était donné i(îcture 

publique dans la salle capitulaire de Cluny en présence de tous les 

religieux de cette abbaye et des membres du chajûtre général. Les 

décisions insérées dans les actes et promulguées otticiellemenl 

avaient seules l'orce de loi. Nul ne pouvait ajouter quoi que ce soit 

au texte scellé et promulgué sans encourir de ce tait Texcommu- 

nicalion '. Les abbés et prieurs devaient tous se procurer, avant 

dr quitter Cluny, un exemplaire des statuts et des détinilions (|ui 

venaient d*êlre promulgués. Si le temps leur manquait pour en 

prendre eux-mêmes copie ou attendre que quelqu'un la prît en leur 

nom, ils chargeaient les secrétaires ou le trésorier de Tabbaye de 

la leur envoyer, car ils avaient à les promulguer, dans les six 

mois, en présence de leurs religieux et à les faire exécuter 2. 

Les chambriers des provinces et les visiteurs, chargés plus par- 
ticulièrement de les l'aire appliquer, devaient en avoir un (^x(»m- 
|)laire avec eux. Les supérieurs étaient invités à porter leur 
^Itention sur les décisions qui visaient leur monastère. Il leur 



pnncipaii dotutione deflflnilores et tola capiluli conjjre^'atio conseuliiiiil ut 
"Wanatus de Tiirribus super Matronain in civilate Reinensi Iransferalur. 
"^^^9 du chapitre de /o7/. 

'^tatuinius defliniendo et detliniinus (|uod omucs arlus t'acli aut facieudi in 

<'amerjj defllniloruni seu extra per deflinitores pr.rsentes et l'uturos, de (|uibus 

*'^l"'^H«e non erit lacla mentio in rotulo delîînitionuin, sint nuilius rohoris 

""Oinenti. Quo eliain rotulo lecto in capitulo Cluniacensi et si<(illato 

"i^iitnus nihil esse addendum substantiaiiter sul) exconinuiuicationis pirna. 

-^^^« cfe chapitre de /i55. 

. ^^iiinibus et sin^çidis abbatibus, prioribus et adniinislraloribus princi- 

paiiUtiç in hoc instanti capitulo existentibus, iiru'cipinuis ac prohiberïius ne 

^^itnt sine ordinationibus et statutis, aut de sibi eis niittendis onerent 

'^^tiirios aut Ihesaurarium, ut apud eos litter.e valeant infra diniidiurn 

«*nnun, quatenus suis subditis notiticent easfjue obsorvare facianl cuni etfectu. 

^^^*»jr m statuta. (irégoire IX et Nicolas IV avaient fait à chacjue supérieur 

^^ï^c oblijçation d'emporter les dt'*tinitions des chapitres j^cncraux pour les 

proir^ Ul^ygP (levant leurs moines. L'abbé Henri I dans ses statuts, les chapitres 

«e t^:24 et de 1326 renouvelèrent celte obligation. Le doyen de Verj^y, qui 

n avait passa copie des définitions, reçut un blâme officiel en 1380. 



128 REVUE MABILLON. 

était demandé compte, au chapitre suivant, de la manière dont o 
les observait chez eux ^ 

L'ensemble des définitions formait un corps de loi qui avait 
pour Tordre entier une grande importance. Chaque chapitre 
général avait eu les siennes; elles étaient séparées jiar années 
et risquaient fort par conséquent de se i)erdre ou de rester 
enfouies dans les archives des monastères. Pour remédier à cel 
inconvénient, les déflniteurs de 1542 demandèrent qu'il y eût 
à Cluny un registre où les secrétaires inscriraient à l'avenir 
toutes leurs décisions 2. Le xvir siècle, avec son sens pratique, 
compléta cette disposition. Il y eut à Cluny une armoire ou coffre 
spécial dans lequel étaient conservés les actes originaux de tous 
los chapitres. Dans la crainte que ces documents ne fussent 
dérobés ou ne vinssent à s'égarer, le coffre était fermé par trois 
clefs; le grand-prieur en gardait une, l'autre était aux mains du 
|)rieur de Saint-Marcel de Chalon, le prieur de Paray-le-Monial 
avait la troisième. Pour ouvrir ce dépôt il fallait un ordre écrit du 
su|)éneur général ou des visitcuu's en cours de visite régulière -K 

Tous les monastères avaient intérêt à conserver soign«Hisement 
ces |)r()cès-verbaux. Les statuts de 1055 les obligènMit à les 
transcrire sur un registre, comme à Cluny ♦. C'est sur ce même 
registn* que le secrétaire consignait le rapport des visiteurs •'. 
Alin d'épargner aux supérieurs de prendre ou de faire faire la 
(M)pie dos actes capitulaires, le procureur général eut ordre d'en 
adross(M- un»* directement à chacpie maison ^. Ce qui d<»vint très 
facile (juand on eut |)ris l'habitude de livrer à l'impression le texte 
du procès-verbal. Les moines de l'ancienne observance cruirnl 
avec raison qu'il y aurait grand avantage à réunir en volumes tous 



1 Quia piiniin est deflinilionos et onlinationes facere, nisi debitis execiitio- 
nihus (hMiiaixif'nlur, (iclliniuiit (leltinitoresciuod (}iiilibet abbas et prior detlîni* 
tloiHMïi de loco suo menlionem rarionteni, anno (jiiulibet. secuni portel, et 
dettinilioribus sequcDtis rapituli (ptod aeluiii sil de sin^^ulis in detlinilionibus 
roiilenlis lideliler ro[)ortel. Artex du chapitre de iSU. 

2 Slatiiiinus (juod de eetero Mat regislruni per sohbas et seeretarios bujiis 
donnis Cliiniacensis in <|uo... defliniliones et ordinaliones (pur super 
quacuniquc re a nobis et successoribus nosliis (lent de cetero eoneindaninr. 
Actes du chapitre d^f i54i. 

3 Actes du chapitre lU' 167t. 

* In unoqno<|ue monaslerio tiat re;,'islruni in qno «pue sinj^ulis annis per 
eapitulum jrenerale ordinantur, notenlnr. Statuts d^ Uîrut, 
•'» Actes du chapitre de 1667. 
6 Actes du chapitre de 169:i. 



l'ordre de cluny et son gouvernement. 129 

c^s documents. Ils exprimèrent ce désir en 1714 ^ Le procureur 
général, qui devait le mettre à exécution, dut commencer alors ce 
vaste recueil de copies et de textes imprimés conservé au palais 
Bourbon et à l'Arsenal. Mais cette entreprise eût exigé des trais 
énormes; elle ne put aboutir. 



Ck>clifleation des Définitions et Stntut« 

Les définitions des chapitres généraux et les statuts des souve- 
rains pontifes ou des abbés formulaient la coutume clunisienne; 
<H quand il y avait lieu, ils l'interprétaient et la modifiaient. Les 
supérieurs, qui avaient la responsabilité de leur a|)plication, 
devaient les connaître. Or, comment arriver à connaître exacte- 
ment des lois et des arrêts dispersés dans tant d'actes divei's? 
r/esi pour leur faciliter cette tâche que les détiniteurs ordon- 
nèrent, en 1399, de former une collection méthodicpie i\o. 
toutes les décisions intéressant la discipline religi(^use et le j^oii- 
vernement des monastères. Les rédacteurs ne devaient se servir 
que des documents officiels. Le corps de lois ainsi formé serait 
soumis à l'approbation du roi et des cardinaux |)résents à Paris. 
Ii*?s cliainbriers de chaque province en recevraient un exemplaire, 
dont ils transmettraient une copie à tous les abbés et |)rieurs de 
l'ordn'. Ceux-ci auraient à faire exécuter, avant la tin du mois, les 
prescriptions contenues dans ce recueil. Les visiteurs s^^raient 
chargés d'y veiller 2. 



^ Proourator j^eneralis ordinis omnia quîr recuperare poterit capitula jç(mi('- 
>"jli^. impensis coiiimunibus qiiain priinuni de novo typis niandari et siiiiid iu 
"iioeo<lein(|ue volumine consignari pro('ural)iL Actes du chapitre de 17 1i. 

*<^nlinaimis quod visitatores dei)Utali in provinclis sibi decrolis, rirca 
<l*vinimi oiilluin, reforma lionein vitJC et monim monachaliiiin, status et obser- 
vanti.T rejîidaris monasticas reslaurationeni a'ditirloruni, inunimentoruin et 
vestiinentoniin, ornainentorum, vasoruiiique sacrorum et alioruin (|uuruin- 
«^unique. statuta, ordinaliones et detrinitiones per Hoinanos Ponlilices. abbales 
^l'iplllnitores. ab olim hucusciue édita et éditas, [»er moduiu roniineuti aili- 
«'ulatiiii et in l)ona série lrans(Ti[»la et Iranscriptas. extrada el exiractas de 
ni'rjs antitpiis si((illis H. 1). abbatiset U. priorisCluniaeeiisis si<^'illala (*t uiunila. 
una cuin aliis additis executioni débita* demandent. 

(^U(mI (liiium commentum Kejçi, consilio suoel l)oniinis('-anlinaiibus Parisiis 
existenlibus per nolabiles viros pra'senletur. — Item, pnrdietum eommenlum 
et ordinutioiies mittantur camerariis jam deputatis seu deputandis in provin- 

9 



130 IIEVI'K >IAiIII.LOS. 

Qu'est devenu ce recueil monastique? nous n'en connaisso» 
aucun exemplaire. Le Recueil des délînilions des ctiapilres ■■ 
Ciuny (Bib. Nal. nouv. acq. lat. ^363), que signale H. L. Detisle 
est une œuvre liieu différente. Serait-ce alors une réédition de 
statuts de l'abbé fiertrdnd et de l'abbé Henri, donnés cumine ihm 
collection de statuts et de définitionsï Nous ne saurions le ilirti 
Tel est bien aussi le caractère des statuts de Jean III de Bourlwr" 
promulgués avec l'assentiineut des déliniteurs en 1458 '. 

Ces textes tenaient lieu de constitutions dans les monastère^ 
clunistes. Les chapitres suivants les niodititrcnt sur plus d'u 
point, et le relâchement fit tomber en désuétude un grand nombf 
de prescriplions importantes. Les réformateurs du xvu' siècle ii« 
se préoccupèrenl pas, au début, de les fiiire revivre. Il leut 
spjnbla meilleur de reproduire l'organisation de Sainl-Vanne ou ilt 
Saint-Maur. Mais, après le double échec de Richelieu et de Mazarin. 
il fellut revenir aux traditions de Cluny, sans négliger toutefois ce 
que les deux nouvelles congrégations offraient de pratique et 
d'avantageux. Les règlements conservés dans les maisons les plus 
ferventes Turent maintenus et déclarés obligatoires, après un travail 
d'épurdtion nécessité jiar des divergences trop sensibles tl648j ». 
Ce qui fut renouvelé en 16S4. Les déclarations ou constitution! 
étaient restées manuscrites jusqu'à cette époque. On résolut alors 
de les feire imprimer, dès que le Saint-Si^e et l'abbé de Cluny les 
auraient approuvées (I6S4). Elles parurent à Lyon, l'annéf 
suivante *. Les moines constatèrent, en les pratiquant, bien de* 



r.Ws solitis. — Uiiod abbalibus el iirioribus mediale vel immediMie mitijectis 
ipsonim priorum ïuniplibns et expensis, transmilUnt (linli ramerarii ortlîn» 
lioaes el cq m ni en lu m priedicta. — Item, quod sub pcrn» eKtoiiiniuiiicutivni! 
eialiis[H£nisonIinan(ltse(pervtsi(aluresinipuneniJis, tideinahbaieset priores 
infra mensem a die pr.Mentatioitis oMinalioriis el contmeiiti compulaDiJiiin 
liabeanl dicia rommenia et onlinationes lam in se ciuam in priores et iiltw 
subililos siios execulioui demandare. AcUt du ehapitrr de i399. 

1 Insenlaire des vianuaci-îte de la BibUùthrque Nationale, Fond» de Climf 
p. 318. 

3 Le nhapitre de 1480 dut îtiliineraux sujiérieurs nâ^litients de s'en procurei 
un exetnpiuire et de les nietlrc en pratique. 

3 Dec! a ration es in Regulam S. Palris nostri Rcnedicti el (ion si i lu ti on es prc 
re^mine per defnnitores cupiluli denuo exaniinatie el recognlue, \\er munas 
leria noslra quamprimum dislribuentur iil iili omnibus ol)servenlur exarie 
Aetei du chapitre de iSiS. 

* Régula lamctisiimi Patris Benedicli, cum declaralioniàu» et contdtuli» 
nibM prout tervantur in erdine lacra Quniacemi a Patribiu tlrictiorû 
oAitfVaniie. Lugduni. iOSS, in-U. 



^ 



l'ordhe de cluny et son gocveknement. 131 

lacunes. Les supérieurs essayèrent de les améliorer et surtout 
de les rendre plus conformes aux traditions de Tordre. Les 
additions proposées par eux furent soumises à tous les moines, 
qui les approuvèrent (1665). Il ne restait plus qu'à obtenir Tagré- 
ment de Tabbé de Cluny et l'approbation du souverain pontife. 
Borne donna son assentiment aux nouvelles déclarations, sauf à 
trois articles, qu'il fallut modifier. 

Tout ce travail fut accompli pour les seuls moines de la Stricte 
observance. Les autres, connus sous le nom d'Ancienne obser- 
vance, en restaient aux statuts de Jean de Bourbon ^ 

Ces nouvelles constitutions furent observées jusque dans les pre- 
mières années du xviii* siècle. Le besoin de se conformer le plus 
possible à leur antique législation tourmentait ces religieux et les 
t>oussail à améliorer sans cesse leur législation monastique. Dès 
^680, le chapitre général prescrivit le dépouillement des bulles, 
^es statuts des abbés et des définitions capitulaires pour préparer 
"ne édition des déclarations de l'ordre. Les textes seraient distribués 
suivant les cliapitres de la Règle de saint Benoît. II y aurait deux 
parties : dans la première il serait traité du régime ou gouverne- 
"ï^nt de l'ordre, et dans la seconde, des exercices religieux 2. 

l-^s recherches nécessitées pour cette rédaction prirent plusieurs 
années. Le travail n'était point fini en 1697 ^. Il se trouva assez 
^^'âïicé en 1704 pour que les déliniteurs sollicitassent du cardinal 
^^ Bouillon la permission de mettre la dernière main à l'œuvre *. 



H^ligiosi unUquiP observantiîe promittant se in posteriiiri observaturos 

statu tij Johannis a Borbonio juxta exceptiones, declarationes, explicaliones, 

"^^iflcationes et restrictiones in detrinitorio circa dicta slaluta factas. 

Reli^l^jjj novap et sirictioris observanli;e proniiltani et se obli^^ent ad supra 

"'^^■^ stâtuta Johannis observanda et exe(|uenda in his omnibus in (juibus 

^"' conformia aut non contraria eoruin observantia». Actes du chapitre 
de /€?^g 

/^rdinatum fuit ut statuta, constitutiones, décréta et ordinaliones in di])lo- 

"^^^^ Vfctis Summorum Pontificum, abbatuni Cluniacensiuni stalutis. capiluloruni 

genet^-iijmrn decretis et alibi pluribus in locis contenta, partim prelo mandata, 

P^ï'^tïi manuscripta, in unum corpus, capitulis Be^mia» S. P. henedicti corres- 

Ponct^njjjjyj, prudenti ordine redigantur. ita lamen ut (>nma parte lil)ri hujus- 

™<x» î traclenlur ea qua? générale regimon oniinis spectanl, in secuuda parte 

qua* ^Jivino cullui celebrando et quotidianis disciplina» excrcitiis com|K'lunl. 

s^^ rfw chapitre de 1685. 

.*^ nionasleriis strict^p observanlia' constitutiones qua* consue\erunt in 

**'''*P* t. uio et refectorio legi, in prislino vigore serva!)uutur, donec aliie cpias 

c<»c*"^ ronvenit, publlcala» fuerinl. Actes du chapitre de i6Ul , 

A. p.p. deffînitoribus supplicatum fuit Kminentissinio et R. R. Abbati nos- 



132 URYUK MABILLON. 

Les grandes diflicultés qui éclatèrent bientôt entre le cardinal et 
les moines de la Stricte observance furent cause d'un retard très 
désagréable à ces religieux, qui avaient épuisé les exemplaires impri- 
mésde leurs constitutions. La nouvelle rédaction, terminée en 1711, 
fut soumise à quelques liommi^s graves <ît instruits, cpii présen- 
tènml leurs criticfues au chapitre suivant. Le procureur général put 
enlin livrer les exemplaires im[)rimés aux maisons de Tordre en 
1717 '. L(?s religieux de TAncienni* observance avaient grand avan- 
tage à tirer de ces constitutions. La prcîmière partie surtout leur 
convenait tout aussi bien qu'à leurs confrères de TÉtroite obser- 
vance, puiscprellt; contenait Icîs pn^scri[)ti()ns relatives au gouver- 
nement de Tordre. Les deux groupes de détiniteurs eurent à Texa- 
miner, en 1728, pour voir s'il n'y aurait pas lieu de la faire appliquer 
de part et d'autre. On crut utile de la soumettre, au préalalde, 
à une étude très sérieuse, et d'y introduire les modifications recon- 
nues néciîssaires. Une commission ciioisie par Tal)bé fut chaînée 
de ce travail ^. 

L*\s membres de la commission, clioisis en nombre égal dans les 
deux observances, travaillèrent si lentement que l'ien ne fut ter- 
miné en 1735. Le (conseil des définiteurs nomma directement 
d'autres religieux et les chargea de continuer l'examen connufMicé 
et d'en soume.ttre ensuite les résultats à Tabbé de Clunv '. Celui-ci 
trouva sans doute (jue ces constitutions ne faisaient point à son 
autorité la part assez large. Les commissaires prévinrent les déli- 
nit(Mirs de 1738 (pi'il serait nécessaire d'ajouter un cliapitrt^ sur les 



(ro t^enerali ul (juiini priinum, secundiiin reij^ulnin S. P. N. Benedicii ol antiiiua 
statuta onlinis. adhibito coiisilio [latriiii) (|iii rcgularis obsorvantia' poritiores 
sunl. ('onslilulioiH?s (juas edore conveiiil, lain jurisdictioiic sua ordiiiaria (piani 
sihi deU^^'ata a Sodé A[M)stoli<'a iniiiiitas et suft'ultas contiri et publirari <'nret. 
Actes du chapitre d-e 170 i. 

ï Statuta et (^onsuetudines sacri ordhiis Cluniacmsis, cum constitulionihus 
pro regulari seu strie ta ohserravtia , iv duas partes distributa. S. 1. n. <i. iii-4. 

2 Detlinitores librum cui tituliis est Statuta ... quantuin ad [triniam parleni 
i\\\\v rej-inien s()ertat, duoniin iitriusqueobservantiu' prociiratomni ^eneraliuin 
cxainini subjeceniiil, ul si «luid dinicullatisorlumsit, R. aj»bas rebjiiosos rujus- 
«|ue observautia* numéro pares desi^çuet a<i hujusniodi solvenchis dirtirultalos 
corairi <li('to abbate. Quod vero a «lesij^iiatis et nominatis [iroliatuiu l'uorit \ini 
liabeliil de<*reli usque ad capituluuitçenerale fuluruui. Actes du chapitre de tîiS. 

3 Heeo^'nitione prima* partis ronslituli<»num (|ua' sunt couHnunes utri<|ue 
ol>servautia' iioudum fada ab liiscjui ad hoc opus dcputati fueraut. delVinitores 
abos ad hoc de[uitaverunt qm recojjjnitione peraeta lotum réfèrent R. R.abbati. 
ut dicue conslitutiones tandem preloniandentur. Actes du chapitre de 173ii. 



l/ORDRE DE CLUNY ET SON (.OUVERNEMENT. 133 

droits et j)rééminences du supérieur général. Les deux procureurs 
recurent l'ordre de le rédiger et de le faire imprimer après avoir 
obtenu rapprol)ation de Tabbé K Ils mirent peu d'empressement à 
exécuter cette tâche délicate. Rien ne fut présenté par eux au 
chapitre de 1742, qui leur enjoignit de se mettre à l'œuvre. 
Le travail n'était pas plus avancé en 1750. Les procureurs reçurent 
une fois encore l'ordre de continuer leur travail. 

Il y eut moins de difliculté pour la seconde partie. Les détlniteurs 
de l'Étroite observance, après avoir examiné les améliorations 
apportées à la rédaction primitive, se déclarèrent pleinement satis- 
faits et en demandèrent l'impression en 1732 et en 1735 ^. La mésa- 
venture de la |)remière partie causa des retards inévitables. Il lut 
décidé en 1738 que les deux parties ne seraient point publiées 
séi)arément ^, ce qui occasionna de nouveaux retards. 

Les religieux de l'Ancienne observance partageaient eux aussi 
cet amour de la tradition cluniste. Ils demandèrent à l'abbé de faire 
rechercher dans les sources authentiques tout ce qui pourrait 
servir à mieux organiser la pratique religieuse dans leurs monas- 
tères. Ce travail serait soumis à l'approbation du chapitre général 
(1728). Dom Clereau se mit à l'œuvre. Mais il avançait lentement. 
Les détlniteurs, jugeant son travail fort utile, lui ordonnèrent de 
ne pas l'interrompre *. 



^ Qui ad recognilionem primée partis constitulioniim... fiierunl deputati, 
reUiIerunl huic parti necessarium esse pra»poni capul in (juo expandanlur jura 
PHï'eiTîinenliîeque R. R. abbatis Cluniacensis, deputati sunt procuratores 
generdies utriusque observantia» (pii caput prîPdictuni confir.ient, typisque 
'^nien non mandandum nrsi a R. R. abbate approbatum. Actes du chapitre 
^ 1738. 

* Posl diiigens eorumdem a nobis examen, certe roj^novimus istaruni novum 
<^'*^'nem clariorem et simpliciorem esse, eas in omnibus conformes usibus et 
staluijs observantiîP, sicut priori ac primitivo ordinis noslri instituto. Quam 
ol>reninos deffînitores slricUi» observanti;e hanc secundam parlem constitu- 
tionum et eanim novam dispositionem, laudamus, approbamus et pnpcipimus 
«luam primum typis mandandam et ad omnia monasleria miuendam a procu- 
•^lore generali nostro; ipsasque sicut prius esse observandas et pu!)lice 
ï^ndasut moris est, tam in capitulo post lectionem Re^ml.T S. P. N. Henedicti 
quam in refectorio. Actes du chapitre de 1732. 

^Secunda pars constitutionum i)ro slrictiori observanlia.,. nonnisi post 
^^pleiam primam partem utrique observantia» comnmnem. typis mandabitur. 
^^^i du chapitre de 4738. 

* A deffînitoribus compertum est quantum anti(|uiori observanlia» perutile 
^^l..., si omnia et singida (ju* diversis hucusque tem|>oribus slaluta condita 
*"ûl, in unum codicem coaptarentur. Defïlnitores D. Clereau ele^^erunt ut 



( 



n« In le<!t)ii*e publique des hIiiIuIm 
et d^B dénnUlona 



Saint Benoit et tous h-s législateurs monastiques ont oritonnt 
de lire publiquement leurs règles, atîn que le religieux ne puis 
trouver dans son ignorance de la loi une excuse à ses fautes. 
Pareille mesure s'imposait à Cluny. Grégoire IX obligea les abbés 
et les prieurs à faire lire les diSliniliuns des cliapitres généraui, 
devant leur communauté réunie deux Ibis l'année, sans parler de fa 
lecture qui se lUisail toujours pendant la visitecanonique ' . Nicolas I 
trouvant que ce n'était pas assez, demanda qu'on les lût la veilk 
des cinq principales fêtes ' . 

L'abbé Henri I, sans tixer de noml)re, ordonne que les défi' 
nitions soient fréquemment lues dans la salle capitulaire. 
visiteurs les faisaient lire et réciter en leur présence. L'ignorancd 
devenait alors impossible ^ ou inexcusable. L'ablȎ Jean de BourbcHU 
rappela les ordres de Nicolas IV *. 

Les actes des chapitres devaient être lus, au wni" siècle, ev 
plein oliapitre devant tous les religieux assemblés, i]uatre fois l'ao^ 
On choisissait pour le làire la semaine des Qualre-Temps '. 



ciEplum ab eo o]ius complerel, illam stalulonim colIe<:(iancm conlicern no 
ialermiUal. Acte» du chapitre de f7iS. Avons-ootis le Iruvail île Uom iJeret: 
dans In VoUectio de la bibliotln^ijue de l'Arsenal? 

1 Omîtes vero abbaies et priores, nnnis sini^lis ad cupiltilum veDtenWl 
defllnitiones, si i|ux Tacbc Tueriiil, in sud redilu hal>eanl, bis lu anno in nii 
C3|iilulis, visitationis tempore nihilominus, recilandas, ul nulluB pneleid 
ignoranliie se valeal excuaare, Butte de Qrtgoire IX, déjS ctlée. 

* ,.. in vi^liis ([uinque renlorum precipuomm 61 visitulîonïs l 
nihilomiaus recltandas. Bulle de Nieolitt IV, déjà cllée. 

!> PriKipimus dislrictius ut abbates ordiois, priores ei deruiii c 
marum habenies, maxime atiteni camerarii prgvinciaruin dcfflnîtioues ca|rif 
luli generalis babeani in scriplis secumque eas observent et al) omnibus dr^ 
ordine prioribus munachisque mcdiale et immédiate l'.luniacensi ecclesiie 
subjectis racianl, proul eflicacius polerunt, observari ipsasque delRnitiones 
sîppiua in capitulis, prœcipiie aiilem visitationis tempore, coram visilatoribus _ 
ordtnis legr et recilari Tadanl, ut nullus pnpiextu i^orantia; se \ 
excuiiare. ffenriei I ttaluta. Btùlt'olheea Cluniacetai», I5SS. 

* Si per superiores conventibus suis ei monucliis piiblicari visum fUem 
prntsertim in vif^liis qurnque Testorum principalitim et visitationis tempofti 
JoanitU III itatnto. Ibid. 

" Mltlel procuralor generalis Jiio lam hiijiLh cupiluil qiiam aliorum deinc«n^ 



L 




l/ORDRE DE CLUNY ET SON GOUVERNEMENT. 13S 

Plusieurs chapitres généraux renouvelèrent cette recomman- 
dation, qui fut observée jusqu'à la fin. La lecture des constitutions 
se feisait tous les jours à Toffice de prime et pendant le repas 
du soir K 

Nicolas IV s'exprime avec beaucoup de clarté sur la nature de 
Tobéissance que les religieux doivent aux définitions des chapitres 
généraux. Leur violation ne saurait constituer la matière d'une 
feute mortelle, à moins qu'elle n'aille contre les vertus essentielles 
de la vie religieuse ; dans tous les cas, elle mérite un châtiment 
prévu par la règle 2. On ne se départit jamais à Cluny de ce senti- 
ment, appuyé sur l'autorité de saint Thomas et des meilleurs 
théologiens. Le chapitre de 1459 le répéta de manière à ce que nul 
n'en ignore "*. Les statuts des abbés obligeaient exactement dans la 
même mesure *. 



Des Diètes. 



Les chapitres provinciaux n'entraient pas dans l'organisation de 
Tordre cluniste. Il est bien question d'un chapitre convoqué à 



wemplaria ad singula monasleria, quae qiiater in anno (juatuor temporibus 
integre in capilulo praesenUbus omnibus monachis diligenlia priorum perle- 
KCntur. Actes du chapitre de 4693. 

^ " Ils feront lire tous les jours au chapitre après prime les constitutions sur 
'e lexle (le la règle qui aura été lu et tous les religieux de chœur, mesme les 
^Niants, s'y trouveront pour entendre cette lecture. » Actes delà diète de 4685, 
~" " Us supérieurs feront lire les constitutions tous les jours régulièrement 
<lans leur communauté tant au chapitre le matin que le soir au réfectoire. » 
^c/f* du chapitre de 4662. 

^ Deflllnitiones seu ordinationes capituli generalis ad mortalem culpam non 
^'^'iganised ad pœnam, nisi contra essentiam observantiae regularis. Bulle de 
yicoîas IV, citée plus haut. 

^ Dedaramus et deffinimus deffmitiones debere esse et intelligi secundum 
ïormani et lenorem bulhe Nicolai IV, scilicet quod ips«T non ligent ad culpam 
"•ortalis i^eccati. kctes du chapitre de U59. 

* I^effiniunl deflfinilores quod D. Cluniacensis, sua et ipsorum auctoritate 
procedens, omnia pnecepta et prohibiliones statutorum et deffinitionum 
<iuarumque sub quacumque verborum forma conceptarum a D. D. abbalibus, 
^^ pro tempore fuerunt, et deflinitoribus atque praesidentibus ordinis aliis 
1"'buseumque emanatas et emanata, promulgatas et promulgata, ad peccatum 
'^ortale personas ordinis, cujuscumque status et conditionis existant, non 
^*^ligare vel ligare declaret atque décernai, slalutis et deffinilionibus pœnas 
excoijununicationis apponentibus. Actes du chapitre de liOl. 



136 



lti:VllE HAB[LLON. 



Milan par l'abbë Yve I du Vergy el auquel assistèrent tous le^ 
prieurs de Lombardie '. Mais on no saumit dire si cet exemple fuW 
suivi ailleurs. Nous somines tlotic en [H'ésence d'un fait isolé. 

On ne peut donner le nom de chapitre à certaines réuniunt^ 
particulières des prieurs d'une province sous la présidence du ■ 
cliambrier, qui avait à leur Ikire des cuimnunications importantes '. 
Les chapitres jtarticuliers des abbayes et prieurés, auxiguels pre- 
naient [larl tous les prieurs de leur dépendance immédiate, étaient 
d'une nature bien différente. 11 est donc permis de dii-e que Cluny 
ne connut pas les chapitres provinciaux. 

Les diètes, que les Clunistes de l'Étroite observance emprun- 
tèrent aux Bénédictins de Saint-Maur, n'avaient rien de commun 
avec ces réunions. Elles se tenaient toutes les années qui nian- 
i|uaient de chapitre général .7„«l à la même date, c'est-à-dire le 
dimanche iubUate, troisième après Pâques. Le vicaire général, 
le procureur, les visiteurs et quelques prieurs désignés jar le 
chapitre composaient cette réunion '. Le cardinal de Bouillon, qui 
la voyait de mauvais œil, essaya de la supprimer. Les religieut en 
appelèrent au conseil du roi, qui leur donna raison jKir un arrêt 
du 30 mars 1703. Ces diètes annuelles furent désormais autorisées. 
Le vicaire général les convoquait au lieu et jour fixés par lui. En 
cas de décès, le premier des visiteurs s'en cliargeait, après avoir 
' S la délégation de l'abhé, qui ne pouvait la lui refuser '. 



t Apud Hediolaoum celebravil 1>, abbas provinriule caiiiiulum ad ijuod 
omnes priores Lonibanliii' coiivenerant. Actes du eh/tpitrt de 1S73. 

^ Quilibet tamerariorum provinciarum infra ununi mensem a die pra.'sen- 
lationis facUc commenli ordinationum coiivocent omnet. priores conventiiiilife 
... immediatos habeanlque eis cammentum et ordinationes pnpdirlas cxpo- 
nere et sub siicillo nuo copiam earum dare. lamen mtHleralis sumplibus el 
expensLs. Actes du chapitre de t39-l. 

^Singulis annis intermediis diietu celelirabilur, <|uain vompunenL H. R, Patres 
regiminis, visitatores et ijualuor superiures a rapilulo général! ilepulaii. 
Actes du chapitre de ICiS. 

* Anno sequenli capilulum, ili^eta eadem die Dominicu Juiilale relebrabitur 
per U. H. Paires regjminïs, visilatores el quosdaiii e numerù superiunnn a 
(lelHiiitoribuH pnecedetilis eapiluli deisigiiunilis, ila ul sinitil septeiiarium 
numerum impleant. Âctet du chapitre de 1663. 

^ » \ artioatié el ordonne que les religieux de ladUle l'troiie observante 
uonlinueront de tenir leurs assemblée» ou dielles annuelles ioierniéditiires 
aux Cliapitres généraux à la maniL-re accoulumée.... Ies<|uet]es dielles seront 
convoquées par le Supérieur vicaire général de l'élroite observance, en la 
qualité de vicaire général du card. de Bouillon, au Jour et dans le monastûre 
(jui seront par ledit Supérieur vicaire général Indiqui's: et, en cas de dévès, 
par le premier Visiteur, lequel Vi.tiieur )>era tenu, audit cas, de prendre St cet 
elTet un mandement dudîl card. de Bouillon. • Arr4( du 30 mort t?OS. 




l'ordre de cllny et son gouvernement. 137 

L'opposition mise par le cardinal à l'exécution de cet arrêt ne 
permit pas d'en profiter. Il fallut attendre Tannée 1711. Le vicaire 
général fut autorisé à désigner lui-même les prieurs cpii compo- 
steraient la prochaine assemblée avec lui et les visiteurs. 

Le chapitre de 1714 choisit le monastère de la Char i té-sur-Loire 

comiiK» lieu ordinaire de ces réunions. Le vicaire général, les deux 

visiteurs et le procureur général en faisaient partie de droit. 

Lt'S prieurs assistants étaient au nombre de quatre. De préférence 

on prenait ceux qui gouvernaient les maisons les plus importantes. 

Ce furent en 1714 et 1738 le prieur claustral de Cluny, les prieurs 

de la Charité, de Saint-Martin-des-Champs et de Souvigny. Si l'un 

de ces quatre venait à êtn^ élu visiteur, il avait j)our le remplacer 

le prieur de Sauxillanges ^.Le vicaire général eut, dans la suite, à 

prendre l'avis des visiteurs pour convoquer une diète, au cas où le 

chapitre général n'aurait pas lieu la troisième année. Ce qui arrivait 

de temj)s (m temps au xvm*' siècle -. Le consentement royal fut 

iMenlôt reconnu nécessaire ^, 

Le jour où l'on ouvrait la diète, le supérieur vicaire général ou, 
'à^ow défaut, h* j)remier visiteur chantait la messe solennelle du 
Saint-Esprit. Les membres de l'assemblée choisissaient ensuite le 
î><'crétaire qui leur convenait *. Ils pouvaient faire les règlements 
W nécessitait le maintien de la discij)line régulière et nommer 
yux charges vacantes par décès ou démission. C'étaient du 
moins les attributions que leur reconnaissait l'arrêt du conseil 



^ ^'Omilia seu, ut vulgo dicuntur, dneta» strictions observanti.np deinceps 
(Hebrabunliir in monasterio B. M. de e.aritate. Diia'aulem habebuntiirlempore 
inlerinecUo inler <'a[nluia generalia; (juaruni priinani indicet capitiilum j^^eiie- 
•"«^'c, altéra m verudiirla praicedens. Proxima verocelebrabitur dominica tertia 
ï^^^ Pascha anni \7\^ haneque tenebiml B. D. superior generalis, duo visi- 
t^lorps, jjrior S. Martini a Campis, prior Sarictorum Pétri et Pauli de Silviniaro; 
^'. siconliji^erit ali(|ueinex designatis [irioribus eli^n in visilatorem, lociim ejus 
^nebji prior Sanctorum Pétri et Pauli de Celsiniis, rum (|uibus aderit procu- 
nilur gênerai is. Actes du chapitre de 1744. 

'^ Dia'iii» annii:r convooabuntur a superiore vicario ^^enerali de <'onsilio et 
i/ssensu visilatorum. Statuts de 1735. 

^ Si ultra Iriennium dilationeni rapituli generalis prolerri coiiligeril, suppli- 
Cithilnr apud Regem christianissiniuin quatenus pro suo in nos lavore su|)erio- 
rum nostrorum di:etam generalem congregandi racultaleiii imperlialur. Actes 
tle la diète de 1746. 

* Die vero qua inchoabitnr dia'ta, «anlabitur |)riinum a convenlu lori niissa 
solenuiis de Spirilu Sancto, H. P. superiore generali aul, si fueril iinpeditus. 
primo visilatore célébrante. Kligaiit patres quem nialueriiil iii scribani seu 
setTelarium di.Tt;e. Statuts de 1717. 



138 RE\TE MABILLON. 

royal ^ Ils eurent aussi le pouvoir de déposer les supérieurs 
reconnus indignes ou incapables et de nommer leurs succes- 
seurs *. Les religieux ainsi élus par la diète ne pouvaient exercer 
leurs fonctions sans avoir demandé à l'abbé une confirmation (|ui 
ne leur était jamais refusée ^. 

M. Bruel donne la liste des diètes réunies de 163o à 4779. Leurs 
actes ont été pour la plupart imprimés K 



^ " Les relij,'icux de l'étroite observance continueront de tenir i\Qs dielles 
annuelles et d'y faire des règlements nécessaires pour la manutention de la 
discipline régulicre seulement. Dans les dieltes. en cas de décès ou de démission 
du Su[>érieur Vicaire général ou autres, il y sera pourvu par élection d'autres 
par les religieux comi)Osant la ditte dieltc en la manière accoutumée, sans 
(|u'il puisse être fait d'autres changements de religieux particuliers que dans 
les cas mentionnés aux chapitres des années 1676, 1678 et 1693. » Arrêt du 
30 mars 1705. 

2 Quod si compertum fuerit in diaHa, priores vel administratores conlra 
canonum sancita et ordinis statuta, siveinspiritualibus sive in temporalibus se 
habuisse, poterunt eos absolvere et aliis in eorum locum subrogare. Statuts 
(le 1717, 

3 Superiores, omnes ofliciarii et religiosi de novo electi per dia'tas aut de 
loco ad locum missi, tanquam superiores se gerere non pra\sumant, antequam 
a HK. DD. abbate institulionem suam acce[)erint, quam tamen institutionem 
neque denegare neque revocare poterit RR. D. abbas juxta anni 170Darrestum. 
Actes du chapitre de i7iH. 

4 Les Chapitres généraux de l'Ordre de Quny. Bibliothèque de l'Kcole i\es 
Chartes. XXXIV, 577s>7». 



LE BRÉVIAIRE DE SAINT-DENIS-EN-FRANCE. 139 



LE BREVIAIRE DE SAINT-DENIS-EN-PRANCE 



Ayant eu entre les mains pendant quelque temps un exemplaire 
do l'unique édition imj)rimé(î du Bréviaire de Saint-Denis, nous 
a^ons pu en faire une rapide analyse; nous voudrions utiliser les 
notes, trop incomplètes à notre gré, (jue nous avons réunies, 
pour feire connaître à nos lecteurs la composition et l'ordonnance 
de ce précieux témoin de la liturgie d*un grand monastère au 
moyen âge. 

Cette étude aura surtout le caractère d'une monographie descrip- 
tive: on n'y cherchera donc pas la solution des questions d'origine, 
ni un tableau général de la liturgie monastique. Nous ferons seule- 
ment, à l'occasion, quelques rapprochements avec d'autres docu- 
ments de la même époques Quant aux différences entre les usages 
d'alors et ceux d'aujourd'hui, nous aurions trop à faire de les 
î'ignaler : elles ressortiront d'ailleurs de notre exposé même, pour 
ceux qui sont déjà quelque peu familiarisés avec la liturgie moderne, 
romaine ou monastique. 

Un travail d'ensemble sur les offices des moines au moyen âge 
ne {murra être entrepris que (piand un grand nombre de documents, 
manuscrits ou imprimés, auront été décrits, analysés et comparés 
méthodi(juement. Le résumé que nous faisons sur Saint-Denis peut 
^'ontribuer de loin à cette œuvre générale. Mais à le prendre en 
lui-même, nous ne le pensons pas dépourvu d'intérêt ni de protit. 
En matière d'archéologie et d'érudition, ce ne sont |)as les vues 
d'ensemble et les généralisations (jui, seules, importent à la science 
^'t captivent les esprits, mais aussi les particularités, les détails, 
'**s menus renseignements, s'ils font pénétrer, comme c\îst ici le 
cas, dans la vie intime d'un groupement social, d'une entité collec- 
^*^'c, dont le rôle a été mêlé si étroitement à l'histoire religieuse et 
nationale. 

Comme presque tous les Bréviaires, manuscrits ou imprimés, 
3^*anl la réforme de saint Pie V, le Bréviaire de Saint-Denis est 
^^sliné à l'usage des religieux qui, absents du chœur, devaient ou 
^'oulaient réciter l'office canonial en union avec leurs frères. C'est 



140 KEVrE MABILLON. 

donc un livre manuel, de petit format, de petits caractères, de te^ 
compact, contenant tout rotïlce en un seul volume, un « totuin 
comme on dit aujourdliui. Un pareil livre n'était pas fait pour ser^ 
au chœur; d'ailleurs à Saint-Denis Toflice devait se réciter el 
chanter tout entier de mémoire; il est probahle cependant que 1 
oraisons et les lettons étaient lues, mais on se servait pour cela ^ 
Colkctaire et du Lectionnaire manuscrits; on n'aurait certes j» 
laissé aux mains d'un moine, au chœur, un petit livre à destinalic 
pers(mnell(*. L'usage d(\s Bréviainîs de grand format, (jui fun^ 
imi)rimés en grand nombre pendant le xvir siècle, et (pii repr* 
duisent toujours la rédaction romano-monastique de Paul V, co: 
respond à une épo(pie où les anti(|ues traditions s'étaient déj 
perdues; on ne chantait plus les matines ni les laudes, (*t on trot 
vait commode, pour la récitation en commun, d'avoir des livres o 
tout l'otfice tût réuni. 

Le Bréviaire de Saint-Denis n'est donc pas destiné à remplace 
les livres de chœur : il ne dispensait même pas celui qui s'en sei 
vait de (pielqu(» exercice de mémoire, car nombre d'antiennes n 
sont indiquées {\my par leurs premiers mots. 

G'(»st un petit volume, composif sui' deux colonnes, en caractère 
gothi(iues très tins mais très nets, sur j)apier mince et souple; ! 
justification totale est de 73 millimètres, la hauteur de 123 mill 
mètres y compris le titre courant, sans les signatures. 

A la fin, selon l'usage du temps, se trouve V Index Chartarun 
à la suite de 1' « Achevé d'imprimer ». Celui-ci est ainsi conçu : 

A(i laudem sanctc et individue Trinitatis, et gloriosissimi Chris 
inartyris Ariopagite Dionysii Gallorum apostoli oxplicit Breviariu 
juxta ritum regalis ejusdem cenobii Christi martyris : nunc primu 
Parisiis accuratissiine impressum iinpensis dicti cenobii in edibi 
Joannis Ainazeur typographi. Aiino Doiiiini millcsinio quingentesin 
quinquagesimo. Die dedma tertia mensis Februarii. 

La division générale du livre est ainsi exprimée |>ar VlmU 
Chartarum : 
1" L(» CabMidrier; 

2" Les Bénédictions avec les iMémoires communes; 
3" Le Psautier; 
4*^ Le Commun des Saints ; 
o" Le Propre du Temps, ou Temj)()ral ; 
6" Le Propre des Saints, ou Sanctoral. 



LE BRÉVIAIRE DE SAINT-I)ENIS-EN-FRANCE. 441 



I^e Ocàlendriei* 

La première page du livre sert de frontispice. On y lit, dans le 
haut : Breviarkjm jixta ritum regalis cenobii Christi martyris 
HioNYSH XI Nc iMiiMAM AcciRATissiME Parisiis Exci sscm, sur quatre 
lignes en caractères gothiques avec (juelques mots en rouge. 

Le reste de la page est occupé |)ar une gravure sur bois repré- 
sentant saint Denis, portant sa tête dans ses mains, et conduit par 
doux anges qui se tiennent à ses côtés. La date MDL (1550) est 
imprimée sous la gravure. 

Avec la pag<* 3 commence le Calendrier ; nous n'ajouterons rien 
ù ce (|ui (îu a déjà été dit dans le numéro précédent ; chaque mois 
i>ecu|)e une page, dont le bas est occupé par un quatrain en hexa- 
niètres sur Thygiène convenable à la saison. 

Ensuite deux pages consacrées au comput; la j)remière donne la 

table (les lettres dominicales et indique Tusage de la tabler (jui 

occupe la seconde page et qui sert à trouvc^r pour cha(|ue année la 

date «les fêtes mobiles. Gendres, Pâques, Ascension, I*entecùt(;, 

Corps (lu Seigneur, le nombre des dimanches, le dernier dimanche 

(l'A vent. 



Bénédiclion» el iSuilVa^es 

f>eijx pages pour les bénédictions des leçons de Matines. On y 
trouve toutes celles qui sont encore en usage et nombre d'autres 
tombées en désuétude, dont ciuelques-unes auraient mérité de 
survivre, telles celles-ci : 

Do sede suîn majestatis l>enedicat nos dextera Dei Patris. 
Immensu Dei pietas nos semper et ubiciue custodiat. 

Quand les leçons du 3*" nocturne étaic^nt d'une homélie sur 
levangih»^ les quati'e bénédictions (''tait»nt : Evangelica lectiOy Verba 
sancti Evangelii, Pei* evangelica dicta, i)i 

tlvanf^licis armis muniat nos eonditor orbis. 



142 URVIE 3IARILL0N. 

Quand les leçons du 3' nocturne étaient d'un sennon ou 
légende, on disait : 

Mundi redemptor sit nobis auxîliator. 

IIlc nos benedirat in terris cujus majestîis fuiget in exeeisis. 

A cunctis mulis imniinentibus cripiat nos omnipotens et mise 
Doniinus. 

Deus misereatur nostri et det nobis suam pacem. 

On voit dans ces Ibrniules la recherche de l'assonance en! 
metrum et le punctum, comme dans le v(»rs léonin. 

Unt* série spéciale était allectét» aux fêtes de la Vierge, quel» 
unes en vers léimins : 

In omni tribulatione et anj^ustia succurrat nobis Vin^o Maiia. 

Oret pro famulis sancta Maria suis. 

Sancta Dei Genitrix sit nobis auxiliatrix. 

Ad gaudia paradisi perdurât nos mater Domini Jesu Chrisli. 

Au bas de la seconde page, vers nuKîmoniques sur la ma 
de conclure les oraisons : 

Per Dominum dicas quando Patrem pre^l>yter oras; 
IVincipio Natum niemorans, dieas Per eumdem ; etc. 

Deux distiques sur les Decem prcecepta legis : 

Vïiwm crede Deum-, nec jures vana per ipsuni. 

Sabbata sanctifiées, et venerare patres. 
.Non sis occisor, fur, raœchus, testis iniquus; 

Alterius nuptani resque c^iveto sua^s. 

Quali'e hexamètres b'onins sur les sept «l'uvres de miséric 
sj)irituelltî : 

(iorripe peccantes ac instnie pnuca scientes; 
Consule non doctis, exora pro tribu latis; 
Conforta in.'estos. porta patiens onerosos; 
OiTensus sponte la*denti conle reniitte. 

SEoriiM'i M i»niNcn»iA ÀNTipiioNAm m. — Initia des antienu(»5 
se disent pour les suffrages ajMvs Laudes et ajirès Vêpres. IVni 



LE BKËYIAIRE l)K SAINT-DENIS-EN-FKANCE. 143 

versets et oraisons, on renvoie à la tin du Temporal. Ces suffrages 

se taisaient en l'honneur de la Trinité, de la Croix, de ta Vierge, 

do saint Denis, de saint Benoît, de saint Louis, et des Reliques. 

L*es antiennes variaient avec tous les jours de la semaine, sauf 

celles de saint Louis et des Reliques, qui étaient les mêmes en 

semaine et le dimanche. Celles des Laudes différaient aussi de 

celles des Vêpres. — Au Temps pascal, il y avait des antiennes 

spécialfîs pour la Croix : Crucem sanctam subiit, à Laudes du 

dimanche; Siarexit Christus, à Laudes de la semaine; Crucifixus 

sufTexUy tous les jours à Vêpres. L'antienne de la Vierge changeait 

aussi pendant l'A vent, et au Tem[)s pascal, aux Vêpres seulement 

du dimanche. Ces sutï^i'ages se récitaient toute l'aimée et même les 

jours de fête, sauf (pielques exceptions, comme pendant les semaines 

(le Pâques et de la Pentecôte. 

Index Psalmorum alphabeticiîs. — En quatre pages, la table 
aiphabétiiiue des psaumes avec leur folio, et celle des cantiques. 
En reni|)lissage, deux hexamètres léonins De modo psallendi : 

(.uni Domino psalles, psallendo tu tria serves; 
Dirige cor tuum, bene profer, respice sensum. 

î*ï"s trois autres : Horœ qualitei' sunt dicendœ : 

Tune orant horae, cum corde canunlur et ore; 
Non vox sed votum, non chordula musica vocum , 
Non damans, sed amans cantat in aure Dei. 

^•^'■HPAKATIONES MisSiE. — Sous cc titre, nous avons ici l'ordinaire 
de la Messe (sauf le Canon) avec des prières préparatoires et des 
actioîis ^\^ grâces. La préparation, que le prêtre faisait étant déjà 
revêtu en partie des ornements sacerdotaux, com|)renait : Veni 
^^^cie Spiritus, Veni Creakn\ avec verset et oraison; le psaume 
J^ica me, suivi de versets et oraisons; l'infusion de l'eau et du 
^'" dans le calice avec la prière : De latere Domini nostri Jesu 
f^f^^isti, etc. 

^ ce moment le prêtre prenait le chasuble et faisait la con- 
fession, puis il montait, à l'autel et lisait l'introït et ce qui suit 
conijne de nos jours. Les textes de l'introït et des autres j)ièces 
P'^^Dres sont pris à la messe votive du Saint-Esprit. 

Li^ïs prières de l'offrande étiiient résumées dans le Suscipe sancia 
^^^^itas, quelque peu différent du Romain; on y faisait mention des 



144 HEVUK MABILLON. 

saints Denis, Kustiqiie, Eleiithère, et de saint Benoît. Le canon est 
entièrement omis; on passe aux prières après la communion, 
compreiïant le Nunc dimiitis, et entre autres formules celle-ci : 

sacrum viaticum, o suavis anima; cibus et refectio; te panem 
salvificum credimus firmissime; ha'c nostra professio; te Virginis 
unioum, Jesu clementissime, da nobis in pra^mium. Amen. 

Puis l'antienne de la communion et les postcommunions. 
La bénédiction est ainsi conçue : 

Adjutorium nostrum, etc. 
Sit nomen Domini, ct(\ 

Uenedic^it nos divina Majeslas et un;i Deitas, Pater t. et Fibus f. t't 
Spiritus t Sanctus. Amen. 

A|)rès l'évangile In prhwipio, une antienne à la Trinité avec 
verset et oraison, et une bénédiction. 

Poui* Taction de grâc(»s (de prœcepto e.r concilio ToletnnOf : 
(piel(|ues versets du Benedicik, le psaïune 150, iV/zm* dimittis. 
des verscîts et orai.sons. Suivtmt d(^ dévotes prièi*t»s, sans doute 
ad libitum, une avant la messe, et trois après, la dernièi*e à la 
sainte Vierge : sacrai issima. 

Nous avons là, sauf quelques détails propres à Saint-Denis, 
l'ordinaire de la messe romano-fraiH;ais(s usitéi» dans l.out(» la 
France piMidant le moyen âge, (*t conservée dans la liturgit» 
dominicaine et dans le diocèse de Lvon. 



Lie Pscàuliei* 

Incm'it psalterum skci ndim isim hecai.is crnobii AHiopAiiiTE nivi 

DiONYSIl IN FhANCIA. 

Une rubrique nous apj)rend d'abord que tous les dimancbt\s à 
Prime on dit les j)saumes Deus in nomine tuo, Beati, In quo 
corrifjit, Rétribue, Adhœsit, kti le symbole de saint Atbanase. 
Le |)saum(» DeuH in nomine est ici un em|)runt au Komain. 
Le symbole Quicumque se récite aussi tous les jours à Prime 
exce|)té pendant la semaine <le Pùqurs. 

Les psaumes se suivt'Ut selon leur ordre num«''rique. De courtes 
rubriques indicpient leur em|)loi à l'oflicr ordinaire du tt^nps, avec 
les initia des antiennes qui hîs accompagnent. 



LE BRÉVIAIRE DE SAINT-DENIS-EN-FRANCE. 145 

Le psaume 94, Venite exultemus, selon la leçon de la Vulgate, 
est à son rang, sans indication. On le passait à l'office férial, mais 
d'après une rubrique qui se trouve après la Trinité, on devait le 
réciter à la place de Tinvitatoire proprement dit à l'office des fériés 
depuis la Trinité jusqu'à la saint Luc. 

La ré|)artition des psaumes entre les fériés et leur partage en 
divisions sont exactement conformes à l'usage actuel. 

A partir du psaume 109, DLvit Dominus, qui ouvre les vêpres 
du dimanche, les antiennes sont au long. 

Avant le psaume 117, Confttemini Domino, il est noté qu'il se 
dit à Prime le jour de Pâques, outre son usage ordinaire aux 
Laudes du dimanche. 

Le psaume 118 et les psaumes graduels sont sans antiennes. 
Nous trouverons celles-ci ailleurs. 

Au psaume 135, Confitemitii Domino, les versets sont privés de 
leur seconde partie : quoniam in œternum,.. qui est la même pour 
tous. Peut-être cette seconde partie était-elle suppléée par la 
répétition de l'antienne, qui se compose des mêmes mots. 

Ensuite les Cantiques, d'abord ceux des Laudes fériales pour 
chaque jour de la semaine avec leurs antiennes, et celui du 
dimanche, Benediciie. Ce sont ceux mêmes dont saint Benoît 
disait : Sicut psallit Ecclesia Romana. 

— Le Te Deum, sous le titre de Laus Angelortun. 

— Les trois Cantiques évangéliques, Benedictus, Magnificat, 
^vnc dimitlis. 

— Le Symbole de saint Athanase (qui se disait tous les jours 
à Prime après les psaumes). 

— Les sept psaumes de la pénitence, indiqués seulement. 

— Les Litanies des Saints, Letania, un peu plus longues que 
celles du Komain actuel. Le nombre des saints invoqués est plus 
grand, mais il y a moins de versets et d'oraisons. 

Le Psautier tel que nous le trouvons à Saint-Denis ne répond 
pas exactement à celui du Bréviaire actuel, ce n'est pas le 
fsalteiium dispositum per hebdomadam cum Ordinario Offieii de 
Tempore. Mais ce système a été d'usage général dans les livres 
liturgiques du moyen âge. 

Ce qui manque à ce Psautier pour en faire l'Ordinaire de l'Office 
^^ Tem|)s est reporté au second dimanche après l'Epiphanie et 
2UX fériés qui suivent. C'est là que nous trouverons les invitatoires, 
antiennes, hymnes, capitules, versets, prières, oraisons de l'oflice 
<lominical et férial pei* annum . 



10 



146 HKVIE MABILLON. 



I^e Oommuii des (Salntis 

Incipit Commune Sanctorum. — La place donnée ici à cette f 
n*est pas conforme à Tusage actuel; à cette époqufi, il n'y avai 
uniformité sur ce point. Dans le Bréviaire de Marmoutie 
Commun dtîs Saints vient (»n dernier lieu, après le Propre 
Saints. 

1. commun des APOTRES. 

In Natali Apostolorum. — Il n*y avait pas d'ofiice pour la ^ 
des apôtres. Aux premières Vêpres, une seule antienne 
psaumes de la férié, le capitule, un grand répons, Tliymne 
seconde hymne Annue Chrisie), le verset, Tanlienne à Magni 
une oraison commune. Pour une fête simple (c'est-à-dire de c 
leçons), un ré[)ons bref au lieu du grand répons. 

Remarquons ici, une fois pour toutes, les différences de 
ordonnance avec Tusage actuel : une seule antienne, au lit? 
(|uatre; les psaumes de la férié au lieu de ceux du dimanclie, ( 
grand répons après le capitule, au lieu du répons bref, du n 
aux fêtes semi-doubles et au-dessus. Aux fêtes senii-doubl( 
au-dessous (douze leçons, trois leçons), les psaumes de la férié 
les antiennes fériales, Totlice ne commençant ciu'au capitule, 
particularités sont de règle à toutes les premières vêpres, 
l'ares exceptions; elles sont conformes aux habitudes d' 
liturgie romano-française et elles ont survécu dans les brévi 
gallicans des xvii* et xvni*' siècles. 

Ce commun ne donne pas de leçons pour les deux prer 
nocturnes, mais seulement pour le troisième. Il en est de n 
pour les autres communs. C'est qu'en ettet, chacjue fête de 
de douze leçons avait une légende propre (jui fournissait les 
premières leçons et quelquefois même aussi les ipiatre demi 
La distribution actuelle en (juatre liîçons d'Écriture, ipiatr 
légende et quatre d'homélie était alors inconnue. L'Écriture i 
lisait qu'aux offices du Temps. Pour le troisième nocturne, 
avons ici trois homélies avec leurs évangiles. 

Nous reproduisons l'hymne Anmœ des premières vêpres. 

Annue Christe seeulorum Domine 
Nobis per hujus tibi chara mérita, 
Ut quae te coram graviter deliquimus, 
Uujus solvantur gloriosis precibus. 



LE BR^^VIAIRE DE SAINT-DENIS-EN-FRANCE. 147 

Salva, Redemptor, plasma tuum nobile, 
Signatum sancto vultus lui lumine, 
Ne lacerari sinas fraude ddemonum. 
Propter quos mortis exsolvisti pretium. 

Noli captivos esse tuos servulos, 
Absolve reos, compeditos érige, 
Et quos cruore redeniisti proprio, 
Hex bone, te<îum fac gaudere perpetim. 

Sit tibi Jesu benedicte Domine, 

Gloria, virtus, honor, et imperium, 

Una cum Pâtre Sanctoque Paraclito, 

Cum quibus régnas Deus ante secula. Amen. 

Aux fêtes de certains apôtres, cette hymne était complétée par 
une ou deux strophes propres de même mètre, qui se mettaient en 
léle, avant la strophe Annue. 

Les antiennes, psaumes et répons des nocturnes diffèrent quel- 
que peu de ceux de nos jours; il en est d(î même pour tous les 
offices du temps (*1 des saints, et nous ne saurions ici relever toutes 
ces différences : autant vaudrait alors transcrire le Bréviaire (*.n 
^lier.Nous signalerons seulement celles qui sont plus notables, et 
parmi les nombreuses pièces tombées en désuétude, nous repro- 
duirons celles qui présentent quelque intérêt, tel le douzième 
ré|K)ns des matines : 

1^. Cives apostolorum et domestici Dei advenerunt hodie portantes 
fisices et illuminantes patriam, dare pacem gentibus et libei*are popu- 
lum Domini. y. Audite preces supplicum, vitae aîtemae poscentes pra?- 
mia, qui fertis in dextris manipules justitia^, quique gaudentcs adve- 
nistis hodie. Portantes. 

A Laudes, cinq antiennes. A Benedictus, trois antiennes au choix : 
TdlUejugum, Vos qui secuti, Vos qui reliqtmilH. 

Aux secondes Vêpres, antienne unique, In patientiu, sur les 
quatre psaumes, Dixit, Lauduie, Credidi, In convertendo. Deux 
antiennes à Magnificat : Estote, Tradent. 

Pour cet office, comme pour tous les autres du Temps et des 

Safnts, les antiennes et les répons, sauf rares exceptions, sont tirés 

dt» rotticîe romain, ou pour mieux dire, du vieux répertoire grégorien. 

Seules quelques fêtes de Saints avaient un office de composition 

postérieure, tels saint Nicolas, saint Denis. Mais le choix et la 



148 HKVI K MAIIII.I..IN. 

distribulîoii des |)ièces grégoriennes différaient alors d'une é^\ 
à une autre, de monastère à monaslère. L'unitti litiii^ique 
monde latin au moyen âge, entre la dilTusion des livres romains 
viii" siècle, et la réforme inspirée prn- le concile de Trente, et 
conçue (f une façon beaucoup moins étroite que de nos jours. Cliaq 
église cathédrale, clia(|ue abbaye indépendante dressait son vsk 
drier à son gré, remplissait les cadres de son office avec les texl 
romains en les disposant comme bon lui semblait, y ajoutant <1 
pièces de facture récente ou locale, choisissant en toute liberté I 
leçons de l'office dans les recueils de légendes et dans les œuvt 
des Pères et des auteurs ecclésiastiques. L'accord se mainteii 
ce{)endant sur les lignes essentielles; ainsi dans tous les calendric 
on retrouvait les grandes fêtes du Temps, celles de la Vierge el il 
Saints consacrées par une coutume universelle; les éghses séc 
lières conservaient le cadre de l'office romain, tandis que 1 
moines restaient fidèles à l'ordonnance indiquée par la Règle 
saint Benoît. La distribution des Livres de l'Écriture, le choix à 
évangiles du Temps, la répartition des « histoires, » c'est-à-dire d 
séries de répons, restaient assez uniformes dans l'ensemble, ma^ 
bien des différences de détail. 

Le Calendrier était complété par les saints qui avaient vécu da 
la r^ion ou qui y étaient déjà honorés depuis longti;'m|is, el ji 
ceux dont on pos.sédait des reliques importantes. Ce double cîira 
tère national et local est très remarquable dans celui de Saint-hpn 
On y trouve beaucoup de noms qui le rattachent étroitement 
l'église de France et en particulier à l'église de Paris. De met 
pour la composition de l'office, les moines se conformaient volo 
tiers, sauf naturellement ce qui leur était prescrit par la Régla, a 
usages en vigueur dans la régioji qu'ils habitaient, et rêciproqucmei 
les cathédrales et collt^iales voisines s'inspirèrent souvent de 
qui se pratiquait dans les monastères voisins. 

Quant aux fêtes de dévotion, qui ont pris une place si importai 
dans la liturgie de nos jours, le Bréviaire de Saint-Denis par 
avoir été très réserve à leur endroit, alors que déjà depuis 
xiv° siècle elles tendaient à passer de la pratique po|)ulaire da 
les cadres officiels de la prière liturgique. La piété des moines 
manifestait d'autre façon, et surtout par l'addition, à l'office can 
nique, d'offices accessoires quotidiens, tels que celui de la Vier| 
celui de tous les Saints, celui des défunts, et par la récitalic 
avant ou après certaines Heures, de séries plus ou moins longu 
de psaumes avec versets et oraisons, ainsi que nous aurons l'oa 
sion de le remarquer au cours de notre étude. 



^ÊÊk 



à 



LE BRÉVFAIRE DE SAINT-DENIS-EN-FRANCE. 149 

Le Commun des Apôtres est suivi d'un supplément pour les 
Évangélistes, selon l'usage français du moyen âge. Cet office se 
confond en grande partie avec celui des Apôtres : il n'a de propre 
que les capitules, un répons et une antienne aux premières Vêpres, 
rinvilaloire, huit répons et une antienne à Matines, l'antienne à 
Benediclus. L'homélie est sur l'évangile Desig^iavit. 

Ces textes propres sont tirés presque tous de la vision d'Ézéchiel. 
Citons l'antienne aux cantiques : 

Sapientiam antiquorum exquisierunt sancti ËvangelistaB, et Prophe- 
tarum dictis narrationem suam confirmaverunt. 



2. COMMUN d'un martyr. 

In Natali unius Martyris, d'abord pour une fête simple, c'est-à- 
dire de 12 leçons du degré inférieur, et aussi sans doute pour les 
rares semi-doubles : en eflTet pour les fêtes doubles et au-dessus, 
ilya, dai)s ce Commun et ceux qui suivent, des propriétés (qu'on 
nous i)ermette ce terme pour désigner dos pièces propres ou spé- 
ciales) qui sont réunies en manière de supplément. 

Aux simples, office presque identique à celui de nos jours, avec 
deux iiomélies et trois évangiles. 

S). 10. Hic est vir qui non est derelictus a Deo in die certaminis 
sui, et ipse conculcavit caput serpentis antiqui : Modo coronatur, quia 
ndeliter vicit in mandatis Domini. }. Iste sanctus pro loge Dei, etc. 

Aux secondes Vêpres antiennes propres (diftérentes de celles des 
Laudes) : Virgam virtutis, Potens in ieira, Collocet euin, Dirupisti. 

In duplici fesio. Les textes propres, de style moins antique 
et pris en dehors de l'Écriture, sont de facture romano-française, 
souvent versifiés et rimes. Ce sont : aux premières Vêpres, une 
Etienne, Ave Martyr; un répons, Miles Christi; une antienne à 
Magnificat, Af ar/.yrZ)^î; à Matines, VinwMioiriijEteimumtrinumque 
flfttm;six répons, l'antienne aux Cantiques; à Laudes, le répons 
bref, Tantienne à Benedictus; aux secondes Vêpres, l'antienne à 
Magnificat. 

A Magnificat. Ave Martyr gloriose, ave sidus jam caeleste decorans 
N. caelum : nos guberna visons humum, quo la^temur triumphantes, to 
patronum vénérantes. 

4. Sancte N. Christi Martyr audi rogantes servulos et impetratam 



'1 



caelitits lu ilefcr indulgeDliani. f. sancle .N. sidus aureum [Ion 
gratia Bervonim gctnitus soliUi suscipe clemeatui. Et impetratam. 

R). Agmina sacra Angolorum, Itetamini pro concive vestro i\. : 
gaudel riiristi F^cleeia féliciter et exultât gaudeoter. t- l^laminl J 
Uoniino et exultate jusU, et gloriamini cum bealo N. De qun. 

A Beiiedictiis. loclyta Christi Hartyris N. viln extat in Ecclesia b 
rum operum fonnai ejus ergo prœconia mente cclebremus devola, 
inlercesBione sancla nostra solvat delicla. 

A Magnilicat. Cultor Del dignlBSime N. lumen Eccloai», nostrona 
proponsiiis liodie aceleruni pro nimio aniore pius apud Deuiu 
ceasor existe. 

Il y a enfin un petit supplL^mcnt pour les fêles de trois lecooi 
qui comporte une antienne à Magnificat aux premiëfes Vêpres, a 
capitule au seeonàjioclurnejste cognovitjustUiam.el uneaulîenÉ 
â Benedictus, Qiiienim voluerii. Des nihriques relatives, il ressa| 
que l'office de trois leçons était organisé comme de nos jours -A 
commence la veille au capilule; fi Matines, psaumes otanliennesd 
la rérie. L(! choix des répons est à noter : le lundi on prend I4 
trois premiers de l'ofJice à douze levons; le mardi les trois suivants 
le mercredi les trois suivants, le vendredi les trois derniers. 0: 
passe le jeudi, parce que les jeudis lilires de douze leçons, on ùisai 
î'olfice votifde saint Denis; le samedi, l'office de Beata, la fête 4 
trois leçons était réduite â mémoire. Rien de marqué pour Ij 
secondes Vêpres, cet otfice se terminant à None. 



3. <:o>lHL'^ DE PLL'siEuns hartihb. 

In Natalj pluh [Monuti Mahtïiiuii. — D'abord l'oflice pour les S 
à douze leçons ; puis pour les fêles à trois leçons. Pour les doubla 
il n'y a de propre que le douzième réjwns bien connu, conatat^ 
marlyrum. A Saint-Denis il n'y avait qu'nne .seule fête de pUisiei 
martyrs qui fût supérieure au simple, c'était celle des saints F 
et Sêbaslien, qui avait d'ailleurs un office presque entièrement prc 

Aux premières Vêpres, à Magnificat, trois antiennes : SancHf^ 
{Idem, Hœe est vera fralernilas, Gaiident in cœlis. 

Quatre évangiles avec quatre homélies : renvoi pour une ciiî 
quième homélie au Commun des Apôli-cs, et sixième évangile san 
homélie. Aux secondes Vêpres, antiennes propn;s; à Magnilical 
deux antiennes; pour les trois leçons, antienne à Benedictus, IsU 
rum est enim. Beaucoup d'antiennes et de répons difTérents ï 




LE BRÉVIAIRE DE SAINT-DENIS-EN-FRANCE. 151 

l'office actuel, mais toujours de facture antique. Pour les cantiques : 
Laverunl stolas suas. 
Los cantiques sont ceux de Toffice des Apôtres. 

K. 10. In circuitu tuo Domine lumen est quod nunquam deficiet, ibi 
constituisti lucidissimas mansiones, ubi requiescunt anima; sancto- 
rum. t. Magnus Dominus et laudabilis nimis, in civitate Dei nostri, in 
monte sancto ejus. Ubi. 

$. 12. veneranda martyrum gloriosa oertamina, qui in suis cor- 
poribus pro ChrLsto immania pertulerunt tormenta ; Fit ideo pcnûpere 
menierunt immarcescibilem ^ternae glorise coronam. ^, Isti sunt qui 
venerunt.... Et ideo. 

A Laudes, Ant. Justonim animée, Justi autem, Tradiderunt, Si eoram 
hominibus, Tanquam aurum. — A Bened., veneranda martyrum. 

Aux II" Vêpres, Ant. Virgam virtutis tuae, Collocet eos, Pretiosa, 
Euntes ibant. — A Magnif. Martyres sancti inter acerrimos dolores, spe 
gaudentes in tribulatione, orabant Dominum et dicebant : Judica 
Domine judicium nostrum, et libéra nos ab homine iniquo et doloso. 
Ou : Sanctum et verum lumen et admirabile, ministrans lucem his 
qui permanserunt in agone certaminis ; récipient ab ipso splendorem 
sempiternum, in quo assidue felices iastantur. 

4. COMMUN d'un confesseur PONTIFE. 

''"^ Natali unîus Confessoris Pontificis. — Office pour les douze 
'*-<;onR. A Magniticat, deux antiennes : Euge serve bone ou Isie e^l 
^n^^ Qfite Deum. A Matines, trois homélies. Aux secondes Vêpres, 
^J^tiennes propres. — Supplément pour les doubles : aux premières 
^'^pres, antienne unique, Ave prœsul ; psaumes de la t'érie. f^. Sajicte 

' Çhristi canfessor; à Matines invitatoire, antienne aux canli(|ues, 
trois répons, puis quatre autres « qui quandoque in festo duplici 
)^^ semiduplici dicuntur »; à Benedictus, Hw fulgens gloriosus; 
^ Magnificat, Gloriosus conf essor Domini N. vitam angelicam. — 
^ ^^tes pour les fêtes de trois leçons. 

A.U second Nocturne, les trois dernières antiennes sont : Lœia- 

^^Ur justus, Beaius quem elegisti, Justus ut palma. 

4. 6. Iste homo ab adolescentia sua partim meruit infirmos curare. 
Dédit illi Dominus claritatem magnam, caecos illuminare et dœmones 
eflugarc. J. Ecce homo sine querela.... 

A Laudes, Ant. Kcce sacerdos magnus, Fidelis servus, Beatus ille 
servus, Sacerdotes Dei, Serve bone. 



IlEVrK ]IABILLO^. 

Hymne : Hujus o Chrifile mentis precamur — Arceas iraiii, inbam 
fevoreni — liratiam pr^slefi veuiamque noliig — Mitis ad ontnes. 

PrîL'be oramus Heus aime rector — Ul fides uostra vitiis resislal -i 
AtquG virtutum studiie ministret — p6i?lore puro. | 

Gloriam Puiri resonemus omnes — Rt tibi Christc cienite supenie -^ 
Guni quibuB Sanctus et Bimul Creator — Spiritus extat. Amen. 

Aux II" Vêpres, Ant. Juravit Uoniinus, Potens in terra, Colloc^ eud 
Dinipisti Domine. 

Aux doubles, fi. lilcce vir prudens qui œdiflcavit doinum suam sapé 
petram, in cujus ore non est inventus dolus : Quia Deua ele^t eum M 
sacerdolem sibi. t- Euce vere Israelila in quo dolus non est. Quia. | 

fi). plene Spiritu Sancto, turlias ejiciens, prostratus adjuugibl 
mortuo, rieat lachrymis solum, votai planctibus CImstum : Cterqia 
consurgit. ille de oraLione. ot puer dn morte, i. >'. manu alleva 
dormientem, luctus vertuntur in gaudium. Llerque. ^^^j 



S. COHHU» D'[J^ CONFESSEUR NON PONTIfE. 



Pour les fêles de douze levons : aux prpmièrcs Vêjin's, â Magni- 
ficat, antienne spéciale |iour les Abbés : 

Saiictissirae oonfeesor Domini, monachorum pater et dux N. Uiier- 
cède pro nostra omniumque salute. 

A Matines, presque tous les testes sont, comme aujourd'hui, pris 
3U Commun des Pootilés, sauf naturellement ceux qui mentionnent 
ia qualité d'évêque. avec quelques répons spéciaux pour les Abbés; 
deux homélies. 

A Laudes, Ant. Jusliim deduxit, Fidelis servus, Bealm iUe 
servtis, Amavil eum. Serve bone. A Bened. Similuho eum. 

Aux Vêpres, mêmes antiennes et psaumes que pour un martyr. 

Quelques indications pour les doubles et les fêtes il trois leçon». 



COUUUN DE PI.UgtEUHS CONFESSEURS. 



Quelques textes propres, presque tous applicabliîs seulement 
à des pontiies. 

%. 19. Sacerdotes Hei benedicite l>eum; Sancli iH humiles corde 
laudate lleum. t- Cantate c\ canticum novum : lienu psallile ei ia 
vociferatione. Sancli 



A 



LE BRÉVIAIRE DE SAINT-DENIS-EN-FRANCE. 153 

A Laudes, Ant. Justoi'um animœ, JuMi autem, Dabo sanctis mets, 
Sacerdotes Dei, Exidlabunt saiicti. A Bened. Sini lumbi vestri. 

A Vêpres, antiennes et psaumes de plusieurs martyrs. — A Magni- 
ficat, Fulgebunljusti. 

6. COMMUN DES VIERGES. 

In xatali unil's Virginis. — Pour les fêtessimples; trois homélies. 

Indications pour les fêtes à 3 leçons. Capitules propres pour les 

Vierges martyres, un capitule pour les saintes Femmes : celles-ci 

n'ont pas de Commun; on renvoie à chaque fête propre; d'ailleurs 

il n'y en a que deux au calendrier, sainte Bathilde, à 3 leçons, et 

sainte Félicité, martyre, réduite à mémoire. 

1" Nocturne, Ant. Ante thorum, Nigra sum, Sicut raalum, Adjuro 
vos, Revertere, Specie tua. 

$. 4. Non eris inter virgines fatuas, dicit Dominus, sed eris inter 
virgines prudentes, acci()ientes oleum laetitia) lampadibus suis : 
Obviantes obviaverunt sponso cum palma virginitatis. J. Venientes 
autem venient cum exultatione, portantes manipulos suos. Obviantes. 

2* Nocturne. Ant. Adjuvabit eam, Veni electa mea, Dignare me, 
Tota pulchra es, quam pulchra est, Haec virgo sancta. 

3* Nocturne. Ant. Inventa, ou Invocavi Dominum, ou Domine Deus. 

%, 10. Audivi vocem de caîlo venientem : occurrite omnes virgines 
sapientissimae : Oleum fécondité in vasibus vestris dum sponsus 
advenerit. ^. Media nocte ... Oleum. 

A Laudes, Ant. Hsec est virgo sapiens et una, Veni sponsa. Hase est 
virgo sapiens quam, Media nocte. Tune surrexerunt. 

Aux Vêpres, Ant. Tune surrexcTunt (unique). A Magnif. Simiie est 
regnum caelorum sagenœ missag.... 

COMMUN DES SAINTS PENDANT LE TEMPS PASCAL. 

indication des pièces propres à dire au Temps pascal, pour les 
.^^^s des martyrs, confesseurs, vierges. Pendant ce temps, les 
*^^'îtatoires, les antiennes de Matines, celle des Laudes (unique), 
®^ Celles des Heures étaient les mêmes à toutes les fêtes des saints 

/les saintes et se référaient au mystère de Pâques, non au saint 
"^^même. Du reste au Propre des Saints, on trouve pour chaque 

^^ tombant au Temps pascal toutes les indications nécessaires. 



lîi-i iiF.vre )iABiu.n[s. 

Le Commun des Saints se termine ici : Finis Gohmunis. Mais 
y a rattaché les divers offices votifs ou accessoires qui se cétébraïi 
3 certains jours ou s'ajoutaient habituellement à l'otfice princip 

D'abord l'offîce votif de saint Denis, qui se (Uisait à trois leço 
le jeudi non empi^ché par une fête à douze leçons. Il commimce 
capitule la veille, t'I possède les secondes vêpres entières. Les lec 
sont empruntés à la fête principale du saint. A Laudes, antien 
unique. Quelques indications pour le temps pascal. 

Puis l'oHice votif de la Sainte Vierge au samedi, égalem* 
à trois leçons, sans vêpres. Indications pour le même oflice a 
différents temps liturgiques. 

En troisième Itou. On-icim Beat.>: MAni.e Vuiginis, ce que na 
appelons maintenant le Petit Ollice; il s'ajoutait à l'otlii'* princî) 
du jour, dans des conditions que le Bréviaii'e n'indique pas, rat 
probablement tous les jours, d'après les usages de l'époque, l 
chœurs tant séculiers que régiiliers du moyen âge s'étaient l^it U 
loi dt^ la récitation quitliilifnin' df ,-'■{ oflice. Le principe de ca 
obligation est encoi'e '■K|iriini> ihnis le Bréviaire romain, comi 
dans le Romano-muniisliqui.'. ri^slrcint d'ailleurs aux jours libi 
de fêtes à neuf ou douze levons; mais même dans ces limites. ï 
a de nos jours désuétude générale. Les Cisterciens et les Ghartre 
sont restés fidèles au Petit Oflice : ces derniers le récitent 
particulier, conformément à leur genre de vie quasi-érémitique; I 
Cisterciens le disent en entier au chœur, tous les jours. 

A Saint-Denis en voici In slruclure générale : A Maunt 
trois psaumes, trois lei;ons avec répons, Te Deum. A Laudt 
une antienne, capitule, etc.; quatre oraisons, mémoii'e de sa 
Michel. A Prime, hymne Veni Creator ; le dimanche, psaumes 
2, 6; en semaine Deus in nomine, Beati, capitule, répons bi 
verset, trois oraisons, la première du Saint-Esprit, la troisiènte 
saint Jean l'Évangéliste; mémoire des Saints, avec trois oraiso) 
— A Tierce, Veni Creator; le dimanche, les psaumes de 
semaine à Tierce du grand oflice; en semaine, Legein pone, comj 
à Tierce du Romain; etc., trois oraisons. — A SeKte.Vcm Créait 
le dimanche, psaumes Ad te levavi, etc.; en semaine, Defecit, et 
trois oraisons, mémoire des Saints avec trois oi-aisons. — A Noi 
Veni, psaumes In converlendo; en semaine. Mirabilia, et 
comme à Sexte. 

A Vêpres, quatre psaumes et une antienne, etc., quatre oraisoi 
mémoire de saint Michel. A Compiles, trois psaumes, antienne, et 
Nmic dimittis, antienne; trois oraisons, mémoire des Saints a.^ 
deux oraisons. — Suivent indications et textes pour le niénieofl 



Ia 




LE BRÉVIAIRE DE SAINT-DENIS-EN-FRANCE. ioo 

en A vent; pour le temps de Noël à la Purification, les antiennes des 
fleures changeaient après la semaine de Noël. 

On voit que cfît office était encore assez long, puis(iu'aux 
Heures on récitait, sauf le dimanche, le psaume 118 entier, et que 
chaque heure comportait de nombreuses orais(ms. Nous ne saurions 
dire d'ailleurs s'il él4iit récité tous les jours, s'il était dit en com- 
munauté ou privément; ce sont là des points sur lesipiels les 
Consueiudines, si souvent citées par Dom Martène, mais ({ui ont 
sans doute disparu, nous renseigneraient; peut-être y a-t-il (*u sur 
ce point des variations dans Tusage au cours des âges. 

Nous sommes réduits à la même incertitude en ce qui concerne 
i'oflice de tous les Saints, qui vient ensuite, sur lequel cepen- 
dant nous avons quelques indications citées par Dom Martène. 
Cet office ne comportait que les premières Vêpres et les Laudes, 
entre lesquelles nous trouvons intercalés les psaumes graduels, 
répartis en trois séries, avec verscîts et oraisons, comme au 
Romain, sauf quelques variantes di^ détail; ces psaumes semblent 
tenir ainsi la place des Matines. 

Aux Vêpres, Ant. In concilio, Ps. Confiteboi*. — Pretiosa, 
Ps. Credidi. — Emîtes ibant, Ps. In converlendo. — Jnsii confite- 
huntur, Ps. Eripe nie (Temps pascal, Sancii lui). Capitule, i$. br. 
Hymne Chrisie Redemplor omnium. A Magnificat, Saneii Dei. 
Prières (10 versets et répons), oraisons. 

A Laudes, Ant. Post parium, Laudemus Dominum. Vos amici 
m^i, béate Dionysi, Omnium Sanct07*um (Temps pascal, Sancti 
€t Justi). Capitule, b^. br. Hymne Jesu Salvator seculi, A Bened. 
Guudete. Oraison. 

Nous ne trouvons pas mention des « psalmi familiares, » qui, 
^Vafirès une très ancienne tradition, se récitaient avant ou après les 
diftVirenles Heures du jour et de la nuit, aux intentions des bien- 
Riîteurs, amis et parents. Ces psaumes sont indiqués dans le 
Bréviaire de Marmoutier, imprimé en lo3o. Mais il no faudrait 
l^as f»n conclure que ces psaumes n'étaient pas récités dans 
^^ royale abbaye : les passages des Consuetudine^y cités par 
^^^>'n Martène nous renseignent à ce sujet, ainsi (pie sur 
^^^ncoup d'autres pratiques dont nous ne trouvons pas trace dans 
le Bréviaire. Ce qui n'a pas lieu d'ailleurs de surprendre : ces 
«liverses prières surérogatoires ne se disaient (lu'en communauté, 
^^ '^e changeant jamais, se récitaient ^Mitièrenient de mémoire : le 
"'^^viaii^e pouvait donc les omettre sans inconvénient. 

^KorrNTiR vEKsicLij puopiui dkendi ante orationes videlicel ad 
^'^rfev, ad Tertiam et ad Vespei'as, Il ne faut pas voii* ici les 



lofi ItF.VI E llAnlU.ON. 

versets qui, à Laudes et à Vêpres, se disent après l'hymne, et a»^' 
Heures après le capitule : ceux-ci sont aux offices du propre ou tJ *i 
commun à leur place, et ils présentent toujours un auta- leste hmjb< 
ceux notés ici. Plusieurs passages, empruntés par Dom Martènes î 
d'anciens us, nous autorisent à penser que ces versets remf>t» 
çaient, à certains jours de fête, les « Preces » qui se disaient st »» 
mêmes Heures les jours ordinaires. Tel ce texte des us de Sai wr* • 
EpvTC : « More soiito dicatur Pater noster, Preces non dicants^ ■ 
sed^. Gaude Maria, vel alius. >< 



OflBvIum Uorunclorum 

L'ollice des Défunts est, â très peu de chose près, ordonné 
composé comme au Koniain . A Vêpres et à Laudes, six oraisou— — 

iNciPiT CouHEHOKATEO MoiiTiTOfliM. 1$. Subvenîte, Kyrie, oraisc^^^— 
hrève : Tibi Domine commendamus;omson prolixe ; Misericordiam 
tuam Domine sancle Pater; ant. Susi'ipiat te Cfirislim, psaume T 
eMtu : oraison ti-ès longue, Omnip. itemp. Deiis qni humano v»rpi/^ 
animam; ant. Chorus Angelvrum, ps. Dilexi, Ad Dominnm cua 
U'ibularer ; oraison, Ùiri vulneris mvitate perculsi : Pa(#r, versets 
oraison, versets. 

Nous ne saurions dire quel était l'emploi de cette commemoralio 
Peut-être lâul-il y voir les prières qui étaient récitées tout de suit^* 
après le trépas. 



Sous ce titre, ([uelques antiennes et répons qui, dans l'annîVRr-' 
saire solennel, étaient substitués à ceux de l'office ordinaire ; 

Répons : Absolve Domine, Manus tu» Domine, (Juomodo cou- 1 

fllotKir tibi. Cognovimiig Domine, Ne tradas Domine, Libéra i 
Domine de morte. Ftogamus te, I>eus alterne, Congre^li suiit. 

R. 3. Uuoraodo ronfttebor tibi Pomine Deus meus, quando veneria 1 
in tiidicium liiuni, quia cor meum niundum non custodivi. anim^ima 
meam in came poaitam coinijulnavi ; pollui tempjiim corporis u 
opère iniiiuilaLis. Precor te Domine antequuni diBcutias me. misereni 
mei. t- tibi sant nusericordi») tua: Domino antiqux et mirabilcs valda,. I 
sicut ne§cienB Fjjlere jurasli David puero in vorilale. Precor .. 
Boli peccavi Domine. Misereri- mei, 






RKÉViAlHE DE SAINT-DEMS-EN-KRANCE. 157 

^. 4. Cognovimus, Domine, quia peccavimus, veniam petimus quam 
non meremur. Manum tuam porrige lapsis, qui latroni confitenti para- 
disi januam aperuisti. f. Vita nostra in dolore suspirat, et in opère non 
emendat ; si expeclas, non corrigimur, et si vindicas non duramur. 
Manum tuam. 

^. 6. Libéra me Domine de morte aetema, etc. >. Lux immarcescibilis, 
eripe me de tenebris, ne cjidam in obscura pœnarum inœndia. Quando. 
}. Vox de caelis : vos mortui qui jacetis in sepulchris, surgite et 
occurite ad judicium Salvatoris. Dum veneris. J. Parce Fili Dei, parce 
quia credo te venturum esse vives et mortuos et seculum judicare. 
Per ignem. 

^. 7. Kogamus te Domine Deus noster, utsuscipias animas nostrorum 
defunctorum, pro quibus sanguinem tuum fudisti : Recordare quia 
pulvis sumus et homo sicut fenum et flos agri. ^. Misericors et mise- 
rator Domine. Recordare. 

S. 9. Congregati sunt Deus, ad devorandum me seductores mei, 
scripta tenentes mala quae gessi; ergo vociferantur, dicentes : Deus 
dereliquit eum, quia non est qui liberet euni; Deus meus, ne elon- 
geris a me; Deus meus, in auxilium meum respice; Deus meus, in 
adjutorium meum intende, h Delicta juventutis meae ne memineris 
Domine, et ne avertas faciem tuam a me; quoniam trit)ulor, velo- 
citer exaudi me Domine. Deus meus. 

A Laudes ^. Tuam Deus piissime Pater deposcimus pietatem, ut eis 
tribuere digncris lucidas et quietas mansiones. f. Miserator et mise- 
ricors humanarum animarum liberator, tuam majestatem supplices 
exoramus. Ut eis. 

A Benedictus. Cognoscimus Domine, etc., ut supra r). 4. 

A Magnificat. Christe precamur, régi condescende nostro : qui tuis 
famulis te coronam prieparas, eum bénigne corona. Tu rex esto ejus, 
(^t tecum eum regnare jugiter dona. 

^**M)t ensuite le Propre du Temps, puis le Propre des Saints, 
qui feront Tobjet des articles suivants. 



158 REVUE MABILI.ON. 



SCRIBES DE CHARTRES 



Depuis le ix^ jusqu'au xv« siècle, il y eut des sanbeSy à Chartres 
comme dans tous les centres d'étude et de vie religieuse. 

Les Bénédictins de Saint-Père, et les Chanoines de Notre-Da 
en particulier, possédaient, avant 1789, une quantité assez impo 
tante de manuscrits. Ces collections sont aujourd'hui conservée 
en grande partie, à la Bibliothèque Municipale (150 manuscrits di 
Saint-Père, 330 du Chapitre de N.-I).). 

En examinant, à ce point de vue, les manuscrits de toute pro 
venance, il a été possible de fixer quelques données sur le 
scribeSj peu ou mal connus. 

Les éléments de ce travail avaient été fournis occasionnellement, 
dès 1890, par MM. Omont, Molinier, Couderc et Coyecque, dans 
les notices descriptives rédigées pour le Catalogue des manuscrits 
de Chartres ^ Restait à grouper les observations ainsi recueillies; 
M. l'abbé Clerval l'avait tenté, en 1895, dans sa thèse sur Les Écoles 
de Chartres du P au XVV' siècle, mais l'ampleur du sujet ne 
[permit à c(ît auteur ni de préciser un point spécial ni de rectitier 
quelques inexactitudes de détail. 

1! est évident que les manuscrits de Saint -Père et de 
Notre-Dame ont des origines très diverses : les uns, émanant 
de véritables professionnels, scribes de Chartres ou d'ailleurs; 
d'autres, achetés en France ou à l'étranger ; les autres sont 
œuvres de copistes de circonstance (novices ou moines, clercs 
ou écolàtres). 

Dans res[)èce, il est donc à peu près impossible d'établir entre 
ces manuscrits un classement rigoureux, par rapport à leur pre- 
mière origine. Raison de plus pour que l'on s'attache à faire avec 
soin le départ entre chacune des dernières provenances. 



^ Catalogue général îles Manuscrits des Bibliothèques publiques de France, 
lonie XI : Chartres. 



f 



SCRIBES DE CHARTRES. 159 

On connaît exactement la composition de la Bibliotlièqxie de 
Saiîtl-Pêre, au : 

xr s., par le manuscrit 78 (t^ 96 v% 97), publié, en 185i, par 
L. Mfklet, dans Bibliothèque de l'École des Charles, 3*^ s., t. V, 
pp. î2l)3-270, et, en 1890, par M. H. Omont, dans Catalogue géné- 
ral — , t. XI, Chartres, pp. xxï-xxiv. 

XIV' s. , en 1372, par le ms. 1036 (1^» 13-17), publié, en 1840, partiel- 
lement par M. M. Cuasles, dans Catalogue de^ Manusciits de 
Chartres, pp. 142-151 , et, en 1890, intégralement par M. H. Omont, 
dans Catalogue général ..., t. XI, Chartres, pp. xxv-xxxvn. 

xYir s., par le ms. 1054 (f' 18). 

xYir s. en 1675, par le ms. 4630 de la Bibliothèque d(^ TArsenal, 
iLe Tonnellier, Catalogua catulogwmm, i^" 16-21). 

xvnr s., en 1733, par le ms. 1148 (f^ 177). 

xvnr s., en 1739, par B. de Montfalcon, Bibliothecu manuscrip- 
ioruvi nova (11, 1243-1247, 1362). 

Kt la Bibliothèque du Chapitre N.-D., au : 

xvi<^ s., par le volume 673 de la collection Dupuy, de la Bibliothèque 
^'«tionale(*»»53, 133-138 [notes de P.Pmior, en 1579]; — publié, 
**n p;irtie par Labbe, en 1653, dans Nova Bibliotheca munuscrip- 
loru?n, 53-54, et, en entier, en 1890, par M. H. Omont, dans 
^^Uxlogue général ..., t. XI, Chartre^s, pp. xi-xxi). 

'^^"' s., par le ms. 1054 (IM 17). 

'^^'"" »., en 1675, par le ms. 4630 de la Bibliothèque de TArsenal 
'^-*'- Tonnellier, Catalogus catalogorum, i^' 224-234). 

''''"''" s., en 1752, par le ms. 1171, H (t^ 46). 

^^Si dans le but de coordonner les points ac(|uis que j'ai entre- 
pris i^f^^^^^ ^^j^,^.^ 






*^^*>l)ayede Saint-Père fut restaurée, au x* siècle, par une colonie 
*^^ ^^Migieux, venus de Fleury ou Saint-Benoît-sur-Loire ; ces niointîs 
^PPortaient avec eux une règle et des traditions, susceptibles de 
tornier des scribes. 



De fait, une notice, placée en tète d'un Catalogue des miumsmta 
de Saiiit-I'èrc Jiu ïivs. (nis. 1036. (*" 13-17), indique 1res Detteniea». 
qu'aM XW s. des livres furent achetés et d'autres copiés dans L^ 
monastère. On lit, après une glose sur le passade de S. Maltliieu ; 
u Omnis scriba doctus ... », ces mois : « ... talium ei^o iilirorimn 
copiani nobis attendentes esse necessariani, oliin, boue luemoric 
sancteijne recordatinnis. veneraliiles abliate.s, patres et domipi,EB« 
etiam Ti-itres, hojus monaslerii, predecessm-es noslri, nomull*^ 
preserlini in Sacra Pagina, libros sa-ipserunt atque commet 
feceitint alque iKJsteris rralrilius profiituros .... » — Allusion est 
laite ensuite 'a la cbarte ' jiar laquelle l'abbi? Eudes de Levesvili*' 
(H29-U30) assigna à la bibliotlièque de l'abbaye un budget, con^'"'' 
butinn de tous les prieurés, et décida qu'une rente de 86 90»J^ 
(environ 1000 francs de notre monnaie actuelle) serait affectée ^ 
son entretien : « ... ut larmarius] ... unde libras renovare vetust^^J 



vel velustis superaddere novos. valeat .... d Et l'on ajoute que 



ty^ 



successeur, l'abbé Foucher (1151-1171), qualifié de « scriba doet'^ 
simus n, ne fut pas moins zélé. « qumnplures lieras, alios quid*^ 
novos. fecU seribi, allos veleres, innovari .... » — Les arma^ 
ou hibliothécaires de l'abltaye. au xir' s., nous sont connus par * 
Cartulaire : vers 1130-1150, on trouve le nom de Bernar*^ 
vers 1176. Yves; vers IIRO. Etienne. 

Ces scribes, et quelques autres, ont laissé des suscriptions sr * 
plusieurs manuscrits de Saint-l'ère : 

IX' s., tns. 9, Paiiti Orosii hisloriarum libri lU-Vtl, P' sa v". ^H 
IX' S-, ms. 63 [Pastoral de S. Grégoire], f' 109 v. ^H 

K'-\' s., ms. 21, Cassiani coUatione-s Palrum .... V' 108 v°. ^^ 
fin du IX' s., ms. 109. S. Augustini Optiscula, 1* 73 v. [M. L. Merlet ^ 

a lu l'obit de « Reinaldus scriba », où l'on ne voit que « ôbji^ 

Rainaldus .... »] 
X" s-, ms. 152, S. Augustini de Trinitale libri AT, t* 173 v. 
x'-xi' s., ms. 29, Libri iosepki. hisloriographi, lotius oi>eris Atiti- 

quitatis Judaice, (" 244 v". 
x'-xi* s-, ms. 78, S. Augustini Opuscula,, P" 96 v. 97. 
x'-xr s., ms. 117, Ilegesippi hisloriarum libri V. (" 137 v 
\i' s., ms. 51. Pauli EpUilolœ .... 1^ 133 v. 
XI' s., ms. 193 [PseudO'Isidorel ..., t^ 18S v. 



t 



I, Cartulaire de Sninl-Pfre, II. | 




*«. 



^ 






.KiHES. 



H*-ïn' 9., TBS. 120 [Evangiles], P" u7 el 137 v. 

iH* s,, ras. 34, Origenis (lominentarius in Epitlolam Pauli ait 

Romattov, f 181. 
m' s., ms, 153, S. Aiigusliiti Opuscula, V" 1" v". 
III' s., ms. lo6, S. AugnsUni OpmctUa, 1*" l"v". 
wv"s.. ms. 233, S- Palei-ii Hùet- XI ExposiUonis veteris ac novi 

Testamenli, ^ 47 v. 
iiv" s., ms. 420. Hagiilionis tierivationes tnajores, ï" 3il9. 
ni-v*' s., ms. 10;i6. Apolhemrius moralis S. Pétri Canxolensis, P' 13. 
IV-"" s., ms. otî9, Brevuiriiim ... S. Peiri Caniotemis, C' 373 v". 
K » I* S., ms. Hits, Dttirnale ... S. Pelri in Valle Carnolensi. 



l^s mentions que roii trouva ont trait : aux scribes e 

l«:;urs bienfaiteurs, au mal d'écrire, à la satisfaction d'avoir Uni. 



Voici ve qu'elles révèlent sur les scribes eux-ménie 
A «:Kuvre de quelques-uns. Il y eut, au : 




iii'-vs.,Dro(jabd 
(ras. 21,^108 v°) 

X* s,, Ahalbërt, qui lit son signe 
Sur une charte de Saint-Père, 
avani 986 (Cartulaire, 1, 73); 



i;« Droardus, quanivis indignus jiecemor, scripsit » 
; v°). 



KXnAHKH» 1 AIIBKP XV 
AMAA 
•frEAIlKllëËP ïti rPA 

BEPTOG 
KHAC AsTeN <I>HNH8 

ME 4>E KHe 
*HNIC ICeA TAOil 
OM MArpJOM . K . 

(ms. 152. P' 173 vM 

. Kobeht; on voit (ms. 29, ]"• 244 v"l un éurivaiii. devant un 
ï"*ï»itre, sur lei^uel est iScrit : « Rothlierlus. n 

^^ nom esl très usité au m' siècle. Le Cartulaire de Saint-Père 
7^ '^^t*? fréciueramenl. au nombre des témoins de chartes de cette 
.'***^Ut'. On le retrouve, toujours en cette qualité, mais avec des 
l' ''tîs différents, dans deux manuscrits : « Kodbertus iniirmarius » 
(ms. js)^ p, 3 ^1^ „ Roiiiertus pellitiarius .. (ms. W, I* 1" r). D'un 




1 liber guinderimus, Teliciier; neo |j 
'"'Um mtiKDum est. — Amalberlus nie fecii. 




•< lilUiiiufi in dero Fulberll, iiomiiie Sigo, 
Aiidreu.' niai)ibus hiec pinxitMiriaceDsis; 
Uet '[uibuB. uniL-a speB niuiidi, requiem puradysi ^I •• 



'-M' S., Vital, cité dans le Cartulaire, I, 63, 172; sur les gardes 
(lu ms. m, il y a des essais de plume, peut-éti-e (Kistérieurs : 
« ego frater uitalis. » 

i'-M' s., GritAt'D, ce nom esl cilt? dans le Cmiulairi-, I. 7li, l-i4 
(avant 986, el avant 1070); 

« Hune offert tibrum ... bene xcriplum 
Oiraldus fi-iUer, fligiat quem Tarkirua aler; 



> NottH (^iljliou L, Hei'lei. ISM), ei r 
■ ÉeoU* de Chartrtt. \\\i. B», 73. 

> Bililioihèqiie de Suitil-tlieniie, m s 

iln\liie >*aiioTiale, ms, lai. HUIT (milic 



' 07 (éililion II. Oniutil, tKOOj. 



a (XI- s.). - M.. Biblio- 



SCRIBES de: CHARTRES. 163 

Extitit hac causa cujus mens oelitus ausa. 
Foitc locus fatus penitus fuit igné crematus, 
A quo discedens, quod cernitur, ac opus edens, 
Cum nionachis |)atris Benedicti scrlbere gj'otis 
Quivity inulta legens, necnon satis optime degens. 
Hoc quicumque vides, qui pura mente renides, 
Ut scriptor pénis ciU'eat, baratrique catenis, 
Tu miserere, libons sibi caro pectore ridens. Amen. » 

(ms. 117, P> 137 v\) 

\u' s., frère Adam, qui était un véritable calligraphe : « Dominus 
Fulcherius abbas Tecit [abl)é de 1151 à 1174], frater Adam 
.subscripsit. » (mss. 15o, lo6, P»* l'»*".) 
XV' s., frère Gi illaime Le Jolis, probablement clief d'atelier : « Iste 
JîJht seriptus fuit ab Incarnatione Domini millesimo IIII** nona- 
gesimo nono...,et fecil eum scribei'efratef'Guillermus Le Jolis. » 
<m. 569, f. 373 v^) 
itvir s., un diurnal (ms. 593) fut écrit aux frais de l'abbaye. 

A côté des scribes, il y avait leurs bienfaiteurs, ceux que nous 
lualitierions aujourd'hui d'éditeurs, au : 

x**-\^ s., le scribe Drouard nomme un certain Hugues : 

« Dicere plus, fecisse minus, taxatur honestum. 
Plus fecisse, sed dicere, pulchrius extat. 
Mater, ut aima rogas, ut tu, germane, [)recaris 
Annuo, meque, mea victus pietate, remitto. 
Ni cunctos homines mortis lex una teneret, 
Indignum I lierai te, pater Hugo, niori : 
Kuphonus est asinus, nec dignus ab ordine sacro 
Suspendi, talem Dominus cui contulit àvUnw ! » 

(ms. 21, 1^ 108 vM 

tir s., un scribe anonyme dédie son travail, en ces termes, à 
un nommé Oger : 

« Incipit hic pastus; liber est féliciter actus. 
Ogeri, salve, îfwnacfwrnm flos, pater i[)se, 
Moribus omatus, supplex, humilisque, pudicus ; 
Pignus amatifi habe, qui semper erit sine labe. 
Sic reliqui valeant, ut cœli cardine vivant. » 

(ms. 54, 1M81.) 




loi KKYdË MABILLON. 

Là OÙ ils sont intarissables, c'est lorsqu'ils racontent le ma 
d'écrire; ils le l'ont en reproduisant les formules suivantes : 

ix*' s., 

« Hls verbis monitus : scriptor vocitatur nomine digno, 
Très digiti scribuiU, totum coiTms laborat. » 

(ms. 9, 1»» 93 \-. 
Quand la page est rugueuse : 

« Pagina multiplici pî'e^ens langore laborat : 
Leditur imprimis vicini robore ligni, 
hist contracta nimis, vetula^que simillima rugis, 
Kespuit incaiistum cretamque de pumice frictuin, 
Vexatur scabie pinguedinis immoderate. » 

(ins. ()o, f" 109 vM 
ou hien, xi*" s., 

(( IIHNNA QUYHÏGHe MÛAÛ A AABÛPll, QÂ BPHC DYFYHY 
l\PlBLNe,eUTUCiîPnLCLABÛPAe,HBQUYNllSCYHS(:PYnnPH 
NHSCYB AABliPAPH '. » (ms. 19:^, 1^' ihCi vM 

et (Micore 

<f Nauta rudis, pelagi ut saivis ereptus ab undis 

In portum vcniens, pectora hcta tenet : 
Sic scriptor fessiis, calamum sub calle laboris 

Deponens, habeat |)ectora ht-t:! quideni. 
nie Deo dicat grates pro sospite vita, 

Proque laboris agat iste sui requie. 
(lliriste, tihi grates, hujus pro fine laboris! >» 

(ms. oi, r* la:^ VM 

xiv s., X.Wpothecarius movalLs... est une copie chartrainc daltM' <!♦• 
13()l>. 13()S, 131)9, 1372, 1373; il contient des rctlexions iW vr 
geiH'e : « Explicit. — Glauslrum noienti mors est, sed vila volcnti. 
— Nota. - Sicnt piscis sine ac|na vivere non potesl, sic nuHia- 
clius siilc clauslro. - L'an MCCCLXVI fut ce tabel prrs<'nl ci mis. 
Priez |)onr celi cpii le tist, qu'il ait l'amour de Jesu Crist » 
(ms. 103(), f^ iO), — et, à la lin (P' 319 v") : 

<c S'en ce livre a rien dit 

Uui soit mal en escrit, 

De ceci ne nous chaille, 

Mes tenu soit le grain et soufflée la paille. » 

1 Penna quiesrit modo a iabore; quod très digili scribunl, lolum corpus 
laboral; et qui nescil scribere, nescit laborare. 



SCRIBES DE CHARTRES. 165 

^A joie d'en finir avec la tâche accablante éclate en ces vers, 
c^vwmo d'ailleurs dans Tinscription d'Amalbert (ms. 152); on 
wlrouve riîxpression de ce sentiment en maint endroit. 

D'autres fois, le scribe esquisse une satire des mœurs contem- 
i)i)raim's ixiv*' s.) : 

« Quant laisseront a estre communément ytieus : 

Les prelaz de Tiglise, uniz et delicieus; 

Princes et nobles, vains fiers ot orgueilleus; 

Juges, vendens justice, corrupz et convoiteus: 

Propriétaires et hors rieule, due religieus; 

Li clers, symoniaux ignorans et chameus; 

Borgeois avers, et pueple, Tun sur l'autre envieus; 

Nouz, qui peu y voion maintenant des deuls yeuls, 

Verron lors vraiement bonne paiz soubz les cieuls. — Amen. » 

« ... hlscript Tan de grâce mil ccclviii *. » 

(ms. 233, P> 47 v».) 

Ou des notes (ms. 420, xiv« s.), sur lui-même (en 1253) : 

M M. C. ter L. adhibe tripliceno, si velis, et cito scribe, 
In sancti festo Benedicti, tu memor esto : 
Momichus in cella fio, quœ dat michi bella, » 

Un autre a ajouté la mention d'un tremblement de terre (en 1312) : 

« Anno milleno treoenteno duodeno 

f)um sol occubuit, terra sonam tremuit. » 

* 
* * 

Les nnnotations des manuscrits du Chapitre de Notre-Dame se 
rêt'èri'nt aux mêmes sujets. On trouve : 

ix*" s., ms. 3, S. Hiei'onymi tractatus in Psalmos, ï^ 230. 

ix*" s., ms. 5, Vitœ Patrnin, auctore S. Hiei'onipno, passlm; en 
plusieurs endroits, on a noté, au xr s., des morceaux à trans- 
crire : « hoc scribe, » « usque hue. » 

ix** s., ms. 53, (hnelia prima Gregorii pape, In exirema parte 
Ezechielis prophetœ, P* 1". 



1 Ce ms. est sur papier, il porte les dates de l3oo, 1358 et 1371. - Vn ms. 
de Florence, de la Bibliothèque Laurenlienne (tin du xin« s.), n'est pas moins 
cruel : 

« Si quis in hac vita vull vivere non sodomila 
Carnoten fugiat, ne de mare femina tiat. » 

(ms. Libri, 1545, f^ 28.) 



\m 



HEVUR KABILLON. 



IX' h. ms. 1 1 1 , .S. llieroni/mi Cnmmentariun in DanieU'm, !*■ 90 v^ 
ix'-x'^ s., ms. 9i, Uaimonis Hallierslatensùt, Commi'Tilarii 

epistolam Paitli aii Romanos, (*■ 127 v". 
X' s., ms. 74, [Ouvrages divers de phtlomphie], !*■ 08. 
xii' s., ms. 160, iVic» de saints], feuillet de gai-de, Un. 
xii" s., ms. 223, Prisciani, S. Thomœ Aquinatis e( inhanim de \ 

S. Amando, Opuscula. P" 29 y. 
XII* s., ms. 500, Legendarium, f* 178 v". 
xii'-xiii' s,, ms. 174. [Évangiles de S. Mattkieti el de S. Lue, »\w 

la glose ordiiiairel, f" 119. 120. P' de giude ilf la lin ; calligi-aiiluf 

italienne. 
xiit* s., ms. lil [Homéliaiiv ; depuis le ii" rtim. après l'ôcl. de In 

Pentecôle], f* I9S \-". 
xrii" s., ms. 170, Pelri Limibardi. Li/>er Sententianim, f^ 221. 
XIII' s., ms. 189, \Conrordaiia- de la Bibh'\. f- 127. 
xiri' s-, ms. 204. Guillelmi l'emlli Trnvtaliii de 17/ viUis, !*■ I9:i. 
xiir-siv s., ms. 150, IrmocenliilV el Honifani VIII, DerreUilex 

cum glosa, f 13 1"; calligr-ipliie ilalienm;. 
xii]'-xiï' s., 268, Spéculum judiciate, a Guillfnno Ihnauli eumpo- 

silmn, f* 474 v. 
xrv" s., ms. 264/1, Heiirici de Segusta. tard. HoslU-nsis. Lerturn in 

l-lll liforos Derrelalium, f' 480. 
xiv's.. ms. "iGii, Spéculum judiciaU-, a Guillelmi' Durnudi eonipo- 

silum, r* 309. 
XVI' s., ms, 270/1. Uislincliones, magislri H. Bohie. super guituiiu' 

tibros Decrelalium, \^ 312; callifjriipliii' italienne. 
XVI' s., ms. 272, Guifimis de Bnysio, Itosanum DecreH, C' 27ii. 
iiv s., ms. 278, Opuscula medica, I" 137. 
XIV* s., ms. 287, Anongmi, C.ommenlarius n super Tegm 

Galieni », f* 78 v°. 
XI v s., ms. 314, [Infortiat Ireeueil rie riroit), avee glose], P- 24 \-; 

calligropliic italienne. 
\i\' s., ms. 391. Apparalus domini Johannis Andrée, super .se.rlo 

libro Decrelalium, P- 107. 
XI v's., ms. 404. Liber ruralium comodorum. a Petrode Cresceneiit, 

civi Bononiensi, coiupilalus, 1" 139 r* i-l \". 
xiv s., ms. 417, Liber Serapionis, aggregatus iu medicinis simpli- 

cibus .... f" 141 V". 
xïV s., ms. 351, Guillelmi Britonis, Summa sii/ier exposiltomiti 

diversorum vocabuloruvi Biblie, f' 210. 
xv s., ms. 343. [Heures, avec calendrier Irançaisj, f* 87 v*. 



i 




SCKIBE.S IIF, r.HAIITIlKS. 167 

Là aus^ les scribes étaient, iiu : 

f s., le clerc DoitArn. au plus tai'd cntn' S3l)-88(l : « Qui lefîis, 
ora pro acriptore Oodaldo clerico, si Domiimm iialwas protec- 
toreni » (ms. 3, 1^ 23(i); le clerc Vivien, Bernadd, Sigerert (essais 
«Jeplutne, ponl-^tre ptistérietirs au ms. SS, t^ 1"). 

■"^vs., Tbukah; « Teutmarus, » (essai de pluiiiB, ms.91,1'' 127 v°). 
Ixii» s., frère Jean d'Avikns; essai de plume : « Kec scripsit frater 
•lohannBS de Ambianis, quein iJeiis ad visinnem perpelue claritatis 
cnucedal pervenirc. de cujiis obitu anime sue cresceret; (sur 
un feuillet de garde, de la lîn du ms. 1f>6, leqttei porte, d'autre 
part, cet ex-libris anltirieur : « ... bcate Marip de Rareto ... »). 




tuilKtnifiï'' iu*ltu ctXLw: ctffXçm-j'j 



r s.. Is»p,nbart; un ëerivain. snus les îniits de S. Mathieu, devant 




i 



1(18 ItKVI'K HABILLO?!. 

un pupitre sur leijiiel on lit : <> Issentiardus me fecit o ims. 'V*VL>, 
r* 178 V); le Cartulaire de Tiron cite le chamhrier Isseinlwir(l«»s 
(I, 71; en 1121). et li; Cartulaire de Moire-Dame Philii'i»"* 
Issenihardi (11. 33; en 1206). — l)ési^ne-I-on plutôt le scril>« 
que l'enlumineiir? 

xiii'-xiv s.. Heanard, son nom se voit en plusieurs eiidro»** 
d'un ms. de l'école italienne, œuvre intéressante au point de v**' 
de la call^-aphie et des miniatures « Ber-nar-dus-o. » (ms. 1& 
t" 4, 13, 14 v°). 

Au xiv s., KoGBH LE NoHMAND ! « Eïplicit liber seciindus, ltt'>' 
dictus sil Deus. Rogerus Normannus fecil islum libnim - 
(ms. 264/1, f 486.) 

XIV' s., le clerc Guillai'iik AvAr ; o ExpHcit ... Deo gratias. Gl' 
lelmus Avau, clericus. Trecorensis dioireais, scripsil isu.^ 
librum, et coinple\il, annn M°CCC°XLIX», VIII' die aiigus- ' 
pontiflcatus Cloinentis pajw VI anno oclavo, indictionc rpcuikT-' 
Finito libro. sit laus et gloria Ghrislo. >• (ms. 266, r° 309.1 

ïiv s.. Gui de Athio : « ... Guido de Atrio ». « Isle liber coiitim 
in se VII" folia, et est Guidonis de Atrio de Busenceyo, qi^ 
scripsît ipsuin lilirum, propria manu sua. i> (ins. 404, f" 139.) 

xiv S-, Alain Jean Gv\ Telent; o ... expitcil ..., et fuit coinplolii?^ 
ex manu Alani Jotiannis Guidonis Telent, anno Domini milesinirv 
tricentesimo Iricesimo nono, die veneris posl festinn Egidiî et 
Lupi. Deo gracias. » (ms. 417, P" 141 \*.) 

XV S.. Piebhe Lonis; « Ces lieures fijrenl achevées de faire par 
Pierre Lorin, escripvain, demouranl à Chartres, le derrenii-r jour 
de juing, l'an de grâce mil IIII" .soixante dix liuil .... » (ras. 3*3, 
1* 87 v°). 

Dans ces nombreux manuscrits, les allusions hux hicnfaîti-urs. 
ou éditeurs, sont plus rares : 
xiir s., on cite le doyen Hccues (120^-12061 : « ... Hugo dr-cane, 

cujus sit. deprecor, exitus almus! « (ms. 141, I** 19S v".l 
xiV s., un nommé Piebhë : 

" Valeat vestra jKitemitaB, quiinlum filaitel 1... 
Sanule Petre, me tibî recomeado. sicut is qui luus est se.rvus spediilis ! » 
mis. 272, 1* 276.) 
xiv s., un anonyme : 

« Dixil qui soripsit : sit ei qui wriliere fo.Hl, 

Laus, honiir in terris, |iosl iiiorlem vila perhennis. » 

(ms. 314, 1*224 V.) 



SCRIBES DE CHARTRES. 169 

\u lieu de la plainte sur le mal d'écrire, le scribe avoue plutôt 
soï\ impuissance à faire mieux : 

x'v^ s., « Explicit. Scriptor scripsisset melius hene, si voluisset ; non 
nielius voluit scribere, nec potuit .... » (ms. 404, ^ 139.) 
Ou bien son espérance du salaire [comme plus haut dans le 
™s. o4 (XII'' s., de S. Père) : « incipit hic pastus, liber est féliciter 
âctus. ))] : 

*"*-xiir s., « precio VIII libr. paris. » (ms. 174, P» de garde, tin.) ^ 
^'"*' s.. K ... Scriptori largam presentis porrige dextram, Hugo 

^ecane » (ms. 141, f» 195 w) 

"^^"•^xiv s., « Hoc scriptum, pro pena da mihi XIII libras parisien- 
sium. » .ms. 268, f> 474 v«.) 

S^s préoccupations deviennent évidemment séculières ; il exprime 
^ joie d*avoir terminé sa tâche, sur un ton tout différent, volontiers 
'^^titieux : 

^*^ ^-, «explicit ..., explicit féliciter. » (ms. 74, P» 68v^) 
^••'* s., « Explicit iste liber, sum quo volo pergere liber .... » 

(ïiis. 141, P>95 v°.) 
^"i* s., « Explicit Summa de viciis. Explicit hic liber, sit scriptor 

orimine liber. Explicit, expliceat, ludere scriptor eat. » (ms. 204, 

t^ 193.) 
^^"" s., .... « Explicit, expliceat, ludere scriptor eat ... anno 

M^CCCC XXI. » (ms. 351, P» 210.) 

Il ajoute presque toujours la pensée ou le mot Deo gratias : 

^ti^ s., ms. 223; xiir s., mss. 176, 189; xiv^ s., mss. 264, 266, 

-Tl>, 272, 278, 287, 391, 417;— et le souhait de la récompense 

^t^i^iielle : ix*" s., ms. 3; xir s.. 166; xM'-xiir s., ins. 174; xin'^ s., 

ïiis. 189; xiv*' s., ms. 272; xv** s., ms. 351. 

L.S liste des scribes connus du Chapitre de N.-D. linit avec 
Pierre Honbron, chanoine du titre de S.-Piat : « Juramenia 
P^'^^^tanda..,; MDCCLXVI. Scripsit Petrus Honbron, ranonicns 
San-Piatîpus » (ms. 1144, xviir s., \^ 2). 

I-€ fonds des Jacobins ou Dominicains de Chartres contient une 
'^gnifique Bible (ms. 385) du xiir s., en dix-neuf volumes; au 



^n rencontre assez fréquemment des mentions de [)Ossesseurs, de prix de 
ven te, ou d'engagement. 



170 RFA'CE MABILLON. 

tome XVI, P» 218 r", on lit : « Expliciunt epistole beati Paiili apos- 
toli, qims scripsit Stephanns de Pertieo », et au v« : « Iste likr 
est Fratriim Predi(*,at()riiin Carnotensiura, quem habuerunl a frali*e 
Bartholoineo, qui fuit Anglicus. » — Ce passage révèle le nom 
d'un scribe, Étiennk du Peuche. 

On y trouve aussi, du : 
XI M'' s., le ms. 207, Sumîtia fratrie Reymiindi [de Pennaforti] d^ 
Penitencia, 1^ 300 v*». Cette Somme a appartenu à Simon A*' 
Senonchrs « de conventu Carnotensi », mort avant 1275. \A^ 
CaUilogu(* de 1840 porte « origine ignorée », celui de 1890 d"*^ 
« Chapitre ». B. de Montfaucon en vit chez les Dominicaii^ ^ 
de Chartres deux exemplaires en 1739 (II, 1364). 

XIV s., le ms. 230, Liber de ofp£io sacerdotis, «jui est daté d^ 241) 
« Iste 1 liber] est scriptus anno Domini millesimo ccc** secundo. >•-** 

* 

Il est possible (|ur l'Ordinaire de S.'Jean-en-VaUée ait été écrii.^ 
sinon composé, par h», chanoine régulier Lubin, dit Aichier^ 
(ins. 330, XIV*' s., p. 350) : « ...Kxplicit Ordinarius Sancti Jolmnniî=- 
in Valle, juxla Carnotum, factus a Leobino, dicto Auchier, c^noinVft 
nostro et presbytero, anno Domini M^CCC^XXX^VI", die sahhal^ 
posl testum sancti Martini hyemalis. » Ce serait un spécimen d»*. — - 
travaux d(* cette abbaye. 

* 

Si^^naloiis, [umv mémoire seulement, toutes les œuvres, aul^ ^- 
j;ra|)lH»s ou copiées, dont les copistes sont connus, surtout -" 
|)arlir du xvi' siècle; rnlin, dautn^s leuvres, de scribes ecclésîî^^" 
li(|n('s ou laï(|ues. dont Toriginr n'a pas toujours été établie. 1^^ 
cI«m'^m's on a, au wii' s. : a ...Livre hisiorial de la Charité ^'' 
TrembUui de Viannte, lequel livre a été escript et laict i^*' 
yV' AnuAnAM Lanoiu, prestre, natif de BrezoUes, l'an 1630 ii'^" 
lloO, t'* 1 1 1>; » — et sur dos modèles d*é(ritures, du xvir s., *' 
lit iins. 021, r. 3i v'M, « ...Scriptor horum elementorum, ponef ^^ 
IVater Yvo Lamontre jubih'us, 1614, » — au xviii* s., Loris Cuoi "^ 
« IjHjica ..., scripta vero a Ludovico Chuët, clerico Carnolor 
et aluinno parvie communitatis San-Sulpitiana?, in colle{ 
Lexova^o, 1748 » uns. 022, 1^' 1"'). Parmi les laïques, on trouvt 
en 1718, Piehue-Claidk Le Fhançois, « ... Phisica ..., scripte ve: 



SCitlRES HE CHAHIBKS. 



171 



te Pelro Claudio Le Fral^•ois, 1718, » (ins. 380, f» 5). — 
1762. Il Logica .... scripta vi'rn ;< J.-F. Aiiubiit, [Parisiensit, 
îg » (riis. (îâi, !>■ 3) '. — fin imti, « Pw'ccjî d'étrilure, AMlèe-s 
connaisseurs, »^t princi paiement à MM. les oHiciers muiii- 
iux de Chartres. — Gentv, maître écrivain nt mathématicien, 
hartres. « !ms, 132ÏV 




•s iloL'umcnts (jue l'im vieiil. de parroiirir siml muets s 
tens le saiptorium et sur les procédés des scriiies. 



« sont lies cultiers de cours. 




nï IIEM'K MAUILM.N. 

Cepiïtidant, les représenliition.s à caractère .symboliqti 
Iréiiiientes ; ainsi l'on voit uti clerc écrivant, pour figui 
Marc (ms. 1211, P* 37 ; xi" s. fonds de Saînl-Ptre) ou saint I 
(ms.SOO.t* 178r;xii's., fonds du Chapilrei, sailli Luc ou s 

Le gesle est encore coiniiass^, dans le ms. 120, injiis ^ 
s'affermit; l'iicrivain so sert d'un calnme et d'un grattoir (ra^ 
àf. même dans le ms. 500. 



Plus rarement, on trouve des représenlalions dlnsctes; i 
Kol)ert (ms. 29. P" 244 v"; xi' s.; fonds de Saint-Pèi 
reinarciuer. Il nous tst montré dans un costume soiaiB 
indique mal un héiiédictin; il tient en main la plui] 
laquelle il est censé avoir écrit sur son manuscrit ; le si 
pupitre ne sont qu'esquissés. 

La Catliédrale de Oiartres en offre plusieurs ly[)es, p 
neuf mille ligui'es peintes ou sculptées, — le portail roy! 




particulièrement sept scrihes, placés au-dessous de eha 
personnages qui expriment des arts libéraux; les mieux CQ 
sont ceux de la Musique l'Pylliagorej, de lu Dialectique |{Al 




SCIUBKS IIK CIIAIllMiS. 173 

r'f In Grammaire (Priscien); on li^s allriliui- ;i lii jireinièn: Tiioilii; 
»lij xir" siècle. 

Ces hommes sont vivants, on senl qu'ils tiennent de la réalilri; 
avec Ifur pupilrc molùlc (scriptwnale), leurs plumes suspendues 
a" t-sktelier. leur galejitarl en corne, ils ont une altitude suggestive; 
ils ixjsognent silencieusement. Uti [teul croire qu'ils sont laïques. 



Ijii des jiliis Itcaiix sinrijucns que l'on 




c'est l'adinii-able has-reiief du 



1 



Ixmvro {xiW s.}. Il vient prohablement des jRcobins de ChartPfs^ 
La Société Ai-chéologiiiue d'Eu re-el- Loir l'a cniiliù, en 1905, à la 
garde de notre Musée national. L'n jeune clerc, plutùt un ange 
(|u'un tiomme, trace en souriant les caractères de la charlt- évan- 
géliqiie. sous la conduite d'un envoyé de Dieu. L'art du smlplfur 
t'.'^l arrivé à son aixigée, en sa présence on oublie l« dur l;itii^ur du 
scrilie f*/H( mscU scribere, nescil laborare ...). 

On voit aussi un sci-ilii\ dans \<- Pays Chartraiu, sur un ))a.<- 
relief, sorte de charte lapidaire, urnHnl le dessus d« ((Ortede cette 
grange qui fut l'église de Mervilliers en BeHuce; il parati de la fin 
ilu XII' siècle. Un excellent moulage, exécuté il y a quelques années, 
est conservé au Musée de la Société Archéologique d'Eure-i-l- 
Ijoir *. Ce scrihe est un moine, le tiularius d'une sdiliaye; il a un 
encrier à deux godets. 



Drigine de cette 
l'oligiei 



. 4lc 



- l8tNI. 



[irii^-Uiiri' ' ' '. ' ' iri-ilik' lies JHCobiiis, [in>i<< - • ■ '■ ~-. . . vri'lii*ulo- 
tiiriue iTl-Liu-i. i-L'.'ii lin iMit-relief eu pierre du Mir -.ii ■ le. ■ '/■/.■.'■., J, 31^ , 
l'offre tut ao'-epliJiî. On j iiuu&ervi< ce baa-ralierau Uui.i^iiiuiiiu|i;4t licChurires, 
Jusqu'en 1903, el su Musée de la Socii^té Archéologique d'ECure^l^xiir, jusqu'en 
lUOS; il est au Louvre, depuis six inoiB; on ea vuil un excelleni moulaite au 
Musée de la Société Archéologique d'Eure-et-L«lr. — L'hlslorien des Jacobin» 
de rhartrea, Nicolas Le Febvre iPrœiltcitlai- Cnmuleut, 1837; pp. im-ti\\. 
a tcxU. i propos de l'évéque Matthieu Des Champs [-1- iSillj : « ... Jacei ...; 
eiiuidem bniina cuprea ... e re^ioue dextra collocata ad gradum iiiaîoris 
allaris, cuni sequenll EpUapliîo, abunde lesluiuni reliqult : ... Iptr /uil 
Cleri gemma, ... ejiis corpus Tcrelru plumbeo condilum quiesTii ... ia 
prediria cr>'ptu .... — lu caleudario (^uuueutus isla habentur : Dtr 31 drrm- 
brii, Mil btme wflnonV MathafUt, quondnm SpUroput Cnntuleiu.. Orttinu 
HottH lélator ft ben^rut tpccialû. • — d'un autre c^ié, un hiiitorieri de 
Chartres. Pinturl (xviii>s.l rapporte ({ue le chœur de» Jacobins était st^iaré île 
la nef par • un jubé de pierre blanche. - On |>eut penser que ce >>as-rclier 
faisiLtt partie du jubf des Jacobins, mais ce qui reste du jubé de ta Cathétlmlc 
dP Chartres ne permet pas d'admeiU*, avec M- Gonse (Let ••hffittirurrr lU* 
Mustfn ... pp. I&MDS), que l'on suit en présence d'un D'ugiuenl de ce dei-nier ; 
rinierprétalion et le grain de lu pii>nx- ^uiii loui dilirTCiil--, 

* Ce bas-relief représenii' rEinr.-iiimr ii-ii.vr.i ri h- \p>i , au prolil d'un 
prieuréde Saint-Georges, duui i . : ■ ■•■ " 'il •elte place â l'ori- 

Rine?on ne le sait ; Mervillii'c-- i ■ ■■!. ,. ■ ■iiMiiun''se d'Orléans, 

•1 éiail |au xiv" el au xvi» h., j L !■!■ ' lii.ii.'-'^i 'II' i j!' Ii.'li.icri: de licaure. 

L'inscription, en relier, semble devoir >:ii'e lue ■linù ; - Henbuudus miles 
michi contullt eius imol ejfaei, d«utfux\ hères, gaxas présentes, ut haturet Une 
carentes; Guilermus siniillter concesaît. [Testes : Chrislus. sacerdos, etj 



SCIUBKS 1)K IIIUIUKKS. 




caKente^ ^ 



scrilies de Clmi'lrws Joui 



On tr-ouvei'n ci-dessous le tahlcaii df! 
s o*>»Ha ont été sauvés de l'oubli ; 

Adam, XII' s.. Saiut-P^ri-. 
AlaÎD-Jean-Gui Telent, xiv s., î* 
Amalbert, x' s., Sainl-Père. 
Auberl (J.-Fr.), 17^2. 
Auchier. v. Lubio dit Aucliier. 
Avau, V. Guillaume Avaii. 
Bernard, Notre-Dame. 



iliC. 'l'une [lorte latérale, on aperçoit un voq. surmonté dii mot » Petrus p, 
' llitÂDU à l'uppurlunjlé île ce témoignaKe ilunible : ■ Anlequiim gallus caniet, 
^gT (M negabis. ■ 




1 

1 






171) KKYIK MABILI.ON. 

JJeiîiard, xiir-xiv*" s., Xotre-Dame. 

Clouët (Louis), 1748. 

Genly, xix* s. j 

Dodaud, ix*' s., Notre-Dame. 

Drouard, ix''-x*' s., Saiiit-Pùre. 

Ktieiine du Perche, xiir s., Dominicains. 

Oiraud, x^'-xr s., Saint-Père. 

(iui de Atrio de lUisenceyo, xn** s., Notre-Dame. 

(luillaume Avau, xiv^ s., Noire-Dame. 

Guillannu^ Le Jolis, xv s., Saint-Père. 

Honbroîi iPiernv», I7()G, Notre-Dame. 

Issenhard, xii" s., Notre-Dame. 

ï.aniunln' (Yves), Uui. 

Laudrv, UuM). 

Lp Fraiirois i Pierre-Claude), 1718. 

Le Jolis, V. Guillaume Le Jolis. 

Le Normand, v. Kop'r Le Normand. 

Luhiii, dit Aueliier, xiv s., Saint-Jean-en-Vallée. 

Loiin, V. Pierre L(»riu. 

Pierre Lorin, \v' s., Notre-Dame. 

Ko^rr Le Nonnand, \iv s., Notre-Dame. 

Si;;(*hrî't, Notre-Dame. 

Tr'ItMit, V. Alain-Jeau-Gui Telent. 

T<Mim;irt, Notre-Dame. 

Vitid, Sîiinl-Pèî'e. 

VivnMi, Nolre-Daiin*. 

Pour se li)riner une u\rr cxaete du savoir et du dejçré d'activité 
dt's scrihrs eharlraius, il sullirait maintenant de groupei* les 
niannserils, |»ar ^vnrrs (i'i'crilures et par orij(in(»s, t*n suivant 
li'S ilunntTs di'S plus ."ineiens ealaloj;u(*s. 

>1. LaN(;i.ois, 

Uibliolliécaiir. 



N'Hiiiiir. We(«iiiat>l-<'hHrIler, rue de Fer. 



j^^m^Trtttniv^^N^S^^^^^^^^^rîôvBMBtt^^fâ^^H 


\ 


ARCHIVES ^H 

DE LA FRANCE MONASTIQUE ■ 

EVUE MABILLON^ 




HOHHAIBE : 

Daui Deme. L<tnlr-e(l« Wiuiy pI Mil dotivi-rnoiiiedi r*mf''j. 177 
Dam Asi)m«H. - l.e lir<*viiiir« ie SaiiH-Oeiiiii-eii-hrain'e ftuil-i. \Wi 
«. (iIi|I.Li>T. 1^ cr-ur if^iiiii' 4r\.ilri.-lii' nt lAWiiiyt ilii Val-de- 






1 


PAKIS \ 

Librairie Veuve Ch POUSS1ELGUE 

16, KUE CABSCI-TE 


\ 



Articles devait paraître im les procbaiDs bdidèids : 

Doui Beuliêrk : CorrespoiHlances Wnédictines. 

iKnii Uesse : 1j?s Béi^dictins de Salnl-Maur imi .•..ii,.._"' ■'- 

Tlioissey. 
1(1. Méliiii^s d'histoire monosUquo. 
L. JÉRÔME : Quelques correspondants bénédictins de la Congré- 

gaiioii de Saint-Vanne. 
Id. Li's duniiers cliapitres ^éiiéraux des Bénédictins d 

Saint-Vanne de 1768 à 1789, 
Hyrvoix de Landosle : Un agent de la Conjir^gation de SaiatJ 

Matir aupi'ès de la Cour de Home, I)oni de VîcJ 
(inni YvKs Laukent : Les réformes iitonastiq)if>s 'le Saint'« 

(j'ermain-des-Prés au xvï" siècle. 
Levillain : Notes sur l'abbaye de Conqnes. 
Martin : Livres lilurgiciues de l'OnJre de (Uutiy. 
Vanel : Baluze, jiMeiir de Taluyei-s. 
Définitions des Chapitres g(?ijéraiix de l'Ordre de Cluny. 
Clironi(]ue bibliographique pour Tannée 1905. 



Tout ce qui concerne la direction de la Itevae Mablllon^ 
doit être adressé au B. F. Dom J.-M. BESSE, Béné^ 
dictin de l'abbaye de Ligue^é, à ChevetogTie, par Leig^non,! 
province de Namur (Belgriquej. 



L'ORDRE DE CLUNY ET SON GOUVERNEMENT 

(Suite) 
III 

E^em visites «les monafilèreiA 

1^ visite des monastères est une inspection laite par un supé- 
rieur légitime et au cours de laiiuelle il s'informe sur l'observation 
des règles et des lois ecclésiastiques, sur Tétai matériel et moral 
des. maisons, donne les avis nécessaires à la correction des abus 
cl au besoin prend des mesures plus graves. Cette ins|)ection est 
Fun des principaux devoirs incombant à tous ceux qui dans TÉglise 
exercent une juridiction. Les abbés (|ui avai(Mit sous leur (ié[)en- 
dance un certain nombre de monastères, étaient obligés, (mi v(m1u 
de leur chaire, de les visitejr. Ce devoir devenait plus pressant 
lorsque l'abbaye mère et ses j)rieurés jouissai(Mit du privilège» dc^ 
l'exemption. L'abbé remplissait alors celte jKirtie de Iîi r()neli(»n 
pastorale dont les évéques se trouvaient disjHmsés par le Saint- 
Siège. C'était le cas dans Tordre de Glun> . 

L'abbé, qui recevait la profession de tous les moines de Tordre, 
a\'ait sur eux tous une autorité directe; h\s supérieurs locaux 
n'étaient que ses délégués. Ce pouvoir devenait pour lui uut» cliarge, 
très lourde, dont il ne |)ouvait s'ac(|uilt(M* raisonnablenieut sans 
visiter ses moines et ses monastèn*s. Ainsi le comprirenl les 
premiers abbés. Mais peu à {)eu Unn'/èle languit, (^t ils renoncèrent 
pratiquement aux visites. Le droit et le devoir ne furent point 
changés par cette négligence fàcbeuse. Tel est, en résumé, le 
langage tenu par Tabbé Henri I lorstpTil ra|)pelle dans ses statuts 
Tobligation de visiter les maisons de Tordn», (pii pèse sur lui et 
ses successeurs '. 



1 Hexhici I Statuta, Bibliotheca Ciuniacnisis, U'ioS-IHHR, 

12 



Nicolas IV avait déjà nnlimné ans abbés de Cluny de ne p<rint 
aliandoiincr cette iMPlie si ira|»firlante île leur fuiiclioii. Iâ.'s détini- 
leurs devaient les reprendre de leur négligence, s'il y avait litfu. 
Le |)ape leur donnait de sages conseils ))our (|ue celle visite ITil 
protilable à l'urdre, sanH èta- onéreuse à ijui i|ue ce soU ' . 

Les monastères situés tn)rs de France êlaienl trop étoigrit^s pour 
(pie l'abbé de Cluny piil les visiter [wrsonnellement. Il déléguait | 
h cet elli't un membre de l'orda. ijui dtvait ttre rec» comme un 
autre liii-intinie. Ceux ipii lui refu'taienl obéissance se voyaient de 
ce l'ait privés de leur tiénétice sds en avaient un, on Ti'apjiés 
d'excommunication. L'abbé, en couis de visite, n'admettait dans 
sa suite que le personnel indispcii^^able pour ne pas i)ii|ioser une 
cliurge trop lourde aux maisons qui le rtcevaient. Il n'acceptait 
aucun présent. U-s clercs ou les serviteurs qui l'accompagna ienl 
pouvaient recevoir des dons, si leur valeur ne dépassait pas 
cin(| sous '. Lopsi|ue l'abbé de Cluny visitait |)ar lui-même ou par 
son délégué queliiue monastère, les visiteurs désignés par ie 
chapitre gônérdl n'avaient pas à y exercer leur fonclion, à moitis 
de circonstances exceiilioniiellement graves '*. 

Au xv[i' sit'eld, le caniîriai Manarin, abbé commendalaire de 
Cluny, iiblint du paju! Alexaudn' VII un bref qui mettait le dmit 
de visite [larini ses préiiigatives (IfioT). Le rardiiial di- Hmiillun en 
reçut un semblalile d'Itmocent XII (llifll) ', 



< Pr.mpimus ut iilibus 01uni»ceaaia sluUeHl. sîcut et |iossibile ruerti, ordi* 
ncm visiUire. Ijuoil xi ilicliis abbas in ejusileiti onlinia visilulione negii^os 
tueril vel reiniwiis, eiini rlelUnitores corrigere tenentur. Dum lofiii sui ordînia 
visitai, ïin< iri,'' .if'i 'i "lirnis in e»t»ensi3, ita iil quoil. omnibus comiiutalis, 
sumnidin .' . . iiMiiiii |);in'uriim diebus sliikuIIs in exiiensi» non 

excédai, n . ■ .,:.iii(> tam i|iseiiu;ini sui fxriiiiiiiit ahoiimi muncrr 

inanus sim^ . . ii'iiinii ' ili' mura seu s|iatio temiHim ordincni <|uo :ibb3sel 

visitaUire.s hnjusKii:i' sisiijiiunisolTinumdebeanl termin3re.fi*i/{«rfer<iL'ot.A>IV 

s Hemiici f Slaludt. au liru cilé. 

i Vjsltali fier ilomiiuni alibatem, se |jer i|isum ublialcm vi&it,-ikis fuisse pole- 
runl respondere. (Jua responsione facU i>U|ier visilatiooe ronendu. debeni 
ïisituloreB cessare. Aetetduekapilre de Ii!i6. Celle prescri|iliOo flil renouvelle 
en 1893 ei IlSK. Les di^liiii leurs de cette deritir^re iinii<^ la c»lllpll^l^r<Mll ptir 
eelle réserve : Msi iules citsus jiosteit émergèrent super quibus îpsï visilaior^ 
esseni merilD consu1en<li. 

* Tibi Carilinati M.i/aritio |>er aiioslolica srripta inandamiis ul. Ennijuuui 
nosier et Sedis Aposlulicu' ilelei^'utus, uimiia el quaTumque itionasieria, [irîo- 
ralus. eonventus. dunios et \ofii |ir.fdiclj ordinis (:iiinîn<utnsis. eoruinqDe supe- 
riores, lijOQBchos et personasin iisdeDidegeiitcsvisiiare. atr tam in eafiiieiiuani 
in menibris corricere el reformiire ac in sintiiiionim vlluiii, mores et disripllnam 
dilijtenlerimiuirere. 




l'ordre de CLUNY et son (GOUVERNEMENT. 179 



Du choix de» visiteurs 

Les chapitres généraux reçurent du Saint-Siège la mission 
d'organiser dans l'ordre de Cluny la visite des monastères et le 
pouvoir de prendre les mesures propres à lui donner toute i'efli- 
cacité possible. Les chapitres et les visites font dès lors partie 
essentielle de l'organisation cluniste. Ils se déveloj)pent simulta- 
nément comme deux institutions se complétant Tune par Tautre. 
Ce droit, conféré aux chapitres généraux sans détruire en principe 
celui de l'abbé, linit dans la pratique par l'absorber, de telle sorte 
que ces deux droits n'en tirent plus qu'un, exercé d'un commun 
accord par l'abbé et les définiteurs. 

C'est Grégoire IX qui dota Cluny de cette institution, empruntée 
comme les chapitres eux-mêmes à l'ordre de Cîleaux (1231) '. 
Nous verrons bientôt ce qu'il tît j)our en assurer le fonctionne- 
ment. Nicolas IV compléta les règlements de son j)rédécesseur. 
Il appartenait aux membres du défmitoire ào nommm* les visiteurs. 
Ceux-ci juraient, la main sur les Évangiles, de remplir au mieux 
celle charge et de se conformer à la loi de Dieu, à la Règle de 
saint Benoît, aux décisions du Siège aj)ost()lique et aux statuts de 
l'ordre. Cela fait, les visiteurs ne pouvaient être dé[)osés et n»m- 
placés, fût-ce même par l'abbé de Cluny, sans un motif très grave, 
indicjué dans les lettres d'institution données aux nouveaux ^. 

1/abbé de Cluny recevait le serment d(»s visit(»urs. Il leur 
remettait les lettres qui les accréditaitmt auprès des monastères 
et le texte des définitions qui intéressaient la province eontiée 
à leurs soins ^. On lui reconnut bientôt 1(*, droit de changer les 



1 lu eo (rapitulo) visilatores per siiijj^uiiis proviiirias onlinenliir, visilalionis 
t"oniia et correclionis modo juxta (4isleiTieiiseni consuetudineni ol)servelis. 
^^iulle de (Grégoire IX, citi'e précédemment. 

2 Statuimus insuper ut in capitulo generaii Ciuniarensi more solilo per 
•J «ftinilores ordinenlur visilatores discret! per sin{,'ulas provincias, qui jurent 
^ «1 sancta Dei Evangelia quod visita lionis ofticium exorcebunt, prout eis fueril 
K-k^ssibile, secundum Deum et B. Benedicli Koj(ulam, ac Sedis Apostolica' et 
Ordinis duniarensis instituta, et (jUii* per eos rorrigi polerunt corrij,'eut. 

Visilatores sic instituti per abhatem vei aiium niutari non possunl nisi ex 

«"iâusi» rationabili et multum urgenli et evideuti, et hoc de cousilio et assensu 

«I icionun dominorum; sed causa ipsa in iillcris visitaloruni cxprinialur. Bulle 

***• Nicolas IV, citée plus haut. Ces prescriptions se retrouvent dans les staluts 

«tcTabbi? Henri, Bibliotheca Clumacensis. 

^ Ordinant defflnitores et pra»cipiunt dislricle quod D. abbas ('iuniaceusis 



180 IIEVLK XAHIIIOS. 

visiteurs, (|iiand bon lui semtilail ', ut de pourvoir an pem|)larcnn*i^' 
d'un visitf^iir défunt *. Lu chois des dëfiiiiteiirs devait se port^^ 
exiilusivement sur des religieux [irésenls au ctiapilre générW' 
Au cas où la nomination d'un ai)seiit leur paratti-ait avai)l»gi!U&*^' 
ils avaient tout d'aliord à solliciter la permission de ral)hi:;. C^^ 
leurtisl expressément enjoint fKir l'alilK^ Hugues dans ses statut* ' 
Que les visiteurs ne (|i]illciil pdlnl le lieu du chapitre général s»** 
avoir en mains leiiis inin^s: i-t, s'ils ne peuvent atlenrlre, qu*' 
s'assurent d'un iness;ij;ei' lidéle qui les leur portera '. 

Il n'est pas permis aux visiteurs d'exercer leur olîice avant d'à v<^ 
prêté serment, tiiute de quoi leurs raiiporls ne trouveraient auc* ■-" 
crédit *. Ceux (|ui n'assistaient |ioint au eliapitrc généra) ou t| *-' 
rahl)é de ('liiny ;fv;iil nnnirnês au lieu et place d'un dépose ou fl'"" 



r jurer entre les mains de l'abbé de Clu i ■ 



défunt, 

si la cliosp élail |iiissilile. Dans le cas contraire, le cliandincr d( ~ 
province un un autre visiteur recevait leur serment '. Les letli"* 
de crédit leur étaient ex{)édiées en temps opportun. Le mè(' 
serment était exigé au xviu" siècle '. 

Les monastères de femmes eurent longtemps pour visiteit 
ceux de leur province. On crut préférallle de leur en donner 



visitutoribus |iroviiicjiinini cleclis per ileSinitorCE ({iiibus ipse t>. iilibiis tleb< 
miltere litl«rus suas |iru visitatiuDis uHlcio excrcendo, mitlat eliutii ileHii 
liones fantas super provinciis in qiiibus fueninl conslituti. Artea du ekapitr"^ 
de i36i. 

1 Deftinilores ordinanl iiuod D. Cluniarensis possit mulai'evisjlalores ei 
(le novo orrtinare, si sibi videbUur exi>e(1ire. Actfi dti cAapilrt de i39S. 

■ AeUt du chapitre dt 1349 

3 Inhibemus (lislrirUus ne dmodo ilelDitilores aliipius »ljsenlet< a rupilnlc:^ 
genenili visitatores nominenl lel disuinant suie nostra ei siificeasoniiii nosiro — 
rum licentiri speciali Ueimiii i 1 titatufa Bibtwtkecrt Clftiinefiui», iSSS. 

* ... non reeedunl Ue Cliuicato i|UOUsque el liabeunt senuni<|iie repuricii* 
liuerns de oftlcio visitationis dul aaliem pru seipsis 
nionachum dimillanl pro hujusmodi litlens reportandis. làid. 

'• Non posaunl pronedere ad offlclum visîtatlonis nun jurali ; alias non adhibe^ 
retur ndes relalionibus eorum. JoAKNrs III Slatuta. Btbliotheea CIkhim.. tSOS. 

' Absentes in capitula qui non priesliterunl jurumenlum debenl jirj^lar^ 
illud, anteijuam incipiaoi vîsiiare, D. ;ibbali et in ejiis iibsentia eumerBrii» 
provinciaruni. liid. — Deffînitiiit defflnilores si qui ipsorum in Cliinkiio non 
jiiraverint, ul moris est. aller ab altero, antei|uain vîsilaliouis offlrium inchO' 
etiir, de dicto offlclo lldeliier exequendo reclpial sa crame nlum, Aetet du cita- 
pitre de 13ie . 

"< VisiLalnres eletUi corum deHIniloribuK jurent au suncla Dei Evanin^lla t\utH\ 
visitationis ulficium cuercebutil secundiim Denin, H. Renedicti Regulunt et 
ordinis slatuta, Slatult de IHl. 



\i 





l/ORDRE DE CLUNY ET SON GOLVEKSKMENT. 181 

particuliers (lo24). Les religieux désignés tous les ans par les 
délinileurs pour remplir cet office obtenaient de Tabbé de Gluny 
une délégation spéciale, en vertu de laquelle ils pouvaient recevoir 
la profession des moniales et exercer dans leur communauté une 
juridiction spirituelle ^ Les choses se passèrent encore ainsi 
à la lin du siècle suivant ^, Un seul toutefois avait la délégation 
spirituelle de Tabbé. 



Visite de Fabbaye de Cluny 

Le monastère de Gluny, qui était le centre de Tordre entier, 
n'appartenait à aucune province. Les visiteurs dont il vient d'être 
question n'avaient point à s'occup(a' de lui. Sa f)rééminence et les 
égards dus à son abbé demandaient un traitement distingué. 
Comme il avait droit à la visite, on désigna pour lui des visiteurs 
spéciaux. Ils étaient au nombre de quatre, deux abbés et deux 
prieurs, choisis par les définiteurs de chacju^ chapitre général. 
Ils se présentaient à Gluny le jour octave de la fête des saints 
apôtres Pierre et Paul, patrons de l'église, et commençaient 
aussitôt leur inspection. Les statuts de l'abbé Hugues V leur 
prescrivent de s'enquérir de la conduite personnelle de l'abbé et 
<le la manière dont il gouverne sa maison, de l'état spirituel et 
temporel de l'abbaye; si quelque chose leur semble défectueux, ils 
ie signalent à l'abbé et aux intéressés, qui ont à tenir compte 
de leurs avis. Les visiteurs rendent compte au prochain chapitre 
général de ce qu'ils ont remarqué ^. 

L'abbé Henri se contenta de reproduire les règlements publiés 



1 Statuimus et ordinamus ul de celero singulis annis per D. D. deflRnilores 
igantur visitatores omnium monasterionim moniaiium ordinis nostri, 

'"ogantes R. D. nostrum abbatem ut dictes générales visitatores moniaiium 
^ligendos vicarios suos in spiritualibus et ad recipiendas professiones 
^î^rumdem, constituere et deputare dignetur. Actes du chapitre du f524. 

2 statuimus ut duo spéciales pro monialibus nominenlur visitatores, 
^liiorum alter ab abbate Cluniacensi litteras vicarialus accipiet, dispensationes 
'^Ciroribus necessarias concessurus. Actes du chapitre de 1685. 

3 ... lum de persona ipsius domni abbatis Cluniacensis ... quam de statu 
^c;clesi:p in spiritualibus et temporalibus et locorum conjacentium diligenter 
^ nquirant, et qua> corrigenda fuerint, ad ipsorum consilium corrigantur, et 
^^mnia per eos in generali capitulo annis singulis innotescant, ut per talem 
^' isitaUonem in bono statu (cluniacensis erclesia perseveret. Hitcgnis V 
^^^tatuta. Bibliotheca Cluniacensis, ii34. 



182 KRVUK HARILLON. 

sur ce sujet par Grégoii-t; IX diiiis sa bulle pour la nSfornif' <ie 
Gluny. Cl' p!i(ie allait Jusqu'à autoriser les visiteurs à déposer VaUhé. 
s'il merilail ce chôliment; le coupable n'aurait pu appeler de leur 

seiilencc à une autorité supérieure '. 



Obligtttfona de» vialleurs 

Les visiteui's avaient à prendre très au sérieux la charge qui 
leur était coullée. C'était uon un honneur vain, mais une obédience 
stricte, qu'ils ne pouvaient négliger sans manquer gravement à 
leur vœu d'obéissance. Les dëliniteurs eurent à le leur rappeler 
et, dans la crainte que cela ne l'ùt point suflisant, ils y ajoutèrent 
une menace d'excommunication (1347] *. Des négligences regret- 
tablesétaient alors conslatées. Lesdillicultés inhérentes à la t'oncliun 
elle-même et surttiul les guerres el les désordres qui désolaient 
la France et l'Europe, ne les expliquaient que trop. Les détiniteurs 
devaient réagir; ilp ne manquèrent pas à leur devoir. Ils renou- 
velèrent plusieurs l'ois leurs injoncticms, particulièrement en 1371, 
Rien ne lassait leur volonté de maintenir l'ordre el la disi^ipUne. 

Le tort fait aux monastères par l'oulili des visites les poussa 
à insislci' auprès de l'abbé de Cluny, de son grand-prieur claustral 
et des hauts dignitaires de l'ordre ''. Ils croient mieux contraindre 
les récalcitrants par une amende que par les peines d'ordre 
moral (14S0) *. L'ab.stention des visiteurs provenait qnelqufois d'un 
empêcliement sérieux. Celui qui ne pouvait pas remplir son ofliee 



■ Et si ïbbalis exegerinl tncritti, non solum »il correclionem, verum etlum 
a(t amotionecn ipsius, Cisteruiensis ordinU more serviiEo, »|>|>cllaUone remoU 
prooedant. Bulle Oe Ghëgoire IX lUf'â citée. 

^ Prnraîpiuni deffinilores in virtute sanrUf obedicnlix ei sub pœna escuiii- 
municutionis visilaloribus futur! antii iiuateniis |irovinciBH Jii ipiibus sudI 
deputati dilîgentcr viailenl et referanl referendo. Qiiip ai non fei'.erini, acriier 
puDianlur. Âctet du chapitre de 1374. 

> \la\a ad notiliam defflniloniin pervenit qaoïi ordo nosier pluriiniim, ... in 
pliiribuE loris uollapsiis, quia visiiatores siiip viaitutionis debitum non exe:^ 
cuerunl, deffînlunt defllnllores qiiod D. abbus ciim consiliu suorum prioris 
majoris el prioris dauslmlls et sociorum in ordinc. qui tant auclorliati apos- 
tolica quam eisdcm ex (une pro lune conceduiil i|uum ex sua ordinaria. habeant 
con-igere, iibi el quoties potuerint, visitareet reforniare, elho<-,suinplibusdicli 
ordiniB el locorum ejus viBitandorum. Aeiei du chapitre de H31. 

* .Statuimus el ordinamus ae eliam sub pœna decem libraruni utilîtatibus 
communibus ordinis applicandarum, quRienus visiialores per nos deputali 
teneanluret debeanlvisilare provinciassibi décrétas. Actes du ckapifre de 44SO. 



f 



J 



1 



l/ORDRE DE CUJNY ET SON GOUVERNEMENT. 183 

devait informer de bonne heuro l'abbé de Cluny, ou, en son 
ateence, le grand-prieur ou le prieur claustral, des raisons cpril 
avait et leur demander un successeur '. Le procureur général fut 
chargé de surveiller les visiteurs. Il les rappelait à Tordre s'ils 
n'avaient pas commencé la visite dans les six mois qu\ suivaient leur 
nomination. Il dénonçait leurs négligences au prochain chaj)itre 
général 2. 

La visite des monastères avait lieu annuellement. Les visiteurs 
donnaient à chaque maison le b^mps nécessaire ^. Mais une cou- 
tuinf^ s'établit bientôt, qui tixa la durée de leur séjour dans les 
monastères. Deux journées suHisaient pour les abbayes et les 
prieurés conventuels. Les chapitres généraux les laissèrent libres 
de s'y conformer *. 

I^es religieux de l'ancienne et ceux de la stricte observance 
conservèrent Tusage des visites et voulurent ([u'ou les Ht avec 
soin. Les premiers n'en demandaient (ju'une tous les trois ans, 
c%*.st-à-dire d'un chapitre à un autre "'; les seconds en exigeaient 
il<*u^. Tune entre le chapitre et la prochaines diète et l'autns avant 
lo l\ilur chapitre ®. 

Du nombre des visiteurs. 

Il (allait par j)rovince deux visiteurs, qui n'allaient jamais Tun 
sHMs l'autre. Nous savons comment on remédiait aux empê- 

* Visitaiores nuUo modo debent oniiUere ofticiuni visitationis et, si justani 
«'yiJiiiiiu habeant, debenl bona hora hoc signiîicare apiid riliiniaciiin D. al)bati 
^1' Ni fueril absens, priori majori aul claustrali, ut j>ossiiil uniini subrogare, 
dicto casu. AcUs du chapitre de 1458. 

''ijungenles procuratori generali ordinis ut infra sex menses per suas 
' lera.s commendatitias habeat reddere sollicitos electos visitalores ut suas visi- 
j «orif*^ coinpleant et perHcianl ; ({uodque accusetin proximo capitulo generali 
-/*^ vijiitaiores quos neglexissc cognoverit visitalionem. Acfea du chapitre de 

. *^oierunt visitalores et lenebunlur morari in locis visitandis per lot dies 
i lous erit necesse, secundum eoruni conscienUani et rasuuni exigentiani. 
■ ^^<!'« c^tt chapitre de 1432. 

^icet sit de more quod visitalores, exercendo otiirium visiialionis, non de- 

^'^t. ^^sjje in abbatiis vel in prioratibus conventualibus per unum. ... secundum 

1 *'^ïii exigentiam possunt plus aul minus morari. Actes du chapitre de 17 iH. 

y iîsilaloribus in pr.i'senti capitulo eligendis injiingimus ni sallein inlra 

j ' ^**Xin trium annorum monasleria su;e provincia» visitent. Actes du chapitre 

I 
I "l^so anno quo celebrabilur capitulum générale monasleria incipiani visi- 

^ Ha ut prima visitatio perticialur anle primam dietam: anno proximo ante- 



N 



184 HEVIE «A1IILI.0N. 

clnniniiLs iiréviis. Mais il en pouvait survenir d'inopinë 
g[it'iii('iii Je Cluny et la lenteur des communica tiens ue per- 
melLiiir-nl i>as de recourir ii l'abbé oii à ses prieurs. I^e visiteur 
liiire et le cliamhrier de la proviace se concertaient pour le choix 
d'un second, qui prétait serment en leur présence et rerevalt 
d'eux ses pouvoirs '. Si la mort surprenait l'un des visiteurs dans 
l'exercice de sa charge on même si une maladie le mettait dans 
l'impossibilité d'aller plus loin, le visiteur valide n'avait t|u'à 
attendre. Toute visite laite par un seul était nulle. Les définileurs 
n'acceptaient pas son rjpirort *. Ils pouvaient le renvoyer à l'abbé 
de Cluny, s'il y avait quelque décision à prendre. C'est ce qui 
arriva, eu l'année i:^6(i, au prieur de Grandchanip, qui avait dû 
l^ire seul la visite de sa province ". 

Dans la dernière phase de l'ordre de Cluuy, chaque observance 
eut ses deux Wsiteurs " tenus de visiter conjointement tous Ips 
monastères, en quelque lieu qu'ils soient situés, sans que, i.'[i 
aucun cas, ils puissent l'aire en même tcuips H séiiari'nu'ni l;< 
visite de différents monasières * ». 



D*^ In réception de 



i 



Les visiteurs rencontrèrent fréquemment, chez les supérieurs 
et les moines, une opposition irréductible. Les uns "voulaient (orlà 
montrer leur tendance à s'affranchir de l'autorité de Cluny; les 
autres, ayant conscience du mauvais état de leur maison, refusaient 
une inspection gênante. Ces mauvais exemples sont fréquents; les 



cedente capiliili genemlis célébra ci ou em rursuni omniH mon»sieri:i visilubunl. 
Slaluitde17l7. 

1 Deniniunl defllnilores quoct si alliguando contingul i-usus uliquos |iru <|iii> 
vJBitiitorum aliquem ini])edimecilo leglLimo inipeitiri liquest, nec ad D. ubliaiciii 
Itosfiil conimode haberi rerursiis pra visitalore subrogHtido, tune soi'iiis visii:i- 
loris impedili elcamerarîns [jrovinciie [lersonam idoneaineligani ronronlili^'. 
quie personn' sir im|}edi[a>in visilalioiiisonicio suhrogetur. Attetdu chapitre 
de iSH el Statut* de Jean de Bmtrbov. 

* Cèlera; domua provinciu' non riieruiK nisi |ier unum de visiuilorihus, mortr 
siii ronsDciJ iinpedienie. viailaLc ; unde cum volulalioiii iinius viaitaloris nou 
coQsuevit Kdes adhilieri, igilur super prœmissis ejusdem visilalîunis vuluutio- 
nibus, deMnilores uîhil potueruntordiaarescu dellinire, Jcfai cAfc^pifrrife 

latx. 

» ... vox iiniusvox nuUius, ron possuni delllnilores ali'inid rieffînire sed 
remitlunl ad D. abliaiem iil lanquam de re Bua ordiiiet, proiil sibi videbiiur in 
pRemissis. Acte» du chapitre de 1366. 

* Leilrtt pamiei de t7i9. 



A 



IKIIUE IlE Cl-CNV ET SON éJOUVEKNEMEM. 



185 



visiteurs ne manquent pas de les dénoncer aux délinileurs et 
ceux-ci 3'efforcenl de les ré|iriffler. Les moiuistÉ^res espagnols agis- 
saient avec beaucoup de sans-gêne. Quei(|ui's-uns allèrent jusqu'à 
refuser l'Jiosjiitalité aux visiteurs et à leur suite. On en cile même 
un f|ui smidoya des gens pour les mettre à mort. Heureusement 
c'est un l'ait unique. Ces mauvaises dispositions présage.aient une 
ru pt lire '. 

Les monastères l'raiiçais donnèrent plus d'une fois un exemple 
ntclieux de mutinerie. Ce ne fui |>as général, mais les l'aits cités 
dans les chapitres généraux sont assez nombreux pour que nous 
puissions nous rendre compte des obstacles contre lesquels la 
sage et lorle organisation clunisto se heurta. Le relâchement des 
liens qui rattachaient à la tête les divers groupes sociaux i)»!*»- 
lysuit les moyens d'action que les dëpositairt^s de l'autorité 
avalent en mains. Les papes, les rois de France, les abbés de 
Cluny, souffraient énormément d'un élal de choses et des esprits 
qui devint liincste à l'Église, à la France et a l'ordre monastique. 

Citons quelques-uns de ces faits : s'ils dévoilent des misères 
proibndes, ils témoignent aussi du zèle que l'on mil fi leur trouver 
un remède. C'est l'abbé de Montierneul' qui avait mal reçu les 
visiteurs. Le chapitre général de 1272 chargea l'abbë de Cluny 
île lui faire infliger un juste cliàtiment, alln que dans la suite 
'"hospitalité fût plus convenablement exercée en son monastère. 
*^s moines de Saint-Germain-des-Fossés, prieuré dé|iendant de 
■'ozai, refusèrent de leur donner les choses les plus indispen- 
*^^»les. L'abbé de Cluny fui invité à les punir de telle sorte que 
^® pareils laits ne se présentassent plus (1294). Les visiteurs 
"énoncèrent, en 1297, le prieur de Loulay, qui s'était enfui avec 
moines, dès qu'ils furent arrivés dans le voisinage. Ils trou- 



«i*e|,( ]ps iiorles closes. L'abbé rie Montierneuf eut ordre d'envoyer 

* t>f leur coupable à Cluny, oii il aurait .'i répondre de sa conduite. 

*-•«? prieur de Doméne. qui possédait en même lemps le prieuré 

. ^ Saini-Marlin-de.s-VJgnes, près de Màcon, assistait au chapitre de 

*»0<5 II s',iiait Tort mal conduit a l'égard des visiteurs, lorsqu'ils 

.^Présentèrent au prieuré de Saint-Martin, leur refusant l'hospi- 

ë. de telle sorte qu'ils durent chercher un logement à Mdcon . 

défmiteurs le condamnèrent à leur rembourser ce qu'ils 

it dépensé à l'hôtel et à subir une peine que lui infligerait le 



I -**HiiM/#rM etpagfiùli dr rOrdrr il' riiiny. par l'I. ItimunT 
***-^— w de la Mitaria, XX. .127. 





18(5 REV17E MABIIXON. 

prieur claustral de Cluny. Le chamhrier de la province de Dauphint 
<'t Provence eut à punir les prieurs de Sainl-Pantaléon et d( 
Saint-Germain-du-Port, ({ui avaient mal reçu les visiteurs (i327j 
Le prieur de Grandcliamp eut à répondre d'une faute j^reilU 
(1345). On demandait toujours (jue le châtiment fût (exemplaire 
Les coui)al)les étaient en outre tenus de vcîrser une somme égale 
à celle que leur mauvais vouloir avait fait dépenser inutilement. 

Les plaintes furent assez générales au chapitre de i338. Menu 
(piand les visiteurs étaient reçus, on ne leur faisait pas Taccuei 
respectu(»ux (ît empressé auxquels ils avaient droit. Les prieur: 
n'allaient point à leur rencontre avec toute leur communauté e 
ne l(\s accompagnaient pas au moment du départ. Ils les servaien 
avec une parcimonie peu honorable. Les déluiiteurs hlànïèrent ce: 
procédés mes(|uins et voulurent que ces otîiciiTs fussent traité: 
avec tous les égards fixés |)ar la coutume '. Ces manques d'égard: 
pouvaient quelipKHbis êtn* occasionnés par la surprise; d'une visiti 
inattendue ()()ur le moment. Le moyen d'échapper à cet inconvé 
nient était Tort simpU; : il n'y avait qu'à prévenir le monastère inlé 
resse'î queKpie temps à l'avance. C'est ce que demanda le chapitn 
de 149i -. Nous trouvons j)eu après une décision relative ai 
cérémonial des visites. A l'arrivée des visiteurs, tous h\s religieu: 
de la maison l(»s attendaient en aube à la j)orte de l'église ave* 
l'eau bénite et la croix (1502) ■''. L(^ cha|)itre général de 14C0 aval 
réglé pUis en détail la manière dont se faisait cette réception. L 
prieur, vêtu de la chape, allait processionnellement avec ses moine 
à la rencontre des visiteurs, pendant que les cloches sonnaient ei 
volée. Il recevait à genoux rX plaçait respectueusement sur sa têt 
en signe de soumission It^s lettres de l'abbé <le Cluny. Les visiteur 



I Ad notitiain dcflinilonini pcrvenil ({iiod nonnuUi abbdtos visitaturibus . 
iTverenlias et oxpoiisas solitas el dcccnles, obviain videlicel ocrurrendo i 
advcntu el eos associaiido per se vel par aliuni in exilu de loris, niinim 
raciiinl. dettiniuiit detliiiitores dislricle praripientes quod ipsis visitatoribii 
exhibeanl et facianl revereiilias el expeiisas vsolilas el décentes, el in eanir 
locis et in itinere siio consliiutis hospitalilas non ne^feliir, sed hilariler ei 
liai. Acff's du chapitj'p lU MVil . 

^^ Onlinanius quod ipsi \isilalores balteanl nunliuin ad locum scii ad lor 
per eos visilandiini vel visilanda opporliino tenipore Iransniiltere. ({uatenii 
abbales, priores et decani ab eis visitandi inlersinlel ronipareanl. pneparand 
piM'parent. Actes du. chapitre, de ii9l. 

3 Ordinainiis quod deinceps visilatores in omnibus et sinj^ulis nionasterii 
el prioralibus in albis ruin crure et aqua benedicla in injîre.s.su ecrlesia* ad 
niitli et reeipi debeant. Actes du chapitre d4 150t. 



l'ordre de cu:ny et son gouvernement. 187 

se rendaient alors au chœur, suivis des religieux chantant le Te 
Qeum ou le Veni Creator. Après une allocution faite par l'un 
dVux, ils recevaient, au nom de rabl)é de Cluny, le s(irment de 
tidélilé du prieur et des moines. 

Les monastères qui étaient sur le chemin des visiteurs leur 
devaient une hospitalité honorable, bien que ceux-ci n'eussent pas 
à les inspecter ^ Ce n'est point là qu'ils trouvai(înt les plus grandes 
difficultés. Leur autorité devenait l'objet de contestations aiguës 
dans certaines maisons, où l'on se croyait en droit de ne point la 
reconnaître. On ne se bornait pas alors à récuser les visiteurs, 
on leur fermait la porte, ou si on consentait à les recevoir, 
celait de mauvais cœur et en leur refusant presque le nécessaire. 
Les prieurés nommés mediati, pareil qu'ils dépendaient directe- 
ment d'un monastère de l'ordre autre que Cluny, se trouvaient 
dans ce cas. Les prieurs anglais de la Charité-sur-Loin^ furent 
rappelés à l'ordre en 1349, pour avoir ainsi man(|ué au devoir de 
Hiospiialité -. Ces maisons médiates^ fort nombreuses dans les 
diverses provinces, risquaient fort de iw jamais êtn^ visitées. On 
l^s soumit, malgré leurs résistances, au même droit que les monas- 
l^i*es immédiats "*. Afin d'écarter d'une manière absolue tous les 
prétextes allégués pour récuser les visiteurs, il fut décidé, en 1356, 
<l"'on abrogerait désormais l'exiMiiption admise en faveur de ceux 

*î"' avaient reçu ou qui allaient recevoir la visite de l'abbé de 
Cluny *. 



•^ 'sitaloribus in locis in eorum itiuere silualis, ubi eliam visilare non con- 

^veruni, hospitalitas non denej^eUir. Actes du chapitre de 1324. 

'^'^■oresde Anglia immédiate subjecU priori de (laritate rerusant adminis- 

^ ^xpensas visitatoribus, quare pnpcipiunt deflinitores dioUs prioribus 

' ^^^ lis visitatores de retero bénigne recipianl et eis neoessaria administrent. 

•^^,^* €3iu chapitre du 13 i9. 

•^^-^nnulli abbatcs et priores visitatores ... non admillunt lam(|uam visi- 

^ '^^5* neque eis expensas minislrant, pr.rsertim in locis médiate erclesia* 

' ^'^•î^^'ensi subjectis, pni'tendenles quod hoc facere ronsueverunl vel (|uod 

. ^^^■^l visitati i>er eorum superiores immediatos et sic débet surtlcere una 

^'^'^•-io, pnrcipiuut deffinilores quatenus a cetero accipiant visitatores ..., 

Pcriji^gj. eis ministrent et ordinata primitus. consueludine (juacumque in 

nir^^ rium aUegata non obslimte. Actes du chapitre du 1393. Deffiniunt dettini- 

' ^^uod pnpfecti priores quicumciue sunt ilii mcdiali, recipianl visitatores 

. ^ 'honore et reverentia, et ipsos in his (iu:ï» s|)eclant ad visitalioiiis offîcium 

^ et I flîcQitaie quacumque admillant. Actes du chapitre de 1427. 

'"iores de ordine ad quos visilationis causa visitatores debent accedere, 

*• |cio5^ visitatores tanquam visitiilores et ad visitandum admiltere leneantur, et 

^^> liendia solita ministrare, non obstante si abbas ibidem visitant aut etiam 



nEVIE HARIM.ON. 

Les définiteurs veillaient aussi à r-e que les Rsigences dps visi- 
teurs ne dépassassent pnint certaines limites fixées parlacoulnin*'' 
Le cellérier de Saint-Marlin-des-Cliamps devait leur servir ^" 
rtilectoire du poissnn et un potage. Le service fut fait uni- ann*^ 
hors du rél'ectoire. Les définiteurs rie 1400 déclarèrent (jul' e^^'^ 
officier n'était point tenu à ctiuse pareille '. 



Lep fraie de visite 

Les visiteurs avaient un long voyage â faire pour rempli-^'' 
leur mission. Ils allaient à clifval. A cette éiimiue, un lioinnie^^^ 
occupant une situation ne partait jamais seul, il lui Tallait une suite—- — 
Ceux qui l'accompagnaient avaient aussi leur montun-. La suitt;?^'* 
d'un abl)é ou d'un prieur se composait de quelques serviteurs et 
chapelains ou clercs. Un prieur conventuel se contentait pour lui i-t 
les siens de trois ou quatre ciievaux, à moins qu'il ne Tût à la lèt"' 
(l'un monastëi-e important, comme Saint-Martin de Paris ou la 
Charité-sur- Loire. Son équipage pouvait alors compter de six à 
neuf montures *. 

Le train d'un visiteur n'était ])as au-dessous de celui que con- 
duisait un prieur conventuel, bien qu'il fût expressément recom- 
mandé d'aller avec une suite peu nombreuse. Au moins la visilr 
n'-étail pas un prétexte d'augmenter un cortège ^. 



in proximo ilcbe;<< visitnre, ciirn lia sll Jn ordiiie nuliqucliis observalum. AeUs 
du chapitre de 1386. 

1 Cum miiKiius cellerarius S. Martini de Campjs lenealur solum miiiislrare 
visiutoribus comedentibus in rerectorio, dum visitant, pisces et iiota^um. 61 
anno pm-senti solverel eliam extra rerecloriiim, deHlniuiit ileHlnilores de cou- 
setisu prioris îi. Martini quod îstud non sîl in pni-judicium D. cellerarii et guiKl 
a cetero non lenentur iiliquîd diclis visi tuloribus minislrare extra l'ererlorium. 
Ae(e> du cknpitrede tiOO. 

s Quoniani ex superlliiis equilaturis suinpLus Hunl non iiecessarii. quibus 
domusKravaniurei vanitas enulrilur, singiilis ptioribus ei nobis ipsis. volenies 
aliis forniHin dare, certum evei: lion uni numeruin djximus pni-scnbenidim. 
AbbMs r.luniaccnsis sexitec.im sil eiiuilaturis contenlua; prior de raritale oclo 
vel nuvein; prior S. Martini, sex vel sepiem; priores roiiventualeF. irïbus vel 
i|iii(iiii)r: releri vero minores priores duabus tanlum evecDonibus sint con- 
lenii. Ui'iiONis V Slaluta. BibUothecit Clttnirteetuii. H67. 

^ Preclpimus eisdem visitatoribua i[uod cum moderatis equititluris lempore 
visilalionts inr.edant. tiec propler visilationis olflcliim eis injunclum numeriim 
cquorum et familia' augmenleni nisi urt-ens nécessitas ant evidens uii]itu.'< 
îmminerei. Ibid., 1BS7. 



L*ORDRE DE CUINY ET SON GOUVERNEMENT. 189 

On jHirmettait aux visiteurs la parure ajoutée à la selle du 
cheval, dont usaient les prieurs conventuels ^ 

Les monastères qui les recevaient pourvoyaient à Tentretien 

des hommes et des bétes. Mais ils ne se trouvaient pas à chaciue 

éta|)t\ Lorsqu'ils faisaient défaut, les visiteurs prenaient place, 

comme le commun des voyageurs, dans une hôtellerie et [)ayaient 

leur dépense et celle de leur suite. Les chevaux demandaient à 

être Terrés souvent, cela . augmentait les frais de route. Comment 

couvrir ces dépenses inévitables? L'ordre de Cluny n'avait pas 

constitué une caisse commune qui aurait pu rendre ce service. 

Les visiteurs ne pouvaient s'en charger. Ceux de la province 

•^'Angleterre le tirent à une certaine époque, mais leurs maisons 

•siî virent dans l'impossibilité de continuer. L'abbé de Cluny manda 

Hu prieur d(» Lewes de prélever, sur les prieurés anglais, une 

'^oiiime de trente livres sterling pour la leur remettre 2. Il était 

raisonnable, en effet, de faire peser cette charge sur les monastères 

visités. 

Ces frais de route entraient dans ces choses nécessaires à la 

vi*?, que Grégoire IX et Nicolas IV permettaient aux visittMirs 

d'accepter ^. Ils semblent avoir été gênés en cela par la crainte de 

''ecevoir des présents. Car rien ne pouvait davantage les priver de 

'a considération et de l'indépendance dont ils avaient besoin pour 

'"•^inpljr leur fonction. L'abbé Henri allait juscju'à les excommunier 

^^ «i les menacer de la justice divine s'ils osaient recevoir quehpie 

c/ii>se sous n'importe quel prétexte. Cette prohibition s'étendait à 

'<^>ute leur suite*. Mais, fournies en argent ou en nature, les choses 



Ordinainus quod visitalores ordinis dum erunt in visitando, eliamsi 
P''«Oi-^5 conventuales non sint, cum propter officii Visitation is honoreni, tum 
*^'"^r>tcr ordinis Cluniacensis reverentiam et notiliam, postela uti possint in 
^^it.;ando. Ihid., 1558. 

. . Quia visitatores Angliue sumptus et expensas sibi et suis domibus importa- 

^■^^ fècerunt, oflicium visitationis exercendo, ordinant dcllinitores (|uod 

" ^^Jbas injungat priori Levensi ut dictorum visitatoruni levaniine levet 

^itjras sterlingorum a prioribus provinciip Anglicana* tradendani per euni- 

^ïï> 'Visita tori bus pncdictis. Actes du chapitre de 13/4. 

V'isilatores a personis et locis qu;c visitant. pr.iHer moderatas expensas 
'^^^i Decessarias, recipere nihil omnino pru'suman t. Visitatores exculionlesab 
-T^^i munere manus suas cum paucis equitaturis incedant. Jiulie de 
^^^<iire IX déjà citée, 

lisdem visitatoribus, sociis seu capellanis ac fainilia' eorunideni, sub 

P^^ a excommunication is et sub attestatione divini judicii, pnecipiinus distric- 

^^ ne visitationis lempore recipiant aliquid a personis et locis qu;i^ visitant, 

nUovis exposito colore, exceplismoderatis et necessariis expensis, sed excutiant 

^^^nmi munere manus suas. Henkici Statuta. Bibliotheca Cluniacensis, 4557. 



DEVIE MARILLON. 



nécessaires à la vie restaieiH Uiiijours les mêmes; il n'ya\ail|os 
fi les coiifondre avec Ifs présents corrupururs. 

Les dépenses variaient nécessairement en raison des dislanctsâ 
piirconrir et des conditions éci)nuini(|iics des pays parcourus 
impossible dès lors de Dxer un larif iinilbnDe. Le soin lie la 
réglemenlation l'ut abandonné aux nécessités et à la couliime. I*^ 
détiniteurs se cliargèrent de rappeler à ceux cpii les oublieraieifl 
leurs obligations. L'aiibé de Monlierneuf. devait verser la somme 
de 30 sous (solidi) imur couvrir les Trais de voyage. I,e prieur df 
Sainl-Gelais fut chargé de lui intimer l'ordre de la payer ilîit). 
au cas où il De l'auT-ail point l'ail déjà. 

On tinit par changer ces redevances vagues en une taxe fixn, qui. 
sans gêner les inonaslères. permettait aux visiteurs de ne poini 
grever le budget dft leur maison ; au xiv siècle, ils peiT*vMienI im 
llorin dans les prieurés conventuels et un demi-tlorin dans 1>* 
prieurés simples '. La taxe lut de deux francs pour les abbayes *^ 
prieurés conventuels, et d'un pour les autres, un 1393. Le capitî*^ 
ainsi réuni ne suHisait [Ws. Il l'allul, pour l'année 1399, taxer l*^^ 
prieurs conventuels à deux écus d'or, les semi-con\entuels n'aya' \ 
avec eux que quatre moines, à un, el les autres, à un deini-écu. T^ 
ce n'était pas asseK, les visiteurs avaient la faculté de contracte* 
au nom de l'ordre, un emprunt [louvant aller jusqu'à la somme d * 
cent livres. Les dé|H.'nses de cette année avaient été ejtlraordinaire-s^^^' 
aussi cette taxe n'élail obligatoire que pour 1399. Nous trouvons *^\ 
en 1403 un tarif inférieur à celui de 1393. Les abbés et les prieur;:*''*' 
conventuels ne donnaient ijue un franc et demi, et les autres irr~* •" 
petit florin. On descendit même à un franc pour les premiers et uo"* ■" 
demi-lranc pour les seconds [diSS, HGT). L'ensemble des frai^« '* 
était compris dans celte redevance destinée à payer les fers de^^^^ 
chevaux -. Il l^llul l'élever encore en 1494. I^;s prieurs simplf^ "^^^ 
payëi-ent un écu d'or, les convi^utufls cl les abbés deux '■. Celai' '^^ 
la somme versée en ISSi. ^Ê 



1 



' Pnrcipiunt tllslricte «leHlnilores ordiiiulionem alius Tiiclani sujwr prcuD»^" 
tradcn<la visi lu UiH h us pro rermliira ei|uuriini siiorjm, viileliret qiioil |iriC^ ~ 
nonveriUialis icneliir irailere unuin lloreniim, non rnnvenlualis dimidinr^ 
florenuin Imiiiî iionileris, inviolabiJiier observari |wr uiiines iirovinriHs nmir"^ 
onlinis. Acte* du chapitre de t37t. Il est i|iiestion en t39l il'uii franc |ia^^ 
lirieun.' convenluel et tl'iin denii-rranc par prieuré simple. 

* Il est dil, dans les Aelei du t-hnpitre de ti67. que tel argent est versé - prc^^ 
rerraturis et uliis expensis ". 

3 Statiiiinus i|itu(l visltalorps possiiil a personis ei toris visilutis |>r»'ter'~ 



J 



l/ORDRE DK Cl-INY KT SON GOIVERNEMENT. 191 

Les Clunisles du xvir siècle lurent beaucoup mieux inspirés. 
Ils avaient une caisse de Tordre entre les mains du procureur 
général. Celui-ci couvrait les Irais de la visite K On aima mieux 
dans l:i suite prélever directement sur chaciue monastère visité 
une taxe d(» 30 livres par journée. Les prieurés conventuels n(^ 
giirdaif'nt pas le visiteur plus de trois jours, ce qui faisait une 
somme de 90 livres à payer. Les autres maisons, (jui ne les 
avaient cpi'un jour, versaient 30 livres. L(\s visiteurs avaient de 
quoi se défrayer eux et leur suite ^. Le procureur pouvait user 
cle^s moyens de droit pour contraindre les monastères (|ui ne 
voulaient point s'acquitter de cette charge ^. 

Exercice <le la vlalte 

Les visiteurs portaient avec eux les délinitions du chapitre 
général concernant les monastères de la province (ju*ils allaient 
inspecter, et les définitions plus importantes qui s'adressaient à 
Tordre entitîr. Ils avaient à juger de Tobéissance av(»c laquelle 
supérieurs et moines les mettaient en prati(pie K Les désobéissants 
€;t les ïiégligents étaient par eux punis (»tau b(îsoin dénoncés devant 
les définitenrs du chapitre suivant \ Les règlements émanés du 
îSaint-Siège, les statuts des abbés de Cluny et les observations 
laissées par les visiteurs de Taimée précédente faisaient aven* h's 
tiétinitions l'objet de leur en(iuéte ''. Les administrateurs de cliaciuiî 
maison avaient à leur remettre les livres de comptes ". 



iAliincnt» exigere, videUcet a prioribiis siiiiplicibus ununi, et a convenlualibus 
<]uo sciita auri. iisdem inhibentes ne, aut in peciinia aul ccrUs nnincMibus. 
«4ui<lquani aliud etiam a volentibus dare audeant rccipcrc. Actes du chapitre 
de t494. 

i Les frais des visit'es seront pris sur les frais communs et payés par le pi o- 
<*ureur général. Actes du chapitre de 1650. Renouvelé e^i 170t. 

2 Actes du chapitre de 1678. 

^ Actes du chapitre de 1701. 

* Deffîniunt deffinitores quod amodo visitalores per provincias depiitali 
visitationes et deflflniUones iUius provinciie (piam visitarc tenenUir, se(Him 
r)ortent. Actes du chapitre de I2i3. 

•'» Visitatores debent mquirere ({ualiter hoc observetiir, et nfîj^'lijçeiiles el 
l-ransgressores punire et, si sit necesse, ad capilulum j^eneralc referre. 
<JoAN?îis III Statuta. Bibliotheca Ciumac&>isis. 

fi Ibid. 

" Pra»cipiunt deffinitores visitatoribiis quod injunj^ant et pra»cipiaiit in virtule 
ï^ncta* ol>edienliie administratoribus quod slalum lenqioralilaUs dicUi' domus 
»Ns tradanl in scriplis. Actes du chapitre de 13 i9. 



192 IteVUE MABII,I.ON. 

Dans le but de r'aciliter celle ins[>uction, l'abliê Henri I a tracé 
aux visiteurs un programme très net; ils n'avaient qu'il le suivre 
pour sf; ISire une idée exacte de ce que i>ouvaient être un monastère 
et SL'S liabîtanls. Nous allons le reproduire, el. pour le rendre avec 
toute sa précision, lui donner ta forme d'un questionnaire '. 

Comment se célèbre l'office divin de jour et de nuit? Quel est le 
nombre des messes? Combien y a-t-il de moines dans chaque 
maison* parmi eux, combien de pi-étres, de diacres et de sous- 
diacres? 1^8 religieux assisLenl-ils r^ulièi'ement aux offices? Les 
prêtres célèbrent-ils la messe une lois jar semaine? les autres 
i'ont-iis les communions prescrites? Combien de Tois et comment 
tient-on le chapitre des coulpes par semaine? Les n^ligents el 
les désobéissants sont-ils punis? Les religieux sont-ils dociles, 
sérieux, charitables et unis? Jouissent-ils d'une lionne renommée? 
Exercenl-ils quelque commerce? Sorltint-ils sans permission? 
Possèdenl-ils des choses qu'ils ne devraient pas avoir? 

L'église est-elle pourvue de calices, de livres, d'ornements, de 
lampes el des ustensiles liturgiques indispensables? Les religieux 
prennenl-ils soin de l'entretenir avec la propreié et la décenee 
qui conviennent? Allume-l-fin les tordes ;i ri-lrvntion? 

Fail-nn l'aumàne el exerce-l-on rii'ispiialité? Jci'me-L-on aux 
Qualre-Temps. durant le carême el la \eillc des léles? Fait-on 
absliiience lous les mercredis de l'année et tous les jours (tendant 
r.\v<-ni <'i la Sepluagésime? Le silence esl-il observé dans les (;ualre 
lieux réguliers. c'esl-à-dii'P à l'église, sous le cloître, au réfectoire 
el au dortoir? Quelle est la disposition du dortoir? les frères onl- 
ils chacun une cellule? ou dorment-ils dans un même local? com- 
menl sont les lits? Leur donne-t-on les vêtements nécessaires? Les 
malades reçoivent-ils les soins requis? Laisse-t-on aux religieux 
certains droits sur la nourriture ou la boisson, ou encore de 
l'argent, contrairement à ce que prescrivent les statuts? Mangent-ils 
eiisenilile el aux heures régulières? Sont-ils tous au réfrcluire les 
jours de jeune el d'abstinence? Y a-t-il de jeunes moines ii';t>Hnl 
pas d(ni/e ans et ne sachant ni tire ni écrire? La charge de celléiii-r 
est-elle confiée îi un séculier? 

Conserve-t-on une copie des statuts de Grégoire IX, de Nicolas IV 
et des abbés de Cluny? les chartes et privilèges du monastèit!? 



I 



1 De majoribus, inedlocrihtts et minoribus el hujusmoiti liii]uiranl peleol 
in visilando per tnoduin el ordinem iiirerius unnotatum. Henkici I Slaliiln. 
Bibliolkeca Cluniacemis, I55S. 



4 



l'ordre de CUNY ET SON GOUVERNEMENT. 193 

est chargé de la conservation et de la défense des droits? Comment 
sont entretenues les toitures et les habitations? A-t-on aliéné ou 
cédé pour la vie quelque propriété? A-t-on abandonné à des sécu- 
liers la jouissance de quelques biens ou de rentes affectées aux 
pensions des frères? A-t-on contracté des dettes? pourquoi, envers 
qui et dans quelles conditions? Le prieur a-t-il congédié quelques 
moines et pour quel motif? Si la raison n'est pas suffisante, le 
moine est rappelé. Le prieur a-t-il révoqué un prieur ou un béné- 
ficier de sa dépendance et pourquoi? A-t-il changé des oflRciers ou 
déplacé des moines sans raison? 

Les visiteurs devaient s'enquérir avec la plus grande attention 
de la manière dont les supérieurs s'acquittaient de leur charge et 
^administraient leur maison, de leur conduite personnelle et de la 
réputation qu'ils avaient. Ils s'informaient aussi de la vie de chaciue 
Irère. C'était moins dans le but de corriger des coupables, que de 
connaître exactement les sujets de l'ordre. L'abbé de Gluny et les 
«létiniteurs, exactement renseignés sur la valeur de chacun, 
pouvaient honorer et récompenser le mérite ^ 

Une fois l'inspection terminée, les visiteurs donnaient des 
encouragements et des félicitations à ceux qui en étaient dignes. 
Ils réprimandaient et punissaient ceux qui en avaient besoin. 
Ils prescrivaient, dans la conduite générale de la maison et dans 
l'administration des biens, les changements et les modiiicalions 
ciui leur semblaient nécessaires. Ils ne pouvaient transférer un 
xeligieux d'une maison à une autre sans avoir des motifs très 
sérieux, et encore n'avaient-ils pas à l'envoyer hors de la province 
ciu'ils visitaient. 

Le moment était venu de rédiger le procès-verbal de la visite, 
<lans lequel ils exposaient l'état matériel et moral constaté par eux 
^t ils consignaient les mesures prises pour remédier à ce (|ui avait 
jiaru défectueux ou mauvais. Ce rapport était rédigé en double et 
5>cellé du sceau des visiteurs. Il y avait un exeniplaire pour les 
^étiniteurs, l'autre était coulié à un religieux grave (|ui devait le 
«•émettre aux visiteurs de l'année suivante '^. 

Les visiteurs ne se sentaient pas toujours la force morale 
«nécessaire pour réprimer certains abus et pour briser des 
ppositions trop vives. Ils les signalaient au chapitre général, et 



^ Ipsîpque bona» personic propter hoc de bono in ineliiis procediinl; el 
'^oiiticaliP tanquam bene meriUi^ citius provehantiir honoreniquo boniuili 
<^ebitiim efflcacius conseciuantur. Henkici I Statuta. Ihid., ISHÎ. 

* Actes du chapitre de 1393. 



13 



194 REVUE NABILLON. 

les définiteurs agissaient de leur mieux. La prudence ne leur 
permettait pas non plus de tout dire, même aux définiteurs. Il es 
des secrets que le supérieur général peut seul connaître. C'est à 
Tabbé de Cluny qu'ils les confiaient '. 

On avait dans Tordre une formule pour ces chartes de visite. 
Elle est inspirée par les mêmes préoccupations que le questionnaire 
donné f)Ius haut ^. 

Les définiteurs n'acceptaient pas les yeux fermés toutes les 
accusations présentées par les visiteurs. Lorsqu'il s'agissait d'une 
faute grave et infamante, ils exigeaient des preuves à l'appui. Le 
prieur de Romainmoutier se vit ainsi accusé d'incontinence. On ne 
donnait pas le nom de ses accusateurs; pas un témoin n'était 
nommé. Au lieu de sévir contre lui, les définiteurs de 1265 
infligèrent aux visiteurs un blâme public ^, 

La visite régulière se fit dans les monastères clunistes jusqu'à la 
veille d(î la Révolution, conformément aux usages que nous venons 
d'exposer. Il en est souvent (lucîstion dans les chapitres généraux 
du xvir et du xviir siècle. Leurs décisions rappellent les définitions 
des siècles précédents. 

Les chartes ou procès-verbaux des visites étaient conservées 
dans les archives de chaque monastère. Les archives de Cluny 
gardaient le recueil complet de ces documents. Tous n'ont pas 
disparu. La Bibliothèque Nationale en possède plusieurs; (|uelques- 
uns sont des originaux K 



1 Dirli visitatores sécréta nisi flomno abbaU non exponant propter perioula 
evilanda, et qi]«' vi<lerinl in online corrigenda in personis vol rehus, qua» 
alias per eos correcta non luerunt, coram defTinitoribiis annis sinj^ulis, in 
publico vol privalo in raritate proi>onunt. eto. Joannis 111 Statuta. liihUutheca 
Cluniacnisis, 1608. 

'^ Bibliothèque (le l'École des Chartes, XLI, 323. 

3 Actes du chapitre d^ liôS. 

^ Rôle des visites des maisons d^ l'Ordre de Clunif et des décisions prises par 
les définiteurs sur le rapport des visiteurs (1202-1300), Bib. Nat., nouv. a<'q. lat. 
2270 ( 1301-1 i50;. Ihid. 2271. Procès-verbal de la visite des maisons df Franche- 
Comté et d'Allemagne lilS). Ibid., nis. 1503. Visite des maisons de Provence et 
Dauphiné. Tbid. ms. ïv. 12(H>.'i. Inventaire des manuscrits delà Bibliothèque 
Nationale, Fondas de Cl uni, par L. Delisle. 32.>329. M. AL. Rriiel. au t. VI de 
son Recueil d^s chartes dr l'abbaye d/> Cluny, signale par ordre de date tous les 
procôs-verbaux des visites de celte opocpie qui nous sont consenés. 

Visites pubiic^'os : Visitations of the order of Cluni in Alsace- Lorraine, 
Traiisjuran'Burgundy and the other parts of the province of Gernmny froui 
i269-ti20, London, 1802, in-8. — Visite des monastères de Cluny de la prorince 
d'Auvergne en ttSS et 13/0, par Al. Briel, Bibliothèque de l'École des Chartes, 
XXXVIII, lli-127. 



LE BRÉVIAIRE DE SAINT-DENIS-EN-FRANCE. 19o 



LE BREVIAIRE DE SAINT-DENIS-EN-PRANCE 



Nous en sommes arrivés à la quatrième section (iu Bréviaire : 
*^ Vi'opre du Temps ou Temporal. 

Et primo prœmittuntur quœdam regidœ spéciales de Adveniu : 
*-''esi-à-dire les règles qui doivent être observées dans la concur- 
^^^nce des fêtes avec les otïices de l'A vent. Notons seulement que 
î*eiidant TAvent les fêtes de 3 leçons sont réduites à simple 
ïiiémoire; mais juscpi^au 13 décembre on continue à faint le jeudi 
I Milice de saint Denis, et le samedi Tollice <le la Vierge. Tous les 
j <uirs privés, c'est-à-dire en dehors des dimanches et des fêles, on 
^éciti* les sept psaumes de la pénitence avec la litanie, à moins 
cJ'anniversaire solennel, et même en ce cas aj)rès la fête de sainte 
lucie, c'est-à-dire après le 13 décembre. 

L'otïice de TAvent s'ouvre par les premières vêpres du |)remier 
€jlimanche, commençant au capitule, suivi d'un grand répons, 
^alvalorem ; hymne Condiioi\ 

Aux Matines, hymne Vej*bum supernum ; 8 leçons d'Isaie ; les 
antiennes et les psaumes sont des dimancht»s per annum; au 
•S- nocturne, ant. Alléluia, Vox clamantis. Les trois canticpies, 
l^irés d'Isaïe, sont différents de ceux du Romano-Monaslicpie; ils 
< !()nnnencent ainsi : Conforiate manus dissolutas (eh. 35); 
^jonsolaminij consolamini (ch. 40); Juravit Dominus in dexiera 
'^ua (ch. 62). Les leçons du 3*' nocturne sont tirées d'une homélie 
^les Pères, ici de saint Jean évêque, sans doute saint Jean 
dhrysostome. L'évangile est celui de l'entrée triomphale de Jésus 
îTi Jérusîilem le jour des Rameaux. 

A Laudes, o antiennes propres; hymne Vox clara. A Prime, 
^nl. Allel. Non aufereiur; à Tierce, AUel. Dabii ei Dominus; 
ii Sexte, AUeL Vox clamantis; à None, Allel. Levate capita 
westra; on n'en donne que les premiers mots. A Vêpres, psaumes 
^lu dimanche avec les antiennes du Psautier. 

Les leçons d'Isaïe, tant aux dimanches qu'aux fériés, se ter- 
^•ninenl non pas par Tu autem Domine misei'ere nobi^, mais par 
Mœc dicit Dominus Deus : Converlimini ad me ei salvi erilis. 
C'était l'usage général après les lectures des prophètes; on ptMil 
^n rapprocher la clausule qui termine encore aujourd'hui \vs 
1-amentations de Jérémie pendant la semaine sainte : Jérusalem, 
Jérusalem^ converlei*e ad Dominum Deum luum. 



I!)G 



L'oflioi du lundi est nrdonntf selon le rite Têrial, avec 3 Ipçoi*- 
d'Isaie. Les réfions sont pris à h suite dans la série du dimanche- 
en omettant le premier. Au 2" nocLnrne, anl. Atlfl. Dabil eî 
Alix Heures, antiennes propres [Eeee in mibibus. Leva HierusaU'm. 
Erumpant montes, Expectabo Dmninum , et cîipiliilfs propi-es, 
qui RiTvironl à loules les l'éries dt- l'Avenl. A Vêpres, psaumes ei 
aiitiemius du Psautier; le reste de l'A vent. I^ jeudi il n'y a pas 
irÉrriiiii-e neciirrente, l'office se faisant de saint Denis; de même 
le s;iiiiedi. qui; l'on l'ait de Beata, l'Kcriture ne se lisant jamais aux 
otiices di:s saints; ces mêmes jours on l'aisait mémoire de l'Avent 
6 Laudes et ii Véiires. 

Le II' diinanche d'Avent, le premier répons de Mâtine.'', 
Hierusalem ctlo venkt. avait trois versets, comme le premier du 
dimanche précédent, Aupkiens a longe. Hais en semaine, quand 
on reprenait ce répoii:;, on ne disait qu'un verset. S leçons 
d'Écriture Homélie sur l'évangile ErunI signa in sole (celui du 
premier dimanche au Koinain). A Laudes, S antiennes propres. 

Le HP dimanche, invitatoire Ea-e venil plenitudo. évangile Ciim 
attdissei Joannes (2' dimanche iiu Romaini. A Laudes, 3 antiennes 
propres. 

Le mercredi des Uuaire-Temps excluait même une lële de 
13 leçons. L'évangile Mi-tstm est, ]irécédé de Dominus imbisciim et 
nou de Julie domne, était lu en entier avant l'homélie. A l.,i(udes. 
antiennes propres, Proplei- Sion, etc., reprises aux Heures. 

Puis les grandes antiennes 0. au nombre de neuf, comrnenvanl 
le 15 décembre : celles dn Romain, plus Thowa Didume. et 
Virgo virginitm. Ensuite une série de dix-huit ré[ioiis, en six 
groupiis de trois, à dire depuis le jour i\f sainte Lucie jusqu'à la 
veille de Noël, c'est-â-dire du 14 au 28 décembre inclusivement 
(excepté les jours de 42 levons, les dimanches et le raercrf-di des 
Quatre-Teiniis). C'est la série Clama. On y trouve ce beau texte : 

^. Annimtiatiim i3st |>er Gabrielem archuDgelum ad Mariam 
Virginem de intmitu rogis. ai ingrestius est per splendidnm ivgioneni 
iiiiream Virginia visilare palaltum uteri : Bt rcgreâsus est per aiireani 
portum Virgitiis. }. Casltv. parentis viscera, etc. 

Le jeudi suivant, antiennes propres (De Sion veniet), à Laudes, 
reprises aux Heures. Le vendi-edi, homélie, antiennes Cotisnlamini. 
Le samedi, homélie, antiennes Inliiemini. 

Le IV* dimanche, évangile MiserunI Jiidœt idu 3" dimanchn nu 
Romain). 





LE BRÉVIAIRE DE SAINT-DEMS-EN-KHANCE. 197 

Le lundi, antiennes Ecce veniet. Le mardi, antiennes Rorate 

vli desuper. 

Feria vagam in Adventu, celle (lui se trouverait entre le 

lardi et Tavanl-veilie de Noël. Le dernier jour avant la vigile de 
\ç)è\ est appelé la surveille de la Nativilé. 

La vigilt* de Noël est ordonnée, comme de nos jours, avec 
t quel(|ues particularités en vue de son incidence au dimanche. 

Aux premières vêpres de Noël, 4 antiennes et |)saumes lériaux; 

E-épons Juda; hymne Veni red^mptor, d'usage universel en 

ffrance à cette place. Jusqu'après Toctave de TÉpiphanie on ajoutait 

«riux hymnes des Heures les deux i^lro\)hef> Mémento salutis A uctor, 

€Ama iibi Domine. Nous donuims Thymne des premières vêpres, 

toute remplie de belles pensées ^ : 

Veni redemptor gentiiim — Ostende partum Virginis, - Miretur 
omne seculum, — Talis partus decet Deum. 

Non ex viriii semine, — Sed mystico spiramine, — Verbum Dei 
factum caro, — Fructusqiie ventris noruit. 

AIraus tumescit Virginis, — Claustra pudoris permanent, — Vexilla 
virtutum micant, — Versatur in templo Deus. 

Proœdens de thalamo suo, — Pudoris aula rcgia, — GemindB gigas 
substantiaî — Alacris ut currat viam. 

Egressus ejus a Pâtre, — Regressus ejus ad Patrem, — Excursus 
usque ad inferos, — Recursus ad sedem Dei. 

-4iquali8 œlerno Patri, — Carnis strophio accûngere, — Infirma nos- 
tri corporis — Virtute fiiinans perpeti. 

Praesepe jam fulget tuum, Lumenque nox spiral novum, — Quod 
nulla nox interpolet, — Fideque jugi polleat. 

Gloria tibi Domine, etc. 

Aux Matines de Noël, hymne A solLs ortm cardine; au 2^ noc- 
Uirne, un sermon sans titre : A udile filii lum adoptaii in re(jnnm 
Dei, cantiques Populus qui ambulabai, lAetare Hierusalem, Urbs 
foiiitudinLs nosirœ. Au 2*" nocturne, une leçon de saint Grégoire, 
une du Vénérable Bède, deux de saint Augustin : 12'* répons, 
DeHcendit de cœliSy répété. Évangile Liber generationis. A Laudes, 
5 anlieniK^s propres; hymne Christe redemptor omnium; à Bene- 
dictus on dit trois Ibis Tantitmiie Gloria in e.rcelsis. Aux Heures, 
4 antiennes |)ropres. 



* Dans ({uelques églises, il y avait une premit^re strophe ainsi conçue : 
Intende qui régis IsraeL - Super (iherubim qui sedes. — Appare Ephreui 
corani. excita, — Potenliam tuani et veni. 



198 REVUE MABILLON. 

Nesciens mater virgovirum poperit sine dolore Salvatorem seculorum, 
ipsum regem angelorum sola Virgo lactabat ubere de cœlo picno. 

Hodie iDlacta Virgo Deum nobis genuit teneris indutum niembris, 
quem lactare meruil; omnes ipsum adoremus qui venit salvare nos. 

Virgo hodie fidelis ieternum Verbum genuit incarnatum, virgo 
mansura post partum, quam laudantes omnes dicimus : Benedicta in 
in muiieribus. 

Gaudeamus omnes fidèles : Salvator noster natus est in mundum; 
hodie proeossit proies magnifiai germinis, et persévérât pudor 
virginitatis. 

Aux secondes Vêpres, 4 antiennes comme aujourd'hui ; liymne 
Veiii redemptor; à Magnificat, Vei'bum caro, 3 fois; mémoii*e de 
saint Etienne, Ave senior. 

Les l'êtes d(*s Saints qui tombent dans l'octave de Noël sont au 
Sanctoral. 

Onze antie^nnes propres sont marquées pour la mémoire de la 
Nativité |)endant Toctave : Ecce advenii, Ecce de quo, Virgo vei'bo, 
Nesciens mater, Beatus venter, Beata viscera, Sancta et imina- 
culata, Virgo Dei Genitrix, Pastores, Saim œterna, llluxit. 

Suit Tortice de Toctave de Noël, pour le S*" jour de Toctave, 
c'est-à-dire |K)ur le 30 décembre, si ce jour est sur semaine, et un 
autre otïice pour le même jour s'il est dimanche. En semaine, 
au l*"' nocturne, la 1''*' antienne et les psaumes du l'"" nocturne de 
la Circoncision, 3 le(,'()ns de sermon; au S*" nocturne, l""*" antienne 
et psauHjes du ±' nocturne de la Circoncision; a Laudes, antienne 
Qnem vidiMis, unitiue. Le dimanche, psaumes de la Circoncision, 
une seule antienne à chaque nocturne; homélie d'Origène sur 
l'évangile Erant Joseph et Maria mirantes; à Laudes, antienne 
unique; on ne fait pas mémoire de Noël. 

Puis l'ollice de l'octave de Noël, c'est-à-dire de la Circoncision. 
Aux premières Vêpres, mémoires de saint Sylvestre, de saint 
Etienne et de saint Jean. A Matines, 8 leçons de sermon, homélie 
sur Cum consmnmati essenf dies. A Laudes, 5 antiennes, Oadmi- 
rabile, etc. A Vêpres, antiennes Tecum principium, etc. De ce 
jour jus(|u'à la Purification, on Taisait tous les jours à Laudes et à 
Vêpres mémoire de Noël et de la Vierge seulement; les autres 
suHrages étaient supprimés. 

11 n'y a pas d'otïlce |)our la vigile de l'Epiphanie, le 5 janvier 
étant la fête de sainte Geneviève, à 12 leçons. 

Aux premières Vê|)res de l'Epiphanie, on dit encore les quatre 
antiennes de Noël, Tecum principitnn. Hymne : 



LE BRÉVIAIRE DE SAINT-DKNIS-EN-KRANCK. 199 

A Pâtre unigenitus — Ad nos venit per Virginem, — Baptisma cruce 
consecrans, — Cunctos fidèles générons. 

De caelo celsus prodiit, — Excepit formam hominis, — Facturam 
morte redimens, — Gaudia vit;u largiens. 

Hoc te Redemptor qucTsumus, — lliabere propitiiis, — Clarusque 
nostris sensibus, — Lumen pnebe fidelibus. 

Mane nobiscum Domine, — iNoctem obscuram remove, — Omne 
delictum ablue, — Pie medelam tribue. 

Quem jam venisse novi mus,— Redire item credimus,— Sceptiumque 
luum inclytum — Tuo défende clypeo. 

Gloria tibi Domine, — Qui apparuisti hodie, etc. 

A Matines, liymne Chrisle redemptor, de Noël; au 1^' nocturne, 
4 leçons d'Écriture; au 2% sermon; au 3% homélie. A Laudes, 
hymne Hosiis Herodes impie. Aux secondes Vêpres, encore les 
snliennes Tecum principium; à Magnificat, Baptizat miles regem. 
Une série d'antiennes à Benedictus et à Magnificat pendant 
l'oclave; puis 3 leçons de sermon pour cliaque jour de Toctave. 
Aux d(nix nocturnes des jours infra octavam, les psaumes sont ceux 
du l**' et du 2** nocturne de la léte sous une seule antienne. 
La répétition des psaumes de la tète aux Matines des jours infra 
octavam est une règle générales à Saint-Denis pour toutes les 
octaves (sauf celles de Pâques et de la Pentecot(^.). C'est une diffé- 
rence notable avec le Fiomano-Monastiiiue, (pii ces jours-là fait 
dire les psaumes de la lerie. 
liC S on fait la fête de saint Lucien, de 12 leçons. 
Le dinjanche dans Foctave, on l'ait Totlice de TÉpiphanie, avec 
S leçons de sermon, Pliomélie du Vénéi^able Bède sur Cum esset 
Jésus annorum duodecim; aux nocturnes et à Laudes, antienne 
unique. 

l/ofiice du jour octave est consacré au baptême de Notre- 
Stjigneur. A Matines, 8 leçons de sermon ; aux canticpies, Bapiiziitur 
C^Jiristus; homélie sur Facium est aiUem cum haptizaretur ; 
l*<jvangile est la généalogie selon saint Luc. 
A Laudes, 5 antiennes. 

1. Veterera hominem renovans Salvator venit ad baptismum, ut 
naturam quac corrupta est, per aquam recuperaret, incorruptibili veste 
circumamiciens nos. 

^. Te qui in spiritu et igné purifit^as humana contagia, Deum ac 
Redemptorem omnes glorificamus. 

2. Baptista contremuit et non audet iangero sanctum D(m verticem, 
sed clamât cum tremore : Sanctifica me Salvator. 




I». tb ej« 



IIEVIK MAFIII.LnW. 



4. Caput dracnnis Salvalor coolrivii in Jordanis G 

poU>slale omnes eri|iuil. 

.1. MugDum my»tenuii:] (leclarutiir hodie, i|uia Creator omuium ii 
Jordaue expurgal nosLra racinora. 

A Bened. Prxcursor Johannes exuIluL cum Jordane: baptlzal 
Domino, f^cla est orbis lerramm exullatio; faclu est peccatorum no> 
iroruui l'L-niissio ; sanctificans aquas, Ipsi amnes clanieinus : JlisLTcr 

ntii^nnes propres. 



Aqua coiiiburjl peci-atum -, lioille uppareiis liberalor el rnral onmem 
mundutn diviDilalis ope. 

Pater de catlis Filium testiticatur, et Spiritus sancLi prœsântia adva^ 
iiil UQum edocens qui baplizalur CItriatus. 

Peccati aciileus conturitur bodie baptizulo Doniiao, el nobis data etf 
régénérai io. 

Baptizatur Chrislus et Banctificatur omnia mundus, et tribult noW 
remissionem pei-catonim : aqua el spiritii ^mnes sanclificaniur. 

A MagDÎr. Foalcs aquarum Banclincati suQt. Christo appan'Die ift 
gloria; orbis lorr^mm haurile aquas de fonlibus Salvaloris; gani' 
cavit enim nunc omnero creatiiram Chrislus I)euN noster. 

Odirt' des diiiiani-hfis après l'octave lie rÉpipliaiiic. Ces dimanche^ 
cèdent k toute lète de 12 leçons. 

C'est ici que nous trouvons l'ordinaire de l'office per a^mutn* 
c'est-à-dire les antiennes, hymnes, capitules, versets, <p 
doivent dire aux dimanches el l'éries quand il n'y en a pas de 
propres martiuês an Temporal. 

A Matuips du dimanche, hymne Nocte «urgentes. 

Le 1" dimanche (après l'octave), 8 leçons de l'Épllre aux 
Romains avec répons tirés des psaumes; homélie sur Sitpliœ (ai 
tie siint. A laudes, 3 antiennes: i$. hrer Hœc estdies, hymne Eceé 
jam noeJis. Puis les Prières qui se disent tous les jours, et aux- 
quelles on ajoute le Miserere quand on l^il de la Térie. 

A Prime, mper ps. Atiliph. Allelttia Pulchra es (ces deroierj 
mots indiquent sans douli- \f eliarit de Vaileluia) : longues prière^ 
.siuis Miserere; deux oraisons, l'une. In hoc hora, pour les joon 
de là levons. Ensuite, l'ofllce du chapitre, leçon brève Domine 
miserere itostri; psaumes récités |iour les défunts, Verba mea, etc. 

A Cnmplies, notons la helle hymne Christé qui lux es et dies, 
d'un usage alors général, qui se disait depuis la Toussaml jusqu'au 
Jeudi saint. 



LE BRÉVIAIRE DE SAINT-DENIS-EN-FRANCE. !20i 

Christe qui lux es et dies, — Mortis tenebras detegis, — Lucisque 
lumen crederis, — Lumen beatum pncdicans. 

Precamur sancte Domine, — Défende nos in hac nocte, — Sit nobis 
in te pequies, — Quietam noctem tribue. 

Ne gravis sonmus irruat, — Nec hostis nos subripiat, — Nec caro 
illi consentiens — Nos tibi reos statuât. 

Oculi somnum capiant, — Cor ad te semper vigilet, — Dextera tua 
protegat — Famulos qui te diligunt. 

Defensor noster aspice, — Insidiantes reprime, — Guberna tuos 
famulos — Quos sanguine mercatus es. 

Mémento noslri Domine — In gravi isto corpore, — Qui es defensor 
animîe — Adesto nobis Domine. — Praesta Pater piissime. 

Il est regrettable qu'une hyrane si pieuse et si poétique, répétée 
Pendant U\ni de siècles dans un si grand nombre d'églises séculières 
^ï i*t»gnlières, ail complètement disparu de la liturgie. On aurait 
^û attacher plus de prix à des Ibrmules par lesquelles s'était si 
longtemps ex|)rimée la prière des ancêtres. Le reste de l'année, on 
<^'^ait le Te lucis anie terminum. Il y a de courtes prièrcîs, et on 
^<^'*niine par la bénédiction. 

ï-»i^s prières marquées à Laudes se disaient aussi à Matines au 
-' tiocturne, quand l'otlice était de la lérie ou de 3 leçons; puis 
Gno-ore à Tierce, Sexte, None et Vêpres, excepté aux t'êtes annuelles 
^^ 55.cmi-annuelles. 

-«^ nx Matines du lundi, leçons NescULs quocl lemplum Dei. Ces 
'^t*Ons et les autres marquées de même pour chaque jour, et qui 
'^f ssont pas prises à la suite dans le même livre, devaient se 
^^^^-^ à 1er toutes les l'ois qu'on faisait de la l'érie pe)* annum, et qu'il 
^^y avait pas de leçons d'homélie. L'Écriture du dimanche ne se 
co»-^ tinuait iws en semaine pendant cette période de l'année. 

-*^ Laudes, ainsi qu'à Matines, les hymnes sont celles du dimanche ; 
"^ même pendant toute la semaine. Tel était l'usage en France; 
^^ ^ luny cependant et à Marmoutier, on disait les hymnes propres 
"^* Psautier romain. 



près Prime, sept psaumes avec la litanie. 
•"V ('i0mpli(^s, on dit le Miseme avant l'oi'aison, nisi aliqnod 
\^^tum impedial. 

|Le deuxième dimanche après l'octave de l'Epiphanie, 8 leçons 
A Blcriture, 4 d'homélie. 

Le cinquième dimanche (correspondant au VI*' actuel aju'ès l'Épi- 

\>Vwni(î), sauf l'oraison, on dit tout comme au (piatrième dimanche. 

Le samedi avant la Septuagésime, on dit Alléluia comme antienne 



IIEVl'K HAriILLOtt. 

aux psaumes ni à Magnificat, on l'ajoulc au Benetiicammi. \ iwr"'" 
de la Se|ituagêsiinc jusque aju-ès l'oclave iIp PSques. un ne fail j»!"* 
que mémoire des l'êtes (i 3 levons; mais on continue à tàiro 1^^ 
otiicBS de saint Denis et de la Viurgc. 

Le dimanche de. la Sepluagt'siine à Matines, hymne Prhno dieri^ "* 
omnium, 8 leçons de la Genèse; â Laudes, hymne Mter7ie reri^ ■"* 
conclitof. L'Écriture du dimanclt»^ se continue en semaine; c -*" 
y ajoute les répons du dimanche pris â la suite. 

Sexagésime : 8 leçons de la Genèse, à la suite des prtk:édfnlee=^ • 
mêmes ré|K)ns qu'à la Sepluagésime. 

Quinquagt^sinie : 8 leçons de \a Genèse, histoire de Noé; rt^iwtp ^^ 
propres. 

Tous les jours depuis la Sepluagésime ont des antiennes proprets» 
â Benedictus et à Magnificat; aux Tètes on lait mémoire de la réric — 

Mercredi des Cendres : leçons d'Écrilure. On ne fait plus A^^ 
saint Denis ni de Beaia. Jeudi, vendredi et sami^di .suivants^ 
Écriture. 

I'rf'mii*r diiuauclu' de (laréme. A Matines. Iijunn' : 

Summelargilorpraïiiiii — SrwBquîesunieamundi, - Precea iiilonde 
sorvnrum — Ad t« itevole clamantium. 

Nostra le Ronwiiontia — Kravc oflbndiase monslrat. — Quam unuadcs 
siipplic-amus — Ab omnibus piaRulis. 

Si renuis, quia triliuelV — Indulge quia polens ej^: — Te cnpde 
rogare iDiindo — l'an nos. precainiir Domine. 

Ergo accepta lu noslrum — tjui Bacraoli jejuniiim, — (Juo mysti'* 
paschaiiu ~ Capiamiis sacranienta. 

Sunima notiis liot? courent — In DciLytc Trinilas. — în cfua glorîalur 
unus — Per ounclu secula lieiis. Amen. 



Huit Ircons de sermon. Cantiques liediiCHUl . Rtrordare, Tolliun 
m<i. Aiiv Hcnri'S, antieinies (n'ises au psiiuine IIS. 

I.ntiili, lididrlir. Après hauàea, pmtmi pi-ostrali. Unminmvobis- 
riiui. in;ii-nri Kl- tiiéme à Prime, Tierce, Sestc. None et Vêpres. 
loiiii^ li's (irii ^dc carême. Le jeudi, on lait mémoire de saint Denis, 
•'t It' samedi de Reata. Tous les jours homélie sur l'évangile. 

W ilimanclir de Carême. Écrilum, histoire d'isaac; répons 
ToUe, etc. 

Ili" dimanche, histoire de Joseph ; ré|>ons Videntes, etc. 

tV- dimanche, histoire de Moïse; ré|«»ns Lociitus e^t, etc. 

Dimanche de la Passion. 8 leçons di- Jérémii'; répons hti sitnl 
dit's. I.C lundi, 3 levons de Ji-n'inic, et ainsi de 




:nt-dknis-rn-kk\nce. 203 

Dimanche des Rameaux, 8 lettons de Jéremie; nién»? homélie que 
l<» pirmitT dimanche d'Avenl. Le lundi, levons d'Écriture, anliemies 
|ii-opivs :i Laudi-s; de mt;iue le mardi et le ineroredi. Le mercredi, 
on (ail la Tète de l'Annonciatinn, si elle lomtie ce jour-là. 

A partir dir jeudi saint, l'ordonimncf lialiiluelle de l'nftice se 
iiiodilie graveineiil et se mpproclie [ilirs ou moins de l'oitice romain. 
Ce Tait, assez gémh'al dans les liliirj;ies monasli(]ues, remontait 
jusqu'il un concile tenu sous Louis h- Pieux, oii, malgré (juelques 
rèclamali<ms, les évèipies, du lonserUeinetil de lit |iUipart des ahbés, 
avaient statué i)ue pendant le trois jours saiuLs l'offîce des moines 
nfc Uiflërei-ait jas de celui de l'iïgiise romaine; c'était !à l'extension 
d'un usage qui avait di'jfi prOvnlii dans iptelignes iiiunastêres. Les 

alihés furent mriîiis iMiirili;iiii^ <■ ipii ciincfrin- la irle del'ùques : 

dans la pluparl di's iiioii.-i>iir(v-.. i-u iv|iivii;iil l'Dilii'c licm-dieiin dès 
le jour de Mqucs : i|ui-liiMrs-iin> M-iili-riieiil. i-l S;iinl-llr[iis était tlu 
mimhre. admirent la Ibnne romaine pour les oflices de Pâques el 
lie ta Pentecôte. Du reste celle assimilation de l'office monastique 
a Pelui des chanoines nn fui pas complète ni uniforme : elle compor- 
tait ilti notables dilTêrenefs d'un monastère à l'auti-e. Voici comment 
li-s chiises se passiiieiil :i S;iiiil-[>imls, 

L.«? jeudi saini, les Malim's sDut comme au Romain; au 3* noc- 
liirne.lioméliesurrévant,nle,4n/('rfw'W^cs(MWPafirA<e. S' répons ; 
Hevelabunl : i'', Juda. 

A l;)U(!es il n'y a pas de verset. Après l'antienne de Benedictiis, 
prières Kyrie eleison, clianlées. 

Kyrii' eleison, iiw pnsBurus ailvenisli propUT nos, linmine miserere. 

Christiis homiiius facliia eei obedieus usqiie •m\ rnorlem. Kyrie 
eJeîfion. Oui rirnphelice prompsiKti : Ero mors tua o mors. Domine 
niserere. CliriNlceli^ison. 

OjI expnnsis in cruce m:init>us tiMxisti omniii ail teseciila. Christus 
Dnninus. Christc eleisDn. 

Agno mill basia cili lupus dedll venennsa. Domine misi^rere. Ctirisle 
eleison. 

Teijue vinciri voluiati nosiiiie u morlis viiiciilis eripulstl. Chrislus 
[tominus. eti'. Cliriste eleison, 

Vita in ligno raoritur, infernus i?t mors lugens spolialur. [lomine 
miKerere. Kyrie eii'ison. Chrislus autem Doniiniis, etc. 

''-S priènîs étaient sans iloulf une partieularité ;î:illicimi': elles 
^' '**»iU mainlenues dans h-s liturgies i'rani;aisi's jusqu'à l'adoption 
•1" Hoinain. 



204 Iikv<f: hakilu». 

A Prime, on omet Deus in adjulorium. On dit l'hymne Jam IveUi '' 
sans doxologic. Les psaumes sont ceux du jeudi, Usqueffuo. etc. 
On omnt le symimk-. Antienne et verset, pas de caiiitulf. Prières 
sub silentio. Oraison ordinitirc, sans Dominiis vobiscHm. Puis les I 
sept psaumes avee la Lilanie. 

De même à Tierce : hymne sans doxologie. psaumes et aotieniic . 
ordinaires; verset, prières (Hfisn'ere); oraison Hespice. De même 
à Sexte et à None. 

A Vêpres, b antiennes comme au Romain. (les vêpres étaient- 
elles chantées ou récitées sub silentio? 

A Compiles, les 3 psaumes ordinaires, hymne, versel Cuil/xli. 
sans capitule; prières; oraison Visita. 

Vendredi saint, Malines more catianico, c'est-à-dire comme au 
Komain; au 3' nocturne, sermon. Ce jour-lii tontes les Heures (de 
Prime à fiomplies] sont récitées dans le même ordre i|ue la veille. 
mais en silence. Après Prime, on ne dit pas les sept psaumes, mais , 
le psautier tout entier, puis les oraisons de la litanie. 

Le samedi saint. Matines more canonieo; au 3' nneturne, homélie 
du Vénérable Bède sur l'évangile Vespere aulein sabbali. Après 
Prime, les sept psaumes et la litanie en silence. A Vêpres, comme 
au Romain; on dit trois l'ois l'antienne Vespere autein. Compiles 
comme a l'ordinaire; h lliymne on ajoute les deux strophes Quœ- 
sumus auctor, Gloria libi. 

On voit (pie la forme romaine n'était adoptée que pour Uatines. . 
Laudes la Vêpres : les Heures i-eslaienl monasti(|ues, avec quelques j 
retraneliemenls. Mais à Sainl-Denis on prolongeait l'assimilation au 
Komain peudant toute la semaine pascale et on le reprenait encore 
pour la PenteciJle et son octave. 

Le jour de Pâques, les Matines commençaient donc par le 
i. Domine labia mea aperies, puis liens in adjulorium; 3 psaumes 
(1,2, 3), sous une antienne, verset, Pater, pas d'absolution; 3 leçons 
d'homélie, 3 répons avec Gloria et lépélés après Gloria, Te Deum, 
>. Sur7-exU. C'est liii-n la l'orme Ira nco- romaine. 

A Laudes, S antiennes, avt^t ti psaumes groupés comme au 
Romain (Deus miset-eatur après Deus Deus meus): capitule, ni , 
répons hrel' ni hymne. >, Sutre-rit, Benedictus avec antienne 
répétée 3 l'ois, Domitins vobiscum, oraison. 

A Prime, Deus in adjulorium, pas d'hymne, les psaumes du 
Romain in directum. sans antienne (Deus in nomine luo, 
Confiletnini, Beali); Hmc dies, oraison pascale. De même auK 
Hinires, psaumes du Romain, Hœc dies, oraison des Laudes. 

A Vêpres, anl. Alléluia (jrueiftxiiH, psaumes DUtil, Confilebor,, 





LE BRI*;VIAIRE DE SAINT-DENIS-EN-FRANCE. 205 

Be^atus vir. f^. Hœcdies.)r. Confitemini. Allel.f. Paschanostrum. 
y. Epuleniur. Séquence Victimœ paschali. f. In resmrectione, 
A 11 1. Et respicientes, ter. Dom, vob., oraison des Laudes. On voit ici 
l'LJ^^age de remplacer les deux derniers psaumes par le graduiîl, 
ViM I leluia et la séquence de la messe du jour, usage français 
cc_>nservé encore dans quelques djocèses. 

^ Complies, ps. Cum invocarem. In te Domine , Ecce nunc (sic). 
^ - Hœc (lies ; oraison f>ascale. 

Ja' lundi et toute la semaine, même ordonnance. A Matinc^s du 
lundi, les psaumes 4, 5, (>; homélie, 3 répons sans Gloria, Te 
ù^tnn, >. A Laudes antienne unique Alléluia Crucifixus, capitule, 
t- , antienne, oraison. A Prime, psaumes comme la veille, excepté 
It^ fjonfitemini. A Vêpres, comme la veille, i^. Hœc (lies, f, Dicat 
nf4^ic Israël. Allel. >. Nonne cor nostrnm. Séq. Victimœ paschali. 
(iOrnplies comme la veille et ainsi toute la semaine. 

l^e mardi de PAipies, à Matines, psaumes 7, 8, 40. A vêpres, 
i^- Hœc (lies, f. Dicant nunc. Allel. f. Angélus Doitiini, etc. 

I^e mercredi, à Matines, psaumes 44, 42, 48. A Vêpres, ^. Hœc 
di^^^.f.DexteraDomini. Allel. f.SurrexitDojninusetoccuirens, etc. 

l^e jeudi, à Matines, psaumes 44, 45, 40. A Vêpres, f^. Hœc (lies, 
>. Lapidem. Allel. >. In die, etc. 

Le vendredi, à Matines, psaumes 18, 19, 20. A Vêpres, i^. Hœc 
di^^, f. Benedictus. Allel. >. Surrexit Christus, etc. 

I^e samedi, à Matines, psaumes 22, 28, 25. A Vêpres, sur les 
ps.il urnes ant. Allel. Crucifixus; psaumes Confiteantur (monas- 
lic|ue); capitule, hymne Ad cœnam. A Complies, tout comme la 
veille de Pâques. 

l^e dimanche in Octavis Pascliœ.Oi\ reprend la l'orme monastique. 
A Matines, hymne : 

Te lucis auctor personent — Hujus catervae carmina, Quam tu 
replesti gratia — Anastasis potentia. 

Nobis dies haBc innuit — Diem supremum sistere — Quo mortuos 
resurgere — Vivosque (?) fas sit reddere. 

Octava prima redditur — Dum ... ab unda (?) tollitur, — Dum 
mente circumcidimur — Novique demum nascimur. 

Dum mane nostrum cernimus — Redisse victis hostibus, — Mundiriue 
luxum temnimus, — Panem salutis sumimus. 

Haec aima sit solemnitas, — Sit clara h:ec festivitas, — Sit feriata 
gaudiis — Dies reducta ab inferis. 

Qusesumus auctor omnium, etc. 

"^it leçons de l'Apocalypse; cantiques comme aujourd'hui. 



206 



A Laudes, Ant. ^to/. Crucifi.ttis ; \\ymne Jesti mslra 
on ne l'Git pas de mëiiioire. A Piime, Ant. Allet. Sonne cor 
Tierce, Allel. El megeruni-, à Sexle, AU. Et respicietites ; à None, 
AU. Surrexit Christm. 

Le lundi, à Matines, psaumes de la Férié, 3 leçons d'Ëcriture 
[Apocalypse}, répons du lundi jiréoédent. A Laudes, psaumes du 
(Jimancht;. sous une seule antienne AU. Cfuci/irus; hymne Aurora 
lucis, s'il Fait encore nuit; s'il fait déjà jour, Sermone blamta 
Angélus. On ne fait pas mémoire de la Trinité jusqu'à l'octave delà 
Pentecôte, mais mémoire de la Cruix, SioTexit Christus{a Vêpres 
Crucifixus); on dit les autres mémoires accoutumi'i.'S, avec 
Alléluia. Il y a antiennes propres à Bencdictus et ;i Magnilieat tous 
les jours du temps pascal, 

I^e mardi suivant, el ainsi de suite toutes les lëries, il y a à l'office 
i'érial 3 le^fons d'Écriture avec trois répons. C'est une dérogation à 
la Règle de saint Benoit, r[ui, à partir de Pâques jusi|u'aux calendes 
de novemlire, pi-escrilseuli'un'nl une li (.on brève et un répons bref. 
Mais les i-aisons pour lestpielli;» saint B< nott tenait i te que l'oflice 
rùt plus court n'existaient plus à eetle époque les moines béné 
diclins du moyen âge ne sortaient plus dès It nLilm pour travailler 
dans les eliamps. 

Le ir dimanclie après Pâques, encore 8 leçons de l'Apocalypse, 
avec une nouvelle kislaire, c'est-à-dire une nouvelle série de 
répons (Ego sicul vilis). 

Le jeudi i-t le samedi, on reprend les ollici^s de saint Denis et 
lie Beata, avec mémoire de la lerie pascale. 

Le IV* liinianclie, 8 levons de l'épltre de saint Jacques, curilinin^ 
pendant la semaine; répons Si obUtus. 

Le V" dimanche, leçons de l'épltre de saint Jeraii. 

Le lundi des Kogations, leçons d'Écriture. On IViil de l;i i^te 
occuiTenle de 12 leçons, avec mémoire de la férié. 

I^e mercredi, vigile de l'Ascension, Écriture. Aux premiéi-f;» 
Vêpres de l'Ascension, psaumes de la lérie. antienne uni(jue; 
hymne sterne Rex allissime- 

Fête de l'Ascension. Aux Matines, antiennes à ctiaque psaume; 
8 leçons de sermon. A Laudes, liymne Jesn nostra redemptio. Aux 
secondes Vèpi-es. psaumes du dimanche, antieune unique. 

L'oflice infra oetavam est a 3 leçons ; au premier et au stwond 
nocturne on prend les psaumes de la fête; les 3 leçons sont d'un 
sermon; antiennes propices à Benediclus et à Magnificat pendant 
l'octave. 



L 



Le dimanche duns l'oclavi 



que Cl' ne soit la fête de 




LE BRÉVIAIKE DE SAINT-DENIS-EN-FHANCE. 207 

l'Invention do la sainte Croix ou de saint Pér^rin, on lait la fête 
i\o la Commémoration des Reliques. Aux premières vêpres, ant. 
AU. Si 77ianse)ûtis ; mémoire de l'Ascension. A Matines, hymne 
Devota sanctorum; 42 leçons de sermon. Répons Hoc signum cru- 
ci^, TrLslilia veslra, etc. Cantitjues de plusieurs mariyrs. A l^audes, 
ant. AIL Si ma^isejùtis ; hymne Rex gloriose; mémoire du dimanche 
seulement. 

Le jour octave de TAscension, 8 leçons d(» sermon, 4 d'homélie 
sur levangile Hœc suni vei^ba. 

Le vendredi suivant, otiice connne pendant l'octave de TAscen- 
sion ; homélie sur Cum veneiût. A Vêpres, psaumes de la térie. 

Samedi, vigile de la Pentecôte, comme la veille; homélie sur Si 
dilitjitis Die. Aux vêpres, 4 antiennes, psaumes de la férié; hynme 
Beata nobls gaudia. A Compiles et aux Heures on ajoute pendant 
Toclave h^s deux strophes Diidum sacrata pectoray SU iaus Palri, 
excepté au Veni Creator. 

Le jour de la Pentecôte, les Matines et les Laudes sont selon le 

rite romain de ce même jour : nocturne unique, 3 antiennes et 

3 psaumes, Magnus Dominus, Exsurgat Dens, Benedic; 3 leçons 

d'homélie; ^^^ répons Advenit, avec Gloria (li répété; TeDenm; 

verset (sacerdotal). A Laudes, 5 antienn(\s; il y a le répons bref 

avant l'hymne Impleta gaudent vi^cera; on réi)ète 3 fois l'antienne 

J<* Benediclus; il n'y a ni Kyrie ni prières. — A Tierce, hymne 

Veni Creator. A Vêpres, une antienne, hynme Beata nobis gaudia. 

Le lundi et toute la semaine on fait l'oftice de la même manière, 

c'est-à-dire selon le rite romain, à ce détail près que les Matines 

sont commencées secundum rittim monachornm; les psaumes et 

antiennes sont ceux de la fête, puis 8 leçons d'homélie. Antiennes 

pri >pn\s chaque jour à Magnificat et à Benedictus. 

Le samedi à Vêpres, on fait de la Trinité : une antienne, psaumes 
^ïJ ^limanche ; hymne lux. 

I-.ejour de la Trinité (fête double), l'oflice redevient monastique; 

^•^t^ienne unique aux nocturnes; 8 leçons de sermon; cantiques 

Q^^ i^ est iste; homélie sur Erat homo ... Niwdemm nomine. 

^ Xaudes, 1 antienne, hymne bnpkta gaudent vi^cera; pas de 

^^ «noire. A Vêpres, 1 antienne, psaumes du dimanche, hymne 

ï -depuis l'octave de la Pentecôte jusqu'à la fête de saint Luc 



**^ octobre), on ne dit qu'une antienne à chaciue nocturui^ et à 



^des, même aux fêtes de 42 leçons, à moins d'indication ccmtraire 

^ Ivresse. Aux fériés, jusqu'à Vidi Dominum, c'est-à-dire jus(|u'au 

^mier dimanche de novembre, on ne dit pas l'invitatoire à la 



manière ordinaire, mais à la plai:c on dit isans antienne et telqu;L_«i* 
psl au Psautier) le psaume V>«i> exulletHUs. Celle dernière dispi^^t*' 
silion est assez remarquable. Aux l'éries quand les Malines so*r^»-o^^ 
dites le joui- on dil l'hymne Jam nunc palerna rlaritas; s'il fs"» (ail 
encore nuit. Nocte «urgentes; i» Laudes s'il t'ait jour, Jesu latente «-«IfS 
res/iicf; s'il l'ait nuit, Eccejam noctis. Conlormément â h Règle, , s^. i' 
n'y a plus au premier nocturne (ju'une leçon brève. 

l<e jeudi après l'octave de la Pentecôte, la fête du Corps » - du 
Christ sous ce titre : De instUntione Sacrametiti Altark. Aux pr-»<nprp- 
mières Vêpres, anlientif unii[ue Sacerdos in wlernum. -1 psaumes* ■"■)'■?, 
i§. Homo quidam, hymne /'awf/c Ungua ; on ne ijiil pas mémoi: i «ivoire 
de la Trinitii ni de la Croix. 

A Matines, hymne Saci'is soiemniis; au t" nocturne, uiac '■"<' 
antienne et 6 psaumes, de m(^me au 4'; 8 leçons de sermon; s - »" 
3' nocturne, canlii|iies Realus vtr qui in sapientia. homéli'i • — ''^■ 
A l^audes, 1 ;iiilifiirtr, liyniuo Vet-bum supernum. 

Aux deuxièmes Vêpres, lommc aux premières. Pendant l'oclav»*-'' •^'''. 
le^jons de si-rnion. Aulieunes propres chaque jour à Magnitical » ^ •■' 
à Benedictus. Les psaumes des nocturnes sont ceux de la f^t»-*'^'*'' 
comme d'habitude. 

Le samedi pendant l'oclavc, on l'ail a capitula du dimanche aw^^"^'*^ 
mémoire de l'octave. Le dimanche, loul l'office est du Psautiei* ^^'■■ 
avec mémoire de l'octave. On (■<iïimience la lecture îles livres tle*^^ '*'■' 
Rois, avec l'histoire Dvus omnium. 

Le jour oelave, 8 leçons de .sermon ; riioméUe et le reste eonim' ^trte 
au jour de la réle ; à Magnilicat, saa-um convtvium. 

Puis les rubriques pour les occurrences ries l'êtes avec le- ^^ 
dimanches, et pour le eommc-neeineot des histoires. I^e 1" dimanchi^^ 
après la Trinité |2' après la Pentecôte, [tendant l'octave du Saiiil— — ^ 

SacrementI, l'Écriture e-st du i" livre des llois. Fuit vu; H levo'is ■ 

[$i$. Deus omnium. On prend l'homélie à la suite des dimanches..^ 
dans une série s|iéciale, in ordine evangetitn-um. MOme ordon — 
nance |)Our les dimanches suivants; on ne lit pas d'Ëcrjture er». 
semaine. 

La première histoire (série de répons tirés d'un même livre), 
s'étend sur ti dimanches. Le 1" dimanche de juillet, on conimence 
l'histoire de la Sagnsse, lu principio Deus; comme EcriluiY', 
ParaboUe Salomonù- Le 2" dimaoche de juillet, Verha Ecdeaiasles 
(Ecclésiaste); le 3*, Osculetur me (Cantique, des Cantiiiues); le 4*, 
Diligilejtistitiam (Sagesse). . 

Le I" dimanche d'août, on commence l'histoire de Job, Si botta. 
avec le livre de Job; le samedi à Magnificat, il y a plusieurs 



L 




LK BR^A'IAIHE DE SAIM-1)ENIS-EN-KUANCE. ^09 

antiennes. Le 2* dimanche d'août, Écriture Respondens Job; le 3% 
Re^pondens autem Job. Il n'y a rien pour le 4^ 

Le 1" dimanche de septembre, on commence Thistoire de Tobie, 
Peto Domine, avec lecture du livre de Tobie; le 2% on lit le livre 
de Judith; le 3% le livre d'Esther; le 4% In anno prmw 
Cyri régis. 

Le l*"' dimanche d'octobre, on commence la lecture des Macha- 
bées, avec l'histoire Adaperiat; le 2% In diebus illis survexit 
Matathias ; le 3% Cangregata Judas Machabœus. 

Le 1" dimanche de noveujbre, on commence les prophètes par 
Ézécliiel, avec l'histoire Vidi Doininuin. (Quand tous les dimanches 
du mois sont occupés par des l'êtes de i2 leçons, on avance d'un 
jour l'octave de la Toussaint; de même en juillet on avance d'un 
jour l'octave de saint Benoît.) 

Après ce premier dimanche de novembre, on ne marque pas de 
leçons pour les fériés de la semaine; on n'en trouve de marquées 
ainsi qu'après le 4* dimanche de ce mois, différence avec la Règle 
de saint Benoît, qui tait reprendre les lectures d'Écriture en 
semaine à partir du 1" novembre. 

Le 2** dimanche de novembre, l'Écriture commence à Hœc dicit 
Dominus : Anima quœ peœaverit; le 3% El faclns est sermo 
dmnini ad me dicens : Fili hominis, dit principi Tyri; le 4% 
Factum est verbiim Domini ad me dicens : Fili hominis, prop/iela 
de pastoribus Israël. Le jour suivant qu'on t'ait de la t'érie ; El 
faclum esl ...; le jour suivant, Facltim esl; la t'ois suivante on 
reprend trois leçons du dimanche précédent qui commencent ainsi : 
Faclum eM verbum Domini. 

Vient maintenant la série des dimanches d'après les évangiles : 
Incipil ordo Dominicarum secundum evangelia. 

Le premier a|)rès la Trinité (2** après la Pentecôte), évangile 
Homo quidam eral dives. A Laudes, s'il lait jour, on dit Jesu 
labeîiles; s'il fait encore nuit, Eccejam noclis. A Vêpres, le répons 
bref est Deum lime, jusqu'à l'histoinî Vidi Dominum; on dit alors 
Quam magnificala s uni. 

Le 2*' dimanche après la Trinité (3*' après la Pentecôte), évangile 
Homo quidam fecil cœnam, avec l'homélie, les antiennes à 
Benedictus et Magnitîcat. De même pour les suivants. Nous donnons 
les iîwipil des évangiles de la série, (|ui va jusiju'au 2H'" dimanche 
après la Pentecôte. On omet simplemcMit ceux d(^ c(\s dimanches 
qui dépassent le nombre des dimanches de l'année; on dit seuhv 
ment les oraisons des dimanches omis dans la semaine qui |)récède 
l'A vent, si on y fait des oflices de la ('('rie; autrement, dimiUanlur. 

11 



210 



REVUE MABILLON. 



Voici les initia des dimanches après la Pentecôte tels qif ils sont 
distribués à Saint-Denis, avec les initia des évangiles des dimanches 
corresi^ondants du Bréviaire romain actuel. 

\^^ dimanche après la Trinité i^après la Pentecôte), àSnint-Dtuis : Homo 
quidam orat dives; au Romain : Homo «luidam fecit cœnam magiinin. 
Homo quidam fecit cœnam ; 



2(3) 
3 (4) 
4(.^) 
5(0) 
6(7) 
7(8) 
8(9) 
9(i0) 
iO(H) 

11 m) 

H (13) 
13 (U) 

15 «16) 

16 (17) 

17 (18) 

18 (19) 

19 (20) 

20 (-21) 

21 (2-2) 

22 {%i) 

23 (24) 

24 (25) 

2:i m 

26 (27) 

27 (28) 



Krant appropinquantcs; 

Estote misericorde8; 

(iUm turbîu irruerent; 

Nisi abundaverit; 

Cum turba mulla esset; 

Atteiiditc a falsis proplictis; 

Homo quidam erat divos; 

Cum appiopiiiquaret Jésus ; 

Dixit Jésus ad (|uosdam; 

Kxieus Jésus de fini bus Tyri ; 

Beali oculi qui vident; 

Dum ir<3t Jésus in Hierusalem ; 

Nemo poiest duobus dominis; 

Ibal Jésus in civitatem; 

Cum intrarvl Jésus lu domum; 

Accesserunl atl Jesum pharisaji ; R. 

Asoendente Jesu in naviculam ; R. 

Loquebatur Jésus principibus; R. 



Erat quidam reguliis: 
Simile est regnum celoruin; 
AbeuDtes pharisœi; 



Loquente Jiîsu ad turbas; 

Simile faetum est regiium caîlo- R, 

rum homini qui serninavil; 
le même que ci dessus; R. 



Rom, : Krant appropiiujuanti^s. 
R. : Cum turbie irruerent 
Nisi abundaverit. 
Cum turba multa esset. 
Attendite a falsis prophetis. 
Homo quidam erat dives. 
Cum appropinquaret Jésus. 
Dixit Jésus ad quosdam. 
Exiens Jésus de fînil)us. 
Eeati o<;uli qui vident. 
Dum Iret Jésus in Jérusalem. 
Nemo potest duobus dominis. 
Ibal Jésus in civitatem. 
Cum intraret Jésus. 
Accesserunt ad Jesum. 
Ascendens Jésus in uaviculam. 
Loquebatur Jésus principibus. 
Erat quidam î-egulus. 
Assimilatum est i-egnum ca^lo- 

rum. 
Abeuntes pharisa3i. 
Loquente Jesu ad turhas. 
Cum vidcritis abominalioiiem, 

ou ()um descend isset Ji-sus. 
Ascoiideiite Jesu in naviculam. 
Le même que ci-contre. 



R, 
R. 
/?. 
R, 
R. 
R. 
R. 
R, 
R. 
R. 
R. 
R. 
R, 
R. 



R. 
R. 
R. 

R. 



le même. 



R. 



Simili! est regnum celoium 

grano. 
Cum videritis aboininationem. 



Ici se termine le Propre du Tefn|)s ou Temporal. — Avant de 
passer h la dernière partie, le Sanctoral ou Propre des Saints, nous 
trouvons ici, daiïs U'. Bréviaire d(î Saint-Denis, les versets et 
oraisons des mémoires connnunes. 



LE CŒDR D'ANNE D'AUTRICHE ET LIBBAYE 
DU VAL -DE -GRACE 



I 



hirnii les coupoles ijui s'élèvent au-dessus d»s hRbitiitions 
fiarisionnes, quatre mépitenl une mention iiarliculière. Celle ijui 
i^jiiiruiine l'église dédiée au Sacré-Cœur sur la colline de Mont- 
martre, n'est debout que depuis )|uel(|ue3 années, et pourtant elle 
a déjà une histoire. Elle est le cliel'-d'œuvre d'une des écoles 
(l'architecture du iii' sièt^le; sa construction résume les études et 
\fs efforts de toute une génération d'artistes qui, impuissants à 
créer (lar eux-mêmes, uni su. du moins, comprendre et l'aire aimer 
\p. (tassé. Les gens de foi aiment à contempler, dominant la ville, 
ly symbole qup « la France pénitente et dévote » a voué k Notre- 
Si-ij-neur en expiation el en prière. 

L« dôme des Invalides a été entouré d'un cadre digne de lui 
p»r les embellissements apportés à la cité contemporauie. 11 
plane, dans ta majesté de sou vêtement d'or et rie pierre, sur la 
plaine di; Grenelle, sur l'Esplanade, sur ces quais larges et aérés 
ijui l'ont de Paris ta plus belle des villes. On aura beau séparer les 
églises de l'État, opprimer les premières : tant qu'il restera un 
homme sensible aux diarmes des beaux tkiilices, conscient des 
Sfliivetiirs (ju'ils évoquent, il devra reconnaître que c'est un motm- 
mcnt religieux qui préside aux maniiestations les plus laïques de 
l'Milité au XIX* siècle. 

\jp Pantbéon, malgré l'insuccès dt-s elVorls tentés maintes fois 
pour en faire un édifice purennent séculier, manilestant une utilité 
palpble, une signification compréhensilile, ce Panthéon a con- 
^rvé une notoriété qui ne lui vient pas assurément des agréments 
d'rsa sillmuelle, géométrique à l'excès, mais bien de l'altitude du 
snl sur li.'quel il est construit, et surtout ({u'il doit à la [tatronne 
Oi' I';iri8. à laquelle il avait été priiuitiveuieut consacré. 



A i^olê (11- ces inunuiiiiiiils iliiislres, li? Val-de-Gi-We osl un \>e 
oublié, bf-aiicnuii |iius (|u'U ne le iiiérile. La cnnciîption arctiîlrt 
ttirale qn'il a réalisée n'esl ni moins élt^anle, ni moins disliii^iec ] 
HUf relie qiii a présidé à la ctmstniclioii dn dôme des Invalides. La 
ligne i]ul renvelo|ipe est niêiint d'une [ilus belle el plus fi-îmclu' 
veniif, et les accessoires (jtii aceo;ntiH(;iienl la calotle s|)liériinu' 
donnent à ras|)(!ct de l'ensemble nn agrément, un «liarmr ijui se 
rencontre rarement dans riiistiiire de rarcliitectnre,. Cftle coiipole 
ne le c^de ni en majesté, ni on k-aulé à sa voisine du l'église 
Sainlc-Geneviève. 

Si l'on se reporte pur lu pensée aux souvenirs iju'évoque la 
construction de ce sanctuaire, an rôle (jue lui ont assigné les rois 
de France, l'un s'apertoit qu'il évoque des physioiioniies liisio- 
riques, ipi'il rappelle des laits auxquels i)ersonne ne saurait resli-r 
indift'érent. 

Les promeneurs qui, de l'allée de l'Observatoire, aperçoivenl 
celle noble silhouette, devntienl penser à cette reine de Fi-aiiee qui 
revul du ciel la mission de terminer l'œuvre conmient^êe pai- 
Richelieu, cl dont l'énergique obstination a joué un rôle prép<in- 
dérant dans la formation de la France contemporaine. 

Non seulement Anne d'Autriche a l'ondé le Val-de-Gràce ; le 
Val-de-GrAce. c'est bi vie d'Aiiiiu d'Aulriclie. C'est ià que. |>etidanl 
plus de quaranli' années, au million des orages qui gnnidaienl 
autour de sa télé, n'iie lillr il.'s l'.ésars, épouse el mère de rois d»- 
Franœ, est venue |iénuiliqiicmi.nit nberelier le repos, 

[l;nis rctti' .■\islpuce traversée par tant de troubles, le Val-fie- 
(;r;'irr iv[itcs>T)lr la part demeurée a l'abri des variations impiisiée-s 
(liir U-f, i-nMifiiii>nls. G'cst 5 l'ombre de ce toit que. enlourt'e de 
lldélités intelliycnles, la reine venait chercher les consolations de 
la religion. 

C'est lu qu'elle renconlrait M"" de Hauterort, dont la sineériré 
un peu grondeuse ne l'ut pas toujours récompensée. M""' de 
Senecé, dont Mazarin craignait l'influence, la su:nr Marguerite de 
Sainte Gertrude d'Arbouze. morte en odeur de sainteté; c'est là 
qu'.'llr \cii;tit tïure ces retraites fréquentes dont parle sans cesse 

M- <]•■ Mnllrvilli-. 

Si Ir V^il-ili-Gi'àce était l'ieuvi-e de 
en secours spirituels la réniMiiinisr ,]i 
cessé de combler son mtniii^rri !■ ijr ju i 

Ce l'ut donc, dans la pciisn' iTAitin' il 
naissance que l'ordre quVIIc linnn:! di' 
mort, dans l'église qu'elle avait Tail bA 



la reine, celle-ci avait reçu 
s l'irnlaits dont elle n'avait 

"Aiili'iche. un acte de rec<in- 
drpiisi'i' son i:œur, après sa 
tir. Comme, en léguant son 



LE COELK D'ANNE D'aI TRICIIK ET l'aBBAYE DU VAL-DE-(;BACE. 213 

cœur, elle entendait remettre à la garde de ses chères religieuses 
ce qui résumait le plus exactement sa personnalité entière, dans 
ses plus intimes sensibilités, il nous a semblé iuïpossible de ne pas 
nous demander ce (jue valait, au point de vue* moral, cette àme 
dont elle laissait le symbole en garde à ime conmiunauté au sein de 
Isiquelle elle avait passé les plus purs instants de sa vie. Qui sait? 
Anne d'Autriche, en butte à tant d'attaeiues qu'elle n'avait pas 
ignorées, ne se proposait-elle pas de dire à la |)()stérité que préci- 
sément les retraites du Val-de-Gràce avaient servi de sauvegarde 
^ ce cœur menacé par tant de dangers, qui avait soulTert tant 
^e chagrins? 

Sans chercher ici un prétexte à (»x|)oser des problèmes histo- 
riques peut-être insolubles, nous n'avons pas cru pouvoir séparer 
dp l'histoire des n»lations d'Anne d'Autriche avec le Val-de-Gràce, 
colle de sa vie privée, cjui a été, disons-le dès maintenant, l'objet 
de nombreuses et graves calomnies. 

Ces relations, en effet, étaient tellement intimes, elles revêtaient 
un tel caractère de régularité et de fréfiuence, (lu'elles sont incom- 
patibles avec les fautes dont les détracteurs de la reine ont chargé 
sa mémoire. 

Il ne suHirait pas (pie l'on puisse dire — la faiblesse humaine est 
si grande! — ce qu'on disait de I^ouis XIV et de Louis XV : au 
moment des grandes lêtes de l'Église, U' coupable scandaleux 
renonçait à son péché, mais, peu a|)rès l'absolution reçue, il y 
retournait, dépourvu de force de résistance. 

Nous croyons parvenir aist^ment à démontrer qu'Anne d'Autriche 
eut vis-à-vis d'elle-même u\w attitude plus loyale, et (jue sa 
conscience n'était pas chargée d'une habitudtî df^ |)éché, lorsque 
deux fois par semaine, et à la veille des grandes fêtes, elle venait 
prendre gîte au monastère du faubourg Saint-Jac(iues pour s'y 
préparer à ses dévotions. 

L'étude des raisons pour les(pielles Anne d'Autriche fonda le 
Val-dt^-Gràce constitue, dans cette délicate matière, un point de 
vue ([ue n'ont pas envisagé les historiens qui ont examiné comme 
des juges criminels l'extérieur du procès, sans se |)réoccuper de la 
psychologie de l'affaire. Ils ont, nous semble-t-il, négligé un élément 
d'appréciation sinon décisif, tout au moins (extrêmement important, 
dans une matière où ils se trouvaient en présence de beaucoup 
d'obscurités. 

Pourquoi la reine-mère, faisant renaître un usage rarement 
adopté, avait-elle partagé ses restes mortels entre deux établisse- 
ments religieux et fait deux parts inégales? L'une, officielle en 



'i 



^14 iitvrn: hahillok. 

(|ueliiiJe sorte, symlwliqiif de sa vie publique, son corps entier, 
devait reimstsr à côte de Louis Xltl, dans les caveaux de Saîni-Dtnis. 
Quant il son creur, qui re]irésentail la portion plus sacrtV àv sa 
personne, eili; l'ottrail en souvenir :'i celles qui avaient êlé ka[ 
eontidentes de ses peini;s, de ses angoisses, Taut-il dire 
ses repentirs! 

Fantaisie d'Espagnole romanesque et dévole, dira-t-on ! Nous ne 
saunons nous contenter d'une psychologie aussi rudiinentaire. 

Nous rouvrirons donc le procès de la régularité de la conduite 
d'Anne d'Autriclie, puis nous chercherons à pénétrer les molifs qui 
dictèrent ses libéralités envers le Val-de-Grâce, el son testament. 

Nous serons alors amené à nous poser cette question : Est-il 
[K)ssil)le que, pendant quaninte ans, cette femme ait mené l'existence 
d'une pécheresse, sans que ses Tautes, accidentelles ou d'habitude, 
aient modifié en quoi que ce soit le cours de ses visilns. de ses 
retraites, de ses communions? 

La réponse à cette question nous donnera le droit de conclure 
que les moniales purent accepter le don du cœur de lenr bienTai- 
Irice en toute sécurité de conscience, dans la [ileine certitud< 
tant d'honneurs n'avaient [tas pour objet une chrétienne gi-avem( 
oublieuse de ses devoirs. 



H 



'm 

1 



L'origine de tous les mauvais bruits qui ont eu cours an sujet 
d'Anne d'Autriche est suspecte tout au moins de partialité. 

La liaison avec Buckinghara, qui l'a signalée non pas à l'histoire, 
mais aux malveillants déjà excités contre la reine par les malen- 
tendus, les fautes si l'on veut, en tout cas par les jalousies et les 
coupables ambitions dont l'ensemble est connu sous le nom de 
Fronde? C'est le cardinal de Itetz, ce professionnel de la conspi- 
ration, ce prêtre aux mœurs dépravées, cet homme assoilTé 
d'honneurs, qui, pour obtenir le chapeau de cardinal avait, tour 
i tour, soulevé l'émeute dans Paris, et joué an Louvre la comédie 
de la soumission et du loyalisme. 

De cette accusation que reste-l-il dans l'histoireï Le souvenir 
d'une des nombreuses entreprises de Buckingham contre la vertu 
des femmes honnêtes, mais d'une entreprise cette t'ois rendue impos- 
sible par l'organisation de la cour à cette époque, qui ne laissait pas 
un instant d'isolement a la reine. Buckingham vit Anne d'Autrichcii'' 
à Paris, au milieu d'une foule de courtisans; à Amiens t'sudace d 




LK COKIK D'aNNE l^Al TUICHE ET i/AHUAYE 1)L VAL-DE-CUACE. 215 

favori de Charles I" fut telle que la reine a[)[)ela au secours. La 

tt^oisième lois, ce fut au Louvre, en plein jour, et la princesse 

^^ Conti, « (pii raillait de bonne gn\ce, dit M""" de Motteville, 

ï'"^ i:iI)orlp qu'elle pouvait répondre au roi de sa vertu, mais qu'elle 

'ï*€*n ferait pas autant de sa cruauté ... et qu'elle soupçonnait ses 

y^ijx d'avoir regardé cet amant avec (juelque pitié ^ » 

laporte ^ nous donne la vraie note du sentiment de la reine 
^ l'occasion de cet incident. Cette femme, (|ue tous les mémoires 
^ ^i temps dépeignent comme d'un naturel indolent et paresseux, 
'^^^nifesta son ennui lorsc^u'elle ap|)rit le retour imprévu de 
^vickingham. Elle dit à Noi^ent-Bautru : « Encore revenu! Je 
F^^^nsais que nous en étions délivrés! » 

Le même Laporte parle crûment de l'impossibilité pour Anne 
^* -Autriche d'oublier ses devoirs vis-à-vis de son mari et vis-à-vis 
^^^lle-méme. « Quand la rein^î aurait voulu mal faire, il lui aurait 
^\é impossible, ayant tant de gens autour d'elle ^. » 

Le passage suivant de M'"'' de Motteville donne la vraie physio- 
'^omie de l'incident. . 

« Il est à présumer que ses vieux (ceux de Buckingham) furent 

^€*cus comme- on feint que les diruix soutiraient les offrandes des 

Jiommes, c'est-à-dire sans pouvoir deviner par leurs oracles si 

liîur destinée était bonne ou mauvaise. La mine, n'en faisant point 

Un se<*ret, n'a pas fait de ditllculté de me cont(»r depuis (fort 

*1 «^trompée de ces dangereuses illusions), (ju'étant jeune, elle ne 

^^omprenait pas que la belle conversation, (pii s'appelle ordinai- 

f^f^ment Thonnêle galanterie, où on n<» prend aucun engagement 

l>tirticiilier, pût jamais être blâmable, non plus que celle que les 

clamt^s espagnoles pratiquent dans leurs palais où, vivant comme 

^es nîligieuses et ne |)arlant aux hommes que devant le roi et la 

^tîine d'Espagne, elles ne laissent pas de se vanter de leurs 

Ci4)nquêtes et d'(Mi parler comme d'ime chose qui, bien loin de leur 

^^ter leur réputation, leur en donne beaucoup *. » 

Ce passage prouve trois choses : la première, c'est cpie la reine 
^^vait la conscience tranipiille au sujet <le ses ra|)p()rts avec 
lucklngham. Autrement elle n'en eût pas parlé sur ce ton à sa 
Jiontidente. La seconde, c'est (pie M™' de Mottevill(% (pii n'avait 



1 Mémoires de M^^de Motteville, édition Michaud et Poujoulat, p. 19. 

* Ibid., p. 8. 

^ Laporte, ibid,, p. 8, â*» col. 

♦ Mémoires de M^* d> Motteville, loc. cit., p. 18. 




B»èpp quitté la coDr, ne croyait même pas à la possibilité ilMn 
soiipt^on. l>a Iroisième, c'est le caractère tout plaloni<îuf 
iiommagès iiue les jeuiifs l'pmnii;s <le la cour de Madrid avaiiiat 
coiitiimc de l'ecevoir, smis ijnc riHic indulgence de leur |«arl pouf i 
cp iiiH- les EsiKignols ;i|i|>i||rTii il. •- /'mrsas, pour celle surle dft 
(tirl. puisse être cnnsiiirnV rli.v. fiii's luiime comme riodicatioo' 
d'uni* fyildesse, 

CiUr oïliciise accusation portée [Kir ReU, qni avait ét^ lui-ménie 
rnliji'l (l'une rehuiliidiMlc la [Kirl il'Aime d'Autriche '. semble avoir 
,si>rvi (le prvti-xte à Imil''-^ li's i-;iliitiitiii'< dont les pamphlets de W 
Fronde se sont liùl VivUn. ■■} m ii;inii'idier ;i celles qiie Voltaire 
a mises eu circulai ii m à iiliiMmis reprises, an cours du xvdr siècle, 
(Ijms im intérêt de propapamle anticlirélienne. 

Le calomniateur de Jeanne d'Arc était, en effet, toujours prdti 
à .salir une répnl^tion i'émitiiiie, surtout quand celle-ei était uM 
lii<'[irailriL'e du culte catholique. C'est sur la l'oi de ses dire^ qtié 
certains liisl<irieiis contemporains ont admis comme sérieuse une 
opinidii i]u'ils auraient méprisée, s'ils n'en avaient trouvé la traoq 
que dans les misérables pamphlets contre Ittazarin, Anne d'Autriche 
et Louis XIV. 

Il commence jiar pulilier un exposé de tous les laits qui composent 
la légende du Masipie de (nr *. Il n'omet aucune des inventiooi; 
romanes(|ues dont la critique contemporaine a démontré la l'ausseté^ 
le masque d'acier à ressort, la visite de Louvois, l'assiette d'argent 
jetée sur les rochers de Sainte-Marguerite, ia considération que s< 
gardiens témoignaient au prisoimier. Mais le malin publiciste < 
ganic bien de prononcer un nom, il ne [rnrte d'accusation contre 
personne : son intention est seulement de laisser entendre i 
lecteur que le personnage emprisonné à Pignerol et aussi à 
Bastille était un liomme de liante naissance, sur lequel on av: 
intérêt à l'aire planer un mystère. 

Oiii'lqnes années après, dans un article anonyme, Voltain; publie; 
dans le [linllimnaire pliilosoptiujiie, la note suivante ; 

« Le Masque de Ter clail sans doute un frère, et un l'rère aîné d 
Louis XiV, dont la mère avait un goût pour le linge tin .... Ce lUI 
en lisant les mémoires de ce temps qui rapportent cette anecdot* 



I II faul lire i oel fg^rA lu page fort int£ress!itite que M, i. Lair. dans soi 
rcTnnriUHNe oiivrH^e sur Nieolna Fouquet. a ëcriie sur In lentutive (lu caad> 
juteur. et la nnie que le consciencieui écrivain a mise hj pied de non n*<;it. 

a Sifclt (U Loui» XIV, ciia|i. XXV, Partie ularitéi et itruedolri du rifne 

Louit xrv. 




LE COEUR D'aNNE D'ArTHICHE ET l'aBBAYE DU VAL-DE-GRACE. 217 

au sujel de la reine que, me rappelant ce niême goût du Masque de 
fer, je ne doutais plus qu'il ne lût son fils, ce dont les autres 
circonstances m'avaient déjà persuadé. » (Cité par Loiseleur, 
Le Masque de fer devant la critique moderne^ p. 2i6.) 

Puis, pour corser un peu cette allégation que seul le public 
spécial auiiuel s'adressait Voltaire |)ouvait prendre au sérieux, 
il ajoutait une labU» ingénieusement imaginée. Anne d'Autriche s'était 
crue stérile. Sa grossesse, fruit de ses amours avec Buckingham, 
l'avait détrompée. Elle commença d'abord par cacher la naissance 
^ie ce lils qui devint plus tard, suivant l'hypothèse de Voltaire, le 
personnage au Masque de Ter. 

Fière alors de pouvoir donner un héritier à l'État, Anne d'Au- 
triche se ménagea une réconciliation avec son mari, et alors 
naquirent successivement Louis XIV et le duc d'Orléans. 

Le lecteur sent quelle importance avait, dans l'esprit de la secte 
voltairienne, l'admission de toutes ces inventions. 

La filiation de la dynastie des Bourbons entachée d'illégitimité; 
^es soupçons de suppression d'enfant jetés dans le peuple, avide 
<^ï<* CCS sortes d'informations; Anne d'Autriche déshonorée et, avec 
^Hr, les couvents qu'elle avait fréquentes toute sa vie : l'entreprise 
^•^' calomnie était savamment montée. 

Il est à peine besoin d'ajouter que tout cet échafaudage ikî repo- 
^^\t sur rien; que la criti(pie cont(Mnporaine a démontré par la 
r>nt3lication des |>ièces officielles : 

I>*abord, (ju'Anne d'Autriche avait eu déjà deux grossesses, 
^••rminées par des accidents, avant la naissance de Louis XIV. 
Hé^oard et Bassompierre raconlimt les détails d(^ (^et incident. 

C^tiant à la seconde grossesse, en l()3i, elle est affirmée comme 

^m^ événement heureux et normal, par Hichelieu, dans une lettre 

** -^^^ nièce la duchesse d'Aiguillon, publiée |)ar M. Avenel : « On 

^oiM j^çonne, non sans grande raison, que la reine est grosse; si ce 

^^^ ïieur arrive à la France, elle le devra recueillir commtî un fruit 

^^ 1 ^ bénédiction de Dieu K de la boiuie intelligence (pii est entre 

^ ■^^'^~)i et sa femme depuis quelque temps ^ » 



liant au goût du Masque de W.r pour le linge iîn, la critique 

"^^^^^erne en a fait justice. Ce n'était qu'une légende, ne reposant 

^^^ aucun témoignage sérieux. Voltaire ne l'avait insérée dans le 

Si^=^e:?fe de Louis XIV, que pour mieux préparer les voies à sa 

C^^^:imnie du Dictionnaire philosopha/ ue. 



^ LeUres et papiers de Richelieu, publiés dans la colleclion «les Docunienls 
i^ctiY* de Vkùtoire de France, par M. Avenel, t. IV, p. -415. 



HKVDK HAKILLON. 



Quoi (ju'il en soit, ajirf^s les travaux dp MM. L;iir. MariusTuirt'^- 
Loiseleur, il n'est rien resté d*? toul cet effort de calomnies, ii*-" 
puisse entacher l'honneur conju^l d'Anne d'Autriche. Mais l'atite»*' 
du Siècle de Louis ,\7 t'avait clairement lormulé une légende, (wj^ 
les termes d'une énigme historique, qu'il a lïillu deux siècles li* 
travaux et une monliigne de publications pour résoudre. 

Que le roi Louis XIV eût eu intérêt à cacher l'arrestalion d'ur^ 
traître tel que Matthioli. qui avait livré aux ennemis de la Frana^ 
le traité relalifà la prise de Casai, c'était là un ftit isolé, sans ré[MT- 
cussion sur l'avenir de la religion catholique ou de la dynastie des 
Bourlions. Mais que le Masque de Ter fAt un lils adultérin d'Anne 
d'Autrichi', de la descendante de Charles-Quint et de Philipije 11. 
qui avaient barré le chemin, en Espagne et aux Pays-Bas, à l'inva- 
sion du |)rotestantisme, précurseur do la secte des encyclopédistes, 
voilà quelle était, aux yeux de ces derniers, la donnée de polémique 
utile à provoquer, la cahmmie U laquelle il importait de donner un 
semblant d'autorité. 

Le t'ait était d'autant plus capital ;') faire :idmeltre, qu'il a donné 
ouverture à hien d'autres liypotlièses. 

I^ réputation d'Anne d'Aulririie une lois atteinte, tout devenait 
admissible en l'ail d'accusation de moralité. 

Aussi retrouvons-nous partout dans les ouvrages de ceux qui 
accusent la mère de Louis XIV de légèretés dans sa conduite, les 
traces de la calomnie inventée par Retz et propagée par Voltaire. 
Même les écrivains qui, comme Loiseleur, déclarent Anne d'Autriche 
innocente en ce ijui concerne la naissance du Masque de fer, et 
l'incident Buckingham, ne sont [Kis restés indifférents à l'impression 
i|ueleura laissée la lecture des allégations de l'auteur de la Puceile. 
C'est ainsi que le penchant & la galanterie, dans le sens espagnol, 
sens que vient de délinir ;'i nos yeux le fragment cité des Mémoires 
de M"" de Motteville, jienchant qui maniiestc surtout l'orgueil d'une 
jolie femme, est apprécié trop .souvent par eux comme l'indiC'ation 
d'un tempérament voluptueux et liliertin. 

Aux yeux des critiques sérieux, pas un des faits que rapportent 
les documents contemporains, et dans lesquels jouent ini rôle des 
avantageux repoussés avec plus ou moins de dédain par notre 
héroïne, ne mérite d'être admis comme démontrant la mauvaise 
conduite de cette dernière. 

Nous n'hésitons donc pas à aftirmer que cette opinion au sujet 
d'Anne d'Autriche que nous rencontrons ctiez un wrtain nombre 
d'historiens, provient de ce qui est resté, diins l^-ur ''sitrit, d.-s 
accusations de l'ami des encyclojwdistes. Il i-< dni 
combattre cette appréciation erronée. 



LE co*-:rK d'annk d'ai triche et i/abhaye du val-de-grace. 219 



. III 

Pour en tinir avec cette question de la régularité de la conduite 
(rAnne d'Autriche pendant son mariage, constatons quelles étaient 
les relations des deux époux. 

« Cette princesse (Anne d'Autriche) affectionne infiniment la 
France, et, avec raison, désire apprendre la langue, parle de 
s'liai)iller à la ti*ançaise, et en tout propos, témoigne son extrême 
affection pour la reine (Marie de Médicis). Je la trouvay, sans 
flatterie trop, plus belle (jue nul portrait que j'en aie veu : c'est bien 
leï plus beau teint et la plus belle chair que je croy qui se puisse 
voir; ceux qui la voyent plus souvent disent qu'elle embellit à vue 
(l'ueil; le contentement de l'esprit peut beaucoup K » 

Le même Vaucellas raconte : « J'ay sceu d'une dame qui a sa fille 
nourrie avec l'Inlante aînée (Anne d'Autriche), (ju'elle avait dit à la 
dite fille, il y a quelques mois, qu'elle avoit entendu que ce ne 
seroii pas elle, mais sa sœur (Dona Maria), qui seroit reyne de 
France; mais que si ainsi estoit, ([u'elle estoit résolue de passer 
sa vie dans un monastère sans estre jamais mariée *. » 

Telles étaient les idées avec lesquelles Anne d'Autriche arriva en 
'•'''^nce. Sa conduite, lorsqu'elle lut devenue régente et responsable 
de la grandeur de son pays d'adoption, démontra que cette impres- 
sion favorable lut celle de toute sa vie. 

Mais, dira-t-on, la tiédeur de Louis XIII pour sa femme détruisit 
toiit^g les illusions de la jeune et belle Espagnole. Celle-ci fut 
' ^i>jet pendant (juatre ans, jusqu'en 1619, d'un abandon complet 
"^ la part de son mari ; plus tard, iîous constatons des dissentiments 
^^*^Ves entre les deux époux. La perquisition du Val-de-Grâce, 
' *ïït€5rrogatoire que HicheUeu lit subir à Anne d'Autriche, l'aveu 
. ^nniiiant que signa cettf dernière, ne présentent pas comme une 
*^y 1 1^ la vie de ce ménage royal. 

^ous traiterons plus à fond et sur pièces la question de l'incident 

^^** se passa au Val-de-Grace. Pour le moment, contentons-nous 

V signaler l'inconcevable légèreté avec laquelle les princi|)aux 

•^^^toriens ont traité cette question des relatioiîs conjugales de 

^^Uis XIII et d'Anne d'Autriche. 



Vaucellas, fonds Harlay, elle par A. Baschet : Le Roi chez la Reine, p. 126. 
^^<*ellas était ambassadeur de France M Madrid au moment des négociations 
^^r le mariage. 
Loc. cit. 



KEMiF. UARII.I 

On a voulu envisager le coiipli- royal comme si le mnmge avail 
(!lé ell'eeliié dans des condilioiis normales. On oublie que lnrsi|ue 
à BordcMux Marie du Médicis conduisit son lils dans la cliainlire 
(le celle qui était désormais sa Ukraine, les deux conjoints n'avaienLJ 
[Kis ensi^inlile trenle-deux ans, (juc Louis Xlll, de formation tardive, J 
n'était (jLj'un enfant ... et qu'Anne d'Autriche n'était pas nuliîle ',■ 

Il ne manque pas, dans les cours, de gens pressés qui veulent.j 
hâter les événements, c'est le métier des courtisans de s'occup< 
des choses qui concernent les j)nnci's, et celui des ambassadeurïV 
de veiller a ce que lelh^s uti ii'llis siiii;iiLons ne [>èsent pas d'u&9 
poids gênant sur les inlrivis; dr Imi' pali^ie. Au rond, le résultat 1» 
hien démontré, If uoikv Hi'iilivoi^lio, ranihassadenr d'Esjagne, le»" 
représentants des huguenots à la cour, auraient heaucoup mieux 
lait de rester tranquilles, et rie laisser Louis Xlll juge d'une 
«piestion sur laquelle il était seul renseigné. Il est Tort douteux 
que Luynes, en traînant le roi dans l:i chambre de sa l'emme, 
beaucoup avancé l'apparition en ce monde d'un dauphin héritiwi 
des Bourhons. 

Quoi iiu'ii en soit, la reine était satisfaite de son mari ; elle ne se 
gène pas pour l'écrire à son |)ère : « Sa Majesté le Roi est pour moi 
très attentil' et très amoureux. Il n'en fâut donc pas croire tous 
les propos lenus à cet égard, ]irn|iiiR qui jifuvent être lrail(-s de J 
caquetages de vieilles femmes {parierian lie miigeres viejas *}. 

Lorsqu'on examine dans son i-iisemldc Im situation qui est faite 1 
'i la jeune reine qu'on réfléchit aux bon"* procédés du roi vis-à-vïs 
de<iafenne on est tenté je tn ter de j ri riasde mugeres vi^as» 
toutes tes ig ut ns d pi I dti |u aul ur d'un Riil {[ue le temps 
deva t latal nent [rnli re On est amené surtout à considérer 
omme ns Ifsjnt I [sj holog e de s auteurs qui s'obstinent 
à ne vo r i L i Xlll et e Anne d \ triche qu'un jeune homme 



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Or les m I 

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pre teupat 



I f I tL pés de leurs amours. 

n 1 sposer le jeune roi contre s 
l conj gd Que Louis XIII fût Q 

j n'îer hien d'autri'.i sujets dfl 



' (UPEFjcrE, Rii-helieu. Mniarin. la Fronde rt ie r^gne dr Louit IIV, Paril 
tH3.^, H vol. ln-8, tome III, |i. \m. 

ArcliivesdeSiinancas.Letlre de l'ambassadeur (l'Kspagne i» I^igiiese pued 
considerar para alajar et desconMiela. es rpie no lenga hasta atiora a 
cosluRibre. ■ 

> CM |iar (ItPSPiacE. 1. III, [i. ITO, exlrait des archives de Simancas. 



LE COKIR D'AXNE d'aUTHICHE ET i/aKBAYE 1)11 VAL-DE-GHACE. 221 

La reine avait été donnée à la France par les Espagnols pour 
<|\relle y Ht triompher la politi(|ue(iui servait le mieux leurs intérêts. 
Cf.*ux-ci étaient opposés à ceux de la France, tels du moins que les 
envisa«çeait Louis XIII sur le conseil de Richelieu. 

Les historiens sont unanimes à cet égard. « L'Espagne, dit 
Gapetigue (ïoc. cit.), avait toujours à Paris un ambassadeur en titre, 
le niarcpiis de Mirabel, homme trop im|)atient, troj) lier pour se 
ployer à toutes les exigences de la situation ; la reine Anne 
d'Autriche, protectrice des intérêts espagnols, se concertait souvent 
avec l'envoyé de son Irère; et Richelieu (jui veillait sur les moindres 
incidents, s'inquiétait de ces rapports politiques lesquels nuisaient 
à la marche générale de son système. II avait mis en antipathie le 
marquis de Mirabel ; il avait interdit à la reine toute communi- 
cation avec lui; il l'humiliait de toutes les manières, et la tierté 
espagnole s'en indignait ^ » 

Dès les premiers jours de l'arrivée d'Anne d'Autriche en France, 
la volonté de l'Espagne s'était allirmée. Le duc de Lerme, tout- 
puissant à Madrid, voulait avoir en la jeune reine un agent sûr et 
fidèle, entouré d'un cercle de dames non moins dévouées que 
leur maîtresse à leur pays d'origine. 

Les dames de nationalité espagnole lurent peu à peu remplacées 
par des Françaises; mais les dispositions des conseillers de la reine 
ne devenaient pas plus lavorables à la politicpie de Richelieu. Pen- 
chant le siège de la Rochelle, si nous en croyons M. de Carné 2, 
l'Espagne faisait des vœux pour les succès des protestants. « Les 
archives de Siraancas, récemment dépouillées, ont rapporté des 
preuves péremptoires de la trahison de l'Espagne. Les dé|)êches 
autographes adressées par Philip|)e IV au marquis de Legannés et 
5ÎU mar(|uis de Mirabel, son ambassadeur à Paris, constatent le vii" 
cJésir de l'Espagne de voir échouer le siège de la Rochelle, et 
ses efforts pour arriver à ce résultat au moment même où 
ses flottes recevaient l'ordre de se rendre dans les ports de 
France atin d'appuyer les opérations militaires commencées par 
Richelieu. » 

Marius Topin lait remarquer que « depuis le jour où il lut au 
pouvoir, rien n'échappa au regard pénétrant du ministn^ attentif 3, » 
et il ajoute : Si Richelieu la représente (Anne d'Autriche) comme 



ï r.APEFicrE, loc. cit., t. V, p. 177. 

* Le$ Fondateurs de V uni té française, t. H, p. â28. 

^ M. Topin, L'homme au masque de fer, Paris, 1870, in-12, pp. 'M) ol 10. 



222 



une reine |>eii Irancaise, il ne donna jamais ii eiiteadi'e qu'elle a été 
i^pouse coupable '. » 

Comme la question ici est fort délicale, et (lu'il existe des pièces 
écrites d'une authenticité incontestable, qui établissent la physiono- 
mie de l'alfeire, c'est à celles-ci que nous demanderons la lumière. 

Nous laissons parler Capellgae, qui a décrit très lidèlement les 
scènes dont le Val-de-Gràce fut le témoin en 1637, entre la reine 
et Richelieu, à la suite desquelles furent échangées des déclarations 
publiées alors pour la première fois. 

o La police de Ricbelieu avait découvert la correspondance 
intime de la reine infante avec le marquis de Mirabel, ancien 
arohassadeur d'Espagne. Cette princesse avait comme une sorte de 
pied-à-lerre et de pieuse retraite, le Val-de-Gràce. Elle allait s'y 
renfermer chez la supérieure, de la famille de Pontcarré, toute 
dévouée à l'Infante. C'était là qu(i la correspondance avait lieu par 
un valet de chambre du nom de Laporte, et M""* de Ohevreuse. 
femme d'esprit, ipie le cardinal redoutait tant. Il y avait longtemps 
déjà ([ue te cardinal méditait un coup d'é<^lal contre la reine infante; 
pendant les troubles de la famille myale. Anne d'Autriche seule 
avait conservé quelque repos; le iniulslre mettait beaucoup de prix 
à constater les relations avec l'Espagne et le cardinal infant, 
gouverneur des Pays-Bas. Le but du premier ministre était de 
démontrer aux yeu\ du prince que seul il avait le sentiment 
profondément national et que tonte la famille royale qu'il ri^nutait 
s'était mise en rapport avec l'étranger. Richelieu, envaliissant t^ 
Vai-de-Grilce, tit fouiller les appartements de la .supérieure 
précautions avaient été prises, et l'on ne trtmva que des pi< 
iusitîniliiuiles, ili.-s ducuineiils sans valeur. La n>inc inlïinte pressée' 
par le rliHiicflicr. nicnan-i' iTiin divorce ou d'une di^râce complète, 
fut filtrai liée à faire di;s a\eu\. Le cardinal se hàia de se rendre 
auprès d'elle, au Val-ile-Gi-ice ». « Madame, dit le ministi-e. il faut 
tout dire, n'user d'aucune dissimulation; autrement je me retire, 
et le roi prendra les mesures qu'il croira nécessaires. — Ah! 
Monsieur le cardinal, s'écriÊi la reine, restez seul avec moi, et Je 
dii"ai tout ce que je pense i^t puis savoir '. » | 

« Le cardinal lit retirer tous ceux i)ui l'avaient arcom|)agné. atj 



ièOti^ 



i Lue. cit., p. M. 

' Procts-verlial ilu tlianceli 
unn.îe 1037. 

* Hi^mulre i^rril île 
ma&e 1837. 



-lu <■ 



[inrlometu, Ms. île HdUiiim 
'1 ('VL^neini'iii. .Ms. de BtHliumftJ 



LE COEUK D*ANNE d'aUTRICHE ET l'aBBAYE ïiV VAL-DE-GRACE. 223 

s'approchant bien près de la reine, il lui parla avec une extrême 
douceur. Cette pauvre infante, tout effrayée, s'écriait de temps à autre : 
a Quelle bonté faut-il que vous ayez. Monsieur le cardinal! em|)loyez 
votre crédit pour me tirer de cette atfaire, et je vous promets de ne 
plus commettre de fautes à Tavenir. » Et le ministre paraissait 1res 
satisfait d'humilier ainsi une des plus ardentes ennemies de son 
système; il alla chez le roi prendre ses ordn^s délinitifs, puis revint 
auprès d'Anne d'Autriche, et lui imposa la déclaration suivante : 
<c Nous, Anne, par la grâce de Dieu reine de France et de Navarre, 
avouons librement et sans contrainte avoir écrit plusieurs fois à M. le 
cardinal infant notre frère, au marquis de Mirabel, à Gerbier, rési- 
dant d'Angleterre en Flandre, et avoir reçu souvent de leurs lettres, 
que nous avons écrit les susdites lettres dans notre cabinet, nous 
conlianl seulement à Laporte, notre porte-manteau ordinaire, à qui 
nous donnions nos lettres, (pii les [)()rtait à Auger, secrétaire de 
Tambassade d'Angleterre, lequel les Taisait tenir audit Gerbier; 
que, entre autres choses, nous avons queUjuerois témoigné du 
mécontentement de l'état où nous étions, et avons re^u et écrit des 
lettres au mar(|uis de Mirabel, écrites en des ternu\s qui devaient 
déplaire au roi; cpie nous avons donné avis du voyage d'un 
ministre en Espagne [>our (jue l'on eût l'œil ouvert à prendre 
garde à quel desseir) on l'envoyait; (pie nous avons donné avis 
audit manjuis de Mirabel cpuî l'on parlait ici de l'accommodement 
de M. de Lorraine avec le roi, et (pie l'on y prît garde; que nous 
avons témoigné être en peine de ce cpie l'on disait (jue les Anglais 
s'accommodaient avec la France au lieu d(î demeurer unis avec 
l'Espagne, et que la lettres dont Laporte a été trouvé chargé devait 
être f)ortée à M"* de Chevreus(,' [)ar le sieur de la Thibaudièiv, et 
que la dite lettre l'aisail mention d'un voyage (pie la dite dame 
de Chevreuse devait faire comme inconnue vers nous. Avouons 
ingénuimmt tout ce (pie dessus comme choses (pie nous recon- 
naissons franchement et volontairement êtn» véritables; nous 
jiromettons de ne retourner jamais à |)areilles fautes et de vivre avec 
ifi roi, notre très honoré seigneur et époux comme une personne 
qui ne veut avoir aucun intérêt que ceux de sa personne et de son 
£lât. En témoignage de (|uoi nous avons signé la présente de notre 
I^ropre main. Anne ^ w 



1 Chantilly, 17 août 1Ô35. Pris sur la co|)ie (pii fut reniiso au rarclinal 
rte Richelieu par ordre de la reine. On la trouve dans les Mss. du cardinal 



^e Richelieu. 



224 



IIRVUK HAniM.ON. 



« Quelques inslants après que la ruine eut signé l'aveu de ! 
l'autes, Kichelieu retourna avec deux écrits de la main du roi; S 
premier avait élé ajusté tout au bas des aveux d'Arme d'Autriche^ 
il étiiil ainsi conçu : « Après avoir vu la 1res l'ranche confe-ssion 
que la reine, notre très clière éjiouse, a l'aile de ce qui nous a pu 
d(.'|)laire depuis quelque temps en si) conduite, «H l'assurance 
(lu'elle nous a donnée de se conduire à l'avenir selon son devoir 
envers nous et envers notre État, nous lui déclarons ipie nous 
oublions entièrement tout ce qui s'est passé, n'en voulons jamais 
avoir snuveuance. et voulons vivre avec elle comme un bon roi et 
tin liu[i inari doit l'aire avec sa fennne. En témoin de quoi, j'iii signé 
la jin^sente, et icelle t'ait contresigner par l'un de nos conseillers 
secrétaires d'Étal. » Le second prescrivait à la reine en lautp sa 
règle de conduite pour l'avenir; elle devait éviter de nouvelles 
intrigues : u Je ne désu-e pins que la reine écrive à M"' de 
Clir\n'iisf. |iriikifi(ilciiiciii |j;irce (|iie ce prétexte a été la cause 
de 11 III h s II- iTtiiiiii'^ i|iicl|c ;i l'ailes ailleurs. Je désire que M"* de 

Sent'iT iiir yniU' r pli- ilr toutes les lettres ijue la reine enverra 

et qu'i-lles soient leruiêes en sa présence; je veux aussi que 
Filandre, sa première l'enime de chamhre, me rende compte toulirs 
les itiîs que la reine écrira, étant impossible qu'elle ne le sache, 
puis(|uVllc {;ardc son éi'rîioin'. Je défends à la reine l'entrée C 
eiiiivcut des ri.'lit;i('iiscs jiisipi'ii ce que je loi aie permis de nouvejllj 
el lnrsi|ue je U'. p^rmciirai, je désire qu'elle ait toujours sa t 
d'honneur et sa dame d'atour dans les chambres où elle entrent 
Je prie la reine de se hien souvenir quand elle écrit ou fait écrii 
en pays étrangers, ou y l'ait savoir des nouvelles par quelque vi 
que ce soil. directe ou indii'ecte. Elie-méine m'a dit qu'elle se tiepti 
déchue de son propre consentement de l'oubli que j'ai Taw 
aujourd'hui de sa mauvaise conduite. La reine saura aussi que "> * 
ne désire plus, en tiiton du monde, qu'elle voie Craf et autr *^""' 
ijilreiuciicurs de M™" de Chevreusc. » El la jiauvre reine, tot»^" 
lirndjlaïili-. écrivit au-dessnus de la signalure royale : « Je pmmi^^^ 
à Sa Majesté d'nhserver religieusement le contenu ci-dessiM^ 
Anne » ^H 

La ItTture atttnine des pièces iilees pdr Capetlgut demonl^^| 
jusqu'à l'évidniie (pi d s^gisiiait de dissnUnnintt, politiques, "^^ 
non, à aucun di^it di suupu ns ulatil<% i la lidtlitt < onjugale ^- 
la reine. S'il était bcboin dun dUtrc aigument m h Ironvert* 



7 iiofti un- njns les M s 




LE COKL'R d'aNNE d'aUTRICHE ET l'aBBAYE DU VAL-DE-CiKACE. 22o 

dans ce fait que, un an après, la naissance de Louis XIV venait 
donner un démenti formel à ceux qui spéculaient sur la brouille 
des deux époux. 

Les relations n'avaient du reste jamais cessé entre le mari et 
la l'emme. 

Le 10 janvier 1637, à une époque où le mécontentement causé 
au roi par l'attitude de la reine (*t son amour pour TEspagne, avait 
certainement déjà pris naissance, Louis XIII écrit à Richelieu 
« qu'il fera venir la reine à Saint-Germain, les soirées y étant bien 
longues sans compagnie ^ » 

On pourrait encore trouver une confirmation de cette opinion 
de Louis XIII sur la fidélité d(5 son épouse, dans la tonne religieuse 
qu'il donna à son contentement; lorsqu'il fut assuré du sexe de 
rhéritier (jue lui donnait la reine, le jour même, « parut une décla- 
ration du roi qui mettait le royaume sous la protection spéciale de 
la Vierge Marie, pieuse offrande, dévote résignation, qui plaçait la 
couronne du roi au |)ied de cette mélancolique et douce tigure de 
la Vierge pure et de la Mère immaculée de son Fils l)ien-aimé : 
« Xos mains n'étant pas assez saintes ])our présenter nos offrandes 
à la pureté même, disait le roi, nous croyons que celles qui ont 
été dignes de la porter les rendront hosties agréables, et c'est 
chose bien raisonnable qu'ayant été médiatrice de ses bienfaits, 
elle le soit de nos actions de grâces. A ces causes nous avons 
déclaré et déclarons : que prenant la très sainte et très glorieuse 
V^ierge pour protectrice S])éciale de notre royaume, nous lui consa- 
crons particulièrement notre personne, notre État, notre couronne 
et nos sujets, la suppliant de nous vouloir inspirer une sainte 
conduite, et défendre avec tant de soins ce royaume contre l'effort 
cle ses ennemis, que, soit qu'il souffre le lléau de la guerre, ou 
jouisse de la douceur de la paix, que nous demandons à Dieu de 
t-out notre cœur, il ne sorte point des voies de la grâce (lui 
^•(induisent à celles de la gloire ^. w 

Nous retrouverons plus tard la reine faisant écrire au Val-de- 
CUràce des inscri])tions en harmonie avec cette déclaration du roi 
lA)uis XIII. Pour le moment, qu'il nous suffise de constater (jue, 
5^i le roi avait eu des soupc-ons graves contre la moralité de celle 
^ \u\ venait de lui donner un lils, il se serait gardé d'entourer la 



1 Cité par Marins Topix, Le Masque de fer, p. 55 en note. 

^ Déclaration du Roi, par laquelle S. M. déclare (lu'elle a pris la T. S. V. Marie 
rwur protectrice spéciale du Koyaume. Bib. du Roi, Lancelot, port, in-f", papier 
Arert, Rè(j^e de Louis XIII. Cité par Capetigue, op, cit. 



^K 



226 REVIE NABILLON. 

naissance du dauphin de telles solennités. La reine, de son côté, 
n'aurait pas construit le Val-de-Grâce pour donner plus d'impor- 
tance encore à ses déclarations, et les affirmer dans un monument, 
objet de la préoccupation de toute sa vie. 

La conclusion qui s'impose, c'est que Louis XIII et Anne 
d'Autriche n'ont jamais eu de doute réciproque sur la correction de 
leurs relations conjugales. 



IV 



Nous avons déjà fait observer qu'en rejetant explicitement les 
accusations d'adultère portées contre Anne d'Autriche, MM. Chan- 
telauze et Loiseleur ne traitent pas cette dernière avec la même 
bienveillance que si le dossier avait été net de toute calomnie. 

M.Topin ' constate qu'An ne d'Autriche était espagnole et cocpielte. 
Elle com[)renait la galanterie telle que ses compatriotes l'avaient 
apprise des Maures, cette galanterie « qui permet aux hommes 
d'avoir sans crime des sentiments tendres pour les l'emmes, qui leur 
inspire les belles actions, la libéralité, toutes sortes de vertus -. » 

« Cet hommage de la vanité, conclut M. Topin, elle le reçut avec 
la complaisance de la coquetterie, se sentant la plus belle, la plus 
puissante, la plus digne d'être aimée. » 

On ne voit pas trop ce que viennent faire les Maures en cette 
alVaire. Le flirt est un défaut ou un vice, qui n'a besoin dans aucun 
pays d'importation étrangère, dont chaciue société trouve le germe 
dans son propre soin. Le sigisbéisme italien peut être innocent, <le 
même que les habitudes des cours d'amour, en France, ne signi- 
fiaient pas nécessairem(Mît la dépravation des mœurs. 

Ce (jui nous im|)(>rte ici, c'est d'apprécier ce que peut valoir, 
comme élément d'enquête morale, la complaisance avec laquelle 
Anne d'Autriche paraît avoir traité ceux qui semblaient attirés ])ar 
l'éclat de son tcMiit éblouissant, la finesse et la blancheur de ses 
mains de reine, la noblesse de son allure, le charme aristocratique 
de toute sa personne. On a droit de trouver étonnante la facilité 
avec la(|uelle MM. Topin et Chantelauze concluent de ce plaisir à 
être regardée, à une incapacité de défendre sa vertu. 

Il est intéressant de noter que les témoignages sur lesquels ils 



1 L'Homme au masque de fer, p. 24. 

2 M™® DE MOTTEVILLE, op. Cit., p. 18. 



LE C(lKVIi d'aNNE d'AUTHICHE ET i/ABIUYE l)i: VAL-DE-CiHACE. 227 

s'appuient pour constater la beauté de la reine, son indulgence pour 
les propos galants dont elle pouvait être Tohjet, sont unanimes 
à l'aire toutes les réserves au sujet de Tintégrité absolue de sa 
conduite et proviennent de ses familiers (lui jamais n'auraient osé 
l'accuser de faiblesses graves, qui surtout se seraient bien gardés 
de parler de tout cela, s'ils avaient cru à quelque faiblesse de la 
part de leur maîtresse. La preuve en est que Lâporte, qui a cru 
à sa culpabilité, ne parle jamais de la galanterie ni de la beauté de 
la reine. 

Loiseleur cite, sans d'ailleurs en tirer la conséquence qui nous 
jwraîl en découler nécessairement, le portrait (|ue M"'* de Motteville 
met en tête de ses Mémoires : « Elle prisait fort cette belle galan- 
terie, (pii, sans blesser la vertu, est capable d'embellir la cour. » 
Il allègue ensuite ces mots de Brienne le tlls ' : « galanterie toute 
spirituelle, qui était dans les mœurs et le caractère espagnols et qui 
tenait de ces sortes d'amours qui n'emportent point de souillures. » 

ï)u moment que l'on met de côté les accusations relatives à 
Buckingbam, nous ne croyons pas, dans les textes visés par les 
criti<|ues modernes et qui décrivent le goût de la reine pour la 
galanterie, (lue rien puisse justifier l'appréciation que Loiseleur 
porte sur la fondatrice du Val-de-Gràce. « La nature très charnelle 
et nullement platonique des relations d'Anne d'Autriche avec son 
ministre (Mazarin), ne soulève plus guère de doutes. Pour qui- 
conque a étudié de près l'histoire intime au xvjr' siècle, c'est là un 
point désormais acquis, et l'on verra qu'il ressort avec une évidence 
complète des faits et des documents que nous avons rapprochés et 
mis eiî lumière .... » Et plus loin ... « des sens impérieux, exaspérés 
par les longues continences de la jeunesse, et dont il ne paraît pas 
que l'âge ait tempéré les ardeurs .... » 

Le passage que nous citons de M. Loiseleur n'est appuyé d'aucune 
référence, et nous ne trouvons nulle part, dans les textes qu'il 
ap|K)rle à l'appui d'autres prétiMidues démonstrations, aucune allu- 
sion à ce tempérament de Messaline (pi'il attribue à la reine-mère, 
âgée, notons-le bitMi, à l'épociue où se place cette appréciation, de 
quarante ans passés. 

Nous avions donc raison de dire que pour admettre de telles 
allégations, il a fallu que l'auteur qui les propageait ait écrit sous 
l'empire d'un préjugé. Tout en répétant à satiété (ju'Anne d'Autriche 



^ Édition Michaud et Poujoulal, Mémoires iÎ4f Brienne, Notice sur le comte 
de Brienne et sur ses Mémoires, p. vin et ix. en note. 



228 IIKM-K >IAIUI.L.)N. 

a r(.'[>oussé victuriousmiieiil los atUiqiies de Buckinghain, île 
Guitaut, do Inné, de Hiclielieu. de Retz, tout en atlirniant qu« les 
accusations portées contre elle mangueiit de preuvns, il tniite 
cette innocente calomniée conune il ferait d'une l'emme perdue 
de mœurs. 

Écartons donc, comme uonlrain^ au\ témoignages coiilem- 
(Wrains, ce prétendu ar;,'iiiiir'!)l \\i'<- r.,n\r<' Anne d'Autrictie, de son 
tempéraïuenl . Il est de b'i\lr Mui-miMancf que la reine-mère a 

pn, par vanité, par un sciiii :il \Hr\\ ii;iiurel chez une jolie (eiame, 

se complaire â des adorations plaLoni(iues, et aimer à recevoir des 
hommages; mais quand la campagne d'amabilités a d^énéré en 
poursuites amoureuses, nous voyons que la tierté castillane, ou 
plutôt le sentiment de sa dignité s'est réveillé chez celte descen- 
dante de Charles-Quinl. Elle a repoussé l'aventureuse pointe du 
cardinal de Kntz, prol'ondémi>nt humilié Jarzé, Tort heau et très 
enlrepi'enant, et appelé au secours, - matériellement, — lorsque 
Buckingham a voulu précipiter le dénouement de sa camiiagne 
galante. Que voulait-on (lue nt de plus cette malheureuse i'eranie, 
que nous jiersistons ;i crnire (niicuseinent calomniécï 

Ajoutons un lii'Uiil liicn iiiiniin'' en apparen<;e, mais qui ne laisse 
pas, dans un snjei ipii trailni'irn tempérament l'éminin.de préstinter 
son intérêt. 

A une é|)oque oii la mode autorisait les « nudités de gorge, » 
où, l'iconographie du temps en l'ait Toi, les élégantes se croyaient 
tout permis en cette matière. Anne d'Autriche, au dire de sa 
contidente, la puritaine M"" de Mottevilie, s'était montrée plus 
réservée que la plupart de ses belles contemporaines. Le passage 
des Mémoires est cai-acléristiijue. 

Il Elle est grande et bien faite, elle a une mine douce et inajf^s- 
tueuse. Elle a été l'une des grandes beautés de son sii'xle, el 
présentement il lui reste encore assez pour elîacer les jeunes qtii 
prétendent avoir des attraits .... Ses ciieveux sont beaux et leur' 
couleur est d'un beau châtain clair : elle en a beaucoup, et 11 n'y a 
rien de jilus agréable que de la voir peigner. Ses mains, qui ont 
reyu des louanges de toute l'Europe, qui sont IMtes pour le plaisir 
des yeux, pour porter un s{'ei)tre el pour être admirées, joignent 
l'adresse avec une extrême blancheur : si bien que l'on peut dire 
que les S|)ectateurs sont toujours ravis quand cette grande reine 
se l'ait voir, ou à sa toilette en s'habillanl. ou k table quand elle 
prend ses repas. » 

Nous avons tenu à citer le morceau presque dans son entier. 
La complaisance avec laquelle il prouve que M*"' de Mottevilie 



l_ 



LE COKIR DANNE DALTUICHE ET l'ABBAYE DU VAL-1)E-GHACE. 229 

admirait le physique de la reine, donne un plus grand poids au 
témoignage précis que nous invoquons. « Sa gorge est belle et 
bien faite, et ceux qui aiment à voir ce qui est beau ont sujet de se 
plaindre du soin que la reine prend de la cacher, si le motif qui le 
lui fait faire ne les forçait d'estimer ce qui s'oppose à leur plaisir. » 
(Loc. cit., p. il.) 

M. Chantelauze, pour affirmer que Mazarin et la reine-mère 
vivaient à peu près maritalement, se place sur un terrain plus 
circonscrit et plus solide; mais on peut affirmer qu'il n'aurait pas 
tant insisté s'il avait trouvé une réputation complètement vierge 
<\r. toute accusation, vraie ou fausse. 

Il cite des documents : le passage tant de fois cité des Mémoires 
de Laporte, un autre des Mémoires de Brienne le tîls, une lettre de 
Le Tellier, les indications des carnets de Mazarin, la correspon- 
dance entre le cardinal et la reine, lorsqu'ils étaient séparés; enfin 
les Mémoires de la princesse Palatine, le détail entre autres, 
aflirmé par celle-ci, d'un passage secret ménagé au palais royal 
entre les deux appartements. Il fixe même la date du prétendu 
triomphe que Mazarin avait remporté sur les résistances obstinées 
de la reine. 

Aucun de ces documents n'est décisif, leur rapprochement même 
peut se concilier avec l'hypottièse d'une affection toute platonique, 
et avec les besoins de communications fréquentes entre la reine 
régente du royaume et son premier ministre que motivaient les 
affaires du royaume et la hainfî qui entourait Mazarin. 

Il (*st intéressant de noter, avant toute autre réflexion, ce fait 
que personne, parmi les historiens (|ui ont traité de cette question, 
ne songe à faire int(*rvenir le sentiment dans les raisons qui déci- 
dèrent Anne d'Autriche à choisir le cardinal conune son homme 
de confiance. 

M. de Carné, dans son livre Les Fondateurs de l'unité française y 
exprime d'une manière saisissante les motifs (lui amenèrent la 
régente à homologuer la décision déjà [)rise par son mari, sur la 
présentation de Richelieu, relative à la désignation du premier 
ministre. Ces motifs sont d'ordre exclusivement politique : « Quoi- 
que l'attachement exalté (jue Mazarin parvint à inspirer à Anne 
d'Autriche soit devenu par la suite le principal moyen d'influence 
employé par ce ministre près de sa souveraine, cet attachement 
n'existait aucunement au début de la l'égcnce, et le choix du 
cardinal fut la conséquence naturelle d'un système spontanément 
adopté par la régente, bien loin d'être l'effet d'un sentiment per- 
sonnel. Ce ne fut ni BfTinghen ni saint Vincent de Paul qui 



S30 



KtVi E HAftn.LDN. 



frayèrent à Mazaria le chemin de la toute-puissance : si la reine l'y 
fil moDter, c'est qu'elle comprit par une sorte d'intuition soudaine 
le péril qu'il y aurait pour l'avenir de son fils à réagir contre 
l'œuvre lie Richelieu et à remettre la royauté sous le joug de 
princes et de grands seigneurs qui ne savaient guère que l'exploiter 
avec un égoïsme cynique. Parvenue sur ces sommets du haut 
desquels la vue s'étend et le cœur se dilate, Anne lut ses devoirs 
de reine et de mère dans l'êclatanle lustoire de la monarchie 
continuée par tant de princes si opposés d'humeur et de génii?. 
Cette femme paresseuse et mobile, qui avait eu peut-être de grands. 
torts dans le passé, qui était destinée à commettre encore beaucoup 
de fautes, eut au jour décisif de sa vie la lucide perception de son 
intérêt véritable. Immolant, sans s'en rendre d'ailleurs parfaite- 
ment compte, ses amitiés et ses ressentiments à ses devoirs, 
comme pendant vingt-cinq ans son époux leur avait sacrifié ses 
plus vives antipathies, elle pronon(.-a dans son coeur de mère le 
mot immortel de Louis X.II. 

n Quel était en effet, au milieu des agitations inséparables d'une 
régence, l'intérêt sérieux de la monarchie? N'était-ce pas d'assurer 
l'indépendance et la liberté de la couronne, d'une part contre le 
duc d'Orléans, oncle du roi, que sa vie semblait avoir placé 
jusqu'alors en état permanent de conspiration, de l'autre contre la 
maison de Condé, alors représentée par un vieux prince cupide, 
derrière lequel se monirait un jeune homme aussi avide de puis- 
sance que de gloire? Constituer un ministère qui ne déiiendlt ni de 
Monsieur, ni de Monsieur le Prince, maintenir dans une situation 
réservée les turbulents bâtards de Vendôme, empêcher les maisons 
de Lorraine, de Bouillon, de Rohan, de Nemours, d'imposer à la 
royauté leurs exigences et leurs exclusions, en reprenant les tra- 
ditions de leurs pères, c'était là le premier besoin du pays, l'œuvrtî 
dans laquelle l'intérêt national venait se confondre avec celui de la 
monarchie. Or. le minisire le mieux placé pour le suivre était 
évidemment un homme sans lien avec les fictions prlncières, 
étranger aux grandes ftmiUes, quoiqu'au niveau des plus hautes 
tètes par l'éclat de sa dignité, et qui n'avait rien à attendre de leur 
concours, non plus que rien à craindre de leur abaissement. 

« Il n'y eut donc jamais de choix plus rationnel, comme on 
dirait aujourd'hui, que celui de M^zfirin, cardinal français i>Hr 
grâce spéciale du roi '. n 



' De CAHXri, Lei Fonditleun de l'umtd fi-nniaisr. 



DE COEUR D'ANNE D'AUTRICHE ET L*ABBAYE DU VAL-DE-GRACE. 231 

On ne nous accusera pas d'avoir choisi un écrivain trop favo- 
rable aux mérites d*Anne d'Autriche comme épouse. La citation 
emprunte à cette opinion de son auteur une autorité plus grande 
en ce qui concerne la parfaite innocence, dans les premiers temps 
qui suivirent la mort de Louis XIII, des relations d'Anne 
d'Autriche avec son ministre. 



Examinons à présent les textes sur lesquels s'appuient ceux qui 
ajoutent foi aux mauvais bruits qui coururent dans le courant de 
l'année 1643 au sujet d'Anne d'Autriche et de Mazarin, et dont les 
pamphlets de l'époque sont l'écho le plus retentissant. 

Laporte, valet de chambre et homme de confiance d'Anne 
d'Autriche, raconte dans ses Mémoires que, d'accord avec 
M"* de Hautefort, il saisit la première occasion favorable pour 
représenter à la reine combien elle avait tort de persévérer dans 
une intimité avec le cardinal, intimité qui nuisait à sa réputation. 

1^ reine traitait son serviteur avec une familiarité qui rend 
vraisemblable la scène racontée par Laporte. Anne d'Autriche 
se défendit mollement, et ne prit aucun engagement pour 
l'avenir. Le donneur de conseils, toujours après entente avec 
M"* de Hautefort, crut devoir, à cpielque tem|)s de là, recommencer 
sa campagne de représentations. Son dévouement, qui paraît 
sincère sinon délicat dans ses manifestations, lui suggéra un vrai 
procédé de valet : il déposa une lettre anonyme dans le lit de sa 
maîtresse, lettre dans laquelle il faisait allusion aux bruits dont 
retentissait la cour, et qui accusaient Anne d'Autriche de relations 
défendues avec Mazarin. 

Loiseleur, qui, dans ses Problèmes huloriques, prétend trouver 
dans cette scène un aveu échappé à une coupable, trouve un autre 
argument en faveur de sa thèse dans les Mémoires de Brienne le 
jeune ^ Celui-ci raconte à son tour (pie, sii mère ayant parlé à la 
reine comme si elle la croyait engagée avec Mazarin, celle-ci 
« rougit jusqu'au blanc des yeux, » mais nia formellement tout 
commerce charnel; Anne d'Autriche, toujours d'après le même 
témoignage, alla même jusqu'à jurer sohiunelh'ment qu'il n'y avait 
entre elle et Mazarin qu'une amitié absolument innocente. 

En supposant la reine tout à fait à l'abri de soupçons sur sa 



^ V. Loiseleur, Problèmes historiques, p. 31. 



'ullc répondit àa plus lort que c 



233 iiKvii 

mordiité, qu'aurail-oii voulu < 
serment? 

l);ins les trois occasions 0(1 elle est interpellée, deux fois ( 
Importe, et une lois par M'"' de Brienne, clic nie, plus ou 1 
énergiqueroenl, mais elle nie. Où est donc l'aveu que Loiseleui 
prétend tirer du texte qu'il allègue* 

Bien mieux, il ôte lui-même toute valeur probante à son <ir^ 
ment en reconnaissant que, à celte date (printemps de Ui43). An 
d'Autriche pouvait aRirmer en toute sécurité sa parl'aile innoceuf 
Donc les deux textes [lerdent toute espèce de puissance démons^ 
trative, à moins de les étendre à des laits postérieurs, ce i|uî seraitil 
contraire à toutes les règles de la critique historique. 

Nous ajouterons même que Brienne et sa mère n'avaient oonservjf 
aucun soupçon après les [aroles prononcées devant celle-c 
Anne d'Autriche : raison de plus pour ne pas com|)ter ce témo^ 
gnage parmi ceux qui accusent la mère de Louis XIV. 

Mais, afTiiTue-t-on, au Val-df-Gràce on était au courant de 1 
mauvaise réputation de la reine. Les carnets de Mazarin sont trè 
affirmatifs sur ce point. 

Cette croyance qu'on prétend avoir existé dans l'entourage des^ 
religieuses du Val-de-Gràce, il nous importe d'autant plus de l'étu-a 
dier, que les ennemis de la régente ont englotié dans leurs a 
salions les religieuses elles-mêmes amenées à Paris par Anne!^ 
d'Autriche et comblées de ses bienHiits. 

M. Loiseleur écrit, dans Le Masque de fer (levant la critique^ 
modesme, les lignes suivantes : 

« Il est évident qu'Anne d'Autriche, habitant â partir de 1643 \fM 
même lalais que son amant, libre alors de se livrer sans contrainte" 
à sa passion, débarrassée de tous les surveillants et de tous les 
familiers qui s'étaient permis de censurer sa conduite, faisant chaque 
année de fréquenles retraites dans les couvents qui tenaient tout 
de ses bontés, et dont les supérieures lui étaient entièrement 
acquises, avait bien plus de facilités pour cacher £1 tous les yeux 
le l'ruit de ses amours qu'en 1631, à l'époque oii elle était en l)ulte 
à l'espionnage intéressé de Richelieu et du duc d'Orléans •, 

Le lecteur aura de hii-m^me constaté la légèreté avec laquell^J 
le critique met en avant de telles allégations. 

11 oublie, d'une manière générale, les diflicultés, pour ne pasi 
dire les impossibilités, que rencontre une personne vivant couimef 



' Loi.seLBm. Le Masque de fer devant In rri/iq! 




234 UEVUE MABILLON. 

nous ne pouvons trouver nulle part, pendant la période incriminée, 
de trace d'un changement dans les hal)itudes d'Anne d'Autriche en 
ce qui concerne ses visites et ses retraites au monastère du 
Taubourg Saint-Jacques. 

N'oublions pas d'ailleurs que Mazarin, qui a écrit ces carnets ou 
les a inspirés, à supposer qu'il ait con^u l'idée de s'attacher à 
Anne d'Autriche par des liens charnels, n'a jamais tant désiré la 
l'emme que le pouvoir. Nous dirons même davantage : ce pouvoir 
ne l'attirait pas pour les mêmes motifs qui avaient séduit Richelieu. 
Il n'y voyait pas la gloire à acquérir en créant une monarchie à 
jamais délivrée des liens qui limitaient sa puissance, une patrie plus 
forte que nul autre État européen, cai)able de dicter des lois à toute 
la chrétienté. 

Mazarin, au contraire, (\sprit délié et positil*, voulait bien la 
grandeur de la france, et employait pour la réaliser les mêmes 
procédés qu'avait inaugurés son maître : mais il nourrissait in 
petto des projets moins esthétiques et plus égoïstes. Avide de luxe 
et de richesses, il ne cherchait que les moyens de s'enricliir. Pour 
atteindre ce but, -- l'on ne nous accusera pas d'exagération — 
il fallait rester au pouvoir, et s'y maintenir par tous les moyens 
possibles. 

Cette appréciation que nous considérons comme incontestable, 
fait mieux corapn^ridre le sens des lettres échangées entre Mazarin 
et celle qu'on prétend avoir été lié(î à lui soit par les liens de l'amour 
libre, soit par ceux d'un mariage de conscience. 

Ces lettres sont d'un ton très romanesque, et nous ne saurions 
(^11 nier la gravité. 

Citons-en une, que Loiseleur a considérée comme particulière- 
me,nt compromettante ^ : 

Anne d'Autriche à Mazarin. 

« Saintes, ce 30 juin 1H60. 

« Votre lettre m'a donné une grande joie; je ne sais si je serai 
assez heureuse pour que vous le croyiez, et que, si j'eusse cru 
qu'une de mes lettres vous (îùt autant plu, j'en aurois écrit de bon 
cœur, et il est vrai (jue d en voir tant et des transports avec 
[lesquels] l'on les reçut et je les voyois lire, me faisoit souvenir 



i LoiSELErH, Problèmes historiques, p. 143. 



LK COEUR D*ANNE D'aUTRICHK ET l'ABBAYE DU VAL-DE-GRACE. 235 

d'un autre temps dont je me souviens presque à tous moments, 

quoique vous en puissiez croire et douter. Je vous assure que tous 

ceux de ma vie seront employés à vous témoigner que jamais il n*y 

eut d'amitié plus véritable que la mienne, et, si vous ne le croyez 

pas, j'espère, de la justice que j'ai, que vous vous repentirez (pielque 

jour d'en avoir douté, et, si je pou vois aussi bien faire voir mon cœur 

que ce que je viens de vous dire sur ce papier, je suis assurée que 

vous seriez content, ou vous seriez le plus ingrat homme du monde 

et je ne crois pas que cela soit. La reine (Marie-Thérèse) qui escrit 

ici sur ma table, me dit de vous dire que ce que vous mandez du 

confident (le roi) ne lui déplaît pas, et que je vous assure de son 

affection; mon tîls (le duc d'Anjou, deuxième fils d'Anne) vous 

remercie aussi et 22 (Anne d'Autriche) me prie de vous dire que 

jusqu'au dernier soupir = | = (amour de Mazarin pour la Reine) 

<luoique vous envoyiez E^ | ~. » (Publiée pour la première fois 

par M. Walckenaër, tome III, Mémoires touchant la vie de 

M"* de Sévigné, p. 436.) Elle n'a, pliée, que la dimension d'un billet : 

elle était fermée par une petite faveur rouge scellée des deux côtés 

au cachet d'Anne d'Autriche (cité par Loiseleur, Problèmes 

historiques, p. 144). 

Cette présence de la reine Marie-Thérèse au moment où la 
''égente écrit cette lettre, qu'on veut interpréter comme une lettre 
^''amour, cette intervention d'un tiers, diminue beaucoup les pré- 
•^^rnptions accusatrices. 

Les deux lettres suivantes paraissent encore plus tendres : 

^ janvier 1653 : « Je ne doute pas que vous ayez cette croyance 
^nu*elle a l'ait une chose que vous (Mazarin) ne souhaitiez pas). 
J*^n dirois davantage si je ne craignois de vous importuner par une 
^^ longue lettre, et, quoique je sois bien aise de vous en écrire, 
J^ ^n'ennuyé si fort que cela dure, que je voudrois fort vous entre- 
^■^ir autrement. Je ne dis rien là-dessus, car j'aurois peur de ne 
P^s parler trop raisonnablement à ce sujet. » 

S6 janvier 1653. « Je ne sais plus quand je dois attendre votre 

r^t:our, puisqu'il se présente tous les jours des obstacles pour 

'^ïïipêcher. Tout ce que je puis vous dire est que je m'en ennuie 

^o^t et supporte ce retardement avec beaucoup d'impatience, et si 

*^ (Mazarin) savait tout ce que lo (la veuve) souffre sur ce sujet, 

1^ Suis assuré qu'il en seroit touché. Je le suis si fort (touchée) en 

ce moment que je n'ai pas la force d'écrire longtemps ni ne sais pas 

trop bien ce que je dis. J'ai reçu de vos lettres tous les jours 



ilS& HEVIK MAJIILI.ON. 

presque et, sans cela, je ne sais ce qui arrîveroil. Cortînuaz ii m'* 
écrire aussi souvent, puisque vous me donnez du soulagement t 
l'élat OLi je suis.,.. ~ i = » jusqu'au dernier soupir,.,. Adieu, 
n'en puis plus • lui sait l>ien de quoi '. » 

Du côté de Mazarin, le ton de la ccirrespondance n'est p 
beaucoup moias enflammtS. Mais ne l'aut<il pas faire Ici la pari i 
cette habitude à la mode alors dans les classes élevikis, de parV 
un langage qui nous paraît aujourd'hui romanesque. L'eupkuùtn 
en Angleterre, Vencarecimiento en Italie, tout cela était une malad 
européenne, maladie qui tare toute la littérature épistolaire aut 
rieure à la réforme de Boileau et au temps oii M"' de Sévigi 
écrivait ses lettres immortelles. 

Une telle disiKisitioii à exprimer des sentiments très licites 
très chastes sous une Ibrme qui leur donne l'aspect d'un fn 
défendu, disposition que nous savons généi'aie dans la premièi 
moitié du xvn' siècle, diminuo beaucoup la valeur probante de réci 
incriminé, au point de vue positif des relations entre l'homme et 
femme dont nous envisageons la correspondance. On n'a jama 
affirmé que la preuve d'une faute de mœurs résultât de la lectu 
de ces lettres étranges. 

On a seulement prétendu qu'elles la rendaient vraisemblable. 

Le témoignage (pii résulte des Mémoires de la princesse Palatii 
Anne de Gonzague est-il plus probant *? Nous ne le jiensons pa 

S'il est vrai qu'Anne d'Autriche, en allant s'installer au Pala 
Royal, ait écouté les doléances de Hazarin, et lui ait permis i 
l'ain' pratiquer un passage secret enli-e son hôtel et la demeu 
royale, sous prétexte que sa vie était menacée lorsqu'il sort: 
dans la rue, cette complaisance de la régente iwut s'expliquer p 
des raisons d'Ëlat, tout aussi bien que pour des motifs inavouable 
Cette supposition est corroborée par la lecture de plusieurs pa 
sages des caruets de Mazarin, dans lesquels celui-ci, écrivant po) 
lui-même, précise ses intentions : 

Le 20 mai 1043, on lit dans ces carnets : « Vorrei havere t 
carattere di suo .servilore doraeslico, e è necessario che S. M. 
faccia, » Le lendemain, la pensée se précise : « S. M. jwnse 



^ 



■ * slgnîlie ramour île la reine pour M^i^.ariii. il'iipn^s H, Itavenol. 
s V. LOISËLEIW, ifatarm a-t-il épousé Anne itAutncAe? E\lr. île lu Rrv 
flOMlemporaimr, la ei 31 scp-lembre, et 15 orlobre iseo. 



à 



LE COhll'Il D*ANNE d'aITUICHE ET l'abBAYE Dl VAL-DE-GRACE 237 

dîu'ini earica di suo domestico per liaver slanze, in casa, e clie |)er 
mie niani passino gli denari ch(; S. iM. dispona in segreto *. » 

Le rusé Italien livre son secret : il aime bien mieux être le 
s«*rviteur intluentet écouté (jue le maître : servitore domcîstico, ... 
earica di suo domestico ... la réalité du pouvoir, plutôt que Tappa- 
ivnce, voilà ce (|ui le tente. En somme, il avait tout ce cpril désirait. 
Déjà j)remier ministre, Mazarin ne ciierchail pas à entamer une 
campagne amoureuse : il n'envisageait que l'intérêt de sa domi- 
nation. D'ailleurs, de naissance plutôt modeste, dans une société 
très hiérarchisée, il n'était pas en situation, au même degré (pie 
Buckingham, pour os(»r offrir ses hommages amoureux à la l'eine- 
iiière. Cet homme prudent avait besoin d'être encouragé pour 
entam«M- une campagne au bout de laquelle il pouvait trouver le 
désastre au lieu d'assurer son triomphe. 

L'un des textes les plus démonstratifs en aj)parence est une 
lettre de Le Tellier que cite Chantelauze dans son ouvrage 
Le cardinal de Retz et r affaire du chapeau ^. 

Ce texte a[)partient toujours au même ordre d'idées (lue les 

récits des remontrances faites à la reine par les religieuses du 

V"al-de-Gràce. Encore moins que dans celles-ci le vieux ministre ne 

l>araît guère avoir insisté. « Je n'ai |)as été obligé de dire mes 

st'înliments à la reine sur le retour de Son Éminence, écrivait-il 

à une i)ersonne dont le nom est resté en blanc, tant parce (pi'elle 

lie m'en a point pressé, que parce (lue j'ai su que tout le monde 

lui en avait parlé, jusqu'à lui dire qu'on croyait ((ue le cardinal 

l'avait ensorcelée, ou qu'elle l'avait é|)ousé. A tout cela, elle n'a fait 

aucune réponse, sinon que le cardinal était bon et sage, qu'il avait 

^^ l'alfection pour l'État, pour le roi et pour elle, qu'il lui fallait 

'ais.ser la conduite de cette affaire.... » 

te texte n'est en somme ni pertinent ni démonstratif. Il n'atïirme 
^^ même un fait vu par celui qui a rédigé le témoignage. Le vieux 
'Oinistre ne dit pas formellement, ni surtout sous une forme 
Sérieuse, que la reine est remariée. De |)lus, la ténacité avec 
Wqij^llg jrj régente refuse de sacrilier le cardinal, que ses collègues 
avaioiit fini par trouver compromettant pour la monarchie elle- 
luêm^^ est certainement le reproche que vise l'auteur de la lettre. 



* ^-ité par Loiseleur, Problènies historiques, pp. 96 et 98. 

* f . n, p. 303. 



2M8 UEVI^K IIAIIII.I.ON. 

PiirtiT une a|)préciatioii sur lu cniiduite |irivée àf sa maîtresse 
cerUiiiK^nent loin de sa pi;ns<^e. 
En tout cas, on ne peut invoijucr ce texte qu'à l'appui de l'hy 

thÉ'Si- d'un mariage secret. 



4 



Nous sommes donc très disposé k nier que jamais : 
relation charnelle ail i^u ItLiu entre Anne d'Autriche et Mazurin. lin—-" 
raison d'ordre gt^néral nous lait |)encher vers celte conclusion aprè "^ 
celles que nous venons de déduire. 

Lorsqu'un homme et une femme encore jeunes, lieaux et intelli— ^ 
gents l'un et l'autre, sont lorctSs de se trouver fréquemment^ 
ensemble, deux courants d'opinion se forment à leur sujet. 

Les uns — c'est la majorité — croient ii l'innocence de leurs^ 
mœnrs et il faut des raisons convaincantes et pertinentes, de celles -* 
qui ne laissent prise à aucun doute, [wur leur faire admettre, s'il 
y a lieu, la culpabilité démontrée. 

D'autres, ceux qui ont la prétention de scruter les cœurs et les 
reins, que leur conduite personnelle ou leur tempérament soupton- 
neux prédisposent à voir {tartoul des mauvaises intentions ou des 
actions coupables, dirigent leur jugement comme s'il était impos- 
sible, a priori, que deux individus de sexe diETérent se frikjuentenl 
sans qu'intervienne entre eux une reciierche d'amour. 

Très franchement, nous déclarons ap|)artenir à la première 
calégorie d'appréciateurs. 

En ce qui concerne Anne d'Autriche, nous exigeons, avant de la 
croire coupable, qu'on nous apporte la preuve palpable, évidente, 
de ses méfaits. Celte preuve, jusqu'ici personne n'a pu l'apporter. 
Les principaux arguments qui ont été invoqués nous semblent ne 
pouvoir résister â un examen sérieux. 

On a beau alléguer, contre noti'e hypothèse, la complaisance avec 
laquelle Anne d'Autriche n'a cessé de traiter ia duchesse de 
Cihevreuse et le cardinal de Betz, dont l'immoralité est notoire. 

Sans doule; mais à supposer que celle faveur accordée à des 
gens qui en étaient positivement indignes puisse être* considérée 
comme une mauvaise note entachant la conduite de celle qui l'avait 
accordée, nous trouvons dans l'enlourage préféré de la reine 
d'autres personnages d'une altiluile el d'une tenue irréprochables, 
d'un tempérament austère. 



LE COKl-K d'ANNE d'AITRICHE ET i/ABBAYE Dr VAL-DE-CUACE. 239 

M"' de Hautelbrt ne conserva pas jusqu'à la lin la place qu'elle 
îivait tenue longtemps dans les alVections de la reine; mais sa 
«Hsgràce fut motivée par des considérations de fait. 

M"' de Sénecé, M""' de Motteville, la comtesse de Fleix, la maré- 

cliale de Navailles, constituèrent le cercle intime de la régente : et 

Ce qu'elles nous ont laissé de souvenirs n'indique à aucun moment, 

f>€?n(lant ces dix-sept années qui auraient été occupées par une 

Hâjson quasi-conjugale avec un cardinal, de la part de ses fidèles 

'a moindre désaffection, de la part de la reine aucun relâchement 

clîins ses habitudes de i)iété, dont les Mémoires de M"''' de Motteville 

t^xitre autres nous ont laissé le journal à peu près ininterromjm. 

Nous trouvons une garantie de moralité dans la fréquente 
|L>K'ésence, au|)rès d'Anne d'Autriche, de saint Vincent de Paul, dont 
l'^i nfluence s'exerça plusieurs fois, avec succès, contre l'opinion de 
!Mazarin lui-même. 

« Le futur saint, dans une mémorable entrevue qu'il eut avec 

Ir^ régente, le 13 janvier 1649, au moment où elle assiégeait Paris, 

i >sa même dire que puisijue la })résence du cardinal paraissait la 

S43urce de toutes les brouilleries de l'État, il croyait qu'il fallait le 

«»acrilier pour un temps '. » 

L'influence de saint Vincent de Paul est un fait de la plus haute 
importance, à cette épociue de la faveur de Mazarin. L'établisse- 
ment du Conseil de conscience (|u'Anne d'Autriche avait constitué 
malgré l'avis du cardinal en dit long sur le crédit dont le saint 
jouissait auprès de la régente et sur ses sentiments profondément 
«chrétiens ^ 

^>es faits précis démontrent (juc le fondateur des Dames de la 

^'harité ne cessa jamais complètement ses relations avec la cour, 

9"elciues entraves qu'ait pu leurapporler le méfiant premier ministre. 

t>i*, saint Vincent de Paul, « en homme tout d'une pièce, qui 

o*av-^it jamais songé à gagner les bonnes grâces des gens de la 

c^Uf, dont il ne connaissait pas les manières, fut aisément tourné 

^'0 i^idicule, parce qu'il était presque impossible que l'humilité, la 

P^-'* » tence et la simplicité évangélique s'accordassent avt^c l'ambi- 

^^^^^ la vanité et l'intérêt qui y régnent. Celle qui l'avait établi 

aui-s^i l fort souhaité de l'y maintenir. C'est pourquoi elle avait encore 



* ^-OiSELBUR. Problèmes historiques, p. 71. 

* Mkt Bougaud, Vie de saint Vincent de Paul, p. 302. 



240 



■TK HAniU.ON, 



quelques longues conversations avec lui sur les scrupules qui lui 
élaieiil toujours demeurés .... » 

Ah ! si nos adversaires venaîeiil apporter une déclaration i!e 
saint Vincent de Paul, une preuve d'une rupture du saint avec celle 
qu'il n'iiui'ait pas manqué de Idàiner si sa conduite privée avait été 
gravement entachée d'une l'aule habituelle, nous aurions plus de 
propension à admettre l'hypothèse que nous venons combattre. 

Mais rien de tout cela n'est ap])orté au débat; au contraiiv. nous 
démontrerons bientôt que la protection du Va)-de-Gràce lilait la 
suite d'une habitude, qui n'a pas subi d'interruption depuis 1621 
jusqu'à la mort d'Anne d'Autriche. 

Les accusateurs de celle-ci ont négligé d'ailleurs de tenir compli; 
de sa situation de reine très aulnritaire, veuve d'un mari quî 
n'admettait pas la moindre contradiction, descendante de rois, 
absolus, petile-fllle de Phili|>pe II, qui ne passe pas pour indulgent 
vis-à-vis de ses adversaires; ils ont oublié les témoignages <iui nous 
restent sur la lierté qu'elle avait puisée dans un atavisme séculaii'c. 

Alors que, pour taxer la reine de graves défauts, d'une coqucl- 
lerie coupable, la soupçonner d'inconduite, il suffit à nos adver- 
saires d'insinuations non démontrées, dont ils ne prennent |ias 
même la peine d'indiquer l'origine, nous ajipuierons nos alk^ations 
sur des textes précis, qui d'ailleurs abondent dans les récits con- 
temporains. Habituellement indolente, Anne savait se détendre 
quand l'occasioD lui élait offerte. Souvent même elle attaquait, sa 
jiarole était alors hautaineet mordante. La grande l'aute des historiens 
qui ont cru à ces faiblesses de la régente, a été de la considérer 
comme une eidanl, dépourvue de toute énergie. 

Elle avait confiance en Mazarin, [tarce qu'elle voyait en lui K- 
seul homme qui put mener ses sujets turbulents comme l'avait fait 
Richelieu ; « Si cet homme (Richelieu) vivait, lui entendit-on dire 
un jour, il serait aujourd'hui plus puissant que jamais ' ! » 

« Hautaine et absolue, dit M'" de Motleville, elle vnulaii Ir 
pouvoir illniiité. » 

Cette fierté qu'elle tenait de ses ancêtres castillans, elle en 
donnait à chaque instant des preuves. M. Lair, dans son Nicolas 
FoucQuet, cite ce mot que lui inspira la prétention de Marie Mancînt 
d'épouser Louis XIV : « Si le roi élait capable de cette indignité ". 
dit-elle à Mazarin lui-même, l'oncle de ci-lte intrigante personne. 



' r.iW par Loiseleur, Problèmes iisloriques, \i, 3. 



LE COEUR D'ANNE D'AUTRICHE ET L*ABRAYE DU VAL-DE-GRACE. 241 

it je me mettrais avec mon second fils à la tête de toute la nation, 
contre le roi et contre vous. » 

La défaite de Bléneau était un désastre pour la cause royale. 

^nne d'Autriche, voisine du terrain de la lutte, reçut celte nouvelle, 

^u rap})ort de Montglat, avec une fermeté d'àme, une maîtrise d'elle- 

:mème, que beaucoup d'hommes auraient pu lui envier. Lorsque 

^lazarin, tout ému, lui annonça le malheur, « elle se coiffait, et 

demeura attachée à son miroir, n'oubliant pas à tortiller une seule 

j3oucle de ses cheveux .... » Le même jour, « elle dîna de bon appétit 

^^l aussi tranquillement que si elle n'eût couru aucun risque ^ ». 

Il (îst impossible d'attribuer à je ne sais quelle insouciance de 
o^âractè^e une telle attitude. L'heure était solennelle, l'ennemi était 
ô deux pas, arrogant et victorieux, et la reine devait penser (jue la 
t"ijile de Paris vers Saint-Germain allait recommencer, avec tout son 
cortège de terreurs et de tristesses. 

crest une telle femme que l'on prétend avoir cédé aux entreprises 

de Mazarin, qui se serait livrée à lui pieds et poings liés, sans 

résistance. Et cette conduite, on l'admettrait sur la foi de quelques 

pamphlets inspirés par la haine et la passion, sans une preuve 

déoisive ! 



VII 



Puisque nous n'admettons pas la faute imputée à la l'eine, il 

sennble qu'il soit inutile de discuter la question, si controversée, du 

mariage secret qui aurait existé entre elle et Mazarin. Aussi nous^ 

nous contenterons d'exposer les arguments sur lesquels sont basées 

les deux opinions. 

C'est à juste titre que MM. Chantelauze et Loiseleur proclament 
l'impossibilité d'un mariage morganatique, auquel rien n'avait 
manqué si ce n'est la pubUcité mondaine». Pour conclure un tel 
mariage, Mazarin étant cardinal, il aurait fallu une dispenstî du 
Souverain Pontife. Celui-ci l'aurait peut-être accordée, mais à la 
condition que celui qui la sollicitait abandonnât la pourpre. 
A supposer que le pape Urbain VIII, auprès duquel le ministre de 
Louis XIV était loin d'être pet*sona grata, se fut prêté à de tels 



^ MoxTCLAT, Mémoires, dix-huitiôine campajçne, p. 266. 

IG 



242 lŒVl'E MABILLON. 

projets, c'était alors la ruine de toutes les espéranees, de tous les 
rêves d'ambition, si Ton veut, que les contemporains attribuent 
à Mazarin. 

Dareste (Archives des missions étrangères, 1850, pp. 470-477) 
parle bien du projet formé par Tltalien de briguer le titre de conné- 
table, qu'il n'aurait pu obtenir, qu'en se démettant de son titre 
cardinalice; mais un autre témoignage incontestable, une lettre 
citée par M. Chantelauze ^ nous le montre 1res désireux de ne pas 
perdre le bénéiice de sa voix au conclave. « Prévoyant le cas où 
il serait forcé de se rendre à Kome pour assister à un conclave, 
dans le cas où Innocent X, dont la santé était fort cbancelante, 
viendrait à mourir, il écrivait alors à un de ses espions à Home, 
l'abbé Elpidio Bened(»tti, cette très curieuse lettre qui vient résoudre 
un problème bistoriipie fort longtemps agité et jusqu'à présent non 
résolu : « Quant à la bulle pour défaut des ordres, la privation de 
la voix active (pour un cardinal) dans le conclave n'est pas de peu 
de considération, et, |)our cela, je désirerais savoir si, lorsque je 
prendrai les ordres, je resterai investi de celte voix, sans iju'il me 
failh^ obtenir une autre dispense -. » 

Un mariage dans les conditions qui venaient tout récemment 
d'être r('*glées par le Concile de Trente, après dispense ré^j^ulière, 
conclu (levant le curé de la |)aroisse du domicile des conjoints, une 
Uîlle cérémonie irétait, nous le reconnaissons, guère possible; 
mais tout cela n'('4ait pas nécessaire i)our calmer la conscience 
d'Anne d'Autriche, il n'était besoin (|ue d'une cérémonie religieuse 
couvrant rirrégularité de ses amours avec son premier ministre; 
cet argument, (]ui n'est pas sans valeur, ne nous paraît donc pas 
décisif contre l'existence d'un mariage de conscience. 

La reint^ travaillait })eu, étudiait encore moins, et tout |)orte 
à croire (pi'elle ignorait, à l'endroit des conditions nécessaires à la 
validité d'un mariage, les prescriptions édictées par le concile» de 
Trente. Si jamais, ce que nous ne cessons pas de nier, elle a eu 
assez (le conliance en son premier ministre pour s'aband(niner 
à lui tout entière, et (pi'elle ait imposé pour condition la céb^bration 



ï Portraits historiques, et Le cardinal d-e Retz et V affaire du chapeau. 

2 « Quanto alla bolla per dilctto dej^li ordini, non r di pora considorazione 
(|uella délia privazione dclla voce alliva nol conclave; e percio desiderarci 
sapere se (luando prenderô î^l'ordini sacri, restero habililalo alla dcMta voce, 
senza dover ollenere altra dispenza. >> (^ilc par C^iiamelatze, Le cardinal 
de Retz et V affaire du chapeau. 



LE COKUR D*ANNE d'aLTHICHE ET i/aBBAYE DU VAL-DE-GUACE. 243 

d'une union secrète consacrée par un prêtre, tout |)orte à croire 
qu^elle aura chargé son mari du lendemain de régler lui-même les 
détails de la cérémonie. 

Elle a donc pu se contenter d*un simulacre de mariage, pour 
lecjuel Mazarin a pu trouver, parmi ses nombreux agents, un 
complice connu comme prêtre par son amante. Le caractère clan- 
destin de la cérémonie, du moment que l'on sortait des formalités 
tutélaires de la régularité des mariages, admet toute supposition. 
Le curé de la paroisse, ou son délégué, les témoins requis par les 
saints canons, les publications, tout cela n'a jamais dû exister. 
Il n'en reste, en tout cas, aucune trace. 

Mais il ne serait pas impossible que Mazarin, qui tenait à conserver 
ce strictement les apparences ^ », et qui, « quoiqu'il Ht le person- 
nelle d'un homme pieux et dévot », était dépourvu de scrupules, 
ait organisé une comédie de mariage secret, suflfisamment régu- 
lière pour tromper les scrupules de la reine, insuflfisamment 
coTilorme aux règles pour ne pas exiger les demandes indiscrètes 
et imprudentes, les dispenses nécessaires. L'organisateur de la 
figuration ne voulait autre chose que de mettre en repos la 
conscience de son amie. 

Si un texte nous démontrait que la régente a réellement cohal)ité 
av^^c Mazarin, nous nous réfugierions dans cette hypothèse, qui 
sa 1.1 vegarderait l'honneur d'une femme (|ue nous persistons à croire 
calomniée, et la bonne renommée d'un couvent où elle fréquentait 
activement. 

I>eux circonstances pourraient contribuer à rendre vraisem- 
blïilïle cette supposition d'un mariage secret, insutlisanl dans ses 
foi'iïialités pour enchaîner à tout jamais le cardinal Mazarin, sufhsant 
au contraire pour expliquer la bonne foi d'Anne d'Autriche, igno- 
rante des sévérités du droit canon. 

Ces deux circonstances sont la certitude dans laquelle nous 

sommes que Mazarin n'était pas, et ne Tut jamais prêtr(\ H la 

constatation que U)S observations faites à Aime d'Autriche au sujet 

de ses relations prétendues avec son premier ministre, ol)servali()Ms 

qui émanaient de M"*' de Hautefort, de M™** de Sénecé, de Laporte, 

de la supérieure des religieuses du Val-de-Gràce, paraissent avoir 

cessé tout d'un coup dans les environs de lOoO. 

Nous savons déjà, par la lettre à Elpidio Benedetti, (pie Mazarin 



' Mémoires tie M™« de Motteville. 



2ti llliVlK .II.MIII.LOS. 

n'tîtail ims prétrci. D'autres documcnls, découverts jiar H. Chan- 
lelauze viiîiiiient confirmer l'exaclilude \ie cette constatation. 
« Nous iiossédons, dans le même i-ccueii, quatre oraisons Tunèhres 
de Mazarin qui furent prononcëHs à Hoinii len français, en italien, 
en es|)a;;no) et eu laLin), dans diverses enlises uii son exécuteur 
testamentaire, le même abbéElpidio Beneilelli, tit célébrer (dusieurs 
services en son honneur. Or, dans ces quatre oraisons funèbres, 
sorties des presses de la Cliambre apostolique ', il est dit formel- 
lement que Mazarin était cardinal tàique '. Comme ces services 
funèbres turent célébrés par tes soins de Benedetti, que ces 
oraisons funèbres lurent prononcées en sa présence, et iiu'il est 
même probable qu'il les publia à ses frais, il est impossible, s'il y 
avait eu erreur sur la situation de Mazarin dans le Sacré-Collège, 
au moment de sa mort, qu'il n'eût [WS été le premier à la redresser, 
et qu'il ait permis de dire en pleine chaire que Mazarin était mort 
cariluml liiù/uf, s'il avait cessé de l'être. Au surplus, comme nous 
l';ivnM> iljt, iiniiiltii; de cardinaux, du même lem|ts que Mazarin, 
n'élJiiiiiil i|iii' rli'i'i's tonsurés '. » 

Si l'on était obligé d'admettre (juelque manrpiement à la loi 
morale, dans cette circonstance, ne serait-il |ius bien plus naturel 
d'accuser de ti-omperie un homme dont on sait que la vie entière 
a été un chef-d'œuvre d'astuce et de duplicité, qu'une femme dont 
la seule faiblesse était son ignoranct' et ses scrupules? 

Le mariage secret, ou plutôt son imitation, serait une explication 
très snfUsantu de la persistance de l'intimité d'Anne d'Autriche 
avec le Val-de-Griice. Si la reine n'avait pas été en droit, un bc^u jour, 
de fermer la bouche aux donneuses de conseils, en leur disant : 
Il n'y a rien de ce que vous pensez! Ju puis vous en faire la 



)ns fiini'bres, de Cortnal petit in-rolJo, soûl arcDiiipiignées de 
planches gravte représeiilarn les rlivers catalHlques et ornemenis funôlires 
lies services <|ui eurent lieu en l'honneur du dfruni cardinal. 

ï Le P. Fr. Lf on, religiem curnie de rol)Bervance de itennes, dll expressément 
dans son éloj^e funùbre, érril en frunçais, que HaxHrin étMil laïque tant 
ordre* taeréi. Duns IVIi^e en latin, il est dll : popularit laerot extra ordiiet, 
ldemi|ue lacra purpura itutuguratui. Dans l'éloge en espagnol : »'« oiitiii*t 
fut del pvfiie, cen lacra purpura /irine^ de ta tglesia. F.nlin. dans l'i^lo^e 
italien, signi! Pra CiHIlo di Termine, carmelltano refomiato del primo Istiluio 
délia provincia di Monte Santo, on lit : Srcotarf insitme r di saera porpara 
oritalo. Les deux élot'es en latin et espagnol ni? soni ipie des iraduciions de 
celui écrit en italien. 

^ CUitNTELAiiZE, PorlraiU AUtortque». 



A 



LE COKUR D*ANNE D^AITIUCHE ET i/aBBAYE Dl VAL-DE-GUACE. î24o 

j^**euve! ou bien : Il y a un mariage secret! cette intimité aurait 
ét:é gênée, et la régente, qui y tenait tant, qui y trouvait un tel 
€3liarme, n'aurait pas vraisemblablement continué des séjours 
l>4irio(liques dans une maison où elle aurait vu des tigures soupgon- 
r:ieuses, des mines allongées! 

Or, la parfaite quiétude (\m régnait dans ce milieu nous est 
attestée par Tliistoire même de la fondation du Val-de-Gràce, et 
f >ar les témoignages contemporains que nous en avons recueillis. 

Il était de toute impossibilité qu'on ignorât dans cette abbaye, 
parmi les personnes (jui y fréquentaient, l'opinion qui avait cours 
dans un certain monde, au sujet de la reine-mère. Les textes que 
nous avons cités déjà prouvaient que les religieuses entamèrent, 
e^n 1643, une campagne de représentations. Le texte des carnets 
relatifs à M"« de Hautefort, à Laporte, en fait foi \ 

Puis, au bout de quelque temps, le silence se fait. Anne d'Autriche 
continue sans interruption et avec régularité ses habitudes pieuses. 
I.#a construction du monastère et de l'église suit son cours, et nous 
trouverons, dans les oraisons funèbres, la trace de la bonne 
opinion que l'on s'était formée sur l'ensemble de la vie de la reine. 

Quelque chose est donc intervenu qui a fait cesser les scru|)ules 
des amies pieuses d'Anne d'Autriche. Ont-elles obtenu la preuve 
dc3 l'innocence des relations de la reine avec 3on premier ministre, 
ou bien celle-ci leur a-t-elle déclaré formellement qu'un prêtre 
avait béni ses amours en les légitimant? 

Nous concluons dans le premier sens. 



VIII 



Il est un ordre de documents sur lesquels les historiens ont peu 
i»^ sisté : il s'agit de ces morceaux d'élocjnence dus à des plumes 
^^<^ désiastiques, et qui furent publiés au moment des funérailles de 



^ Le V« carnet contient ce passage : « La Porta paria à S. M. le ore entière. 
^^^*io assicurato che non mi vuol bene, poi che indarno ho fatto o«;ni diiigenza 
P^^** guadagnarlo. È furbo, e si picca de conoscer S. M. nie«(lio di nessuno. Si 
'^^çliarebbe le vene per Otford (Hautefort). — Dans un autre carnet est faite 
**^^^« allusion à la lettre anonyme des Mémoires de Laporte. « La Porta, che mi 
*''"^^<lice, che, di concerto con Olford, messe la scritta nel letlo di S. Maesta : che 
rangi vi era, che fu veduto. » Cf. supra, V. 



-im 



la reine-mère, el des pièces de lîtl^ratui-e pieuse ou de poésie 
(]ui étatBnl dtS|>osécs uu couvimt du Vul-de-Grdce, d'où la Itt'volulion 
les a exiraiLes. Nous les retrouvons, soit parmi les impriiiivs de 
rt>|)t)que, soil aux Archives iiittionfilns, oii la collcclion en est 
iin portante. 

Toute celte littérature non seulement affirme la piété constante 
d'Anne d'Antriche, mais insiste sur les détails de sa vie privée, 
daus des conditions qui pourraient paraître maladroites a des gens 
eonvaiiicus de la culpabilité de celle dont de semblables éloges 
étaient l'objet. 

Rien n'est plus menteur qu'un panégyrique officiel, et les éloges 
qu'il coiitienl ne doivent être acceptés que sous bénéfice d'inven- 
taire; mais lorsqu'ils sont l'œuvre d'un homme mêlé aux événe- 
ments dont il n>trace le tableau embelli, d'un courtisan (|ui les 
a vécus ou vu vivre, l'historien qui lit celte prose ou ces vers 
doit supposer que l'auteur a glissé sur des Taits notoinîment 
scabreux, el ne pas s'exposer à rappeler parmi ses auditeurs des 
souvenirs compromettants, ou h provoquer dans l'opinion des 
allusions ùineslrs pour In bonne renommée des |tersonnages dont 
il esl (|ui's!Lnn. i>\\ île leur Camille. 

1,'iin dis |ir/l,iis qui lurent chargés de parler devant les restes 
d'Anne d'Auliiche élait, au dire de M. Lair, le sieur de Ceriziers, 
aumônier du roi, et assis en cour pour avoir pu dédier son 
panégyn(|ue à la reine ( Éloge d'Amw d'Autriche, }iar le sieur 
de Ceriziers, aumônier du Roy, Paris, Ch. Angol, in-4, pièce). 
L'éloge funèbre qu'il prononça devant le catafalque ne paraît pas 
gêné par la préoccupation de taire quelque secret d'État. C'est 
une de ces amplifications oratoires dans lesquelles est célébrée. 
avec accompagnement de textes latins, la vertu de la défunte, sans 
excepter sa fidélité conjugale. Si la cour avait cru de 1648 à KioS 
à la réalité des bruits répandus pnr les pamphlets de la Fronde, il 
aurait, comme Bossuet faisant l'éloge de la princesse Palatine, 
réglé son langage {)our ne pas prêter à rire des faiblesses de son 
héroïne. Il ne semble pas qu'il ait pris aucune de ces précautions. 

La mémo observation s'applique aux autres orateurs dont les 
inventions sont parvenues jusqu'à nous. L'un d'eux, un RécuUet, 
le Père Irénée du Parcq, el non des moindres, car il était délliiiteur 
de la jirovince de l'Immaculée -Conception, aborde franchement 
nue question qui auitiit pu, si des soupçons avaient reposé'sur une 
hiisi' sérieuse, doinier matière à des commenlaires désobligeants. 

Suivant en cela l'exemple de sa mère, Marguerite d'Autriche, qui, 
au rapport de M. Armand Baschel (Ij" Htii fAcî In Heine, p. 118), 




LE COEUH D'aNNE D'aCTRICUE ET i/a«UAYE 1)1 VAL-DE-GKACE. 247 

avait toujours tenu auprès dVIle un confesseur allemand, Anne 
d'A. utriche eut toujours à sa disposition un moine espagnol, Labonne. 
M""** de Motteville trouvait même ce Franciscain « un peu simple pour 
confesser à la mort une reine qui avait été régente ». 

Si cette volonté, que la reine-mère conserva jusqu'à son dernier 

jour, d'être entendue en confession par un [)rétre parlant sa langue 

iiiat(îrnelle, atin d'être plus assurée de se faire mieux comprendre 

de? lui, avait pu donner lieu à quelque doute sérieux au sujet de la 

sincérité de la reine dans ses dévotions, M""^ d(î Motteville d'abord 

n'en aurait pas parlé. Puis le Père Irénée du Parc se serait gardé, 

ou on l'aurait empêché de faire état de cette préférence. Et celle-ci 

ost l'objet d'un long développement dans l'oraison funèbre qu'il 

prononça. Il proclame « qu'Anne d'Autriche avait remercié Dieu, 

t-iii peu avant sa mort, de lui avoir donné un si saint Cordelier 

n'-ï'^st ce Hécollet d'Espagne, qui a eu l'honneur de la confesser 

généralement et de l'exhorter en cette dernière et im[)ortante 

oooasion * ». 

Le bon moine de l'ordre de Saint-François félicite son héroïne, 
<* o#Hte débonnaire princesse », de ce (pi'elle « favorisoit de ses 
tH>ntez particulières entre les prélats les plus zélés, entre les juges 
l*-s> I)lus é(iuitables, entre les seigneurs les plus tidèles et entre tous 
lo*^ ordres religieux, celui de Saint-François, dont elle avoit reçu 
1*115* l)it dès son enfance, dans lequel elle a voulu ètn^ ensevelie, sucé 
l'e^5^|)rit dès sa jeunesse, pris S(îs directeurs et confesseurs durant 
sa x'ie, signé son testament par ces paroh^s : Sœur Anne d'Autriche, 
religieuse du Tiers-Ordre de Saint-François .... » 

I-ie même orateur ne craint pas de faire allusion aux tristesses 

nui avaient assombri la jeunesse d'Anne d'Autriche : il parle, sans 

ï'ien voiler, des dissentiments qui s'étaiimt produits à la cour et 

dont nous savons que la cause était de nature exclusivement poli- 

l-i^iue. S'il y avait eu, en réalité, d(\s fautes conjugales graves à 

reprocher à la reine, jamais un [)rédicateur n'aurait osé prononcer 

^^ public cette élégie, dont le refrain est : Porro Anna flehai, qni 

^♦* fwraît pas avoir déplu à la cour et (|ui raconte, sans la moindre 

précaution, l'incident que nous connaissons, à la suile du(|uel la 

ï*eine avait dû signer un aveu humiliant de ses ernnn\s politiiiues. 



oraison funèbre de la reine-mère Anne d'Autriche, par le P. Irénc^e du 
*^'*'*Ç< U<5t1niteur des Pères UiVollets (\o la province <le rinimaculèc-C.onception, 
**^'*'5i. Uenvs Thierry, 1060, in-i . 



24B llt:vi Ë HAJIII.I.Oti. 

Le morceau d'éloquence est assez curieux à lire : 

(i Griinilp llcyne, il est temps de pleurer pujsiiuf! la rosée de voi 
larmes, en lomhimt sur vostre sein, se clianger.i en pluye d"or (>oui 
le rcmlrc liynuii; il est temps de pleurer. puisi]ue voire slérilili 
va vnus ji-tter dans l'opprobre du sexe, dans le mespris de la Cour 
dans le resbul de l'Eslat. Que dites-vous de cette Plienenna qu 
vous insulte avec malice, de cet Héli qui vous outrage avec un zèli 
indiscret, et de ces esprits brouillons qui vous menacent d'utx 
répudiation lionleuse? Potro Anna flebat : à tout cela. Aune m 
faisait que pleurer. Que faites-vous, chaste et solitaire colombe 
dans votre chambre, uii personne ne vous va voir, où tout le inonda 
vous abandonne, oii l'on vous retranche le nécessaire, où l'on vou 
déclare que vous ne pouvez faire l'aumône et où nous avons ven 
qu'ayant esté refusée d'un linancler pour une charité que vou; 
aviez ordonnée à un de nos couvents, vous préseulasles un di 
vos dianians, et qui fust aussi honnestement refusé que lib^le 
ment ott'ert? Porro Anna flebat : à tout cela, Anne ne faisait qi* 
pleurer. Qu'allez-vous faire au Val-de-Grûce, ans Carmélites di 
Bouloy, aux Religieuses du Calvaire? Peul-estre que vous y aile 
pour détremper l'amertume de vostre cœur dans l'éminence de ï 
vie religieuse et pour y recevoir quelque consolation à vos mau: 
par ta douceur de la conversation de ces vierges cloîtrées, Pom 
Anna flebat ': non, elle n'y allait que pour pleurer. Mais, inoi 
augusteeldésoléePrincesse,àqnoy bon tant pleurer? puisqu'EICJina 
l'homme juste, puisque le Roy vous cliéril et vous honore. Plaignez 
vous & luy : dites-luy vos griefs; faites-luy scavoir vos mespris 
vos rebuts et vos opprobres; parlez avec l'empire d'une tesl 
couronnée et d'une petit«-lllle de Charles-Quint. Non! Messieurs 
nostre Anne ne parle qu'à Dieu qui entend le langage de son cœur 
elle ne remue que les lèvres et il ne sort pas une [ilainte de si 
bouche, Anna latfuebatiir in corde siin, tnntumque ejus lalfU 
movebantxir et vox penitus non aiuliebatur. Escrivez au Ro; 
d'Espagne, retirez-vous sur la frontière : abattez ceux qui voiï 
oppriment, puisque vous pouvez faire un party plus puissant, plu 
viste et plus heureux que celluy de vostre ayeule. NonI elle aim 
trop son cher époux et la paix de son Royaume pour faire éclata 
sa douleur. Tanlntnmodo labia movebanlur, et vox penittis not 
audiebalur. 

« Rougissez icy, Brunehaut, Catherine et Marie de Médicis, et tanl 
de Reynes remuantes, d'avoir embrasé la France |>ar les feux d( 
votre colère, et qui avez si souvent enveloppé dans ceux de vo5tr« 



L 



à 



LE COKUR d'ANNE d'AUTKICIIE ET i/aBBAYE DU val-de-(;kace. 249 

v€>i"igeance les innocents et les coupables. Rougissez encore un 
oou j) de voir cette colombe. » (Loc. ci/., p. 11 et 12.) 

l^e morceau est d'importance et Téloqucnce marche d'un pas 
l>^:fï>ant. Mais il nous a paru intéressant de citer ces allusions 
t>îl>liques qui résument assez fidèlement les années d'épreuves de 
l^k jeunesse d'Anne d'Autriche, les tristesses qui provinrent de sa 
longue stérilité et dont le sens dernier est la proclamation de son 
innocence. 

II existe aux Archives nationales, dans le carton L 1037, une 
piè-oe extrêmement curieuse (jue son étendue seule nous empêche 
€^^ citer in extenso. C'est une explication du symbolisme des attri- 
l>uts que les artistes chargés de décorer l'égHse du Val-de-Grace 
sivîtient choisis pour faire allusion à la vie et aux bienfaits d'Anne 
d'Autriche. 

Klle s'appelle : Les Hiéroglyphiques de Varcade de la grille de la 
chapelle Sainte-Anne, se rapportant au sacrifice de la Messe. 

l^e premier sous-titre a un rapport direct avec notre sujet : Le 

cœur bindant sur un autel. Il annonce le développement d'idées 

ple*,uses sur l'amour de la créature pour son Créateur : « Ce cœur 

qui se consume par la flamme sur cet autel est une véritable image 

de celuy qui assiste au sacritice de la Messe avec les dispositions 

nécessaires. » 

II est à peine besoin de faire remarquer que le vocable sous 
lequel était consacré l'autel, dédié à sainte Anne, rappelle la per- 
sonne de la reine; la suite va compléter cette allusion. L'arcade qui 
^'^ être décrite est dédiée à saint Joachim et sainte Anne; au travers 
^^ ces noms, on doit reconnaître Louis XIII et Anne d'Autriche. 

A partir de ce moment, tout le développement mystique devient 

lin éloge des vertus conjugales des deux saints patrons de l'autel. 

Si Anne d'Autriche avait été l'épousa» adultère que nous décrivent 

^^'^ins historiens, si même, un an à peine après la mort de son 

l"^**!» elle avait abaissé sa fierté de reine et consenti à un amour 

"Hcite, ou même à un mariage qui l'aurait placée au-dessous de 

^ ^Hualion sociale, les allusions flatteuses seraient devenues d'inju- 

''i'^uscis ironies. Or, d'une part, Anne d'Autriche savait à quoi s'en 

enir sur ^ propre conduite, de l'autre, les supérieures du Val-de- 

i^ce étaient, nous l'avons vu plus haut, absolument au courant 

.^ tout ce qui avait couru en fait de mauvais bruits concernant 

, ^'^ bienfaitrice. Donc, l'exégèse que nous avons sous les yeux, (|ui 

j^^^Hf» certainement d'un aumônier ou d'une des religieuses h»s 

^ ^^ intelligentes de la communauté, exégèse dont le soin avec 



ÎÎH) IIHVIK «AUII.I.ON. 

lequel elle a été copiée atleate qu'elle était conservée comme un» < 
pièce ayant acquis la l'yveur des religieuses, cette tiluciibi-atior « 
mystique qui compte 20 lagi^s de teste, était écrite dans l'iiilem 
lion d'être agréable à l'organisalrice de celte élégante el pifiiff==s^ 
décopallon. 

On y lisait ces mots qu'une irrégulière n'eût pu connalli-e sar-j 
y voir un reproche : 

Deuxième airtidc en l'Iuinnenv de saint Juacliim 
el de minle Anne. 



« La ligure d'un cube egalle de tous costez, la plus slahle i 
toutes les tîgures, signilie l'homme de bien parlàitemcnt égjd »- ni 
touttes les actions de sa vie, qui demeure Terme et constant : \ni 
millieu de toutes les traverses du monde, qui ne s'inquielle iHjS^ttl 
dans les afflictions et qui, de quelque costé qu'on le tourne, se 
trouve tousjours dans la mesme assiette. C'estoit celle fennt:^^'lé 
el celte constance que faisoil paruislre saint Joachim dans ===ws 
plus grandes jieines el que le sculpteur a voulu encnr expriii^^ei- 
[ar ces deux branches d'olivier qui entourent le cube..., » 

u Le voille BLA^c slk dbux mains choisëes. 

n II n'y a personne qui ne sache que deux mains croisées \'\x «e 
dans l'autre signifient la fidélité, et que, pour l'aire voir ta caiulr- «"' 
el la sincérité avec laquelle) doibvent vivre les époux, on les m«=^t- 
loit autrefois soubs un voille blanc. » 

« Deux coeutts joints ensemble. 

a Gomme le cteur est le siège de l'amoui' ;iussy bien que ** 
principe de la vie, il n'est pas difficile de conjecturer que dt-«->' 
cœurs unis ensemble ne peuvent signifier aulre chose que l'amc» •-■ '' 
et l'union de deux personnes, amour si grande dans S' Joaclirm =■ •* 
regard de S'" Anne, el de S'" Anne réciproquement envers S' Jt^>^' 
cliini, qu'ils n'avoienl qu'um- mesme volonté et qu'un raes*3f"S 
désir, scavoir de se rendre agréables â Dieu, el dignes de donr^ ^'' 
au monde celle qui devoil enfanter le Verbe divin. Celle ceintL' ''^M 
qui entoure ces deux cœurs marque leur continence. » ■ 

Le parallélisme entre la vie de sainl Joacbim et de sainte An»"»*''** 
el celle de Louis XIII el d'Anne d'Autriche, est marqué avec l» *^^ 
évidence qui lait de ce texte un vrai document. L'argument *^'* 
faveur île la régularité des mœurs d'Anne d'Autrictie esl d'aul s.^ ■^' - 
plus fort, que le programme di- la riécoralion avait été vu par eS *• 
qu'elle avait consenti îi l'allusion, qu'elle avait encouragé el ps^ ~ 




LE COEIR d'aNNE D'AUTKICHE ET l'ABBAYK DU VAL-DE-GRACE. 251 

uvre de l'artiste, et que la terminaison de tout l'ouvrage avait 

jusqu'au dernier jour la préoccupation de sa vie. 
Ces affirmations monumentales de fulélité conjugale, d'intégrité 
ns l'existence, quelle femme aurait été Anne d'Autriche, si elle 
> avait mensongèrement commandées, si elle les avait laissé 
aligner par ses religieuses aimées? 

La lecture de cette pièce, témoignage contemporain de l'intention 
l'avaient eue les fondateurs du Val-de-Gràce, en créant les cha- 
înes de Sainte-Anne et de Saint-Joachim, de manifester à la 
)slérité la légitimité de la naissance de Louis XIV, témoignage 
»rtout de l'adhésion que donnaient les religieuses à ces déclara- 
3ns solennelles de fidélité conjugale, témoignage enfin d'une 
Ihésion consentie en connaissance de cause, puisque l'écho des 
:tuvais bruits était venu au Val-de-Grâce, tout ce langage monu- 
enlal a contribué à former notre conviction. 
Il n'est pas possible de taxer de mauvaise foi des gens qui par 
Heurs menaient une vie exemplaire. Les moniales du Val-de- 
•îjce n'ont rien fait pour qu'on charge leur mémoire du fardeau 
in mensonge public, aussi impudent que l'aurait été cette glose, 
liemment composée par une àme sainte, dans Laquelle celle-ci 
Riiait la responsabilité de la pensée d'un sculpteur aux ordres de 
reine-mère. 

Là encore, pour rester fidèle îi la méthode que nous nous 
"nnies imposé*?, nous sommes forcé de croire à la sincérité 
n écrit contemporain, que rien ne nous autorise à considérer 
ïirne renfermant des allusions mensongères. 



IX 



-es écrivains hostiles à la bonne renommée d'Anne d'Autriche 
*riuent qu'elle avait fondé le Val-de-GrAce, qu'elle l'avait comblé 
Sfîs bienfaits, pour se ménager une retraite périodique où elle 
'^ aux approches des fêtes de l'Église, trouver moyen de conci- 
« un attachement illicite avec le régulier accomplissement de 
devoirs religieux, en se détachant momentanément de l'homme 
^^, comme ces rois iLouis XIV et Louis XV) s'éloignaient de 
•^s maîtresses à ces époques de l'année où la religion parle en 
• v-eraine, et où le confesseur a tout empire, sauf à y revenir 
^îtôt après .... » iLoisrlkih, Problèmes historiques, p. 71.) 



S->2 HEVIiE HABILUIK. 

Ou bien, ils tirent parlt de ce que Mazarin avait réussi à neutra 
liser, ilans une certaine niiîsiire, l'iiitluence de sainl Vincent de Pai 
sur l'espril de la reine, et que, devenu maître, ou ii [jeu firèf 
d'inscrire qui bon lui seniblail sur la Teuille des bénétices et d 
distribuer à son grë l'argent du trésor public, il avait Tait laire le 
voix qui lui étaient hostiles dans les couvents Tréquenlés par Ann 
d'Autriclie, et notamment celles qui prenaient leur inspiration a 
Val-de-Grùce. 

Nous reconnaissons qu'une telle accusation n'est pas neltemeii 
Tormulée ; mais on la devine sous les mots; aussi n'Iiésitons-nou 
pas a démontrer que, lorsque Mazarin était au pouvoir, il y aval 
de longues années que la reine s'était intéressée à la constitution 
au Taubourg I^Saint-Jacques, d'un grand couvent bénédictin di 
Cemmes. 

Le Val-de-tirAce n'a donc pas été construit pour servir d'aaili 
à des conversions momentanées et précaires. Nous verrons qm 
les dépenses de la construction des bâtiments étaient depui: 
longtemps engagées, lorsque le premier ministre se trouva ei 
situation d'y ajouter ou d'en retrancher quelque chose. 

C'est en 1621, au printemps, que commencf-renl ofBciellemen 
les démarches pour la réforme de l'abbaye du Val-Profond, silui 
■A Bièvre-le-Clialel, et le transfert des religieuses dans le. couveii 
du laubourg Saint-Jacques. La sœur Marguerite de Sainte-Gertrudi 
d'Arbouze fut envoyée de Montmartre pour opérer la réforme e 
le transfert. 

Ce mot de réforme d'une abbaye a été généralement fort ma 
compris. Beaucoup de personnes s'imaginent volontiers qu'il caclu 
des désordres moraux de la dernière gravité. En ce qui concerm 
l'abbaye du Val-Profond, les dépositions fiiites à l'enquête ordonné: 
par l'oflicial au sujet de la demande de translation de Bièvr 
à Pai'is, nous montreroiil que les motifs allégués dans la requiHi 
étaient d'ordre purement administratif Le logement était devein 
inhabitable, les bâtiments n'auraient pu être relevés qu'à la suite di 
dépenses excédant les ressources de la communauté. Pour ne pa 
allonger inutilement la citation, nous ne reproduirons que cim 
dépositions : celle du délégué de l'oificial, celle de la supérieuif 
celle il'une des sœurs, celle d'un voisin et celle d'un domestique ■ 
Elles sont amplement suffisantes pour donner une idée exacte 4" 
la physionomie de cette affaire. 



L 




LE COEl'H D*ANNE D'ALTRICIIE ET i/aBBAYE DU VAL-DE-GRACE. 253 

^^ Procès-verbal dans lequel est insérée la requeste présentée 

à Mong"^ le cardinal de Retz, evesque de Paris, par les R''*' abbesse 

et religieuses du couvent du Val-de-Gràce, touchant la translation 

«ie \u dite abbaye, où sont contenues les dépositions, tant drs 

R*-^ligieuses qu'autres tesmoings, pour montrer la nfiauvaise et 

ciangereuse disposition des lieux. 



PllOCÉS VERBAL. 

L'an mil six cens vingt un, le mardy vingt septiesme jour d*apvril, 
^ous, Pierre de Barthes, pbre, docteur en droit, officiai de Parys, 
^t juge ordinaire, commissaire en cette partye, députté par 
Monsieur de Pierrevive, chanoine et chancellier en l'Église et 
Université de Paris, vicaire général de Monseigneur rill*"® et 
Révérendisime card»^ de Retz, evesque de Parys, en suivant 
rioslre commission et à l'effect du contenu de la requeste présentée 
*^ mondit seigneur par les abbesse, religieuses et couvent du 
Monastère du Val-de-Gràce, ordre de S*-Benoist, diocèse de 
Parys aud. Monastère assistez de Messire Franc. Rivière, promoteur 
^e Tofficialité de Paris, par nous pris pour adjoinct en cette partye, 
^t clu greffier ordre de lad. officialité par nous pris pour greffier en 
<^€ïste partye, où estant arrivez sur les dix a unze heures du matin, 
^t descendus en la première cour se sont pntés M'' Feraige pbre, 
cliapellain ordre et père confesseur des dites abbesse et reli- 
gieuses qui nous avoit mené et conduit en une petite chapelle 
^u -dessus du premier estage du corps d'hostel où sont logées lesd. 
r'eligieuses, et ayant demandé aud. Feraige pourquoy il ne nous 
*^voit menez en l'églize dud. Monastère, et s'il n'y avoit point 
^'autre lieu que lad. chappelle ou oratoire pour fre le service 
^ivin, il nous auroit dict que quant à pnt il n'y a point d'autre lieu 
pour la célébration dud. service divin, que led. oratoire ou 
chappelle, pour ce que l'ancienne église où auparavant se faisoit 
*e service divin, estoit, c est à présent, et depuis y a longtemps 
goutte ruynée, comme il nous a fait apparoir, estant entrez en 
*c^lle où n'y a plus que les murailles, qui sont prestes à tomber, 
^ti jQoyen des grandes eaux qui ordinairemt arrivent aud. lieu, 
pont les traces et marques sont encore toutte apparentes jusques 
? '^ hauteur du M^'"* autel, en sorte que lad. église apnt est du tout 
inhabitable et en ruyne. Ce faict, nous serions acheminez assistez 
^^nriïïie dict est, et dudict Feraige au parloir et grille de lad. 
-abbaye, ou apprès avoir conféré avec lad. dame abbesse du 



25i 



lË ]I\nil,LON. 



subjcct de notre arrivée ami. lieu, et sur le cuiitenu de la reo^^-eq* 
nous aurions desd. dames abbesse et religieuses et des aiitr»-«,>trcs 
personnes cy nprès nommées pris et receu singulièrement I» I k-s 
dépositions qui ensuivent, tant sur le contenu delad. req" que s» ^ sur 
autres faicts qui en résultent mis ;i cette tîft'ect tn nos mains p:*^ par 
led- promoteur, et premièrement ensuit la teneur de iad.ï-equesl J.^-sIe, 

« A Monseigneur rill"" revend'"" card"' de Retz, evesque de Par^' "vc^'^'s. 

« Sœur Marguerite de Sainte-Gerlrude d'Arbouze, indigne abbess ^ ^sse 
du Monastère du Val-de-Grâcc, et les religieuses d'iceluy, vo»«z.» dus 
remonstrent très humblement que lad. abbaye et monastère ef* nsl 
située en lieu désert et solitaire, sans voysius ny deffense. expir<i»«jsé 
aux incursions et entreprises des personnes de mauvaise voIoik~s «rilé 
avec de grands dangers sans résistance, ce qui les tient en conrc~aiJli- 
nuelles craintes et allarmes qui trouble l'ordre et la discipline rég' '?^^u- 
tiére, l'observancf de laquelle est quasi impossible en un estât -■"-•tsi 
plein d'appi'éhension et que, sy c' estait vre bon plaisir de lets^*^eur 
permettre de transférer lad. abbaye et monastère en b ville — et 
fauxbourgs de Parys selon qu'il est porté par le concilie de TreiM'» 'Cte 
pour les monastères de religieuses situez à la campagne, et p«^4 t'"'' 
mesme moyen leur permettre de convertir led. Monastère en maisr» ^^sf" 
séculière et de la vendre avec ses appartenances et dépendance^^^»^-^^'*" 
il seroil par ce moyen pourveu aux d. dangers et inconvéniens ■^ ""^ 
à l'observance régulière et meilleur establissement de In relïirraar» *^''^" 
qui y est commencée et d'ailleurs elles en recevroîenl beaucoup l» *' "^^ 
commodité, d'autant que par le moyeii de lad. vente, elles poui m-^^^^' 
roient recevoir une bonne somme de deniers suffisante pour acqu» «-• 1"*'' 
rlr le bien où elles seront eslablies et autres héritages et rente* ."~'^'^* 
proches et commodes et de plus grand revenu que lad. maison «"■ • '"^ 
leur apporte. Joint que pensant retenir lad. maison, cela leur loui «J «^i"'" 
neroil à très grande despence pour l'enlretenemenl el réparullotrs *^> ""^ 
ordinaires des baslimenls qui y sont en très-grande quantité, etqn-»f^'l'"' 
les bois taillis, en quoy consiste une bonne parlye dudit revenu f *""■ 
seront à l'abandon et au pillage de tous les mauvois sujets, » " **' 
réduits à néant, ain.sy que plusieurs droicts el rentes qu'elles o»*i> '*"' 
aux environs, dont la perception leur serolt diHîcile el de plu'*'-;''"-'' 
grande deppense que de proffict. t'est pourquoy. Monseigneur, I» ' . '(^s 
dites abbesse el Religieuses vous supplient très humblement lert» Êeiir 
voulloir permettre de l'aire la iranslalion delad. Abbaye et ÎWonate «~ias- 
lère en la ville ou fauxbourgs de Parys, el de convenir lad. mais<r:> son, 
appartenances et dépendances à usage, icelle vendre el alién^'-^^ier, 
pour en eslre les deniers employez tant en l'aquisition du bien 



i 



LE coKUR d'anne d'autkiche ET i/arbaye Dr val-de-(;kace. 200 

tîlles seront establyes que d'autres héritages et revenu/ proches et 
commodes pr le but et utiHté delad. Abbaye. Et les pauvres supp*«' 
continueront de prier Dieu pour vre prospérité. Et faicte par S' M. 
de s*' Gertrude d'Arbouze, indig. abb.; s^ Anne Ramboleaux; 
s^ Mag"* Fournier; s*" Marie Boulley. » 

a Avant que frê droict sur la prte requestre, il est ordonné que 
Mons*^ Tofficial de Parys, assisté de Messire Frns Rivière, pbre, 
promoteur, et de M* Charles Cenbal greflier,. se transporteront sur 
\vs lieux pour les voir et visiter, recongnoislre les usages et fon- 
(laôns estant en lad. abbaye, en quoy consiste le revenu d'icelle, et 
(le tout dresser procez-verbal pour iceluy veus estre pourvu sur 
lad. req*' ainsy que de raison. Faict à Parys le vendredy vingt 
troisiesme apvril mil six cent vingt un par M' le vicaire gnâl de 
mon <lit seign'" le cardinal de Retz evesque de Paris. Baudouyn. » 

« Dudit jour vingt septiesme apvril mil six cens vingt un. Pour 
Marguerite de Saincte-Gertrude d'Arbouze, abbesse du Monastère 
du VaWe-Gràce, <agée de quarante ans ou environ, après serment 
par elle faict sur ses vœux de dire vérité, enquise sur le contenu 
delad. req** circonstances et dépendances d'icelle et faicts et articles 
baillez de la part dud. promoteur : 

« A dit qu'il y a ... ans qu'elle est religieuse professe de l'ordre 
s' Benoist et abbesse dud. Monastère depuys vingt deux ans, depuys 
lequel temps elle a esté constante à présenter sa dicte req'' pour 
les causes y contenues par Tadvis de ses religieuses et encores pour 
les incommodité/ qu'elle a recongnue aud. lieu, qui sont de grande 
conséquence tant à la santé qu'à l'entretien desd. filles, parceque 
la vérité est que l'humidité est sy grande aud. lieu, qu'on a esté 
contraint d'abandonner le lieu où le service divin avoit accoustumé 
de se faire et bastir un oratoire pour cet effect au premier estage, 
d'autant que tous les ornemens pourrissoient incontinent et que 
les autels ne pouvoient estre tenus couverts ny ornez sans la perte 
des nappes, linges et autres ornemens que on y appliquoit, que on 
trouvoit chansiz du soir au lendemain, mesme que le pain à chanter 
se seroit ordinairement trouvé tellement humide, que on ne s'en 
seroit pas pu servira la consécration le lendemain. Laquelle humi- 
dité cause une grande quantité d'alïluxion et catherres auxd. reli- 
gieuses, ayant elle exposante, ouy dire qu'il se seroit vu en certaines 
années des religieuses parfois tellement malades, qu'elles seroient 
tiories presque sans s'en apercevoir. Outre que les lieux réguliers, 
'Omme le réfectoire, chappitre et les cloistres sont si catharreux, 




qu'ils en sont devenuz ilépéris et inhabitables, bien ijue l'on y ail 
faict lie granries despenses pour les enlreleiiir el mesme que tes 
murs en sonl tous gastez el meiincifnl une prompte ruyne à cause 
des grands esgouls el sources d'eau qui s'y Irouvent, el qu'outre 
ce, led. lieu estant diisert de soy cl csloigué des voysins, elle esi 
obligée d'envoyer querre à Parys loulles les nécessitez desd, reli- 
gieuses, ce qui esl à grands Irais à ta maison el aussy qufi le^ 
personnes qu'elle a envoyées à Parys ont esté voilées par les 
chemins comme a esté un serviteur de ladite maison nommé 
Alexandre qui auroil esté voilé par les chemins et grandement 
vexé el blessé de son corps par les volleurs qui luy avoient pris 
une pièce de drap qu'il esluit allé quérir pour l'usage desdi^^ 
religieuses, el non-seulement que tesd. volleurs viennent ordio»'' 
rement autour île lad. abbaye; mais encore sontquelquefoisentT^ 
en la cour de lad. abbaye par les bresches qui sonl es clostuK^- 
non-seulement durant les guerres dernières, mais en des sais*^*** 
assez paisibles comme celle d":'i présent, et oui lesdits volleurs W' 
jusques à dix pièces de toille appartenant aud. Religieuses et c^îi^ 
chelté les coffres appartenant à des personnes reFTugiées dans ^^"- 
abbaye durant lesd. années, laquelle closture ne se peut estas ^^'^ 
comme il appartient, à cause qu'il y a des ruisseaux qui pass 
à travers les clos et closlures qui ne peuvent à cause du co* 
des eaux estre bouschées, par le moyen desquelles ouvertures ï-?=^=^*'" 
arrivez plusieurs inconvéniens, de sorte que par les dites ouyi^ 
tures, on peut transporter les meubles dehors et mesme peuv 
parce moyen lesd. religieuses parler ;'i personnes extérieures as^^^^'^.'' 
facilemenl. à cause desquelles vaux et ravines les caves sont ui~* ""^ \ 
naiiemenl plaines el mesme que lad. maison a failly une rc^*"^î„ 
d'eslre submergée de sorte que les religieuses l'urenl contraintes 
sortir el de se retirer chez leurs parens. Davantage que leur p^* 
conlesseur est souvent entpescbé de se transporter de son loi*' 
aud. Monastère encore qu'il soit assez proche, à cause de l'abcr::»-* 
daiice des euux pour lesquelles incommodilez même pour le p*^ ^ , 
d'assuerance qu'il y a en lad. closture, lesd. Religieuses ont e».*^*" ^ 
contraintes en temps de guerre d'abandonner lad. abbaye el de *^ 
retirer chez leurs parens et aussi comme estant lad, abbaye • 
tout liors des delTences. 

« Dil en outre qu'il y a grande quantité de baslîmens, et fort p»*^^ 
de revenu en lad. maison pour les entretenir, ayant les lettres ^ ^ 
papiers esté pris et desrobez et quelque partye bruslez el 1» * 
autres emmenez par les eaux et ravines, lequel tfeu on n'a pu Tacil^ * 
ment esteindre ni avoir du secours des voysins nécessaire pour -^'^i' 



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A 



LE COEIR D'ANNE D'AITRICHE ET l'aBBAYE DU VAL-DE-GKACE. 2^7 

subvenir pour estre lad. abbaye esloignée de toutte assistance des 
voysins. Dict plus qu'à cause des dites incoramoditez led. Monastère 
est fort peu peuplé de filles, à cause que leurs parens ne les y 
veullent mettre à cause du péril cy dessus et aussy considéré que, 
en cas de malladyes, elles sont contrainctes d'envoyer à Parys, n'y 
ayant es lieux circonvoysins endroict où l'on puisse trouver les 
remèdes convenables à leur santé ny médecin plus proche d'elles 
que ceux de Parys. Pourcesd. inconvéniens et autres qui se peuvent 
recongnoistre par l'inspection des lieux mesmes que les religieuses 
ne peuvent sortir de leurs clostures sans estre apperçues de ceux 
qui passent à cause des haultes montagnes qui les avoisinenl. Pour 
raison de touttes lesquelles choses, elle auroit esté contraincte de 
prnter lad. req** et supplyer Monseign' le cardinal de Retz de la 
voulloir enthériner, qui est tout ce qu'elle a dict, et lecture a elle 
faite de sa déposition, elle l'a signée. Ainsy signé. M. d'Arbouze 
abbesse indig. » 

La sœur Anne Rabotteau fit une déposition analogue, ainsi que 
sœur Magdeleine Mournier, qui était religieuse professe depuis 
cinq ans, et sœur Marie Boulley. 

* 

L'aumônier confirma les dépositions des sœurs. 

« Du sixiesme May mil six cent vingt un. 

» Vénérable et discrette personne Maistre Jacques Fesraige père 
docteur en théologie de la faculté de Bordeaux, natif de Pescang, 
diocèse de Coserans, aagé de quarante ans ou environ, tesmoin 
produit de la partye des abbesse, religieuses et couvent du Val-de- 
Gvàce au diocèse de Parys demanderesses en requestre à rencontre 
(iu promoteur de l'ollicialité de Parys pour l'intérest publicq et de 
Ustice. Apprès serment par loy faict de dire vérité, enquis tant 
•ur les faicts contenus en lad. req^^ que sur les faicls qui en 
ésuitent et autres mis en nos mains par le dict promoteur, a dict 
[u'îl est père confesseur audict couvent du Val-de-Gràce dès y a 
eux ans escheus le vingt-troisiesme mars dernier passé où il est 
emeurant actuellement depuys led. temps. Et avoir recongneu 
epuis qu'il y est que le lieu de ladite abbaye est fort dangereux pour 
sire situé dans les boys et un vallon où il se commet d'ordinaire 
orce volleryes, et que, par trois diverses fois, les volleurs sont 
entrez en la basse-cour sur les unze à douze heures de nuict pour 
roller ladite abbaye, laquelle eut été voilée et pillée sans les chiens 

17 



LE c(*:iR d'anne d'autriche et i/abbaye du val-de-(;kace. 259 



* 
* * 



c< Alexandre Delaune, manouvrier baucheron et vigneron, demeu- 
rant à Bièvres le Chaslel, aagé de cinq'** ans ou environ, tesmoing 
produit de la partye de Tabbesse, religieuses et couvent du Val-de- 
GrAce au diocèse de Parys, demanderesse en requeste à rencontre 
du promoteur de Tofficialité de Parys, pour Tintérest public et dcj 
justice. Après serment par luy faict de dire vérité, enquis tant sur 
Ibs faicts contenus en ladite requeste que sur les faicts qui en 
résu lient et autres mis en nos mains par led. promoteur. A dict 
que, pour estre proche de l'abbaye de Val-de-Gràce, il a congnois- 
sance desd. lieux et que lad. abbaye, a cause des ravines des 
eaux, en est grandement ruinée et que Téglise et lieux régulliers 
sont prêts à tomber a cause desd. eaux comme defaict la plus 
grande partye des clostures de lad. abbaye sont tombées, et a cause 
desd. eaux on a esté contrainct de quitter et abandonner Téglise 
où se faisoit le service divin, et les autres lieux régulliers, pour ce 
Que les eaux ont ruyné et gasté, en sorte que les religieuses ont 
é^é nécessitées de faire un petit oratoire au-dessus du premier 
estage pour faire le service divin, lequel lieu est encore tellement 
l^umide, que tout ce que Ton y met en peu de temps est pourry et 
cUansy, et sy à cause desd. eaux les lieux sont tellement humides 
Que les religieuses et domestiques de lad. abbaye en sont bien 
souvent mallades; que, outre ce, led. lieu est tellement désert et 
^^stitué de tous secours, que bien souvent les volleurs se sont 
efforcez d'entrer en lad. abbaye, pour la voiler, «à cause qu'elle 
^'^st pas bien close ni fermée et sont presque tous les jours lesd. 
volleurs autour de lad. abbaye pour la voiler et <lesrobber. Ce qu'ils 
e^'ssenl faict deux ou trois foys, sans le laschement des chiens qui 
^6 nuict sont au guet. Dict plus ledict exposant que lesd. reli- 
gieuses sont tellement destituées de toutle assistance de voysins et 
^^6 ce qu'il leur convient avoir pour leurs nécessitez, qu'elles sont 
contrainctes d'envoyer à Paris quérir ce qu'il leur est nécessaire 
soit vivres, linges ou draps pour leur f^ des habits et advient que 
souvent ceux quelles y envoyent sont voilez, et desrobbez, 
exceddez et blessez comme cela est arrivé à la personne du 
J^ï^diriier de lad. abbaye, nommé Alexandre Boutet, qui fut voilé 
^® tout ce qu'il apportoit, et laissé comme pour mort sur la place. 
^^sorte qu'il en a pensé mourir et qu'il est encore tout estroppié. 
'^t plus ledict exposant que s'il y a un volleur en tout le pays, il 
^^t clordinaire à espier à voiler lad. maison avec autres meschans 



S60 



UFME HARII.I.OK. 



le 



garneraens et volleiirs, soldats et autres qui les accompagnent, ^^en 
sorte que lesd, religieuses et leurs domestiques sont tous les jou^ is 
en hazard d'estre desrobbez saos espérance de secuurs pour esK^ ^^ 
situer dans nu vallon, au milieu des bois accompagné de m<w— '^' 
tagnes de toutes sortes, et sont lellemeni esclairez par les passan^K:^ s, 
qu'on les voit partout dans leurs jardins lorsqu'elles y entreBT'^^t- 
Et outre ce que les closturesde lad. abbaye sont tellemenl rujDé- -^^s 
à cause des eaux qu'il y a de grandes bresches par lesquell ^r^^ 
on peut facilement porter à elles et leur bailler toute sorte ^^ f 
lettres et paquets, encore qu'il y ait des grilles, lesquelles le pl^^t— 'S 
souvent sont emportées par les ravines des eaui, lesquelles clo- -:^S" 
tures il est impossible auxd. religieuses ny tous les autres bas^ — '" 
mens de l'aire restablir en estât deub, à cause du peu de commodi 
qu'elles ont, et quand le toul seroit bien reslably. il est irapossil^- 
d'y demeurer en santé ny en sûreté; dict ledit esposHnt que \m 
lieux sont sy subjects d'estre courus et fréquentez par les ge« 
d'armes, que lesd. religieuses pendant les guerres, a cause de C" 
ont esté contrainctes d'abandonner lad. abbaye pour se rérugia 
chez leurs parents, laquelle abbaye a esté pillée durant lesd. guerre 
deux ou troys Ibys et les pauvres filles demeurées pour ce qui 
resloit en grande desolaôn et dans des nécessitez extresmes. Qi 
est tout ce qu'il a dict. Et :i signé sa déposition qu'il a dict esti 
véritable. Alexandre Delà une. 
p Payé audicl exposant qui a requis sallaire, vingt sols lo' 

Entin le blessé lui-même vint comparaître. 

« Alexandre Boutet, jardinier de l'abbaye du Val-de-Griice, et ; 
demeurant, y a deux ans au jour de s' Barnabbé prochain, aagé de 
vingt six ans ou environ, tesmoin produict comme dessus. Appi-èë 
serment par luy fiiict, de dire vérité, et requis sur le contenu de I» 
susd. req" liiicts résultant d'iceJie et autres mis en nos mains par" 
led. sieur promoteur pour l'intéresl du publicq et de justice. — "^ 
A dicl que depuys deux ans qu'il est demeurant en lad. abbaye^*^ "^^ 
il a recongneu et veu que lesd. religieuses souffrent de grande^-- "^^ 
incommodilez tant en leurs personnes que en leurs biens, et ce '~Z 
tant à l'occasion des ruynes et ravajies des eaux que de louttes 
parts et sourdent de dessoubz les fondements de lad. abbaye et 
lieux réguliers qui a présent sont ou tout ruinez et abandonez 
pour éviter aux accidents qui en peuvent arriver et que, pour les 
ordinaires volleurs et mauvais garnemens qui de jour à autre 
espient à voiler lad. abbaye comme defiiict elle eust esté volée et 
desrobbée depuis qu'il y est plusieurs fois, n'eust été le jappement 





LE COEUR n\\NNE d'aITTUïCIIE ET l'aBBAYE DU VAL-DE-GRACE. 2()i 

t. advertissemeiit des chiens qui sont relaschez de nuict et 

cielque peu de secours des domestiques de lad. abbaye qui y sont 

tjrement. De plus que les d. lieux sont sy malsains à cause de 

l^ur humidité et abondance des d. eaux et ravines, que les d. 

i^^Iigieuses en sont ordinairement mallades et plaines de catharres 

cette occasion d'estre constrainctes à cause ded. eaux, de quitter 

t abandonner l'église et lieux régulliers et de faire t^ un oratoire 

udessus au premier estage pour y P le service divin. Lequel est 

ncore tellement humide que tout y chansit et pourrit en bref 

^mps. Et bien qu'elles ayent faict plusieurs reparaôns des clostures 

le lad. abbaye qui leur tournent à de grandes despenses, néant 

oins les eaux y ont faict tel ravage qu'elles ont abattu et emporté 

1 SI plus part mesrae jusques aux grilles par lesquelles grilles à 

résenl on peut parler aux dites religieuses en temps secq et leur 

1er telles lettres et paquets que bon semble, voire de la 

rosseur d'un boisseau. Dict outre ce que les d. religieuses sont 

vilement environnées de montagnes, qu'elles sont veues et 

pperceues d'un chascun lorsqu'elles vont en leur jardin à leurs 

ecraôns et tellement mal assurées de leur personnes et biens que, 

cause de l'incursion des gens de guerre, toustes et quantes foys 

u*il y en a que lesd. volleurs et gens ramassez de touttes parts et 

e néant qui hantent lesd. vallées, elles sont nuict et jour en 

rainte, comme de faict depuys quelques années ença lad. abbaye 

cuydé estre voilée en plusieurs foys. Et sy sont lesd. religieuses 

'tellement esloignées de leurs commoditez et nécessitez tant pour 

l^s vivres que pour leurs vestemens et médicamens, et sy 

esloignées de tout secours, qu'elles sont contrainctes de les envoyer 

hercher à Parys par leurs domestiques, qui sont le plus souvent 

ollez et desrobbez, battus et exceddez de leurs personnes au hazard 

leur vye, comme cela est advenu en la personne dud. déposant 

l cquel, revenant de Parys et apportant des draps pour le vestement 

jDOur lesd. religieuses, et autres choses de leur nécessité, mesme 

des provisions et vivres et médicamens pour elles, outre ce qu'il 

vivait esté voilé, avait encore esté tellement excédé, haché, découpé 

cJe coups d'épée par lesd. volleurs, qu'il en seroit demeuré comme 

impotent et estroppié par les doigts et les autres partyes de son 

corps, de quoy il a pensé mourir. Sy bien que lad. abbaye estant 

oinsy en ruyne et degast, et les d. religieuses en hazard de leurs 

personnes et biens, tant pour l'affluence des eaux que à cause 

<3esd. volleurs pour cette incommodité il leur est du tout impossible 

de plus demeurer, et aussy que leurs moyens ne sont suflfîsans 

pour entretenir lesd. lieuz et y vivre commodément. 

Qui est tout ce .... » 



!263 REVUE MABILLON. 



* * 



I^e lecteur est à présent suffisamment convaincu, par la lectu 
de cette pièce contradictoire et publique, que le transfert d 
religieuses était une mesure nécessaire. C'est ainsi que le jug 
l'autorité religieuse. 




X 



L'archevêque de Paris trouva bonnes les raisons qui avaient é 
alléguées. 

Nous avons retrouvé aux Archives nationales, carton L 103 
le visa qu'il mit au pied des bulles obtenues en cour de Rome, 
qui autorisaient la translation des religieuses et la sécularisatio 
des biens situés à Bièvre-le-Chatel. 

La pièce est en latin et accompagnée d'une traduction français 
Nous les donnons toutes les deux. 

Joannes Franciscus de Gondy, Dei et S^ Sedis âplicae grati 
Parisiensis archiepiscopus ntri régis in suis status et sanctio 
consiliis consiliarius ad capellam regiam magnusmagister. Universi 
pntes Iras inspecluris Salutem in Domino. Notum facimus quo 
visis per nos Indulto seu Lîis âplicis in forma brevis a S"*" in X? 
pâtre et Duo nô Domino Gregorio divina providenlia papa decim 
quinto et moderno, per abbatissam seu Priorissam et moniale 
monasteri Loci de Valle gratite ordinis St' Benedicti Parisiensi 
diœcesis super contirmaône translationis ejusdem monasterii pauci 
ab hinc annis e diclo Monaslerio in loco campeslri, periculoso a 
aeris insaluberrimi sito, et inundationibus exposito ad suburbis 
civitatis Parisiensis, a defuncto bonae mémorise 111"*° et R"*** in Xp 
pâtre et Domino Dno Henrico, miseratione divina S** R" E» Pbr^ 
Gard*' de Retz nuncupato, tune exislenti Parisiensi Epô, fratre ntô 
servatis servandis, factaî, obtenta), datis Tusculi sub annui 
Piscatoris die tri^esima septembris, anno Dni millesimosexcente 
simo vigesimo secundo Pontificatus ejusdem S"" Dni ntri 
anno secundo signatis S. Gard"" St**' Siizannœ, et supra plica 
Hen. de la Plume. Nos Parisiensis Archiepûs, praefatus, hixic^ 
Translationis contîrmationi et Irârum Aplicârum desuper expe^ — 
ditarum executioni, in quantum ad nos spectat et pertinel^ 
assentimus, consensumque nrum pariter et assensum pra»bemui^ 








LE COEIK D'ANNE D'AnilICHE Ef i/aBUAYE 1)1 VAL-DE-JWIACE. 2G3 

priesentes, in quorum prsernissorum fidem et testimonium has 
s Iras per magrum Joannem Baudouyn in Jure canonico 
ntiatum, publicum auctorilale aplicâ curiioque archiepâlis 
sien, nolarium juraturn et archiepâtus nri Parisien, secretarium 
lariura tleri et signari, sigillisque camerj© nrjB fecimus et 
mus appensione communiri. Datum Parisiis, anno Domini 
îsimo sexcentesimo vigesimo tertio, dievigesima septiraa maij. 
3 mandato praîfati R"" Dni mei Dni Parisiensis archiepiscopi, 
louin. 

SA DE W^ DE PaIIIS Dl X^ MAY 1()23. 

an-Fran^'ois de Gondy par la grAce de Dieu et le Saint-Siège 
tolique, archevesque de Paris, conseiller du Roy très chrestien 
»es conseils d'Kstat et privé, grand raaistre de la chapelle 
lie, à tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut en 
re Seigneur; scavoir faisons que veues par nous Tlndult ou 
"es apostoliques en forme de brevet par nostre Irès-saint-Père 
)ieu, Grégoire, par la providence divine Pape quinziesme, 
lés à Tusculum soubz Tînineau du pécheur le XXX" jour de 
imbre, Tan de noslre Seigneur MVCXXII, Tan ij du ponti- 

du mesme très-saint-Père le Pape, signées S. Cardinalis 
Suzannae et sur le reply Hen. de la Plume, obtenues par 
•esse ou prieure et religieuses du Val de GrAce, ordre de 
t Benoist, diocèse de I*aris, touchant la confirmation de la 
slation du dit monastère situé en lieu champestre et dangereux 
i air malsain, exposé mesme au ravage des eaux aux faubourgs 
'aris, faicte par feu de bonne mémoire Henry, par la miséri- 
e de Dieu p*"** cardinal de la Sainte Église Romaine, surnommé 
letz, nostrii frère, estant pour lors Evesque de Paris (gardées 
îhoses qui se doivent garder), Nous, archevesque de Paris 
ict, consentons et assenions par les présentes, autant que de 
. est, et convient, à la contirmation de la dite translation et à 
cution des lettres apostoliques sur ce expédiées. En foy de 
• et témoignage nous avons fait signer icelles les présentes du 
u de nostre chambre par M* Jean Baudouin licentié en droit 
n par authorité apostolique et nottaire juré de lad. cour 
iépiscopale de Paris et secrétaire ordinaire de nostre arche- 
hé «le Paris. Donné audit Paris Tan de nostre Seigneur 
i^jCXXiij. Le XXem*" de may. Soub le reply il y a, par le coin- 
cement de mondict Tarchevesque de Paris. Signé Baudouin 

paraphe, 
diation faicte à son original estant en parchemin de faict 



rendu par les noltaires gardes nolles du Roy nostre sire en ®*. 
cliat. de Paris soubsignës le jour mil six cenl quiimnle il*^ 




likvi:f: MAitrLi.oN. 




f Archives nationaies, h t03&- * 



Toute cette procédure avait eu lieu à la suite des lettres pateti ^ 
de Louis XIII que nous avons Irouvéos 'également aux ArchiV^ 
nationales (L lU3(i). 

Lettres patentes, février 1621. 

Louis, par la grâce de Dieu roy de Fnince et de Navarre, 
presens et advenir salul. Il est assez notoire de quelle recommai 
dation sont pour toutes sortes de personnes les actions qi- 
tendenl à la gloire de Dieu et à l'advanceraenl de son service^ 
Celles-là touttes Tois qui sortent des personnes plus illustres son 
d'autant plus recommandables, que leur condition est plus êmi- 
nente, spécialement lorsque ceux que Dieu a esleus aux dig 
souveraines s'employent en œuvres de cette sorte dont la di 
Majesté est beaucoup plus glorifiée et le proffît et edilicàon plus, 
grande entre les peuples et les sujets, pour ce que les personnes 
royales eslevêes au comble des prosperitez temporelles rendent par 
ces actions de reconnaissance un singulier honneur à Dieu, aux 
pieds duquel ils offrent par leur vénération touttela grandeur qu'ils 
ont pour altlendre de lui la grâce et la bénédiclion en la conduite 
et maniement de leurs Eslats. Et la Torce de ces exemples oblige les 
sujects par une douce contrainte à l'imitation d'œuvres si héroïques 
et à alTectionner la piété qu'ils voient tant estimée par leurs princt's. 
C'est pourquoy. nous ayant esté représenté par la royne. nostre tr^s- 
chère et irès-airaée compagne et espouse, que pour reconnoislre 
anciennement les grandes grâces qu'elle a remues de Dieu, 
procurerait volontiers que la discipline régulière et ancienne piété 
l'usl reslablie dans tous les ordres, comme en celuy de Saint 
Benoîsl auquel elle a particulière dévotion, et spécialement es 
maisons des religieuses diceluy, la réformation desquelles a desjâ 
pris un si grand progrès, qu'il faut espérer que le soin et alfectîo» 
de celles qui s'y emploient estant Jiydé de nostre protection, nostre 
roy""^ sera bientost délivré des inconvéniens et malheurs qui pro- 
cèdent de ces désordres. Et d'autant plus que nous avons puis 
naguère fait pourvoir de l'abbaye de ti" Dame du Val de Grâce, 
distant de trois lieues de Paris, Soeur Marguerite d'Arbouse aupa- 
ravant religieuse de l'abbaye de Montmartre, avec condition 
expresse de restablir la régularité en ladite abbaye et la réformer 




LK COKL'Ii d'aNNE d'aUTRICHE ET l'aBBAYE DU VAL-DE-GBACE. 205 

entièrement. A quoy elle a déjà faict tel avancement, que nous 
avons grande occasion de louer Dieu, et désirer la continuation et 
perfection d'un si grand bien, et que ladite maison et abbaye est 
située en un lieu désert et non habité d'autres voysins, exposée au 
danger des incursions et mauvais desseins sans aucune deffence. 
iVostre dite très chère et très aymée compagne et espousse nous 
a fait entendre qu'elle désiroit suivant les constitutions ecclésias- 
tiques faire transporter en cette ville de Paris ou aux faubourgs 
ci*icelle ladite abbaye et les religieuses d'icelle, leur acquérir une 
place, et y fonder et faire construire un monastère avec l'Église, 
bastimens et offices nécessaires pour iceluy, si c'estoit notre bon 
plaisir de le luy permettre. Scavoir faisons qu'inclinant libéralement 
à hi supplicaôn de nostre très chère et très aymée compagne et 
^spouze, et de nostre grùce spécialle, pleine puissance et autorité 
royalle, par ces présentes signées de nostre main Nous luy avons 
Pï'oinis et promettons d'ériger ou faire ériger, fonder et arrenter en 
cetie^ ville de Paris, ou aux faubourgs d'icelle, du consentement de 
nostre très cher et bien aymé cousin le cardinal de Retz, évesque 
de I>aris, faire bastir et édifier ledit monastère et abbaye, et y faire 
^ï*îinsporter les dites religieuses, abbesse et couvent de N'^ Dame 
^^ Val de Grâce. Voulons et nous plaist ladite abbaye estre dite 
l^niatî et estimée de fondaôn royalle, et qu'elle jouisse de tous et 
^hi^oun des droits et privilèges dont jouissent les autres maisons 
^^ familles religieuses fondées par les roys nos prédécesseurs et 
*^ous. Laquelle dès à présent, avec tous les biens, droits, rentes, 
^^Venus et héritages qui luy appartiendront cy après, nous avons 
^^is et mis, prenons et mettons, en notre sauvegarde spéciale, 
^^fendons à touttes personnes de quelque degré, qualité ou condi- 
^^n qu'elles soyent, de donner empeschement u leur fondation et 
'^ ^rentement de ladite abbaye et constructions des lieux quy seront 
^^cessaires sous quelque couleur, prétexte ou occasion que ce soit. 
^t donnons en mandement à nos amés et féaux les gens tenans 
^^Ire Cour de parlement de Paris, prévost duditlieu, ou son lieute- 
nant et tous autres nos juges et officiers qu'il appartiendra, que 
Ats prentes ils facent lire, publier et enregistrer et contenu en 
illes, jouir et user lesdites nbbesse, religieuses et couvent, 
essans et faisans cesser tous troubles et empêchement au con- 
traire. Car tel est notre plaisir. Et aftn que ce soit chose ferme et 
Stable à tous jours, nous avons faict mettre n"^* scel a ces dites 
t^atentes sauf en autre chose notre droit et celuy d'autruy en toutes. 
Donné à Paris, au moys de febvrier. 

L'an de grâce mil six cent vingt un, de nostre règne le unziesme. 

Louis. 



mo 



lIRVIlt: HAilILLON. 




Regislrées ouy le procureur général du Roy pour jouir par les 
Irapétrans de l'eslul du contenu en icelles ii l'arresl de ce jour. 

A Paris, en Parlement, le vingt sixiesme juin mil six cent vingt 
quatn.'. 

1)1 Tn.i-F.T 
Par le Roy, 
De Lomëmk. 



Ces lettres patentes étaient la confirmation, l'homologation en 
quelque sorte, de celles dans lesquelles Anne d'Autriche nous 
révèle son intention. D'après la lecture de l'exposé des molirs, il 
est aisé de comprendre que l'on trouvait, dans le monde des 
couvents zélés, un seul conresseur insuffisant pour l'avancemenl 
spirituel de la communauté, et qu'on voulait mettre les Religieuses 
en « fôcille communiquaôn avec les personnes doctes, vertueuses 
et dévoies, dont il y a bon nombre en la dite ville » (Paris). Mais il 
est utile de citer la pièce tout entière. 

Ai-ch. nai.. L 1030. 

Anne, par la grâce de Dieu royiie de France el de fiax-arre 

à tous pns et à venir saint. 11 n'y a rien en quoy ceux que Dîei^ 
a esleus aux plus grandes dîgnilez et à la souveraineté puîsseo^ 
rendre plus d'hommage à sa Divine Majesté ny recoognoislr^ 
davantage les hiens qu'ils en ont rpceus, qu'à s'employer à ce qu^ 
l'honneur deu a celte M" divine lui soit rendu, el qu'elle soi 
honorée par la sainleté et pureté de vye de plusieurs personnes 
c'est pourquoy nous avons en singulière recommandaôn, de ftvo 
riser tous ceux el celles qui s'adonneiU ii la piélé, niesmes 1er 
religieux el religieuses qui s'employent ii la réformation de leu 
ordre. C'est d'autanl quH puis naguères, nre clière el bien aimé 
siBur Marguerite d'Arbouze, dicte de Saincle Gerlrude, cy devaic 
religieuse de l'abbaye de Montmartre, a esté à la nomination d 
roy nre très-honoré seigneur et espoux, pourveue de l'abbaye <■ 
N"-Dame du Val-de-Gnice, îi la réformation de laquelle elle 
procédé avec si grande assistance de Dieu qu'elle y est establie^ 
gardée purement, el ny reste rien à désirer, que de luy donrn-* 
moyen rie la pouvoir maintenir el affermir afHn que l'observaiio 
il la pratique continue la puisse habituer el renrire plus durabl-- 
mais d'aullanl que lad. abbaye est située en lieu solilaire. expo^ 



I 

■ il 






LE COEUR d'aNNE D'aUTRICHE ET i/aBBAYE DU VAL-DE-GRACE. 267 

ux dangers des incursions et autres accidens auxquels une maison 
e filles située en lieu désert et sans voysins est exposée, nous 
vons estimé, suivant les constituons canoniques, qu'il était néces- 
aire de transporter lad. abbaye en cette ville de Paris, ou aux 
jubourgs d'icelle, affin que la seureté du lieu, et la facille commu- 
iquaôn avec les personnes doctes, vertueuses et dévotes dont il y 

bon nombre en ladite ville, lad. Reformaôn se puisse accroistre 
t establir en sa vraye perfection, a quoy nous avons désiré de nous 
mployer à le procurer par des moyens qui seront en n'*» puissance, 
e qu'ayant faict entendre au Roy nre d. seigneur et espoux, il a 
pprouvé cette n" volonté et intention, et voullu qu'elle soit effec- 
jée, et que lad. abbaye ainsy transférée soit tenue et réputée de 
)nda5n royalle, pour jouir par lad. abbesse et religieuse, de tous 
is droicts, franchizes et privillèges, dont les maisons fondées par 
îs Roys ont accoustumé de jouir, comme il est plus au long 
ontenu aux lettres patentes sur ce expédiées au moys de février 
ernier en conséquence desquelles et du consentement sur ce 
onné par n" très cher et bien-aimé cousin le cardinal de Retz, 
vesque de Paris, affin de rendre par cette action, quelque marque 
e recongnoissance des grâces que nous avons receues de Dieu, 
t à ce qu'il luy plaise aussy de conserver en longue vie et heureuse 
prospérité la personne et le règne du Roy n" seigneur et espoux. 
îous à ces causes, et autres à ce nous mouvans, de n™ pure, 
ranche et libéralle volonté, nous sommes constituez et constituons 
ar ces prntes signées de n'« main, fondatrice de lad. abbaye de 
['•-Dame du Val-de-Grâce, transférée à Paris, pour estre icelle 
difiée et construite aux faubourgs SWacques au lieu dict le séjour 
e Valois aûment le petit Rourbon, pour y estre faict la construction 
le l'église et édifices nécessaires pour la conversion dud. lieu en 
me abbaye et monastère, soubs le mesme nom de N^'-Dame du 
Tal-de-Gràce, en besoing de quoy nous avons fait mettre n" scel 
L cesd. pntes. 

Donné à Paris le quatriesme jour de Mars, Tan de grâce mil six 

:ens vingt ung (4 mars 1621). 

Anne. 
Par la Royne, 

Lepecq. 

* 

Anne d'Autriche et Louis XI II rivalisèrent de générosité et de 
^ons procédés en ce qui concernait la nouvelle abbaye. Louis XIII, 



en 1636, chargea son gar(ie des sceaux de remplir an nom de b 
supérieure, les Tormalilés de l'homniagf li'odal dû par If bien dit 
riiotel de Valois, alias le séjour de Valois ou ie Pelil-Rourbon, où 
s'élaient inslallées les religieuses. 




Afch. tuit., I, 1036. 
Foy et hommage. 

Louis .... 

Savoir faisons que ... ie sieur de Marillac, conseiller en nos 
conseil d'Estal el privé, et maistre des i-equestes onlioaires de 
nostre hostel. comme procureur suflisamment Ibndé de lettres de 
ppocuraôn dont il a Cail apparoitre de sœur Marguerite li'Arbouze, 
abbesse de l'abbaye et monastère Royal de Noslre-Dame t!u Val- 
de-Gràce. ordre de Saint Benoist, diocèse <1e Paris, tant pour elle 
que pour les religieuses dud. couvent a Taict aujourd'huy es mains 
de nostre irès-clier el féal le sieur du Vair, evesque el comte de 
Lizieux, garde des sceaux de France, les foy et hommage que 
laditte dame Abbesse estoit tenue nous faire pour raison de l'hoslel 
et fief de Vallois Autrement riict le séjour de Bourbon, ses appar- 
tenances el dépendances, sciz au faubourg Saint-Jacques de nôtre 
ville de Paris tenue et mouvant de nous, à cause de nostre grosse 
lour du Louvre, et par elle acquis de maistre Guillaume Chappe— 
lain. seign'' de Freleseau, et de damoiselle Simonne Chappelaîn, sa 
sœur, es noms, portés par le contract de ce faict et passé, aux- 
quelles foy et hommage nous avons re^u el recevons led. sieur d^ 
Marillac audit nom, sauf nostre droict el l'aulruy. Si vous mandons- 
el à chascun de vous comme il appartient, que si pour cause des — 
dits foy et hommage à nous non l^ilte et droits non payés, ledit:- 
hostel de Vallois. ses appartenances el dépendances sonl el estoient 
pour ce pris, saisis el arreslez, ou autrement erapescliés, que vous?- 
ayez à les remettre incontinent el sans delay au premier estât et- 
deub à la charge de bailler par lad. dame abbesse, son adveu eS- 
dénombrement dans te temps prdtlx, sans pour ce payer aucuis 
droicts, desquels nous luy avons falct don par autres nos lettres- 
Car tel est nostre piaisir. Donné au camp devant S' Jean d'Angély» 
le dix-neufiesme jonr de juin, l'an de gr:\ce mil six cent vingt ui» 
et de nostre règne le douziesme. Ainsi signé par le roi, Lamy, avet 
paraphe et scellé du grand sceau en cire- jaune, 

Collatlonné à l'original estant en parchemin, et fut faict rendu» 
par les nottaires au Chatelel de Paris soubssignez. L'an mil sit 
cent trente six le neufiesme de juillet. 

Nourry. Saulmest 




LE C(*:iR d'anne d'autriche et l'abbaye Dr val-de-(;haoe. 209 






La reine, de son côté, fournissait sur sa cassette particulière les 
1000 livres nécessaires au paiement de l'acquisition. 



Arch. nat., L 1036. 

Brevet et acquit patentes du 16 septenibre 1621. 
Aujourd'huy seiziesme jour de septembre mil six cent vingt et un 
^ ^-* Reyne estant à Moissac, et estant par cy devant constituée Ibn- 
^1 îUrice de l'abbaye de Notre-Dame du Val-de-Gràce, reff'ormée et 
t- «[^ansférée au faubourg Saint-Jacques de Paris, au lieu dit le séjour 
^J- € Vallois, autrement le petit Bourbon, et autres places nécessaires 
t. ^uit pour le logement et claustures des dites religieuses que pour 
1 ^ur Église soient acheptées et basties ainsy qu'il convient à cest 
ffect, sa Majesté en faveur de la susdite fondation, leur a faict don 
e la somme de trente six mil livres, à prendre sur les deniers 
^-extraordinaires, à condition que ladite somme de trente six mil 
1 ivres sera employée à l'achapt et bastiment susdit. En tesmoing 
<3e quoy sa dite Ma'* m'a commandé leur en expédier le présent 
fcrevet qu'elle a signé de sa main et iceluy faict contresigner par 
m^ioy son conseiller et secrétaire de ses commandemens et finances. 
Signé Anne, et plus bas Le Pecq. 



* 



Ordonnance de la Reyne du 26 mars 1625. 

Anne, par la grâce de Dieu, Reyne de France et de Nevers, à 
Tiostre amé et féal cons*''^ et trésorier général de nostre maison et 
finances, M® François d'Argouges, Nous voulons et vous mandons 
que des deniers extraordinaires de vostre charge de l'année der- 
nière, mesme de ceux à nous accordez par le Roy nostre très 
honoré seigneur pour le payement de nos dettes, vous payez et 
délivriez comptant aux religieuses et abbesse du couvent de Tab- 
baye de Nostre Dame du Val-de-GrAce, de présent refformée et 
transférée au faubourg Saint-Jacques lez-Paris, la somme de trente 
six mil livres, de laquelle nous leur avons cy devant faict don par 
nostre brevet du seiziesme septembre MVjCXXI, dont coppie colla- 
tionnée à l'original est cy attachée soubz nostre contrescel, en 
considération de ce que nous nous sommes rendue fondatrice de 
ladite abbaye; et pour leur donner moyen de faire l'achat tant de 
la maison et hostel dit le séjour des Vallois autrement petit 




Bourbon, sciz audîct l^ubouig Saint-Jacques, oii elles sont de pri 
sent que autres places pour l'aire le corps de l'église de ladîtel 
abbayo et autres bastimens d'icelle, el rapportant par vous la pré-l 
sente avec quittance desdites religieuses et abbesse sera .suffisante,f 
latlite somme de xxxvj ml. Et sera passée el allouée en la de 
de vus comptes par nos irès-chers et lëaux el bien améz les eeni\ 
de comptes du Roy nostre très-honoré seigneur qne prions, eti 
auxquels néansmoins mandons ainsi le Taire sans diffîcuUt^. Car tal I 
est nostre plaisir. Donné à Paris le xxvj' jour de mars l'an de grâce 
1f)2ïï. Signé : Anne, el plus has, par la Reyne, Legros. et scellé. 

Je. François d'Argouges, eon" et trésorier général de la maison 
de la Reyne, certilBe avoir en ma main les originaux des brevets et 
acquits patents de sa Majesté, dont coppie est cy dessus transcriple 'I 
montant à la somme de trente six mil livres, sur laquelle j'ay sein fl 
lement payé la somme de dix tiuict mil livres, et quand au surplus n 
montant à pareille somme de dix tiuict mil livres je certiflie n'en 
avoir payé aucune chose. Faict à Paris ce vingt quatriesme jour 
d'apvrd mil six cent vingt cinq. Signé d'Argouges avec paraphe, 

Collationné a son original estant en parchemin par moy nottairb J 
garde nottes du Roy nostre sire, en son chastelet de Paris soubi 
le cinquiesme jour de Juillet mil six cent quarante neur. 

A. Bourel. E. Bouret. 



XI 



L'attrait que le Val-de-Grâce exerçait sur Anne d'Autriche aug- < 
menla considérablement lorsque, devenue enceinte, la dévote prin- I 
cesse accoucha de Louis XIV. 

Quelle fut au juste la liaison entre le monastère préféré de 11 ' 
reine, et le vœu par lequel les époux royaux dédièrent à la sainte 
Vierge leur royaume tout entier, nous n'avons trouvé aucune pièce 
qui nous renseigne sur ce point particulier. On peut être assuré- que 
ce projet provoqua parmi les religieuses du Val-de-Grâce des applau- 
dissements unanimes. Ce qui est certain, c'est que, après la nais^A 
sauce de Louis XIV. Anne d'Autriche conçut des plans tout nouveaux.* 
pour augmenter les constructions dont elle avait posé la premièrç 
pierre le 3 juillet 1624 ^ Il est permis de supposer que la rcioi 



1 KhM DE Reiitiia?<d ne ^£V\R(m. Notice tvr lu MonasUrr du Vat-d-f-6ràc* 
el Ruprich Hubert, le Val-de-Ordee, Aûtoire fl deicriptioti. 



LE COKIR D'aNNE P'ArTHICHE ET i/aBBAYE Dl VAL-DE-CRACE. 27i 

voulut faire une manifestation religieuse parallèle à la déclaration 
'/u souverain, lorsque celui-ci consacra son royaume à la très 
sainte Vierge. 

I^fj 21 février 1045, furent commencées les fouilles pour la 
construction de l'église, première partie d'un programme de ivn- 
v'ocjx qui, sous la direction de Mansart, puis de Lemercier, de 
L^rnuet et de Gabriel Leduc, durèrent une vingtaine d'années. 

I-.' intention principale de la reine paraît avoir été la proclamation 

f>t.i hlique et solennelle de sa reconnaissance envers Dieu pour la 

'ï** i^^sance de son fils. L'autel principal était consacré à la Nativité. 

rS'ous avons déjà vu que la décoration des autels latéraux était 

»'€^ M^n plie d'allusions à la vie conjugale d'Anne d'Autriche. 

I ^'inscription que l'on peut lire encore sur la frise du fronton 
''^ t-* — € lessus de l'entrée exprime encore la même pensée. On y lit, en 
t" fTti t, cette plirase, hérétique si on la prend au pied de la lettre : 

JeSU NASCENTI VIHGINIQUE MATHI. 

^^^ï. l'abbé de Beuvron fait remarquer avec beaucoup de raison 
*I •^ > "* i 1 aurait fallu écrire : 

jESr NASCENTI SUR INVOCATIONE VIR<;iNlS MATRIS. 

^^uoi qu'il en soit, c'était la naissance de Louis XIV qui motivait 
'^^ ci^onstruction du temple et l'inscription apposée sur la façade, 
ï-^a médaille enfermée dans les fondations lors de la pose de la 
^**"^ — inière pierre accentuait l'intention. On y lisait : 

Anna Dei <;ratia Francorum Navarr.^^: recîina regens 
Mater Ludovici XIV Dei gratia 

FrANCI.* et NaVARR/E RECilS christianissimi. 

^A au revers : 

Ob GRATIAN dit DESmERATI REGII ET SECINDI PARTIS. 

La même pensée avait été exprimée par François Anguier dans 
^ groupe du grand autel, représentant la Nativité. Ce groupe, main- 
^^riant à saint Roch, remplacé par une copie, était placé sous un 
^«ildaquin dans le genre nouvellement mis à la mode par le Bernin, 
^Vec dorures et colonnes torses en marbre. Ce baldaquin, par les 
attributs dont il était orné, devait symboliser l'étable dans laquelle 
^Uiit né Noire-Seigneur. 



273 iiKvrK i!.Miii.i.o?i. 

L'enrant Jésus dormait sur les genoux de sa mère, autre altui 
à la régence proteclricc du repos de Louis XIV enfant. 

La coupole, l'un des chers-d'œuvre de la peinture dëcoralivf 
l'raticaise, le morceau le plus important t'xécuté en France au courl 
du xvir siècle, est due à Pierre Mignard. L'artiste figure, sur CBtUJ 
énorme surface, Anne d'Autriche présenlanl à Dieu sa couroaiM 
et le temple qu'elle venait d'ériger. C'est son œuvre tout entiènfi 
que symbolisait celui-ci. Elle voulait que ce monument el tous s 
détails transmissent à la postérité le souvenir de toute son existence J 

Les troubles de la Fronde avaient interrompu les travauxa 
lorsque la régente fut enfin victorieuse de ses ennemis et I 
calme rétabli dans le royaume, elle put les faire reprendre; 
voulut conserver le souvenir de ses inquii'tudes et de sa victoirel 

Quinet, l'intendant des inscriptions des édiBces royaux, compt 
l'inscription suivante : 

Anna Alstru, Dei «batia Phancohuii rrcina. hecnique RiiTTRii^ 

Cl'l SlllUBCtT DkUS nXNF.S tlOSTRS, l!T CQNnEREIT noHliM IN NOMINR SrO'^ 

AsNo MDCL. 

On remarquera l'intention contenue dans celle phrase : laj 
régente semble dire que les victoires qu'elle a remportées sui 
ses ennemis du dehors et du dedans, lui ont été accordées par l 
Providence, pour qu'elle construise un temple en l'honneur dd 
Dieu : domum in iwtnine sua. 

Ëvidemment, dans l'esprit d'Anne d'Autriche, cette fondation dd 
Val-de-Grâce était son œuvre capitale, celle à laquelle, 
contentant pas d'y penser lorsque les afTaires lui laissaient u 
de répit, elle rapportait tous les événements. 

(A guivi'ej. 



L 



Première année. — N" 4. 



PlhllIKK 19i)«.=l 



ARCHIVES 

DE LA FRANCE MONASTIQUE 

REVUE MABILLON' 



I 



«HinnAinc : 

Dorn He.sst. - M-HuiJiies iriiiwuire iiiu[]',i»iii|iii' . .... î'a 
u. iitiLuiT. — Le rmur irAiiiie d'Auirifllie ot l'Alihaye il» VhMIc 

lïrrtcc ttuite) ao7 

A. I., — l.'nca)cni!Hordcl'Hltl<ayc'lr Kijntpni'llc rtil 

c;hroiiliiue hibliOfe-ruTihi'iiii' -M 

Kililintirapliif .... 'TJ 

TsWe Jp» ^l^t^^■l'e^. . . ... .iTi, 



PAHIS 

Librairie Veuve Ch. POUSSIEUGUE 

a. nUB CABSCTTC 



ratlMlPir 



nais les procnaiDs mms : 



Doui Berijère : Correspondances bénédictines. 

L. JÉRÔME : Quelques correspondants bénédictins de ta Congru 1 

tçation de Saint-Vanne. 
Id. Les derniers chapitres généraux des Bénétlictins de| 

Saint-Vanne de 1768 à 1789. 
Hyrvoix de Landoslk : Un agent de la Coiigi-égalioii de Saint- 1 

Matir auprès de la Cour de Borne, Doni de Vie- 1 
Langlois : Maniisrriis des mii'aelea de N.-D. de Chartres. 
Doui Yves Laubent : Les réformes monastiques de S^iint-I 

Gernuiin-des-Prés au xvi» siècle. 
Levili-ais : Notes sur l'abbaye de Conques. 
Martin : Livres liturgiques de l'Ordre de Cluny. 
Vanel : Balnze, prieur de Taluyers. 
Déflnilione des Chapitres généraux de l'Ordre de Cluny. 



Tout ce qui concerne la direction de la Revue Mabilloo, 
doit être adreesé au H.. P. Bom J.-M. BESSE, Béné- 
dictin de l'abbaye de Ligrugé, à Chevetogue, par Leignon, 
province de Nemur (Belgique). 



MEUN6ES D'HISTOIRE MONASTIQUE 



Notes mwÈV le collée de Sainl-Jférônie de Dôle 

Othon IV, comte de Bourgogne, avait érigé une université dans 
la ville de Gray vers la fin du treizième siècle. Le comte Phili|)pe 
le Bon sollicita du pape Martin V l'autorisation de la transférer 
à Dôle. Ce qui lui tut accordé i)ar bulle du 12 octobre 1421. 
L'archevêque de Besançon en devint le chancelier-né et eut à ce 
titre la mission de lui assurer la jouissance de ses privilèges. 
Philippe prit cette institution sous sa sauvegarde sj)éciale, pour lui 
donner un témoignage éclatant de sa bienveillance (1424), il exo- 
néra ses membres des charges et contributions publiques. Eugène IV 
compléta l'enseignement qu'on y donnait par Térection d'une faculté 
de théologie (1497). 

Dotée de tous ses organes, l'université de Dôle prit un rapide 
essor, malgré la suspension momentanée des cours que rendit 
nécessaire la destruction de la ville par les armées de Louis XI 
(1479-1490). Elle eut des maîtres éminents autour desquels se 
réunissait une jeunesse nombreuse, venue de la Bourgogne, de 
la Suisse et des Pays-Bas. l^es monastères établis dans la contrée 
voulurent contribuer pour leur part au développement des études, 
qui fut la conséquence de ce succès. Les Cisterci(*ns ouvrirent à 
Dôle un collège destiné aux jeunes religieux de» leur ordre qui 
suivaient les cours. Les Bénédictins de Cluny, (]ui possédaient 
dans cette province plusieurs maisons llorissantes *, furent les 



1 MouUer, Vaucluse. (IhAtcuu-Salins, Morteau. Vaux, l.ons-te-Saiinior. DrNOD, 
Histoire de l'église, ville et diocèse de Besancon, Hesanvon, I7o0, in-i, II, 
p. 136-178. 

16 



27 i 



■:V|iE MABILI-ON. 



premiers à comprendre les avantages que Ihup oifraît ce ceii*-re 
d'études géiiéraies. L'un d'entre eux, Antoine de la Roche, se 
signala par de nombreux services rendus à l'université et pus é*- u- 
diants. Nri à Poligny, il entra dans l'ordre de Cluny après avoir 
reçu une sérieuse formation littéraire. Il habitait le prieuré de 
Vaux >, lorsqu'on lui contia la chaire du droit canonique; à ijk^ ne 
science étendue et profonde, le nouveau professeur joignait un ^rt 
|)eu commun d'enseigner. Aussi voyait-on les auditeurs aRlue^^" à 
ses cours, au point que la salle où il les donnait ne pouvait tous 3i'5 
contenir. Les qualités éminentes qu'il déployait par ailleurs, l** 
désignaient pour de plus hautes Jonctions. Jacques d'Amboi se. 
abbé de Cluny, le nomma grand-prieur de cette abbaye. Il r^ »'■ 
plissait cette fonction en l'année 1486. Les moines de la CliarS- ié- 
sur-Loire le choisirent comme prieur en 1494 *. Il avait enclore 
reçu le prieuré de Morteau *. 

Au lieu de satisfaire l'amour du luxe et du bien-être avec3 l^s 
revenus attachés aux fonctions qui lui étaient confiées, suivant «-■ne 
coutume abusive assez généralement réjjandue parmi les moi^^^s 
de cette époque, Antoine de la Roche resta fidèle observateur" <!(" 
la pauvreté religieuse. Sans s'approprier quoi que ce soit, il c*^"- 
sacra toutes ses ressources à des œuvres pies. La ville et l'i» *'' 
versité de Dôie bénéficièrent très largement de sa générosité, qu^ ""^ 
on dut réparer ies ruines causée par l'incendie et la guerre. Le 1*^^''^ 
de la Roche fut l'un des principaux ouvriers de cette reslaurati*^"- 
Il s'attacha surtout au rétablissement de l'université. Le zèle e*- '" ' 
dévouement dont il fil preuve en cette circonstance furent t^''** 
qu'on peut donner cette reconstitution comme son oeuvre prop *^- 
C'est alors qu'il entreprit la fondation d'un collège pour les jeu*^^ 
religieux clunistes. Cette maison, placée sous le jHitronage de&^"" 
Jérôme, était destinée a douze moines profès de l'ordre de ClU *^^' 
qui suivraient les cours de l'université. Dans la pensée du fondai^ ■^'^" 
ils iraient, après de fortes études, reprendre leur place parmi '^ 
religieux de leurs monastères respectifs. L'ordre aurait ainsi *-*^ 
hommes d'élite capables de remplir les charges im))ortantes '**- JM 



I Ce |>rieurf, sHai dans le voisinage (te Poii(^y. pouvait recevoir xehe * 
gieii*. le prieur compris ( 13231. Cntalogm nbbnliamin, priera tuum el étreitnal'*' 
midiate et immédiate aiialite itu monaslerio Clunianemi nubdiloruM, <•* 
Bibliolhtea Clumacentû, 17il. 

« aalUa chriitiana. IV (Paris. 1870). I 

^ Arr. de Ponlarlier, Doubs. 



-10 LtiiniocrrHr suuiaiornm, "'^^^^h 



MI^LANIiES riHlSTOiHK MONASPiOUE. 



273 



uUlemenl l'Église. Les qualités morales des éludianls préoc- 

jnpaient Dom Antoint; de la Roclie plus encore que leurs apliludes 

kteltectueiles. Il les voulait en tout fidèles observateurs de la 

sle, ennemis de tout Taste extérieur et décidés à une pratique 

* icte du vœu de pauvreté; la simple acceptation d'un bénélice 

lit un molil' d'exclusion. I>ës établissements de cette nature ne 

luvaient être soumis aux règles communes de l'ordre; on leur 

nait des statuts particuliers qui adaptaient aux besoins d'une 

d'étude les observances monastiiiues. Le collège de Saint- 

iRie reçut les siens de son fondateur lui-même. Il avait â sa 

un recteur ou principal (primarius), nommé par le grand- 

lur de Cluny avec l'assentiment du conseil des anciens. On se 

isait sur lui du soin de veiller au maintien de la discipline et à 

iservation des statuts. 

,Dom Antoine de la Rocbe voulut avoir un collège digne de la 

Luation exceptionnelle de son ordre en Bourgogne et en France. 

Église et les édifices claustraux lurent construits sur un plan 

te vaste et avec un soin jaloux. Rien ne fut épargné. On 

«vait parler de la raunilicence royale du généreux l'onda- 

or. La ville ne possédait pas de demeure comparable. Aussi 

JDisit-on le collège de Saint-Jérôme pour la résidence des princes 

des grands personnnages qui honoraient Dole d'une visite. 

ITchiduc Pbilippe, petit-fils de Charles le Téméraire et père de 

iarles-Quinl, l'ut le plus illustre des hôtes du monastère. Les 

mtes de Nassau et les princes de Chalon y reçurent l'hospitalité. 

lis Lard, un archevêque de Besancon, qui avait lait ses études 

l'université de Dole, Claude de la Baume (nommé en 1.^43), 

logea avec toute sa suite, dans laquelle 0!i remarquait, outre son 

r» Pran^'^is, Antoine Lulle, philologue, t'.anonistt!, philosophe et 

(oiogien distingué, professeur à Dôle, dont il til son vicaire 

léral, après l'avoir eu pour maître '. 

Lns maîtres et les étudiants de Saint-Jérôme se tirent bientôt des 
ïs influents et dévoués. Ce l'ut d'abord le célèbre chancelier 



l On conservH diins le collège le souvenir île LiiUe h l'aube M sm i^nmiie 
Utalion. 11 était en relations épislol a ires avec Era.siuii-i il".i:!ii'. l.i;-ii.,]iisii's 
Ëbret. On lui doit ■ Progymnatmata rhetorira. ILiS i ■! nrM, 

1Ï73, in-8; BniiKi mof/ni du eteereitatione s''"'" ■''-'"' 

>, tWIe. IS53. in-8; De oratiene libri VIII. V- :'■ l...->s .i-i..! Il 
une révision <lea statuts synodaux et des livres lituri;ii|ues ilii iliùrF'si- de 
incon. K^ fi IJiijorgue. il appartenait a la famille du céli>tjr« Raymond Lulle. 
a fiesaiiçon le IS janvier 1S83. 




i 



276 IIEVI'R «AIIILUIN. 

Nicolas Perreiiol de Grdiivelle, ami d'Antoine de la Roche, ancien 
élève de l'univepsilë de Dôle et .conseiller 9u parlement de celte 
ville. Jean Sachet, chanoine de Salins, mérite d'être compté pai-mî 
les familiers du collège. Nicolas Perrenol, qui le tenait en liaiile 
estime, se l'attacha pour l'aider à instruire sa nombreuse famille. 
Il suivit l'aîné des entants, Antoine, le l'ulur cardinal de Granveile, 
à Paris, à Padoue et à Lmivain, où il ohtinl ses gi'ades en philoso- 
phie et en théologie. Nous devons encore nommer le heau-frère du 
chancelier de Gi-anvelle, François Bon\"alot, abbé comraendataire 
de Liixeiiil et de Saint-Vincent de Besançon, et administi'ateur du 
diocèse durant les premières années de l'épiscopat de Claude de lu 
Baume. Les membres de la l'aniille de la Roche partagèrent \cs 
sentiments du l'oodaleur Antoine; son frère Henri, prieur de Mor- 
teau, voulut être enterré dans l'église du collège (1509). Son œuvre 
gagna les sympathies des membres les plus influents du parlement 
de Dôle; il convient de citer le président Hugues Marmier, RoN-rl 
Berger, qui lut l'avocat de l'ordre et du collée de Cluny avant de 
siéger au parlement, Etienne, François et Jean Faucher, s;ms 
oublier leur père Guillaume. 

C'est dans l'enceinte de ce collège que les États de Boiii^ogni- 
tenaient leurs assemblées. 

Antoine de la Roche ne priva sa fondation d'aucune grandeur. 
Il lui donna le double luxe des moines, des indigents à nourrir el 
des livres à étudier. Saint-Jérôme fut assez richement doté |>our 
distribuer des aumônes abondantes; on pouvait y assister jusqu'à 
trois cents pauvres, en cas de besoin. La région ne possédait guèn? 
de bibliothèque aussi bien montée en livres que celle du collège. 
Le fondateur se les procurait de Bourgogne, de France et d'Italie. 
Les libraires de Venise lui en fournirent un assez grand nombre. , 
Comme les imprimés étaient rares encore, il ne n^culait pas devant j 
les dépenses pour acquérir des manuscrits. Un exemplaire des-^ 
hécrétales ne lui coula pas moins de cent couronnes. Les ouvragi'f=^ 
enluminés excitèrent plus d'une fois sa curiosité. On en trouvai»" ^ 
plusieurs dans sa bibliothèque. Comme les études de droit avaîen ^ 
les préférences du Père de la Roche, il rechercha volontiers le^,=^ 
œuvres des maîtres en celte science. Ses successeurs purent, ave=; 
les ressources qu'il leur I^ua, diriger sur d'autres branches leuc^^ 
acquisitions. Le Père Poissenot, de qui nous tenons ces renst — _ï( 
gnements, achetait pour sa part des commentaires de la Bible- 
Une pareille bibliothèque était, auprès d'une université (lor^Ss- 
santé, une ressource précieuse. Les Clunistes ne voulurent pas *(i 
réserver l'accès aux seuls étudiants de Saint-Jérôme. Elle t 




MÉLANGES D'hISTOIRE MONASTIQUE. 277 

largement ouverte à tous les hommes d'étude, professeurs ou 
élèves. On dut alors prendre toutes sortes de précautions pour 
empêcher des larcins. Les ouvrages de prix lurent liés à des chaînes. 
Les moines eurent, malgré leur vigilance, à déplorer la perte de 
quelques livres importants. 

Cet atelier scientifique recevait fréquemment la visite du profes- 
seur Christophe Mellinger, docteur in utroque jure. Il était l'un 
des maîtres les plus estimés. Les Clunistes s'en firent un ami d'un 
cfévouement à toute épreuve. Leur confiance dans ses lumières et 
dans sa discrétion fut telle qu'ils le prièrent d'assister à un chapitre 
ffénéral de l'ordre. Dom Poissenot entretint avec lui des relations 
éj3istolaires. 

Dans le but de mieux assurer l'avenir de son œuvre, Dom Antoine 
d^ la Roche négocia l'union du prieuré de Chàteau-sur-Salins ^ 
G'€3tait une ancienne dépendance de l'abbaye de Gigny, réduite à 
l'saljandon et presque ruinée. Cette union, ratifiée par le chapitre 
~ méral de 1497, fut confirmée par bulle du 13 avril 1499 *. Le 
cLîteur ou principal du collège devint par le fait supérieur de ce 
p^^ieuré. Dom Pierre Gauvand, qui avait obtenu le titre de docteur 
^ l'université de Dôle, reçut le premier cette fonction du grand- 
Prieur de Cluny. Les soins qu'il prodigua aux étudiants et à la 
^ * ^^:*ection générale d'une maison récemment fondée ne l'empêchèrent 
P'^^^int de travailler à la restauration de Château-sur-Salins. 

^)n célébrait la fête patronale de l'église du prieuré le 8 septembre 
^ ^^ présence d'un grand concours de fidèles; cette assemblée pieuse 
^"^^sit pour complément une foire qui se tenait le lendemain. Ce 
^^^^lerinage en l'honneur de la naissance de Notre-Dame était si 
'"^ lèbre dans le pays, que la fête elle-même se nommait la Château, 
affluence des chrétiens ne pouvait suppléer à l'absence des 
"^^ligieux. Les chanoines de Saint-Maurice, qui avaient possédé ce 
ï^^euré pendant quelque temps, et les moines de Gigny, en la 
ï^ossession desquels il revint (1481), i)e prenaient aucun soin des 
^^ifices ; ils ne revendiquaient même pas les droits les plus incon- 
testables. Le recteur de Saint-Jérôme se trouva donc aux prises 
^ vec mille difficultés. L'église avait perdu ses cloches ; le cloître 
était en si mauvais état qu'on parlait de le détruire complètement. 
Va restauration matérielle fut bientôt terminée. Pendant ce temps, 
il fallut revendiquer les biens et les droits usurpés par des pro- 



^ Près de Salins, an*, de Poligny, Jura. 

* Le prieuré de Sermesse (Jura) fut uni au collège de Saint-Jérôme en 1513. 



S78 [IKVt'R MAIII1.I.0!*. 

priétaires et des bénéliciers voisins. Les eaux minérales de Salins, 
qui apparlenaienl au prieuré, étaient une source abondanti.' de 
revenus. Mictiel et Jean Bonvalot prirent à cette restaufation une 
part très active. 

Antoine de la Roche mourut à Giuny, le 13 avril 1S05. Philippe 
Bourgoin, qui lui succéda dans les fonctions de grand-prieur, et. 
après lui, Jean de la Magdelaine de Ragny, héritèrent de ses senti- 
ments pour le collège de Saint-Jérôme. Ce dernier avait des 
raisons personnelles de prendre cette œuvre à cœur. C'était un 
docteur in uti-oque jure et un collègue de Parrenot de Granvelle 
au parlement de Dôle, lorsque son ami, de ta Roche, désirant 
l'avoir un jour |Kiur successeur, le détermina à solliciter son 
admission dans l'ordre de Cluny. Christophe Coquille, à qui le 
grand-priorat échut après sa mort (1337), eut à protéger le collège 
contre un certain nombre d'adversaires intluenls, qui usurpaient ses 
droits; il fallut, pour les mettre à la raison, engager des procès 
dispendieux. La cause des Clunistes finit par triompher, grâce à 
Coquille et aux amis qu'ils avaient au parlement. 

Le premier recteur de Saint-Jérôme, Dom Pierre Gauvand, après 
un gouvernement de quelques années, eut, pour lui succéder. 
Dora Adrien Charrin. Celui-ci conserva celte fonction jusqu'en 
l'année 1S39. Un ancien élève de la maison. Dom Philibert 
Poissenot, fut alors nommé recteur. Né à Jouhe, près de Dôle, il 
était entré de bonne heure dans l'ordre de Cluny et fut admis au 
collège de Dole pour suivre les cours de l'université. Il obtint le 
grade de docteur en droit canon. Ses supérieurs, qui avaient 
discerné ses qualités éminentes, lui donnèrent toute l'acihté pour 
compléter son développement intellectuel. Le grand-prieur Coffuille 
le choisit pour socius et l'emmena avec lui faire la visite des 
monastères. On lui permit d'entreprendre des voyages en Aile- 
mage et en Italie. Il en prolita pour étendre ses connaissances 
et aussi pour acquérir des hvres précieux et des manuscrits. 
Christophe Coquille n'était pas homme à contrarier cette noble^ 
Iiassioo de l'étude. Personne n'encourageait plus que lui les moines 
travailleurs. 

Devenu recteur ou principal du collège, Poissenot put suivre Ic^ 
impulsions de son zèle. Non content d'étudier pour son prof»^ 
compte et de guider les jeunes moines conHés à sa sollicitude^ 
s'employait, par tous les moyens en son pouvoir, â propager 
goût des lettres à Dùle et dans tout le comté de Bourgogne. ^ ' ■ 
nombreux amis qui fréquenlaienl le collège partageaient ce= I 
noble ambition. Charles-Quint, qui avait cette ri^on sous 




livrèrent au publie sous ce litre ; BetH sacri historia. libris XXill ' 
camprehetisa, de Hierosolyma el leira promûsionis adeuque uni- 
versa pêne Sifria per occidentales principes chrislianos rm- 
perata, narrationis série usque ad regnum Batduiiii <iuarli,ptr 
annos LXXXIV continuala; opiis mirabili rerum scitu digmsi- 
maruin varietale refertiim ac liisloriœ studiosis ulJiifUTuliuimum 
ila el ulili.'i.'imiiiin fulunim, aniv niuù'i chrih'v {jiiailringentis 
coHscripliim luuicii'ic />rinii<iii iloctissiiiii vii-i Philiberli l'uissenoli 
opéra i» turent cdiinni, (hiillclmii Tijrio metropolitano qmndam 
archiepiscopo ac regni ejusde-m concellario auclore '. 

L'éditeur se tit un devoir de dédier celte publicalioQ au granii- 
prieur de Ciuny, Gtiristopiie Coquille. C'était faire acle de reaio- 
naissance. Il en prolita pour narrer iungueinenl les services rendu* 
au collège de Saint-Jérôme par Dom Anluioe de la Roctie et ps*^ 
ses successeurs, dans une intéressanle prélace qui nous a Iburtii ** 
plupart des éléments de ce travail. 

Philibert Poissenot mourut à Dôie le 12 avril 1356. 



I^ea Bônédlcllna «ii €M)llè{(e de Xholssoy 



Les Bénédictins de la Congrégation de Sainl-Maur ouvrirent 
collègi^s auprès de quelques-uns de leurs monastères. Le pnijet 
s'était de bonne lieure présenté à leur esprit. Le chapitre général 
réuni en 1636, c'est-à-dire peu d'années après les origines de la 
rél'orme monastique, avait, en effet, résolu de fonder quelques 
collèges oij les enfants des familles noliles, mais pauvres, feniient 
leur éducation '. Il fallut attendre pour cela que la congrégation 
obtint un plus grand développement. Elle eut alors les ressources 
et le per.sonnel nécessaires au succès d'une pareille entreprise. 

Les supérieurs turent sollicités soit par des villes soit {)ar des 
personnages qui voulaient leur confier la direction d'un collège 
existant déjà uu la fondation d'un nouvel établissement. Hais la 
réparation des ruines matérielles et momies d'une multitude de 
monastères, qui réclamaient cette rél'orme, ne leur laissait guère 
le moyen d'accepter ces offres. Ils se virent dans l'obligation de 



1 Hn volume iD'folio, 

■ Annotet de la Congrégation île Saint- ilnui; par Doin Mai 



MÉLANGES D'HISTOIRE MONASTIQUE. 281 

refuser le collège de Corapiègne, que la ville voulait leur aban- 
donner (1649) \ et celui des Quatre-Nations, fondé auprès de l'uni- 
versité de Paris par le cardinal Mazarin et doté avec la raense 
abbatiale de Saint-Michel-en-rHerra (1669) *. Les premières 
fondations n'eurent lieu que plus lard en 1682, à Sorèze ', au 
diocèse de Lavaur, et à Saint-Germer de Flay *, au diocèse 
de Beauvais. Il s'en fit d'autres dans la suite à Tiron, au 
diocèse de Chartres *, à Pontlevoy •, au diocèse de Blois, à 
Beaumont-en-Auge ^, au diocèse de Lisieux, à Compiègne ®, diocèse 
d'Amiens, à Meulan ®, diocèse de Chartres, et à Saint-Jean- 
d'Angély, diocèse de Saintes. Celui de Saint-Martin de Vertou ^^, au 
diocèse de Nantes, fut ouvert avant ces derniers (1708), grâce à la 
générosité du cardinal d'Estrées, abbé coramendalaire de Saint- 
Germain. Le fondateur le destinait à l'éducation d'un certain 
nombre d'enfants et jeunes gens nobles, appartenant à des familles 
peu fortunées. Il entrait pleinement dans les vues du chapitre 
général de 1636. Les collèges de Sorèze et de Pontlevoy recevaient 
aussi gratuitement des élèves de la même condition. 

On enseignait dans ces écoles monastiques les humanités et la 
rhétorique. Elles peuvent être assimilées à nos établissements 
d'enseignement secondaire. Ce n'étaient pas les seules que possé- 
dassent les Bénédictins de Saint-Maur. Ils avaient ouvert dans 
plusieurs abbayes des collèges ou séminaires de moindre impor- 
tance. Les enfants de la localité et des campagnes voisines y 
pouvaient commencer leurs études classiques. Les religieux leur 
demandaient en échange de remplir à l'église les fonctions 
d'enfants de chœur et d'assister en surplis aux offices des 
dimanches et jours de fête. Dans quelques autres monastères, qui 
possédaient un scolasticat fréquenté par les jeunes religieux de 



1 Ibid., 1. 1, p. 513. Le projet fut repris dans la suite. Compiègne figure sur 
la « liste des collèges régis par diverses communautés » publiée par Fevret de 
Fo.NTETTE dans la Bfbliothèque historique de la France de G. Lelong, IV, p. 56. 

2 Ibid., t. 11, p. 345-348. Les moines n'acceptèrent que Tabbaye. Elle est 
située dans le département de la Vendée, canton de Luçon. 

3 Canton de Dourgne, Tarn. 
^ Canton de Coudray, Oise. 

^ Chef-lieu de canton, arr. de Nogent-le-Rotrou, Eure-et-Loir. 

^ Canton de Montrichard, Loir-et-Cher. 

7 Canton de Pont-rÉvêque, Calvados. 

^ Ce collège çt le suivant n^avaient qu'un très petit nombre d'élèves. 

* Seine-et-Oise. 

w Loire-Inférieure. 



la congrégatiou, les jeunes (^ens de la ville étaient admis à 
avec eux les cours de philosophie et de lliéologie '. 

Les Mauristes ne voyaient |)as dans ces maisons d'éducation un 
simple moyen d'occuper les loisirs que leur laissaient les exercices- 
religieux. L'enseignement donné à la jeunesse était à leurs yeux 
une tradition vénéralile (jue leur avait léguée l'antiquité monastique. 
Proptev anliquamoriUnisconsueludâiem, avaientécrit les membre» 
(lu chapitre de 1630 '. Maîtres et supérieurs traitaient avec uo 
souverain respect tout ce qui concernait les intérêts intellectuels 
et moraux de la jeunesse confiée à leurs soins. Un contrôle elli* 
cace, exercé au nom de la congrégation par les chapitres généraux, 
et les visiteurs, les prémunissait contre la négligeiice et stimulait 
leur activité. 

Les Bénédictins éducateurs du xviii' siècle Turent des hommes 
de grande initiative. C'est aussi la note caractéristique de leurs 
confrères qui se consacraient aux travaux d'érudition. La recherctie 
intelligente du mieux les poussa constamment les uns et les autres 
vers le progrès. Les moines éducateurs surent créer une méthode 
qui leur l'ut particulière. Ils ne la développèient nulle part avea 
plus d'ampleur qu'îi Sorèze. Dom Fougeras, qui remplissait les 
ibnctions de prieur du monastère, après avoir longtemps enseigné 
au collège, la lit approuver par le cliapitre général de Marrnuutier 
(1759). Le succès dépassa toutes les espérances. L'université de 
Paris, qui voyait dans la tradition classique une arche très sainte. 



1 Cf. Histoiie des ordres religieux et miUbtirei, par le R. P. H£lvot (Paris. 
ITOJJ.VI, p. âDJ-ins.On ne saurait dresser la liste des monaslËres où se irouvaienl 
ces petites écoles monastiques. Peut-Étre arriveralum au cTiiffre ife irenle 
collôges, donné par M. Sylvi (Ln coUiget en France avant la Révolut\im\. 
si on pouvait les ajouter aux L'iablissemenls d'enseigneineiil secondaire 
proprement dits. 

' Hélyot ren<l bien la peiisâe de ces reli(;ieuK dans la rf'llexion suivante : 
• Il y en a (des nionusiiïrcs) ileslinés â l'instnidion de la jeunesse, mais 
principalenient de la noblesse de campagne, ne pouvant leur reruser celte 
assistance (jue saint Benoll accorda de son temps à divers seigneurs, par une 
charilé si universellement acceptée depuis dans l'ordre, qu'elle a passif en 
quelque sorte pour son bien. <i On lira avec prolit le jugement porli5 sur ces 
collèges par le même auteur, qui est un contemporain : <■ De lï se sont roraiés 
quelques séminaires remplis de jeunes enranls de condition que l'on y envoie 
de toutes les provinces, même des pays élrangers.... Outre la piélé qu'on 
inspire ii ceux qui y étudient, on Ees instruit encore dans les belles-lettres ; et 
comme ces séminaires ou col l(''ges sont silnésdans des lieux retirés, les Jeunes 
gens y sont d'ordinaire plus a.ssidns fi l'iHiide ci moins disirnils que dans les 
villes. ■ Ownrage cité. 



SS4 lŒWE MAIIILI.ON. 

importante, la congri^ation de Saint-Haur nous a paru mériter lut 
des premiers rangs par le nombre et le talent des sujets qui les 
composent ^ » En cuns(ii|uence, les collèges de Soi'èze, Ponllevoy, 
Tiron et Beaumont lurent Ifansibrmés en écoles militaires. Celle 
d'Aiixerre tut bientôt après annexée à l'abhaye de Sainl-G«rmaîn, 
On en ouvrit une au monastère de Heliais. 

Ce ne l'ut point le seul témoignage de conliance donné aux 
Bénédictins par ceux qui prenaient â cœur l'œuvre si importante 
de l'éducation. La ville de Saintes leur oft'rit le collège que les 
Pères Jésuites avaient dû quitter |1767). Ils furent invités en 1777 
à prendre la direction du collège royal de Pau *. L'arclievêque de 
Lyon, de Montazet, leur donna le collège de Ttioissey ', dans les 
Dombes. Les lettres [patentes obtenues à cet elTet du roi Louis X.V 
sont datées de Versailles, janvier 17C9 '. 

Ce collège comptait un siècle (>t demi d'existence. Il avait eu pour 
berceau une modeste école l'ondée par les bourgeois de la ville. 
Marie de Bourbon leur avait assuré pour l'entretien du maître une 
rente de soixante livres (4 mars 1621). Cette somme Tut augmentée 
par elle de quarante livres en 1625. Cette école rudimentaire 
devint plus tard un collège, grâce à l'initiative de Philibert Gîrié, 
prêtre et docteur en tbéologie, et à la protection de la duchesse 
de Montpensier, Anne-Marie-Louise d'Orléans (juin 1680). Un 
bourgeois de la ville, Etienne Pul, dota l'institution des bâtiments 
nécessaires, a la condition d'y élever gratuitement chaque année 
six enfants des plus i)auvpes de Thoissey. L'archevêque de Lyon, 
Camille du Neuville, permit au collège d'avoir une chapelle 
[19 mai 1084). La Grande Mademoiselle, qui prenait un vif intérêt 
au développement de cette maison, aurait voulu lui donner les 
privilèges et le rang d'université; les démarches qu'elle lit à 
Rome dans ce but n'eurent aucun elTet (1091). Le collée de 
Thoissey prospéra sous la direction d'une communauté de prêtres 
séculiers peudant toute la promière moitié du dix-huitième siècle. 
On y soutint des thèses publiques qui attestent la force des études, 

Le petit nombre des maîtres et la négligence des administrateurs 
avaient amené une décadence a laquelli le roi el l'archevêque 



1 Cillée ]iar l'abtii^ Sicurcl, U»4ia. 

3 Lettres palenles par les(|uelles Su Mujeslii acconle aux religieux de la 
conp-égalion de Sainl-Huur la desserte du coilôge royal de Pau, du 16 septembre 
1777. Pau. 1777, în-t de 18 |i. 

» Chef-lieu de canton, arr. de Trévoun. Ain. 

* Bibmtheea Dumbgnsii. par Valentin Smith el GrtouE, l. I. p. 700-711. 



«ftl.ANURS D'nrSTOIIlF. MnNASTIQI'E. 287 

ijuapt d'heure pour déjeuner et se récréer. La classe, qui eninmeii- 
œra à huil heures moins un quail, finira au quart avant dix 
licures et ce quart d'heure est laissé pour un petit délassement; 
les deux heures qui restent jusqu'au dîner seront destinées à l'étude 
et aux différents exercices aux([uels les pensionnaires vaqueront 
iiltemalivenient et sans conlusion. 

Aux jours de classe, le diner sera en tout temps à midi, un 
religieux qui assistera aussi bien qu'à souper, aura soin que tout 
Se passe dans l'ordre et que les rfïgles de la bienséance et de la 
/iroprelé y soient observées. La lecture de la table sera utile et 
intéressante. 

Les iiensionnaires se rendront à l'étude à une heure et demie, 
et en sortiront à deux heures et demie, pour prendre un quart 
«llieure de relâche ; de là, ils iront en classe Justiu'à cinq heures 
inoins unquart; pendant ce quart d'heure, le goûter et la récréation. 
1— 'étude et c^s différents exercices i^mphront les deux heures qui 
r-eatenl jusqu'au souper, après lequel la récréation jusqu'à huit 
*»«ures et demie. On sonnera la prière, qui sera suivie d'une 
lecture pieuse, à l'issue de laquelle les pensionnaires se retirenmt 
(ik^iur se coucher. 

Deux religieux qui visiteront les chambres, un réverbère allumé 
*-oute la nuit, deux domestiques qui se relèveront pour veiller, 
*ioivent rassurer messieurs les parents sur tous les dangers 
auxquels les enfenls sont exposés. 



Jiiitrit lie ci'iuji'. 

Les pensionnaires vaqueront tous les jeudis de l'année, à moins 
«iqu'il ne se rencontre une l'été dans la semaine, qui exige qu'on 
«3érange cet ordre; aux jours de congé, on ne se lèvera qu'à sept 
Vieures en hiver et à six heures et demie en été. La prière, qui se 
ïera un quart d'heure après, sera suivie de la messe et du déjeuner. 
A dix heures, les pensionnaires se rendront dans une salle pour 
S faire preuve, devant les religieux assemblés, des progrès qu'ils 
auront tlaits dans les sciences auxquelles on les applique ; et c'est 
«et examen qui fixera les notes qu'on enverra chaque mois à 
messieurs les parents. 

On dînera à onze heures et demie, et sur la fin du repas, on 
servira le goûter, (|ui sera réser^^é pour la promenade; elle durera, 
*n hiver, jusqu'à quatre heures et demie, et elle ne pourra être 
prolongée en été que jusqu'à six heures et demie. Depuis la 




i 



hRlanges nHisToiiih: «onastjque. 



289 



iKHJtons de même élofle; on laisse la couleur de, la vesie et de U 
culotte au choix de messieurs les parents, qui sont priés de ae rien 
envoyer directement ii leurs entants, mais toujours |iar la médiation 
du Révérend Père Principal, 

Ceus de messieurs les parents qui souhaiteraient que des reli- 
gieux prissent sur leur compte tous les frais de l'habiliemenl, des 
livres classiques, des médecin, apothicaire, chirurgien et remèdes, 
ot CDlin des menus plaisirs iju'on distribuera chaque semaine à 
leurs enl'ants, paieront quatre cent soixante et dix livres pour les 
dix mois de classe, et cinq cent trente livres, s'ils veulent les laisser 
au collège pendant les vacances et. en outre, leur donneront en 
entrant un habit complet, uniforme, un surtout, deux paires de 
draps, six serviettes, douze chemises, autant de mouchoirs, décoiffes 
de nuit, de cols, de paires de chaussons, trois paires de bas d'été 
et trois paii-es de bas d'hiver, deux chapeaux et deux paires de 
souliers; le tout neuf et bien conditionné. Ils y ajouteront un 
couvert d'argent. L'n pensionnaire qui sortira du collège la pre- 
mière année, remportera son babil uniforme et tout ce qu'il aura 
apitorté; mais se retirant les années suivantes, ou ne lui en rendra 
que la moitié en valeur. 

Le premier devoir de l'homme étant de rendrir à Dieu le culte 
qui lui est dû, on ne négligera rien pour procurer aux élèves la 
connaissance de notre sainte religion, et pour leur en inspirer 
l'amour; c'est vers ce point capital que nous dirigerons principale- 
ment nos soins. 

Sa Majesté nous enjoint, par ses lettres patentes, d'enseigner 
toutes les classes, depuis la sixième jusqu'à la philosophie inclusi- 
vement. Mais pour donner une éducation plus complète et pour 
fonder et développer les talents, on donnera des cours de morale, 
d'histoire, de géographie, de mythologie, de blason et de langue 
française, et surtout de mathématiques, en faveur des élèves qu'on 
«lestine au génie ou à l'artillerie. On appliquera chaque pensionnaire 
i une ou à plusieurs de ces sciences, selon la volonté de messieurs 
les parents et selon le goût et la disposition des élèves. La diversité 
Jes objets, bien loin de jeter la confusion dans l'esprit des jeunes 
cens, contribue au contraire à les amuser par la variété et à llxer 
- la légèreté qui est naturelle à leur âge. L'expérience favorise cette 
assertion. La nmsique vocale et instrumentale qu'on leur ensei- 
gnera contribuera à leur former le goût, et l'exercice de la danse 
leur apprendra â se présenter avantageusement. 

Nous prions messieurs les parents qui retireront leurs enfants 
«lus vacances de vouloir bien les occuper el de les renvoyer 



MÉLANGES D'hISTOIRE MONASTIQUE. 291 

Oii prie messieurs les parents qui voudront confier aux dits reli- 
gieux le soin de leurs enfants de leur en écrire pour le plus tard 
te la fin du mois d'août prochain. 

L'adresse pour écrire à Thoissey est : au Révérend Père Principal 
du collège royal de Dombes, à Thoissey. 

On reçoit les paiements soit en argent soit en billets sur Paris, 
i-yon et Màcon. 

fOutre les maîtres ci-dessus, on a un maître de dessin, ce qui a 
^*ngagé d'augmenter la pension de 20 francs par an) (ajouté à la 



III 

VJne lettre de Mieolae Roueherat, abbé 
de Gtteaux^, au roi Inouïe HLIII ( 1 Ol») 

l-.€j roi Louis XIII avait quitté Paris le 17 août 1615, pour aller 

^'^i*s la frontière d'Espagne, au devant d'Anne d'Autriche, sa fiancée. 

U^^ armée lui servait d'escorte. L'attitude hostile des princes 

^*^t5îit pas sans lui causer de vives inquiétudes. Gondé avait publié, 

'^ 9 août, un manifeste contre le gouvernement, dans lequel on 

'^ ^ut aucune peine à reconnaître un cri de révolte. Les princes de 

^Ouillon, de Longueville et de Mayenne partageaient ses rancunes. 

* s'était en outre assuré le concours des protestants. Le roi 

^^t déclarer Gondé et ses complices coupables de lèse-înajesté 

^^0 septembre), pendant que le maréchal de Bois-I)auj)hin les 

^ViTveillait à la tête d'une armée de 12.000 hommes. La crainte 

y^^une nouvelle guerre civile troublait la joie que causait aux 

^ ^nçais restés fidèles à la foi catholique, le prochain mariage du 

^^une souverain. Les monastères, surtout ceux qui travaillaient 

'"^ leur réforme, se préoccupaient de cette situation. Les guerres 

le religion et la Ligue avaient tellement comi)romis leurs intérêts et 

iraené de si graves abus cjue leurs habitants ne désiraient rien plus 

^ue la paix. Ils la demandaient à Dieu par de ferventes prières. 

Tels devaient être en particulier les sentiments des moines de 

^lîiteaux. Ils avaient alors pour abbé un éminent et saint religieux, 

W3om Nicolas Boucherat, deuxième du nom. L'abbaye et l'ordre, 

[u'il gouvernait depuis onze ans, lui devaient beaucoup. Non 



^ A Lyon, de l*imprimerie de PiVisse, 1770, in-i, de 8 p. 



\ 



MÉLANGES D*HISTOIRE MONASTIQUE. 293 

c'est luy que fay rései'vé pour estre le soutien (le la Chrestienté ; 

il establira ma Loy par toute la ten^e; je rendray le nom de 

Louis XllI tant craint et redouté, que tous les plus bi*aves 

trembleront dessouz luy, accompagné de tous les princes 

françois, qui tous remplis de zèle et d'ardeur n*espargneront 

leurs vies souz la conduite de ce grand Alexandre. Moy doncques, 

Sire, comme bon serviteur et sujet de Vostre Majesté, je vous en 

donne advis, la suppliant, de la part de ce bon religieux, à qui 

ci'autres choses ont esté révélées, de la recevoir, lequel et moy 

siussi prions incessamment tous les jours Dieu pour le bon et 

heureux retour de Vos Majestez dans vostre ville de Paris, où 

"vostre peuple et de toute la France se resjouit pour la longue 

C3t heui'euse prospérité de vostre mariage; il est du ciel et tout 

L)onheur en viendra à la France, laquelle est en dévote prière 

pour la longue et heureuse vie de Vostre Majesté et de la Royne 

vostre très honorée mère, la vertu, la douceur et clémence 

de laquelle souzmet tous les cœurs à luy rendre service et 

2submission. Achevant ce discours, je supplie le Créateur de toutes 

choses, que Voste Majesté aye pour agréable cette véritable 

révélation advenue dans l'abbaye de Cisteaux que je tiens de Dieu 

€3t de Vostre Majesté, 

Sire, 

Le très humble et très obéyssant sujet et serviteur de Vostre 

majesté. 

L'abbé de Cisteau. 

A vostre abbaï de Cisteau. 
Ce 1 novembre 1615. » 



Ce n'est pas sans motif que le Père Bouclierat dit toute la satis- 
faction qui lui vient du mariage de Louis XIII avec Anne d'Autriche. 
Cette alliance avec la maison d'Espagne exaspérait les protestants. 
On s'en était aperçu à leur assemblée de Grenoble (io juillet). 
De son côté, Condé, dans son manifeste du 9 août, blâmait le gou- 
vernement d'inquiéter les hérétiques par les alliances espagnoles. 
Les compliments de l'abbé de Cîteaux en pareilles circonstances 
devenaient une protestation évidente contre l'attitude des ennemis 
du roi. 



MÉUNGES d'hISTC'IRE MONASTIQUE. 295 

^ns appartenir toutefois à la congrégation de Saint-Maur. Les 

Nntures qui ornaient le cloître lui donnèrent d'utiles inspirations; 

il se plaît à le reconnaître lui-même. Le peintre et le poète ont 

obéi au même sentiment, en travaillant Tun avec le pinceau, l'autre 

avec la plume, à la glorification du patriarche des moines ; l'œuvre 

du premier illustre celle du second. Qu'on en juge par l'aveu 

•de Grimaud : 

Al legeire, de ramic à ramic. 
L'amie, sef libre nou Tagrado 
que te maque trop las dans, 
Bay le legi per pauc de tens 
Dins los claustros de la Daurade, 
Les tableus qu'aqui sount pausats, 
Sount les cants que iou é coumpousats 
Penden que i' abio fesprit libre, 
E coumpendras facillomen 
Toutes les termes de moun libre 
n*aura pas d'entendemen. 

Traduction. 

Pour la lecture. L'ami à l'ami. 
Mon ami, si le livre ne t'agrée pas, 
Ou s'il te fiait trop travailler les dents. 
Va le lire pendant quelque temps 
Dans le cloître de la Daurade, 
Les tableaux qu'on y a posés 
Sont les chants que j'ai composés 
Pendant que j'avais l'esprit libre; 
Et tu comprendras £aicilement 
Tous les termes de mon livre. 
Sinon tu n'auras pas d'entendement. 

Ce long poème en vers de six pieds se compose de six livres 
distribués en quarante-huit chants; les trois premiers livres en ont 
Huit chacun, les deux suivants neuf et le dernier six. Grimaud a 
^is à contribution les dialogues de saint Grégoire le Grand et tout 
^ que la tradition écrite ou orale a pu lui fournir sur la vie de son 
héros. Il n'y a pas à lui demander du discernement dans le choix 
des faits. On trouve sous sa plume des traits charmants de naïveté 
^t des réflexions heureuses dites en termes non moins heureux. 
Il est surtout plein de verve. L'abondance chez lui dégénère en 



296 



HEVIË HABJLLON. 



monotOTdi^H 
(Il vulgairefl 



longueur, et la longueur comme toujours engendre la monol 
Il manque dp souille et \n ton de sa phrase descend au 
C'est en somme un poète nuidiocre. 

Son œuvre eut ce[nmdant un succès d'estime. Les témoignages 
flatteurs ne lui llrent point détïiut. Il a voulu ménagera la jiostéritë 
la satisfaction de les connaître. C'est dans ce but qu'il en a inséré 
Huelques-uns dans son volume. 

Un de ses anciens condisciples, Jacques 1,'Escolier, prêtre du 
clergé de Toulouse, lui consacra une dédicace i»om|>euse en vers 
latins. Elle débuli' ainsi : Clarissimo viro Domino Bernardo Gri- 
moaltlo. Dm Benedicli mirorumque Patris sut faclm-um e-cimio 
scriptori, oUni sludiorum meoritm sorto prœstantissimo. Elle se 
termine par ce coraplinient : 

Dignus erat patrii Grimoaldus nominis authoi-. 

Cn poète anonyme, qui pour signature emploie les initial 
I. 0. V. T. 0. composa un sonnet en son honneur. 



IISSUH CKIHAI'h, SIIH » 



I DR SAM BENOIST. SOISET. 



Yi)U iiou «ibi couEsl parla a touii at)antatge. 
Grimaud. n'y louanja toun generous trabal. 
Hostro pla qu'us soufflai de l'aigiio qu'un cliibal 
Fa»oe naJBSo il'un roc qu'Apotiloun len per gatge. 

Tu nous panis le cor damb im ta be\ lengatge 
[imn nous pinlrcs lo be iier iletosta le mal, 
t}\ie cad'un s'es piquât de toni dins l'houstal 
Toun libre, [ter abe le l's\ per héritât^. 

L'on te pot apela la perla des moundis. 
Atabe sanl Denoisl le gardo en Paradis 
Un (^ntounnel de lue dins un placo hurouao. 
ïou trobi qu'à rasou de paya toun pîncel. 
Sous meritis l'y an fait trouba l'catni del Cel, 
E toun esprit le f^i triuinplia dins Toulouso. 






A HONSIEim l'.niHAUl). SONNET SUR SA V 



h 



: DE SAINT BENorr. 



sais L'oniment parler a ton avantage, 
lirimaud, ni comment louer ton beau travail. 
Tu montres bien que tu as aspiré de l'eau qu'un cheval 
Fil naître d'un rocher qu'Apollon tint pour gage. 



MÉLANGES d'UISTOIKE MONASTIQUE. 297 

Tu nous ravis le cœur avec un si beau langage, 
Quand tu nous peins le bien pour flaire détester le inul, 
Que chacun se pique d*avoir dans la maison 
Ton livre, afln d^avoir le ciel pour héritage. 

On peut rappeler la perle des mondes, 
Aussi que saint Benoit te garde en paradis 
Un petit coin dans une place heureuse. 

Je trouve qu'il a raison de payer ton pinceau, 
Ses mérites lui ont fait trouver le chemin du ciel, 
Et ton esprit le fiait triompher dans Toulouse. 

^'r>ii3i le bouquet de la lin. Il est dû ù P. Bernet, Tolosain. 

A l'aunou de saint benoist. 

Saint Benoist et le gran Broutou 
De las flouretes de Toulouse, 
Jamay Coumeillo ny Rotrou 
iVan foyt cause plus merbeillouso. 

Traduction, 

A l'honneur de saint BENOIT. 

Saint Benoit est le grand bouton 
Des fleurettes de Toulouse, 
Jamais Corneille ni Rotrou 
N*ont fait chose plus merveilleuse. 



A^utoblbllof^raphie de Oén^brard. 

Dom Gilbert Génébrard, né à Rioin (lo37), lit profession au 

^f)nastère de Mozat K Son abbé l'envoya Tain» ses études théolo- 

^ iques à Paris. Il obtint le grade de docteur au collège de Navarre, 

J^VjIs une chaire dliébreu au collège Royal. Ses travaux de pliilo- 

^^gie, d'exégèse et de controverse ne tardèrent pas à lixer l'attention 

"Ublique sur sa personne. Sa réi)utation s'étendit au loin. 

Il eut à faire le voyage de Koine sous le pontificat de Sixte-Quint 



ï Arr. Riom, Puy-de-DOme. 



MÉLANGES D*H1ST01KE MONASTIQUE. 299 

Génébrard ne pouvait manquer de voir deux célébrités romaines. 

César Baronius, tout absorbé par la publication de ses Aniial^ 

ecclesiastici, et l'archéologue Antoine Bosio, surnommé i).ar 

J.-B. de Rossi le Christophe Colomb de la Rome soute7rainey qui 

scrutaient les galeries des catacombes. Quelques années plus tard, 

il pria Ponce de Léon de les saluer en son nom. Plusieurs cardi- 

»iaux lui témoignèrent une grande bienveillance; il les nomme dans 

^3ette lettre à son ami Gonzalez. Ce sont, après Antoine Carafa et 

rédéric Borromée, le Conventuel Constance de Sarnani, du titre 

e Sainte-Agathe, particulièrement cher à Sixte-Quint, éditeur 

e quelques œuvres de Scot, de saint Bonaventure et d'autres 

^théologiens du moyen âge; l'Anglais Guillaume Alain, du titre de 

'Saint-Marlin-des-Moiits; Jérôme de la Rovère, du titre de Saint- 

Pierre-ès-Liens ; Henri Cajétan, du titre de Sainte-Pudentienne, futur 

légat de Sixte-Quint auprès d'Henri IV. 

Génébrard ne fut point oublié de ceux qu'il connut à Romt». 
Ponce de Léon lui donna quelques années plus tard un témoignage 
d'amitié auquel il se montra sensible. Il lui fit parvenir un tableau 
représentant le Sauveur et sa Mère. Les termes dans lesquels le 
bon moine exprime sa reconnaissance sont empreints d'un senti- 
ment de piété profonde et sincère. « Que je vous adresse les 
remerciements les plus vifs, écrivit-il au donateur, pour la très 
gracieuse image du Christ Sauveur et de la Vierge Mère, que vous 
m'avez envoyée, il y a quel(|U(îS mois, par Nicolas Nivelle. Les 
raisons précédemment indiquées ne m'ont point permis de vous 
remercier plus tôt; mais j'ai reçu et conservé avec un soin pieux 
et jaloux ce préci(îux et agréable trésor, je le conserverai toujours 
avec votre souvenir et surtout avec celui du Christ Seigneur et 
de sa Mère; leurs traits vivants et expressifs, leur doux visage, ne 
ser\'ent pas seulement à me fortifier dans les épreuves, mais encore 
mon cœur fond d'amour lorsipie je les contemple. » 

Cette attention délicate de Gonzalez éveilla chez Génébrard un 

cuisant remords. Le tableau tant estimé lui arriva au commencement 

de l'année 1591 ou peut-être à la fin de 1590. Or un autre ami, connu 

à Rome, lui avait donné une preuve de son affectueuse confiance 

deux ou trois ans plus tôt. Et sa lettre était sans réponse. Il s'agit de 

l'évéque de Valladolid. De retour dans sa ville épiscopale, ce prélat 

Songea au savant exégète. Quelques-uns des ouvrages de celui-ci 

ornaient sa bibliothèque, tels que la Chronologie, les Commentaires 

*vir les psaumes et les canti^fues de Salomon tit les Dissertations 

^nr la sainte Trinité. Ce n'était pas suffisant pour apprécier 

l'ensemble de son œuvre. Il voulait avoir tout au moins la liste 



«Rl-ANCES b'l[[Sr( 



301 



Theoiiigi 



TriniUJte inticientem, cuiii liliello Fbancisci Jokdam 

Parisipnsis, in eumdem '. 
i. Contra Rabbi Joseptium Alhnnem, Ral)hi Davidem Kimliiuni el 

■iliiim quenniam Judieum annnyiniim nonnullos Fidei christiansB 

articulos nppu^nantes. Parisiis. apud Martimim Juvenem, IStid, 

in-8. 

3. Psalmi Davidici vulgam edttione, calendario hehrieo, syro, 
graîco, latiiu), hymnis, armimentis gi'nuinum et primarniin sensum 
Jireviter apprientil>iis exornati. Parisiis, apud Dionpsitim Ou Val, 
1378. in-Si. 

6. Psalmi cum i'usioribus comnienlariis, ad Gri'goriiim Mil 
PontUiceniMaximum. Parisiis, a/JMrf P. L'HHJ//i«', lo77, iri-S;1ïïSl, 
in-8; 1SS8 in-lbl.; Lugdum, 1592, in-8. 

7. Canticum eanticorum Saloinonis versibus iambicis et com- 
VTBt'Tttariis explicatiim, advepsus tpochaycam Theodori Bezae para- 
Sslirasin. Parisiis, apud Mgid- Corbinum, 1S83, in-8. 

8. Joël prophPla, cuin annotationîbus elversinne trium Kabinno- 
*~«jin Selnmonis Jarbii, Ahrahami Atlieii Ezre, Davidis Kimliii et 
C^haldeaî paraplirasis. Parisiis, apud Martinum Juvenem, 1663, 

9. Oratio Tunebris in K. D. Petruni Danesium episcopum Vaii- 
■^"«nsem. Parisiis, apud Mari. Juvemtm, 1S77, in-8 '. 

iO. Prstîfatio et nota- in libres ijuinque Ciaudii Espencei, 
'K.Vieologi Parisiensis, de Eucharistia ejusi|ue adoralione. et tractatu- 
l «im de missa piiblica el [irîvata, poslliumos sibi testamenln reiictns 
«=^t commendatos. Parisiis, apud Petr. VUuUlier, 1S73, in-H *. 



■ Fkaaosci JoflDA.M, theologi PumienBls, itd Lambertum l>ani«um, Sabellja- 
ttjjsmo (loctrinam de Suncia Trinitale inflcienteni, cum pra-ratione Gii.bgrti 
VZiBitBBRARDl. Parisiis, BpKd Jtgidium CorMnum, ISSl. in-8. 

^ Oraison funèbre sur le trespas de Pierre Dani>s, iWesque de Lu Vyurs, 
Kirononci? i Ssmct-Gennain-des-Prez, le samedi 37 jour d'avril tSTT, par Dooi 
«>. CENBBHAHn, Le louibeau, partie fait, parUe colligé par le meame des escrits 
«le plusieurs docies personnages. Paris, 1397, in-fl. Pierre Uani>B s'éiaii dtfmis 
«le son évéchi' en Tavenr de ('.(^ni^brard. Cette noniinalion, qui élail agri^Ëe de 
Henri 111. du clergé el de la noblesse réunis aux Elats de Riois, ikhoua parce 
«lue le président Pibmc désirait ce siège [lour son trbre Claude du Four. 

3 Claude d'Espence, élu recteur de rrnivcrsité de Paris (1540J, avait M. 
Iirécepieur du cardinal de Lorraine; il assista à l'assemblée de Kelun, aux 
4'olloques de Poissy el aux ElalR il'Orléans ; on voulut le renvoyer au concile 
■leTrenie. Il honora G6i<5brarddesonamiIJé. Il niouriilfi Paris le ix'ociobre 1371. 




i 



MÉLAN(>ES d'histoire MONASTIQL'E. 303 

IG. Flavii Josephi opéra gallice e graeco repraesentata, libris ex 
tiebneo aiicta, chronologiis, figuris, annotationibus, indicibus inlu- 
minata. Parisiis, apud Petr, L'HuUliei' et Somnium, 1578, in-fol.; 
apud Carolum Rogerium, 1588, in-8; Parisiis, 1609, in-fol. 

17. Opuscula aliquot, prîesertim contra nostraj tempestatis ])oli- 
ticos. Parisiis, apud jEgidium Gœ'binum, 1589 et 1590, in-8. 

18. Opuscula e graecis conversa, nempe liturgia mysteriorum 
ante consecratorum, e Gretensi codice; Liturgia pro dormientibus 
sive deiunctis; Oflicium de angelis et sanctis; Canon sive buUa 
contra haereses praecipuas ; Menologium sive calendarium sancto- 
rum totius anni; Tituli capitum CXXII Eucologii; Zacharias epi- 
scopus Mytilenensis contra aeternitatem mundi a philosopbis 
constitutam, v. bibliotheca Regia; Basilii et Nazianzeni brevissimus 
(lialogus de invisibili Dei essentia, ex eadein. Parisiis, apud 
Somnium, 1575, in-l'ol. 

19. Origenis Philocalia de aliquot praRcipuis theologiae locis et 
quapstionibus, e bibliotliecte regiae tenebris eruta et latine reddita. 
P^rïsus, apud Chaudière, 1573, in-fol. 

20. Origenis Âdamantii o[)era partira cuin graeca veritate l)iblio- 
Wieca? regiae collata, partira libris recens versis aucta, partira 
Praefatione, collectaneis, notis illustrata. Parisiis, apud Chaudière, 
1S74, 2 vol. in-lbl. ^ 

21. Orationes très e Lerinensi bibliotheca in |)ublicura nunc 
l>rinDum productac, una funebris divi Hilarii Arelatensis de sancto 
ïlonorato, altéra divi Eucherii Lugdunensis de laudibus ereini : 
t-^rtia sancti Fausti Regiensis deinstructione raonachorura. Parisiis, 

pud JEg. Gorbinium, 1578, in-8. 

HEBKAIGO-LATINI. 

22. Isagoge ad legenda et intelligenda Hebraeorura et Orientaliura 
^ine punctis scripta, cura tabulis artiura et scientiarum vocabula 

ïxhibentibus, ad Sixtura V. Parisiis, apmlPetrum Ramier, 1583, in-4. 

23. De raetris hebraicis Rabbi David Jehaia, hebraico et latine 
cium annotationibus. Parisiis, apud Guil. Merelium et Juvenem, 
in-16». 



"traduit par De la Fosse sous ce titre : Les vies des Patriarches de l'Ancien 
testament. Paris, 1557, in-8. — De magistratibus Romanoriim ac Grapcorum. 
Parisiis, 1560, in4. — De fabularum, ludorum, Iheatronim anti(|uu ronsue- 
^udine. Parisiis, 1540. in4. 

i II y eut deux autres éditions in-fol., à Paris, iOOi et 1619, et une à Bâle, 1620. 

' Indiqué au Catalogue des livres imprimés de la Bibliothèque du Roi (Belles- 



MÉLANGES D'hISTOIRE MONASTIQUE. 305 

goriiin Parisiensium. Ibid,, 1589, in-8. Une traduction parut sous 
ce titre : Excommunication des eclésiastiques, principalement des 
évê(|ues, abbés et docteurs, qui ont assisté au service divin sciem- 
ment et volontairement avec Henri de Valois, après le mass;jcre du 
cardinal de Guise, traduite du latin d'un docteur, par J. M. Gourbin, 
1589, in-8 K 

MASUSCRJPTI. 

i. Annotationes et hebraismorum explicationes in sacros omnes 
Veteris et Novi Testamenti libros, ad R. 0. Nicolaum Pelveum 
Cardinalem, Rhemorum et Senonensium Arcliiepiscopum *. 

2. Adversariorum sacrorum libri. 

3. Vêtus Testamentum Vulgata editione cum commentariis ad 
recentiorum omnium haereticorum biblia et annotationes abolendas. 

4. Novum Testamentum Vulgata editione cum commentariis, 
e^dem qua Vêtus methodo et ratione. 

o. Quadragesima sive de hîeresibus et blasphemiis Galvinista- 
rum, circa omnem propositara materiam, ex ejus concionibus, 
priesertim Stephanianis annis 1583 et 1587, Severianis 1576, 
Marianis 1577, Bartholomeanis 1578 ». 

(). Symbolum Patrum Nicsenorum et Gonstantinopolitanorum 
commentariis fuse explanatum et ab impura Trinitariorum, 
Calvinistarum, Ubiquitariorum doctrina vindicatum. 

7. De duabus Christi naturis et unica persona adversus S(^mi- 
Nestorios Genevenses et Semi-Eutychios sive Ubiquitarios Ger- 
manicos. 

8. De potestate Ecclesiae supra reges. 

9. De Antichristo et ejus regno, contra cujusdam Lasicii crassi 
et epicurei ventris ejectiones. 

10. Paratitla talmudicae doctrina? sive juris veterum Hebra»orum. 



1 Biblioth(>que historique de la France, nouvelle édition, 1768, I, -iSri-iHO. 
11, 3iO-3H. 

* Le cardinal Nicolas de Pellevé, li^^ueur ardent comme Génébrard lui-môuie, 
•^ trouvait à Rome, quand celui-ci écrivit à Ponce de Léon. Il fut promu à 
''archevêché de Reims l'année suivante (1592). 

8 On conserve à la Bibliothèque Nationale, ms. fr. 1058, d'autres sermons de 
^•^nébrard. Prédications catholiques prèchées par le Révérend Père en Dieu 
^»ViLEArsiE (pour Gilbert) Génf^brard, docteur en la Faculté de théologie, 
^rchevesque d'Aix, et par luy prèchées en la paroisse <le Saint-BarUiélcmy de 
ï^uris, en l'année mil cinq cent nonante-deux. 

20 



LE CŒUR D'ANNE D'AUTRICHE ET L'ABBAYE 

DU VAL -DE -GRACE 

(Suite) 



Nous avons trouvé dans les papiers du Val-de-Grâce, déposés 
*^ tj 3c Archives nationales, L 1036, un projet d'épilaphe, conçu dans 
'^ néme tendance que celle que nous venons de signaler. Nous ne 
x^ons l'usage qui fut fait de ce récit lapidaire de la vie de la reine, 
seule référence que Ton trouve dans celle pièce est celle-ci : 
^* C^armelus Nannet. in solemni supplicatione funebri posuit. » 

Il ne nous a pas été possible de savoir quel a été le sort de ce 
P«^cDjet de littérature épigraphique, et s'il a survécu au service 
^^^ inèbre célébré au Carmel de Nantes. 

^^ous le citons en entier, parce qu'il émane du milieu dans lequel 
A. in ne d'Autriche entretenait sa pieuse pensée de traduire on langage 
i*^ 1 igieux les incidents de sa vie mortelle. 



Siste viator. 

Anna Mauritia Austriaca 
Philippi m, Hispan. Régis primogenila 

Philippi IV agnata, 
Ludovici XIII invictiss. Franc, et Navar. 

Régis conjux fldelissima, 
Ludovii.'i XIII, Adeodati parens, altero 

Regio partu fœcunda. 
In connubio sanctissime vixit in viduitale, 

Sapientissime gubernavit. 
Adversa constantissime, debilia fortissimo, 
Prospéra humillime, calumniam 

Patientissime sustinuit. 
Inimicos mansuetudine, hostes prudent! 

Generositate exannavit. 
Injuriarum immemor, vicit in bono malum. 
Id Oeum piissima, in August. Kuchar. Sacram, 



Devotissima, in iteipar. et fiaados religiosissîma. 
Nulli non beneUca, vix bonum quod ei llcuit, 
Usquam omrsit. aulam nionasterio. 
Purpuram cilicio, delicias re^^as sRveriori 

Disci|itiDai dauslrali 
SoL'iavit. 
HÀ^desiam suitimo cullu, iege.s ecclesiaslji'as. 
Summa observantia excoliiit : exorienlem 
JatiteDistanim huireBirn fidei conglaiilia 
Propulsavit, rebelles regia uuuliiriUile 

libtauctoravit. 
Christiana palienlia uansumrnata, cœlo 
Prxmatura, intcr rcgioniin pignorum siispiria, 
Sacerdotum prcc^s, )*ariflienBis popuU ad 
Deum gemitus, totius liallko lamcnla, sacrls 
Omnibus rammunita. 
Decessil in osculo Uoriiini XIIl Kal. Feb. 
iElalis an. I.XV, iv meiis. excurrenle. 
Seraphici Palris cilicinam veslem induta, 
Religiose sepolilur. qua; som|)er rellgiosa vJxeral 
Quis toi virlutibus dolalam, cœlesti cnrona 

Oonalara, pie non crediderit. 
Ast judicia Domlni abyssus multal 
Krgo intra, et eemcns nobiscum ora, ni in 
Pace in idipstim dormiat et 

Uuiescat. 
Carmelus Kannel. in solemni 
Supplicationeriinehri posuit. 

Les monastères, celui du Val-de-Gr^ce en particulier, était^- ^' 
seuls les confidents des vues de la reine à cet égard. Ixirsqi ^^ 
nous lisons les poésies la'iyues rédigées à l'occasion de la con^^" 
li'uction de l'abbaye du fiiubourg Saint-Jacques ou de la mo^^^ 
d'Anne d'Autriche, on sent immédiatement que les auteurs n'oi^^ 
pas pénétré la pensée intime de la chaste princesse. 

Molière, dont le style précis n'est guère cciutumier des phrase^ 
dépourvues de sens, reste fort vague dans la Gloire du Val-de-Grâee^^j 
[1 se contente d'une allusion au vœu de la reine mère de Louis XIV 

Fais brillur a Jamais, dans la noble richesse, 

[/Gs splendeurs du saint vrcu d'une grande princesse. 

Le passage dans lequel il parle de la piété d'Anne d'Autriche e^^^ 
encore moins clair. 

Ce temple 



t 



El porte un témoignage à la postérité 
Do sa magnillcence et do sa piété. 



LE COEUR D*ANNE D'ALTKICHE ET l'ABBAYE DU VAL-DE-CRACE. 309 

II en est de même des autres poésies que nous avons trouvées et 
Q"e nous croyons inédites, dans les papiers du Val-de-Grace. 

POUR LA REYNE MÈRE 

Sur le Val'de-Grâce. 

m 

SONNBT. 

[)u temps impitoyable, et de qui le ravage 
l^rtout a renversé jusques aux fondemens 
Les superbes sommets des plus hauts batimens, 
Un siècle plus heureux enfin venge Toutrage. 
11 en fait un trophée, il en fait un hommage, 
A ce temple où de Tart sont tous los agrémens, 
Kt nilustre débris de ces vieux monumens. 
Semble servir de baze à ce pompeux ouvrage. 
Cette grande citté, que cent peuples divers 
Viennent voir chaque jour des bouts de l'univers, 
N*en peut trop admirer la beauté sans pareille. 
Mais bien qu'il soit comblé de charmes inouïs, 
[)oit-on s'en étonner? La mère de Louys 
Pouvait-elle manquer de faire une merveille? 

AUCHEMAIN 1. 

On pourrait attribuer le vide de la pensée au défaut de talent qui 
^Oractérise ce « précieux » inconnu qui signe : Auchemain. 

Mais l'objection a déjà été réfutée par la citation que nous 
Vfinons de faire d'un passage du poèrae de Molière. La plupart de 
^es poètes qui rimaient à propos d'Anne d'Autriche n'avaient les 
Confidences ni de la reine ni des religieuses. 

Un auteur plus connu qu'Auchemain, J. de Benserade, dans un 
bonnet vraisemblablement inédit 2, d'un style fort alambiqué et 
Prétentieux, se maintient dans une généralité aussi nuageuse. 



1 Archives nationales, L 1036. 

2 Ce sonnet se trouve dans le carton L 1036. A hi suite du manuscrit qui 
t« contient, et immédiatement au-dessus, on lit la mention suivante de la 
tnême écriture : Par Jf. de Benserade. Nous n'avons aperçu ce sonnet ni 
dans rédition récente de M. 0. (Jzanne, ni dans celle de Ch.de Sercy, contem- 
(loraine de Tauteur. Nous avons tout lieu de croire qu'il est bien de Uenserade; 
la tournure leste et facile des vers, la désinvolture avec la(|uelle l'écrivain 
Cîombine les mois dans un rythme coulant et sans trop se préoccu[)er de l'idée, 

rendent Tattribution très vraisemblable. 



LE CdEUK DANNË DAItTRfCHE BT I 



*ÏR 1)1 



Sachant w que valoil Harguerlle d'Arbouze, 
Koble cour de nos Rois, n'en soyez pas jalouse, 
El puisque nos trésors n'enfermeot ri^n de tel. 

» Donnez â ce beau clioix un éloge iramortel. 
Ce l«rople ici fondé par elle 
Devoit à son cœur un tombeau; 
Hais ce cœur salnl fui le modelie 
D'un autre temple et plus saint plus beau. 

c poêle était évidemment au coulant des intentions do la reine, 
îon intiinilé avec la réformatrice Marguerite d'Arbouze. Il avait 
ipris ce désir d'Anne d'Autriche que nous avons voulu faire 
iprendre, de symboliser par le don de son cœur l'œuvre qui 
lit préoccupée exclusivement sur la terre. L'exagération du 
^yriste n'empéclie pas de lire rintenlion de la bienl^itrice 
l'ai-de-Grâce. 

e testament d'Aime d'Autriclie n'en reste pas moins l'expres- 
déflnitive des volontés de la pauvre reine. Cette pièce est très 
lue. Madame deMotteville l'a publiée dans ses Mémoires. Nous 
is retrouvé aux Archives nationales la copie notariée qui en fut 
'rée aux religieuses pour l'éxecution des intentions de ia 
ilrice. Cette copie collalionnée est conforme, sauf quelques 
ils de minime importance, au texti> imprimé dans l'édition 
laux et Poujoulat (Mémoires de M'"' de Motteville). « En pré- 
e de Henri de Guénégaud et Michel Le Tellier, conseillers 
ires et secrétaires du Roi, maison ri couronne de France, 
étaires d'État et commandans de ses ordres, soussignés, 
-haute, très-excellente et très-puissante princesse Anne, par la 
G de Dieu reine de France et de Navarre, mère du Roi, étant 
il, malade de corps dans le château neuf de Saint-Germain en 
;, et néanmoins saine d'esprit, considérant combien l'heure de 
lorl est incertaine, et que Testât auquel Sa Majesté se trouve 
donne lieu d'appréhender d'en estre prévenue avant que de 
re expliquée de ses intentions pour les choses qu'elle 
: qui soient laites après son décès, Sa Mc^jesté de son bon gré, 
; et franche volonté, a dicté son testament et ordonnance de 
lière volonté, en la forme et manière qui ensuit : 
Premièrement, que désirant mourii' comme elle a toujours vécu, 
i l'amour et la crainte de Dieu et dans les senlimens qu'une 
ne chrétienne doit avoir, elle prie Dieu le Père, le Fils et le 
it-Esprit, lorsque son âme se séparera desoii corps, de vouloir 
jcevoir dans le ciel au nombre de tous les fidèles. 
ttem, ordonne que son corps soit porté à l'église de l'abbaye 



L 



J 



312 11KVITK «AIIIIJ.OS. 

de Saint-Denis en France et mis auprès de celui du fôu roi 
Louis XIiI°, de glorieuse mémoire, son seigneur, après néaiitmoiiis 
que son cœur en aura eslé tiré par le costé, sans autre ouverture 
de son dicl corps ; ce qu'elle défend expresséinenl ; pour être 
sou dit corps porté dans l'abbaye de Nostre Diime du Val de Gnlce, 
sise au Taubourg Saint Jacques de la ville de Paris, et mis dans la 
chapelle Sainte Anne de l'église de hd. cette abbaye : voulant 
Sa Majesté que ses funérailles soient Imites sans aucune cérémonie, 
et que ce à quoi la dépense en pourroit monter soit employé â 
faire des prières pour le repos de son âme. 

a Item, veut et ordonne ladicle dame Reine que, incontinent après 
son décès, et le plus tôt que faire se pourni, il soit célébré dix 
mille messes a son intention, par les soins des exécuteurs du 
présent testament. 

.... [Dons et legs divers .... 

n Item, ladicte dame Reyne suplie le Roy de vouloir faire valloir 
tous les fonds el assignations qu'il luy a plu luy accorder pour les 
dépenses ordinaires el extraordinaires de sa maison de la présente 
armée et des précédentes, encore qu'elles ne soient pas esclieues, 
a l'exception seulement des cinquante quatre mil cent soixante 
sept livres tournois par mois qui se paient à l'Espagne, lesquels 
cesseront U'esire payés du jour de son deceds, et aussy de trouver ■ 
bon que le trésorier général de sa maison reçoive ce qui escherra 
de sa rente viagère et des fermes de ses domaines, jusques et y 
compris le dernier prix de la présente année, aflin que les officiers 
et créanciers de la dicte dame feue Reyne qui auront faict les 
advances ou qui seront assignez en soient paiez, que sa conscience 
eu soit deschai^ée, et que l'exécution du pïit testament n'en 
puisse recevoir aucun préjuilice. 

n Item, ladite Dame Reine supplie le Roi d'avoir pour agréable de 
taire valoir ce qui reste dû des deux cent mille livres tournois dont 
il a ordonné le fonds en la présente année 166S pour les bastimens 
du Val lie Grince, et de vouloir encore bien faire un pareil l'oads 
de deux cent mille livres tournois en la prochaine année 166C 
pour parachever lesdils batimens. 

i> Item, ladite dame Reyne supplie encore le Roi de voulloir se 
ressouvenir de la recommandution qu'elle lui a faite en faveur des 
principaux officiers de sa maison, et de vouloir aussi honorer de 
sa protection tous ses autres domestiques. 

1) Item, la dite dame Reine veut et ordonne que les Reliques et 
Reliquaires qui sont dans son oratoire près de sa chambre, au 
chasteau du Louvi-e, à Paris, soient transportés en la dicte abbaye 



^ L. 



r 



LE COEUR d'anne d'aitriche ET l'abbaye dv val-de-gkace. 313 

cju Val de Grâce, et remis es mains des abbesse et religieuses 

«Judict monastère, lesquelles s'en chargeront, au pied de l'inventaire 

cjui en sera dressé par les exécuteurs du présent testament. 

» Item, veut et ordonne qu'en ladite abbaye du Val de Grâce, il 

soit célébré à perpétuité, par chacun jour, une messe à son 

intention, en l'une des chapelles de ladite église; qu'à cet effet il 

seni passé un contrat de fondation de ladite messe par lesdits 

exécuteurs avec lesdites abbesse et religieuses aux conditions 

qu'ils adviseront. 

» Item, ladite dame Reine supplie le Roi de trouver bon qu'elle 

<?ommette l'exécution du présent testament aux sieurs Le Tellier 

Secrétaire d'Estat, l'un des soussignez, Golbert, cons*"" au conseil 

'•oyal et intendant des finances, d'Argouges, premier président du 

J^arlement de Bretagne, et Tubeuf, président de la chambre des 

Comptes à Paris, et de leur faire la grâce de les appuyer de sa 

|>roteclion s'il naissoit quelque difficulté qui n'eust pas esté préveûe 

dsms la forme du présent testament ou dans les dispositions 

y contenues. 

» Lequel testament ainsy faict dicté et nommé par ladicte très- 

ti^ulte très-puissante et très-excellente princesse aux cons**^ et 

s^^crétaires d'Estat cy dessus nommés, et par l'un d'eux en la 

^>résence de l'autre les a relus, et ladicte Reyne laquelle a dict 

l'^avoir bien entendu en la chambre dudict chasteau neuf de 

»ainct Germain en Laye où Sa Majesté est au lict malade. 

» L'an 1665, le troisième jour d'août à l'heure du midi, et ladite 

lame Reine Ta signé : Anne. 

de Guénégaud, Letellier. 

Et au-dessous est écint : 

J'approuve le présent testament. 

Louis. 

» Gollationné à l'original dud. testament annexé. à la minute du 
contract en forme de partage passé entre le Roy et Monsieur le duc 
d'Orléans par devant les noV^ soub^' le XXI febvrier mil six cens 
soixante six, lad. minute estant pardevers Lefouin, l'un des nof^** 
soubs* qui a dellivré lettres pour les Dames religieuses du Val de 
Grâce, ce vint et uniesme de septembre mil six cent soixante six. » 

L'exécution de ce testament fut obtenue au moyen des formalités 
dont les actes sont désignés dans la pièce suivante : 

Arch. Nationales, L. 1037, LU. Cartulaire, page 607. t Second vol. 

Inventaire des pièces concernant les dernières volontés de très 



314 riEVIB >IAUILI.U^. 

liauU) très puissante D' Anne d'Autriche 3" du nom, Reyne de 
France, mère du Roy Louis 14. 

1* Original. Une copie en papier, servant d'original du testament 
de très puissante Princesse Anne d'Autriche Reyne de France, par 
lequel elle ordonne I que son corps soil porté à Saint-Denis et son 
cœur au Val de Grâce sans aucune magnificence, et supplie le Roy 
de continuer après sa mort sa iirolecliou et ses libéralités pour 
achever les bastimens dudj Val de grâce. II. — Sa Majesté Tait don 
à ce mon'" de toutes les reliques ei reliquaires de sou oratoire du 
chasteau du Louvre de Paris. III. — Elle ordonne estre Taicte une 
fondation d'une rnesse basse à perpétuité à son intention, aux 
conditions que Messieurs les exécuteurs dudj lestameul convien- 
dront avec les abbesse el R'"' fait le 3 aoust 1663. 

2° Original. Inventaire des Reliques, Reliquaires el autres pièce* 
d'orfèvrerie dudj oi-atoire apportez audj Val de Grâce, par le sieur 
Betloc le II février 166fi. estimez par les orffivres à la somme 
de S3.314". 

3" Original. Conlract du 2 septembre 1666, pour une fondation 
d'une messe basse à perpétuité ordonnée par Sa Majesté par 
laquelle Messieurs Colberl, Le Teilier, et Tubeuf exécuteurs de 
son testament ont donné 15,U00", pour eslre employez à la con- 
struction d'un bastiment qui est l'un des pavillons sur rue attenant 
la cour ou avant portail rie l'Église. 

Pour terminer celle question des projets de la reine au --ujel du 
Vai-de-Grùce, signalons l'inlention dont parle M. l'abbé de Beuvron 
dans sa ?lûtice sur le monastère du Vat-de-Grâce, qu'elle manifesta 
de lïiire élever gratuitement dans ce monastère douze jeunes Biles 
sans fortune et de noble famille, dans le but d'en faire plus tard 
des religieuses. 

C'est même probablement pour ce motif que la reine obtint de 
Louis XIII l'union avec le Val-de-Gràce de la mense de Sati}t- 
Corneille de Rouen, et du prieuré de Compiègne. 



Le confesseur ordinaire de la reine, le Récollet espagnol dont 
nous avons déjà parlé, n'était pas, si l'on en croit M"" de Mottevil le, 
seul chargé de sa conscience. Lors^ju'airiva l'approche de la mon. 
elle était prête. 

« Je crois qu'elle s'était déjà préparée à ce dernier passage | 



I 




I 



LE CIIKIH d'anse D'aUTBICHE ET 1,'ABBAVE llU VAI.-DE-liilACE. 313 

beaucoup d'autres conl'essions, et je m'imagine que les retraites du 
Vai-de-Grâce avaient été employées â ce saint (ixercice. » 
La reine-mère, en elTet, n'avait pas été surprise. Depuis long- 
temps, elle se sentait atteinte d'un cancer au sein, dont ellepré- 
^"t>yail l'issue fatale. Une telle maladie était alors une condam- 
'^aiioD sans appel. 

Tout en vaquant ii ses occupations ordinaires, elle avait mis en 
*^»*clre sa conscience et ses affaires. 

Aussi, après un accès rie fièvre qui avait duré sept heures 
*^o nsécutives, pendant un déplacement qu'elle avait fait à Saint- 
*^loud, puis à Saint-Germain, pour aller visiter ses fils, elle ne 
*KKaaifesta aucun étonnement lorsque, sur l'avis de Valtot, son 
*ï*^decin, l'abbé de Montaga s'approcha de son lit, et lui parla de 
^^onfession et de testament. « Elle resta, dit M'"' de Molteville, dans 
*î« même assiette d'esprit où elle avait accoutumé d'être, c'esl-à- 
^ire tranquille et ferme, sans nulle agitation qui put marquer 
*3 tj'elle eût aucun trouble dans l'âme. » 

Nous sommes très renseignés sur les derniers moments et sur 
'^s funérailles d'Anne d'Autriche. M"" de Motteville a décrit la phy- 
^âonomie des journées où la reine, en agonie, donnait à tous les 
^iens l'exemple d'une foi admirable et d'une résignation au-dessus 
<i e tout éloge. 

En ce qui concerne les funérailles et particulièrement le trans- 
•V^rt du cœur de la mère de Louis XIV dans l'église du monastère 
■^^u'elle avait fondé, nous avons le récit très détaillé de ia cérémonie 
K^ublié dans la Gazette de France, les notes de Godefroid, et un 
^Scril trouvé dans les papiers du Val-de-Grâce. 

Nous ne referons pas le récit de l'agonie de la reine, nous 
rie décrirons pas les manilestations de douleur des fils d'Anne 
«:]'Autriche. La Gazette de France entre, â cet égard, dans une 
«zjuanlité de développements qu'il serait trop long de rapporter. 

Citons seulement le passage publié en l'année 1066, p. 91 et 199. 
On remarquera que ces lexies ont la valeur d'un document. Tout 
^2e qui paraissait dans ce journal était rédigé par ordre du roi ou 
sous son inspiration par des écrivains à gages. 

Nous verrons que, en ce qui concerne le transfert du cœur 
^l'Anne d'Autriche au Val-de-Gràce, l'auteur avait certainement 
reçu des confidences de gens très au courant des intentions de la 
reine. 

u La Reyne Mère ayant été surprise d'une lièvre continue, comme 
le mal semblait augmenter le IT du courant. Sa Majesté communia 
à deux heures du matin 18, à la messe célébrée en son oratoire 



316 



ItEVUK HABILLON. 



p:ir l'archevesque d'Auch son grand aumônier; et le mesme joi 
pyr l'ordre Je l'yrclievesque de Paris, le Saint-Sacremeiil fut f xpos^ 
clans loittes les églises pour Uem^inder la santé de cette bonnëiS 
Princesse. Le Roy. la Reyne. Monsieur et Madame furent ;i la messe 
en l'église des Prestres de l'Oratoire et le soir y retournèrent ;iu 
salut, ainsi que le lendemain. Ce jour-h'i If Roy, qui a toujours eu 
recours aux intercessions de sainte Geneviève, en semblables 
occasions, donna des orditts pour la descente de sa cliAsse, qui 
se fit avec les cérémonies accoutumées. Mais la Reyne Mère, se 
sentant aH^iblie sur les 8 heures du soir, demanda le S. Viatique, 
que l'arclievêque d'Aucli alla prendre en l'église Saint-Germain 
l'Auxerrois, paroisse de leurs Majestez, où il le receut des mains du 
curé- Le Roy. avec lequel estoit Monsii^ur, le Prince de Condé et 
plusieurs autres personnes de liante qualité, suivis des genlils- 
hummes et oliiciers de leurs maisons, accompagna le S.-Saorement 
jusqu'au Louvre, un cierge à la main, ainsi que tous ceux qui 
assistèrent a la cérémonie : les Pages et les Valets de pied de toute 
la Maison Royale avec des flambeaux de cire blanche, marclians 
devant le dais, derrière lequel esloil te Curé, avec plusieurs PrélatsJ] 
les Aumôniers de la Reyne mère et le Doyen de la mesme ^ 
qui précédoyenl immédiatement Sa Majesté. Aprezque l'archevesqw 
d'Auch eut l'ait une fort belle exliortalion à cette auguste maladofj 
elle le receul avec des senltmens de sa piété toujours exemplaire 1 
et ensuite donna la bénédiction au Roy, fi la Reyne, à Monsieur e 
à Madame, leur parlant en des termes si louclians, qu'ils ne purent" 
répondre que par des larmes; puis le Roy, accompagné comme 
auparjvant, reconduisit le Saint-Sacremenl en la mesme église, 6 la 
veiie du peuple, qui puussoit incessamment des soupirs au Ciel, 
pour la Princesse. Mais Dieu voulant, enlln, lui donner la couronne 
qu'KlIe ne pouvoit espérer de la Terre, après avoir encore reçu 
avec beaucoup de piété l'Extrême-Onction, que le mesme prélat lui 
conféra, elle décéda sur les six heures du matin, en sa soixante et 
cinquiesme année et au 14" jour de sa fièvre : donnant de conti- 
nuels témoignages de sa résignation et de sa fermeté, avec t'admt-H 
ration de toute l'assistance, qui, cependant, fondoit en larit 
sorte que l'on peut dire que sa mort ne fut pas moins un exempll 
solennel de constance et de piété, que toute sa vie l'avoil esté ââ 
plus hautes venus. » 

Pendant sa maladie, AnnH d'Autriche manifesta le désir que l'o 
eùl recours aux intercessions de sainte Geneviève « pour obieoti 
de Dieu la grôce de supporter patiemment ses extrêmes douleun 
et de mourir saintement n. Le roi s'empressa de donner les ordn 
nécessaires pour que le vœu de sa mère fût exaucé. 



A^ 



LE CtlKlIR D'aNNE d'aUTIUCHE ET l'ABBAYE DU VAL-DE-GRACE. 317 

Citons le récit de la Gazette de France {1666, p. 98 et seq.) : 
« A cet effet, Sa Majesté envoya ses ordres au Père Boulart qui 
en est abbé (de Sainte-Geneviève), pour préparer les choses néces- 
saires et le 18, le Parlement ordonna que, sans tirer à conséquence 
pour l'avenir, celte chasse seroil descendue pour estre exposée 
aux peuples, et visitée par les processions de toutes les églises de 
la ville et des fauxbourgs. 

» Le lendemain, en exécution de cet arrest, le Lieutenant civil, 
le Lieutenant particulier, le Procureur du Roy et quelques autres 
Officiers du Ghastelet, accompagnez de grand nombre d'archers, 
se rendirent en l'abbaye, sur les huit heures du matin, pour se 
charger, selon la coutume, d** la garde de cette chasse : laquelle 
fut descendue en la manière ordinaire, tous les religieux prosternez, 
chantans les psaumes pénitentiels, aprez que la messe eut esté 
pontificalement célébrée par l'abbé, en présence de Mademoiselle 
et d'une infinité de Personnes de toutes conditions, que leur 
affection pour la Reyne malade avoit attirez de toutes paris. 

» Le mesme jour, les processions s'y rendirent selon l'ordre 
quelles en avoyent receu de l'archevesque. Sur le soir, le Prévost 
des marchans et les Échevins, en leurs habits de cérémonie, 
précédez de leurs archers et suivis de conseillers et autres officiers 
de la ville, y lurent pareillement faire leurs prières et baiser la 
chûsse, et le concours du peuple continua jusqu'à neuf heures 
du 20 qu'elle fut remise en sa place, avec les prières qui se font 
en pareille occasion, à l'issue de la messe, encore pontificalement 
célébrée par le mesme abbé : chacun témoignant, dans la douleur 
qu'il eut de la mort de la Princesse, la joye qu'il ressentoit de ce 
qu'elle avoit esté aussi sainte que sa vie. » 

Après la mort, le roi et le duc d'Orléans retournèrent l'un à 
Versailles, l'autre à Saint-Cloud, pour se livrer à leur douleur 
parfaitement sincère. 

Pendant ce temps, le clergé et le maître des cérémonies, M. de 
Sainctot, organisaient la chapelle ardente et l'ordre des cérémo- 
nies de l'inhumation. 

Plusieurs prélats et ecclésiastiques célébrèrent la messe sur un 
autel dressé dans la chambre de la défunte; suivant l'usage, les 
Feuillants vinrent psalmodier l'office des morts, concurremment 
avec le clergé de la paroisse, et « deux hérauts, avec leurs cottes 
d'armes et leurs chaperons de deuil, furent placés au-devant du 
balustre, pour présenter l'aspersoir aux personnes de haute condi- 
tion qui veulent donner l'eau sainte ». (Gazette de France, ibid., 
p. 100.) 




318 riBvi F. HAnii.i.oN. 

La reine élail morle le 20 au malin. Après l'exposilion du corps 
au peuple qui dura toule cette journée el celle du 21, « on sépara 
le cœur pour estre porté au Val-de-GrSce, ainsi que la princesse 
l'avoit ordonné par son testament pour continuer, mesme apprf-s 
sa mon, de témoigner J'afTection qu'elle avoil toujours eue pour ce 
monastère. Ce qui s'exécuta en présence de la comtesse de Kleii, 
sa dame d'honneur, du comte de Brancas, son chevalier d'honneur. 
ni du président TubiFuf, l'un des exécuteurs dudit teslanient. Ce 
cœur, après qu'on l'eut fait voir ii l'archevesque d'Auch. (aumônier 
de la reine), ayant été embaumé et enfermé dans un cœur d'argent, 
puis déposé par le même Prélat dans la chapelle .... » (Gazette de 
France, p. tOS.) 

« Le 22, ce Prélat (l'archevêque d'Auch) ayant mis le cœur sur 
un carreau de velours noir couvert (l'une couronne avec un crespe. 
l'accompagna au Val-<ie-Grûce, où il lut porté sur les six heures 
du soir, dans le carosse du corps de la Reine défunte : oii estoient 
Mademoiselle, Mademoiselle d'Alen^on, la Princesse de Gondé, I» 
duchesse de Lnngueville et la princesse de Carignan, toutes en 
mantes. Ce carrosse estoit entouré d'une infinité de flambeaux d^ 
cire blanche portez par les pages et les valets de pied de la défunte 
et par les pages de la grande et petite écurie du Roy. et suivi de la 
compagnie des gardes de celle Princesse, tous en deuil, et de 
quantité d'autres carrosses des Princes, des Princesses el des 
seigneurs de la Cour. 

» En cet ordre, le convoi estant arrivé au Val-de-Gràcc, le cœur 
y Tut reçu ;i la porte du monastère par la supérieure, assistée de 
toutes les religieuses, qui. chacune avec un cierge de cire blanche 
à la main, le conduisirent en psalmodiant, dans le chœur, tendu 
de noir, avec trois lez de velours chargez d'écussons où il l'ut posé 
par l'archevesque d'Auch, sur une estrade qu'on y avoil dressée 
sur un dais. 

» En mesme temps, les prières furent dites, el l'encens ayant esté 
donné, ce prélat, par un discours des plus éloquents, présenta le 
cœur â la supérieure, laquelle, avec toutes ses religieuses, répondit 
par un latigage de soupirs el de larmes, qui expriment bien mieux 
que toutes les paroles, la douleur qu'elles ressentirent de la grande 
perle qu'elles venoient de faire, et la tendresse avec laquelle aussi, 
elles recevoienl le cœur d'une Princesse qui avoil toujours eu tant 
d'affection pour leur communauté, el qu'elle avoil signalée par la 
magnifique structure de ce beau monastère, qui en demeure 
comme le monument éternel, n 

Et le chroniqueur officiel, parti vers le pays de l'enthousiasme. 



le. crKiii nANNK DAcrriJCiiE i 



i.-nK-(;nAr.K lUil 



ne peut maioieiiir son vol si haut pendant longtemps. Il luiil p.ir un 
compliment à MM. de Sainctol el du Pin, chargés d'organiser les 
cérémonies : « Le tout s'eslanl passé avec un très bon ordre, par 
soins des sienrs de Sainctot et du Pin, maistre et ayde des céré- 
inotiies ... a (Gaz. de France, p. 113.1 

Godefroi, qui ctierohe dans tous ces détails du cêrémoniai des 
cours les incidents qui ont pu donner lieu à des litiges, est très 
t>ref sur le transport du cœur de la reine au Val-de-Grâce. Voici 
Ce qu'il en dit [Archives nationales, KK 14331 : « Mademoiselle 
d'Orléans (celle qui épousa LauKun), Mademoiselle d'Alen^on. les 
t>rincesses de Condé et de Longuevilie et de Carignao, avec ia 
dame d'honneur et In dame d'atour, accompagnèrent le cœur dans 
l« carrosse du Roy; un carrosse des femmes de chambre de la 
"Reine marchoit après les gardes. Madame d'Arpajon y monta. 
Ce devoil être aux carrosses des princesses à marcher. Le Roy 
désavoua celte entreprise .... » 

M. l'abbé de Bertrand de Beuvron décrit dans la Notice que uous 
^vons déjà citée, mais sans donner aucune référence, le monument 
«Jans lequel étaient placés les cœurs de la liimille royale déposés au 
"Val-de-Gràce. 

Ils furent, d'après cet auteur, auquel la situation d'aumônier de 
l'hôpital militaire, qui a succédé aux religieuses Bénédictines, a pu 
■nettre aux mains des documents ignorés de nous, d'abord déposés 
'«Jans la chapelle de Sainle-Scholastique, dans l'intérieur du 
«ouvent. Le 20 janvier 1676. par ordre du roi, eut lieu la céré- 
monie de la translation dans la chapelle de Sainte-Anne, de tous ces 
cœurs pour lesquels on érigea un pompeux édifice, 

u Au milieu de la chapelle, sur une estrade de trois degrés envi- 
ronnée d'une balustrade, s'élevait un tombeau couvert d'un poêle 
de velours noir croisé de croix d'argent, bordé d'hermine et chargé 
des armes de France écartetées avec celles d'Anne d'Autriche, en 
broderie d'or. Il était surmonté d'un lit de parade à pentes de même 
étoffe. Dans l'intérieur du tombeau étaient plusieurs layettes 
séparées et fermées à clef. Ces coffrets étaient garnis, les uns de 
velours noir, les autres de salin blanc. Les cœurs des princes et 
des princesses étaient embaumés et renfermés dans un cœur 
de plomb, contenu lui-même dans un autre cœur de vermeil 
recouvert d'une couronne de même métai ; ils étaient placés dans 
les coffrets sur des carreaux de velours noir ou de moire d'argent, 
selon l'ûge du prince décédé. Les noms des princes ou princesses 
étaient gravés sur le cœur de vermeil. 
» Tous ces cœurs, aussi bien que le corps de Mademoiselle 




330 REVUE NABILLON. 

de Valois, fille aînée de Philippe d'Orléans, duc de Chartres, furent 
transportés par ordre du roi dans le caveau qui est sous la cha- 
pelle de Sainte-Anne, le 16 janvier i696, et enfermés dans une 
armoire en pierre garnie de plaques de marbre blanc. 

» Celui d'Anne d'Autriche et celui de Philippe de France, duc 
d'Orléans, son fils, sont les seuls qui restèrent dans le tombeau de 
la chapelle supérieure. » (Abbé de Bertrand de Beuvron, Notice sur 
le monastère du Val-de-Grâce, Paris, Josse, 1873, in-12, pièce.) 

La Révolution ne respecta pas ce dépôt sacré, pas plus que 
Voltaire n'avait respecté la mémoire de la princesse qui avait 
triomphé de la Fronde, assuré le règne de son fils, et par là 
procuré à la France de nombreuses années de gloire, de prédomi- 
nance intellectuelle et morale sur l'Europe entière. Mais elle avait 
joué un rôle actif dans l'élévation de la dynastie des Bourbons. 
Elle avait donné naissance aux chefs des deux branches de celte 
famille qui ont régné sur la France. A ce titre, comme à celui de 
fondatrice d'un grand monastère, si elle s'est attiré des ennemis et 
des détracteurs, il était indispensable que, calomniée, elle ne restât 
pas sans défense. 

Gaétan GrnxoT. 



UN CALENDRIER DE L'ABBAYE DE PONTENELLE 



(xiii**-xiv'* s.) 



Un certain nombre de calendriers du monastère de Fontenelle 
js ont été conservés dans les livres liturgiques de la célèbre 
)aye. Celui que Ton édite ici n'est point le plus ancien, mais il 
aru s'imposer grâce aux renseignements liturgiques de nature 
'iée qui l'accompagnent, grâce aussi aux diverses additions qui 
nt été faites durant le cours du xiv* et du xv^ siècle à une époque 
les moines de Saint- Wandri lie se montrèrent fort soucieux d'en- 
iiir le catalogue de leurs bienheureux. 

^^e manuscrit auquel nous l'empruntons a été décrit déjà au 
talogue géîiéral par M. Omont *, mais d'une façon assez brève 
jn peu vague. Une nouvelle analyse ne sera donc pas inutile pour 
iciser la nature des pièces liturgiques qui y sont comprises. 
Vncien ms. n** 41 de la Bibliothèque de l'abbaye, le volume 
)artient aujourd'hui à la Bibliothèque de Rouen (U 69) avec la plus 
nde partie des reliquke de l'ancien tonds de Saint-Wandrille. 
Test un de ces livres que l'on rencontre très fréquemment à 
•tir du xiir siècle, où l'on réunissait l'ensemble des textes néces- 
res aux lectures qui se faisaient au chapitre après prime : 
rtyrologe, règle, etc. 

)ans sa forme actuelle (165 t^") le ms. est incomplet. Il l'était 
à à l'époque où les moines de Saint-Wandrille * lui donnèrent 



Catalogue général des Manuscrits des Bibliothèques publiques de France, 
lartements. Tome I, Paris, 1886, in-8, p. 303, n«» 1212. 
Deux des religieux ont laiss('î leur nom sur le premier feuillet : Ab 
atia S. Wandregisili prœclarissinui dependet hœc régula. Puis de la même 
in : Domnus le Chandelier ... eiusdem abbatiœ benedictinus. Plus bas, d'une 
iture cursive et rapide, comme des essais de plume, le nom de Bizemont est 
M. à plusieurs reprises. On a rayé une mention assez longue qui commen- 

21 



llE\rE HABJI.LflN. 

sa iiagination el s» cote el aussi vntiseinbliiblcnient t» reliure 
qu'il a conservée. Un leuillel au moins manque au début. De plus le 
radex linil ex abrupto. Dans le corps du volume un certain nomlire 
de pages ont disjapu du martyrologe d'L'suard où l'on constate une j 
lacune entre les Ides de Mars cl le 4 des Rai. de Mai (loi. â9'-30'). 
Kuptures également dans le texte de \a lieniih Sri Beitedicli 
entre les t*' 128 et 129, 131 et IS2. 

. iS*. ('.ommence ex abrupto au mois de mars et sans litre un ' 
Ordo leclionum de refevlori» pour les l'êtes des saints. Gel 
catalt^ne de lectures est accompagné suivant l'usage d'ua 1 
certain nomlii'e d'indications litui^iques qui forment comnei 
) schéma des Consueludines du monastère. Nous espérons le J 
publier ainsi que la liste suivante dans un des prochains \ 
fascicules de la Revue. 

Pol. &-T. E.tpositio»es evangelbrum per aiinï ciiculinn légende — =!■ 
ad meiisam. Au bas de la dernièi-e |)age : Libri legnuli lU^M 
collatbnem. 



■13*. Sans titre, le calendrier que nous allons publier. C 
peut en extraire un obituaire des abbés dont on céléljrait 
seiTice anniversaire. Cette liste est plus complète que cel 
i|u'a donnée M. Omont * d'après un missale FmtlaneUense « 
XV' s. conservé aujourd'hui  la Bibliothèque du Havre, n" S ' 
(A 30), La transcription que nous en donnons ici perraeli 
au reste de corriger une certaine eonlusion dans les dates 
texte imprimé. 



1 



ÇHJt par de Biiemont doclor. (Juetiiues di^lails sur ces ileux moinM nous s~^::»*>t 
Tournis par deux ddIcs dues iians doute i la plume d'un religieux muuri.sle' *'? 
l'ahliaye : Dnus Fratirùcus le Chandelier obiit dit Irrtia vutii atmo millrs »"^ff 
teœeenttsinto trigesimo nona. Kl relativement U Uuiii de Hixenioni : M. Bizr»*-':^^! 

a ligne ptutfeuri Bnuljf e» gualilf de BeligieiKT de celte ÀlilmU et arrnéei f^^ 
eHBiroti. 
• Catalogue général, l. II. p. 'A'A\. 





UN CALENDRIER DE L ABBAYE DE FONTENELLE. 



323 



III kal. Feb. 

lY Nonas Mart. 

III 

II 

XVI kl. Maii 

XIV 

V 

VI Id. Maii 

XIII kl. Jiin 

XIV kl Jul 
Il Non Aug 
Mus Aug 

II Non Sept. 
'II kl Oct 

VII Id. Oct. 
ni Non Nov 
'V kal Dec 



dominus abbas RobefUus ^ 

[0 doininus Johannes de Rochois, abbas ^] 

dominus abbas Girardus ^ 

Gradulfus abbas * 

Maiiiardus abbas * 

dominus abbas Gaufredus de Naylot « 

abbas Anfredus ^ 

Robei'ius abbas ® 

abbas Gaudrifus ® 

Rogei*ius abbas ^^ 

dominus abbas Guillelmus de Norveille '* 

dmnintis Galierius abbas ^^ 

GirberUis abbas ^^ 

Obiit .... abbas de ^* 

Petrus abbas ** 

Galtej'ius abbas *® 

Girardus abbas ^^ 



II ne sera peut-être pas inutile non plus de grouper ici, avec 

''ensemble des additions laites au calendrier, les noms des anciens 

'^^oines de l'abbaye dont le culte fut introduit postérieurement à la 

''^action de notre texte, à partir du milieu du xiv siècle, semble-t-il, 

^^ qui ont été ajoutés à des dates diverses au calendrier primitif. 

r*^tte liste formera comme le dernier stade d'un développemc^nt 

'^Urgique incessant dont les premières traces pourraient être 

*^lfivées dès la restauration de Tabbave au xi* siècle. 



VII kl. Fehw Landmiis abb. Fontinellemisarchi4'pi RemensLs. 
II kl. Apr. TranslaiioSAVandregisiliAnsbertietWlfranni, 
VI Id. Apr. Hugonis archiepiRothomagensis, 
XV kl. Maii Sci Vuandonis abbaiis Foniinellensis . 
III Non Maii Memoria pairum et matrum fratrnm et sororum 

omnium monachorum Indus cœnobii tam defunc- 
torum quam vivorum, 
VU kl. Juniii Godonis confessoris. 
XlII kl. Aug. Ansigisi abbatis. 

* 1194. — 2 Addition postérieure, mort IV Non. mart 1412 (1413). — 3 m Non. 
^îirl. 1125 (1126). — * Pridie Nonasmartii 1047. - ^ x** s. — oxi kl. mai 1:288. 

-> ^ V kl. maii 1178. — » 1219. » XIII kl. Jul. 1193. — ^ III kl. Jul. lio:». - 
^ 1303 ou 1304. -- 12 1150. - « Priilie Nonas Sept. 1089. - " Peut-être Reginal- 
^«« abbas.WW kl. Oct. 1207. - «Vil kl. Nov. 1255. — w III Non. Nov. 1187. - 

^ III kl. Dec. 1031. Sur toutes ces identifications, cf. Gallia Christiana, cd. 
^lOLiN, t. XI, Paris, Palmé, 1874, in f*^, col. 16«-18;i. Voir ég. Dklisle, Rouleauœ 
^^s f/wris du IX* au XV" s., Paris, 1860, in-8, p. 209 et 294, deux listes nécro- 
^^Ckgiques du début du xii« siècle. 



;i2i 



llKVliE MABli.LO 



An-slnilfi abbalis fmilineHe. 
DedkalU) cca- LX vi. t 



XVtll kl. Odt. 
Non. Dec. 

H''-79', Également sans titre te martyrologe d'Usuard. Iték-^ui 
ordinaire : ?ioM kalemlasJanaarii. On trouvera, dans les no- -^cs 
qui suivenl le lexte du calendrier, les mentions assez nc^^ni- 
Itreuses particulières à l'abbaye de Sainl-Wandrille. On [^to^ul 
constater qu'un certain nombre d'entre elles tigurenl a la Un 
de la notice de cliaque jour, comme si le rédacteur de naczitjv 
manuscril les avait trouvées inscrites en marge du texte c—ju'jj 
avait SI transcrire. Celte hypothèse permettrait peut-étn^ ^ 
distinguer une seconde couche de fêles postérieures ^ |g 
restauration du xi" s. — lies indications relatives à la soleri nité 
des t'êtes ont été signalées au même endi-oit chaque fois qu'c^J^ 
difTèrent de celles du calendrier. Le martyrologe semble avoir 
conservé un élat pins ancien et le calendrier atteste uw 
réforme liturgi<]ue dont la tendance, fort [laturellc pour 
l'époque, est nettement orientée vers une diminution du temps 
consacré aux offices. 
KO'-143'. in nomine dni incipit pt-ologtis sci Bene^icli in rt^ul^ 
eiusdem. Chaque ctiapitre est accompagné d'une tradiiclii»* 
française qui devait être lue en même temps à l'assemblée cair * 
tulaire, selon les prescriptions des Statuts de Gr^oire IX. 

144M38'. Statiita Gregoriipape IX. Ce sont les Statuts envoy^^ 
eu 1237 à la Province de Rouen. On devait les lire au chapili^"** 
à certains joui-s post martyrologiinn i\ la place de la Kègleî^; 
Comme pour cette dernière, le texte latin est accorapagn- ^ 
d'une traduction française '. 

Fol. 1o8'-167'. Sans titre, commence : De Aiivenlu dni Dp^^* 
prima. Ce sont de courts extraits d'homélii' qu'on lisail a. ■• 
chapitre à la place de la Règle, les dimanches et jours defèlf'^- 
Le ms. incomplet s'arrête brusquement au Dca XI' post ociabcM-^ 
penthec. Assez vraisemblablement l'orbituaire du monastè»"*' 
devait terminer le volume. 
La date du ms. peut être reportée au début du xiv 3. On y rclèv*' 

la mention de l'obit de l'abbé Guillaume de Norveille, mort en TW-*- 

En revanche la lête de S. Hugues, arclievéque de Rouen (17/d.4p^-^ 

1 Cf. Porée. Hitloire de l'ttibaye du Bec, Kvreux, HWl, [ii-S, tome I. p.Xt3, 
ssq. Un ancien ma. île JuniiOnes (aujourd'hui Rouen 76:^) a ronservé <^,il«iic'»' 
le souvenir de iretLe lecture des Statuta â Prime. Lu version Trancaîu ^ 
diffëreuie de celte de Fonienelle. 

■ r.r. Harti^ne, De Sitiàut MonackoncM, col. 57, Q 




I-UN CALENDHIER IIE I.ABnAVE DE KO^Te^EI.LE. 



325 



ajoutée après coup. Or, cette fête a été uitrodiiite à Rouen 
)d ', et il est peu vrais<;mblable qu'on ait tardé loiigti^iups à 
lelle à suivre l'exemple de la métropole. De plus au f" 4 recto 
ain postérieure a inscrit une note marginale relative à un fait 
[ lieu en 1311. Ce sttrait donc entre ces deux dates (1 304-131 1| 
itre manuscrit aurait été écrit. 

terois il faut constater que parmi les rubriques qui accom- 
it l'Ot'do leclionum il en est une qui atteste l'usage de réciter k 
irtaine époque de l'année, le mardi, l'office votilde S.Wandriite 
aberit et le jeudi celui de S. Wull'ran. Or, cette coutume, 
B la Chronique du ins. latin 13820 de la Bii)iiothèque Nationale, 
été introduite par i'ablié Jean de Saint-Léger vers 1341 ', 
.e notice n'est |>oinl une addition postérieure, il l'audniit donc 
er d'une trentaine d'années la rédaction du Martyrologe. 

JANVIER. 

Circutncisio Dni. In capis. Cre4fi. 

Ocl. sci Slephani. XII le. 

(kl. sci lohaunia. XII le. 

Oct, Innoccntium. III le. 

Epijphania Dni. Duplex. Credo. 

Luciani, Maximi et Iuliani. VIII le. IV le. de Ep. 

Pauli primi lieremite. Vlll le. IV de Ep. 

Oct. Ëpi/phanie. In albis cum VIII cap. Hylarii, 

ltemi|;ii, ep. VIII l. In crastino. 
Kelicis in pincis m. lil k. 
Mauri abb. /// le. 
Marcelli papc^ et m. /// le. (Laudonis abbatis 

l'ontinellensis, archiepi remcnsisj. 
Antonii abfiatis VIII le.; Sulpitii epi //// le. 
Prisée virg. et m. III le. 
Fabiani et Sebastiani marturum. In aW. 
Agnetis virg. et m. In alb. 
VÎTteeTieii levile et marlyris. In cap. 
Conversio sci Pauli. In cap. Cre^lo. Preiecti m. 

comm. 
Iuliani epi. XII le. 
Agnetis secundo. /// le. 
0. dominus abbas Robertns. 

A ColletU. HUtoire du Bréniaife de Souen, IB03, in-8. p. ItH. 
Sauvage, Abr^g^ de la vie ei de» miracles de S. Wulfraii par Dom 
me La Vieille... publUpour lapremifre (bis. Rouen, in-a, 1878, p. 2S. 



I 




[ 3S6 


^^^^^H 




FÉVRIER. 


lllI(Kclir.Non.l 


Piirificatio béate Mam. In cai). Credo. 


III 


Blasii epi et m. XU le. 


) Nouas 


Agathe virg. et m. In alb. 


i vnKid.i 


Vedasti et Amandi ep. /// le. 


V 


Sci Ànsberti arckîepi. In cap. 


iiii 


Sce Anstrebeiie et sce Scolastke. In alb. 


XVI (kl. Mart.) 


\n\entin\ m. III le. 


xmi 


(ht. ici Ansberti VIII le. Sce Juliiin.' //// le. 


V[II 


Cathedra sci Pétri. In alb. 


VI 


Mathie apli. In alb. Credo. 


un 


Dfdicatio eccl. sci Pelri scique Wandreg. 




MARS. 


Kl. Mart. 


Albini epi. /// le. 


im (Non.) 


[0. doininus Johaunes de Hocliois alibas.l 


IH 


0. dominus abbas Girardus. 


11 


0. Gradulfus abbas. 


Ilil (id.) 


Gregoi'ii pape. In alb. 


XVI (kl. April.) 


Sce Geretriidis. virginis comm. 


Xlll 


Viilfranni archiepi. in albis. Cum Vlll cap. 


XII 


Benedicti abbatis. In alb. 


1 VIII 


Annimtiatiô dca. In cap. Credo. Hennel» 




Hbb. comm. 


II 


[Translacio s. Wandregisili Ansberti et Wi« 




Irannil. 




AVRIL. 


Kl. Aprilis 


Sci Walarici abb. comm. posl pascha. 


1 IIIl (Non.) 


Marie egyptiace nihil. 


" 


Ambrosii epi. In albis. 


^ VI (id.) 


[Hugonis archiepi rotho.l 


XVIII [kl. Miiii) 


Lambeiii epi. In alb. Tybuitii, Valerii et M 




mart. comm. 


1 XVI 


0. Mainardiis abbas. 


1 XV 


[Sci Vuandonis abbatis Fonliiielle.] 


Xllll 


0. dominus abbas Gaufridus de Naytot. 


IX 


Georgii mari. III lec. vel comm. 


VII 


Marci ev. In albk. Lelania maior. 


VI 


Richarii presb. et conl'. /// /pc. vel comm. 


' V 


0. abbas An fredus. 


1 nu 


Vitalis m. Ill lec. vel comm. 



UN CALENDRIER DE L ABBAYE DE FONTENELLE. 



327 



MAI. 



rlaii 
(on.) 



id.) 



(kl. Jiin.) 



Philippi et lacobi ap. In albis, 

Athanasii epi. /// lec. 

Inventio s, Cnicis, In albis. Credo. Alexandri, 

Eventii et Theoduli mm. comm. 
IMemoria patrum et matrum, iratrum et sororum 

omnium monachorum hujus cenobii tam 

detunctorum quam vivorum]. 
lohannis anteporiam latinam. In alb. 
Translatio s, Nicholai. In cap. 
Gordiani et Epimachi mart. lll le. 0. RobeiUus 

abbas. 
Maioli abbatis. /// le. 
Nerei et Achillei et Pancratii mm. /// /. 
Herembej'ti epi. In alb. 
Potentiane vig. nichil. 
0. abbas GaufrUlus. 
Desiderii epi et m. nichil. 
Majcimi et Venerandi mm. Duplex. Urbani 

pape et m. comm. 
Augustini epi. XII lec. [Godonis conf. comm.] 
Germani epi. comm. 
Petronille virg. et m. comm. 



JUIN. 



un. 



Non.) 

d.) 



[Kkl.JuD. 

l 



Transi. Wlfranni, Condedi, Heremberli. In 

albis. Nichomedis mart. comm. 
Marcellini et Pétri mm. /// /. 
Medardi et Gildardi ep. /// /. 
Primi et Feliciani mm. /// /. 
Barnabe apli. In allais. 
Basilidis, Girini, Naboris et Nazarii mm. /// /. 
Basilii epi. XII l. 

Viti et Modesti atque Grescentie mm. /// /. 
De brachio S. Wandreg. abb. In cap. 
Marci et Marcelliani mm. /// /. 
Gervasii et Prothasii mm. XII l. 0. Rogerius 

abbas. 
Baini epi. In albis. 
Leufredi abb. /// /. 



F" 


liEMK UABILLOS. 


^^B vim 


Vig. s. lolianii. Ili 1. vel 1111°' si de ea luerii. 


^^1 VIII 


Nativitas sci Jobannis Bapt. In cap. 


^H vu 


Eligii cpi ////. 


^m VI 


lohannis et PauH nim. 111 1. 


^B >^ 


LeoniB pajie epi (sic) /// /. Vigilia. 


^H "^ 


Aposlohyum Pelri et PaiiU. Duplex. 


^B " 


Commemoralio s. Pauli. In alb. Myicialis ejK 




coniin. 


^^ 


JUILLET. 


Kl. Jul. 


Oct. s. lohannis Vill 1. De apostolis IIll. 


VI (Non.) 


Prœessi et Martiniani mm. comm. 


1 lltl 


Ordinatio sci Martini. In albis. 


II 


Oclava Apostolat-um. In albis. 


V[ (id.) 


Amalbergevirg. Inalbis. SepteinfralrumrOTBuii 


V 


Benedicti abbalis. In capis. Scolasticc \'irgj 




comm. 


1 XV (kal. Aug.) 


Arnul/i epi et m. Xîî lec. 


Xtll 


Margarete v. ut m. [Ansigisi abbalis f.]. 


XII 


Sci Viclopis m. comm. Praxedisv.comw.Vigitift 


1 ^' 


Hci patris noslri WandregisUi Duplex. MarU 




Magdalene. In capis. 


X 


Apollinaris m. comm. 


VIII 


iacobi apOHtoli. In albis. Christofori et Ciicin 




latisnim. 


VI 


Seplem Dormientium cmnm. 


V 


Sansonis epi comm. 


IIll 


Oetava s. WandregisUi. In cap. Fclicis, Sim- 




plicii, Faustini etBeatricis. 


m 


Ahdonel Sennes. IIll. 


II 


Germant epi. XII l. 




AGIT. 


Kl. Ans. 


Pelri ad Vincula. In cap. MachabeoÈ-um 




comm. Eusebii epi comm. 


IIH (Non.) 


Stepbani pa|ie m. /// lec. 


III 


Inventio sci Stephani,sociorumtjue eius. ht cap; 


II 




Vin (id.) 


Transfiguratiû dni. In cap. Credo. Sixti pape 




et m. comm. Felicissiml et Aj^apili cAtinm. 


vu 


Donjiti epi et m. /// lec. 



UN CALENDRIER DE L ABBAYE DE FONTENELLE. 



329 



VI 

'Il 

VJS 



f^ I X (kal. Sept.) 

m 

II 
XI 



IV 
-'N^III 



III 

II 

I 



ÏII 



Ciriaci socioruraque eius. /// lec. 

Romani m. /// lec. Vigilia. 

Laurentiim, In cap, Octava s. Slephani. comm. 

Taurini epi VIII lec, IIIP" de s. Tiburtio m. 

Ypoliti m. cum sociis suis /// lec, 0. dominus 

Galletius abbas. 
Eusebii conf. comm, Vigilia, 
Asstimptio béate Marie, Duplex. Credo, 
Arnulfi epi VIII lec. IIII"' de sca Maria. 
Octava s, Laurentii VIII lec. IIII"' de sca Maria. 
Agapiti m. comm, 
Magni m. comm, 

Philiberti abbatis VIII lec. IIII*»" de sca Maria. 
Octava sce Marie, In albis, Timothei et Sim- 

phoriani mm. comm, 
Timothei et Apollinaris mm. III lec. 
Bartholomei apostoli. In alb, 
Audmni epi. In albis. In crastino...? 
Ludovici régis, XII lec, 
Ruli m. III lec, 

Augustini epi. In albis. Hermetis m. 
Decollaiio sciJohannis, In cap. Sabine v. 
Felicis et Adaucti /// lec. 



SEFI^EMBRE. 



*:i. Sept. 
m (Non) 
II 

ÏJonas 
^11 (Id.) 
AI 

V 
IIII 

Idus 

XVIII (kl. Oct.) 



XVII 



Egidii abbatis. In albis. 

Ordinatio sci Grego7*ii pape. In albis. 

dominus Girbei*tus abbas. 

Bertini abbatis /// lec. 

Evurtii epi. III lec. 

Nativitas béate Marie. In cap. Credo. Cornelii 

conf. in crastino VIII 1. III de sca Maria. 
Gorgonii m. comm. 
Prothi et lacincti mm. comm. 
Maurilii epi comm . 
Exaltatio sce Crucis. In alb. Credo Cornelii et 

Cipriani mm. comm. [Austrullî? abb. Fon- 

tinelle]. 
Octava s. Marie VIII l. 1111°' s. Aicadri. 

Nicomedis m. comm. 



330 


HVMf. MAtllLLnN, 


XVI 


Eulemie V. el m. III lec. 


XV 


Lamberti epi et m. XII iw. 


XI 


Malhei apti et ev. In alO. Laudi i^pj cotnm. 


X 


Mauricii ctim sociis suis. In alb. 


IX 


Sci Palerni comm. 


VII 


Firmini epi et m. /// lec. 


V 


Cosme et Dainiani mm. /// lec. 


ui 


Michaelis in inonle Gargano. In capis. Obij 




abbas de .... 


II 


leronimi prest>. et conf. In albis. 




OCrOBKK. 


Kl. Ocl. 


Remigii.Gevmani, VeMsti episco/ioruèu.Xn 


VI (Nom 


Leodegarii m. /// lec. 


iiii 


Auree v. Illie-c. 


II 


Fidiso. et m. In albis. 


Nonas 


Marci [\h\m- III lec. Marcelli el A[)ulei iiiin. ooi 


Vil (Mus) 


byonisii cuni sociis nuis. In cap. 0. don 




Pelrus abbas. 


VI 


Gereonis cum sociis 3uis. /// lec. 


V 


Nicasii cum sociis suis. In albis. 


II 


Calixti pape et m. rnmin. Vigilla. Evanijel 


Mus 


Vulfranni archiepi. Duplex. 


XVII (kl. Noï.l 


Michaelis in monte Tumba. In albis. 


XV 


Liice evangetisle. In albis. 


XIlll 


Fridesvidevirg. In albis. 


XII 


Condedi amfessoris. In alb. 


XI 


Oclava s. Vulfranni. In cap. 


X 


Hoynani archiepi. XII lec 


VIII 


Crispini et Orispiniani mm. /// lec. 


VI 


VigUia. 


V 


Si/moniset lutle In cap. Faninis epi comn 


II 


Quiiitirii m. /// le-c. VigUia omnium sancUr 




NOVEMBRE. 


Kl Nov- 


Feslivitas omnium sanctorum. Duplex. 


IlII (Non) 


Kustacliii cum sociis suis XII lec. 


III 


0. Dominus Galteritu abbas. 


II 


Amantii epi ;// lec. 


VIII (Id.) 


Leonardi conf. /// lec. 







UN CALENDRIER DE L ABBAYE DE FONTENELLE. 



331 



VII 
VI 

v 

m 

Idus 

XVIII (kal Dec.) 

XVII 
XIIII 
XI 

IX 

MI 

un 

m 

II 



Willebrordi epi. /// lec. 

De sanctis huius loci. In cap, llll'"^ coronato- 

rura comm, 
Theodori m. /// lec, 
Martini epi. In cap, Menne m. comm, 
Briciii epi, XII lec, 
Laurentii de Augo epi, VIII lec, 1111*"^ de 

s. Martino. 
Sydonii abbatis. In cap. Macuti epi comm, 
Ociava s, Martiîii, XII lec, 
Columbani abbatis, XII lec, 
Cecilie v. et m. In albis, 
Clementis pape. In albis. Sce Felicitatis v. 

comm, 
Crisogoni m. /// lec, 
Katherine v, et m. In cap, 
0, Dominus Girardus abbas, 
Saturnini epi et m. XII lec. 
Andrée apostoli. In cap. 



DECEMBRE. 



Kal. Dec. 
Nonas 
VllI (Id) 
VII 

VI 

III 

Idus 

XVII (kal. Jan.) 

XII 

IX 

VIII 

VII 

VI 

IIII 
II 



Eligii epi. In adventu comm, 

[Dedicacio GCCLX m.?] 

Nicholai epi. In cap, 

Oct, s, Andrée VIII l, IIII*"^ de s. Ainbrosio epo. 

Gerebaldi epi comm, 
Conceptio béate Marie In cap. 
Daraasi pape comiîi. 

Lucie V. et m. In alb. ludoei conl*. comm. 
Barbare virg. comm, OSapientia. 
Thème apostoli. In alb, 
Vigilia, III lec. 

Nativitas dni. Duplex, Anastasie v. comm, 
S, Stephani prothomartyris. In cap, 
lohannis apostoli et evang. In cap, 
Thome m. In cap, Obnilli abb. comm. 
Silvostri pape VIII l, UW de Nativitate. 



On rt^unit ici à la suite du calendrier quelques textes et quelques remarques 
qui n'ont d'autre prétention que celle de dégager sommairement la signiti- 



332 



IIEV[ ?. UAIIIl, 



t^ution et l'origine des tèlas spéciules fr l'iilibuye. Il n'y avail pas lieu il pi 
<l'uD (IcKiunieRl liturgique du xiv s. d'essayer une esquisse de l'hlstoii 
rulle des Saints de Funleiietle. On s'est abstenu la plupart du temps d' 
roger la recension hiËronymïenne dite de Konlenelle, uur ce (irécieux mona- 
ment de l'hagiograptiie mfiroviiigieRne ne puralt pas avoir été connu même 
indirectement îles moines qui restuun'reut le monastôre uprôs les invasions 
normandes. Pour tous les textes citËs sans renvoi il Taut se l'ejurter au marty- 
rologe de t'abbaye conienu dans le même manuscrit. 



JANVIKK. Idiis JlfTAigif XII le- XVII kl Feb. la«flonis\ 11 est bien i-emar.! 
c|u;ible que ce Lyndo, mort abbé de Fontenelle et qui n'avait rei;u 
au monastère jusqu'à la lin du xiv s. (il est absent h la fois du calendrier 
du martyrologe), ligure cependant au mi'ime jour XTJI kl Feb. sur toutes 
recensions de la familia Fantiturllentit du martyrologe liifrotiymieii. Cf. 
Russi-Di^cnESNE, p. \x. Kous n'avons pus ù chercher ici si cette inscription qui 
devait se trouver en mat^e du ms, arcbi^type de Fontenelle (cf. ruAPHtii, 
 propaa des Martyrologes dans Jtev. Btnéd., XX, p. 197) était un simple rappel 
obituaireou l'annonce d'un auniversuire liturgique. La conclusion la plus vrai- 
semblable qu'il faut tirer de cette particularité qui se ré[)éte plusieurs fois, 
c'est que les livres litm^iques de l'ancien monastère ne furent i>oinl connus 
des moines qui vers le xi's, restaurèrent l'abbaye et renouvelèrent sa liturgie. 
La date de la mort de Lrmdo a été obtenue grSce aux Oetta ahbatum Pùntattet- 
letaium, cf. éd. L^wknfeld. Hannovenf , 1881t. in-lâ, p. 39 (Srriptore* Sérum 
Qemwiticnrum l'n atum scholarum). Sur S. Lando, cf. é(!. Legris dans Anattcta 
BollandiatM, t. X. p, «<T. - XIV kl. Feb. Antaniii Xlf iec; Sulpkif JH lec. 
XIU kl. Feb. Fabiani] III 1er; SebasUnni Xll lec. — VITI kl. Feb. Pm««) 
III lec. 






FËVHIËR V Id. Aiaberti\ UsuunI C" £('. blu d'ie île la notice : FùnlineU» 
nummteHo lei ANâBEHTi epi et confetsorù. Hic prefati reclor etitobii inprtnh 
lalu urbii rothotnagentii leo audotno meritit et ordint tueceitil. Cuivtulpairia 
peint aurtM' is*t clarior ^ceretur in allum tMntem exiliù iniutte depûrttttu» 
bealo fine quievit : ne demum poti Iriginta dientm eurrteulum tineerilalem 
«tfntit itltestrtm ittcorruptione aimis fontawUnm ubi niowithuè prof^tiut fuerat 
cum mutta ntiroeulorum gloria etl relatus. A la Un ajoute ; ipto dte dedieiititi 
eetleiie tci miekael. Sur l'église Sainl-Mirhel. cf. Oatlia ckriatinna, loc. cil. col. 
)S7. — IV Id. Seoliutiee' XII lec; Àustrtbrrte] Xli lec. Mari, hiéronym. Inpau- 
iaco monatl. d^. autterbertane aibii. — X)V kl mari. Miane\ III lec. A la Un 
de lit notice d'Usuard : lp»o die octaer sawli ttmberti arr.hitpi. — VI kl mart. 
Mathi(\ V.n marge d'Iisiianl, écriliii-c plus récente : /• amto iitifxlili Hf^ 
ifgatiir. IV kal iiiiirl. I)rdiriili<i ['simril. en tèle de liste : Fontiiutle: 
àrdicalin ecfirsir sror. nplor.pfti-i ftpauliet ici irandregisili. Il s'agit icï d6 
dédicace de lu nouvelle r'^lise de -Saint-Pierre consacrée prirfi» /(te Ayi/* 
en 11133 sous l'ubbalial de Qmdviftu : in Aonore tei Peiri et omnium Apotl 
lontm »<mttique Wtindregisili; cf. Mimeula S. Wirmnni, cap VIII, De Oradu^ 
ibbate, dans d'Acliery. SpieUeginm .... Parisiis, in-f°. 1743. lome II, p. 988. Au 
début on en célébra l'anniversaire au jour même où avait eu lieu la cérémonie. 
El» dift ... annuo rertirtu faeta est ... teltbrû ... U Idui Septfmbrit. Nous ne 
saurions dire quand ei comment fut changée celle date. La dédicace de la pre- 
mière i^Iise de Saint-Pierre était reiwrtée par les textes italiens du mari. 



i 




l'N CA1.ENI)rilR!l UK l. AHIIATE DE KOMENSI.LK. .l33 

Itiéronymititi au jour de la depoailio de S. Waitdrilie, XIXI A«g.e\ une se<'otnie 
fois au jour oclave, IV kal. Aug. i'.t. Hossi-DuruESNE, ioc. eit. 

HAHS Idas marin. Le r» 3)1* ilu ins. se termine hu milieu de la uoiice des 
Id. mart. d'Usuard. Avec le f" 30' on se retrouve -mV knl Mnii. — XJll kiil 
Apr. Vulfranni] Hiéronymien (;iil ualc). In fantaneUa monasterio lUp. sei uul- 
framni rpi et àenigno afihale. — Il liai. April Tranâlncio] Celte solennîléa êlé 
itis|iirée auxiv s, par un détail de la Vila Saint dans les Getùi abbatum (éd. 
Lâwenfeld, p. IT-19). où l'auteur aEtribue â tort à l'évËque Bainus la transialion 
i|ui Tut Taile pridù kal. Âpriiium die des ossements des trois saints de la 
basilique Suint-Paul dans l'i^llse Saint-Pierre. L'erreur est indubitable du 
moins en ce <|ui regarde S. Wuirran, mort vers 741, giielctue (renie ans 
après BainuB (t vers 710). VJ. Olia[)man, Ioc. eit., el Levison, Zur Eritik der 
Fonlanelter Geickiekltqtmlleu, dans Menés Archiv, XXV, p. HOO. Le muKyrologe 
liiéronj-mien relfve la même date, toujours d'yprf'S uiie note mar^fioale du 
ms. de fonienelle. La levoii uuandoni du Codex Wiiseni. etc., nous reporte 
au texte de la Vita Watidreg., cap. 1 . Waiidrfjfiltte qui el Wando. — Dans la 
inartte inWrieure du calendrier de mars, on lit avec diHIcuili^ : Ûniea prinui 
put me\rcHlni ei]neru]iH ... le reste indi^chilTraliie. 



AVHIL VI Id, April Bugimif] cf. Qesta abhalum w 8, p. iil-âH de l'i^d. 
LOwenfeld. Le culte de S. Itii^sues Tut inlroduil ^ la calhOdrale de Hoiien par 
un diV.ret du chapitre en i:<09. Cl. A. V.o\\ei\x:, Hitloire du Brévittirt de Roum, 
R,, IMH, in-«, p. IIU; Onllia Chmtùma, tom. cit., col. 17-18. Il ne parait pas 
avoir reçu aucun rulle anliirieuremenl â celle date. — XV kat mai Wandc^ cf. 
deita abbatum, n« 13 [M. Lôwenfeld, ji. 37) et la noiice des Hollandistes au 
17 avril. Encore une Tois nous retrouvons le iras d'une mention uu hiéronymien 
(lextes italiens), sans qu'aucune trace de tulle puisse ùlre si^'naléeË Fontenelle 
Jusqu'au grand mouvement de ■> b^'atitlcation • vers le xv" s. — fX ktil niai. 
On lit à cette ilaie dans le Marlyroiogiuvt Antit^iodoreme, (cf. PL, CXXXVIII, 
Col. Iïi3) : FontenellamonaiiferioS. Wlfranvi epi el confetton's. 



MAI V Mon. Inventio] Xtl lec : Àlexandri] III lec, — VI Id. Tmmlatio] L'suard 
Ud calcem - Translalio tfiMimi nieholaii epi gvando eitu laeratitiimum corpiu 
*ie myrrea eivitate lieie delatui» ett in barri eivitatem aputie (XII lec.). ~ 
Il Id. ffecnBfterfi] Hauard, i la Hn delà notice : Fonlinelle montuterio depotitio 
nlmi Eremherti epi el eenfesioris. Sic pretentii teculi satubriter deferens 
^taufritgium ntque manrtsiice tranquillitati» expetew: portum, tub beato pâtre 
Wapdregisilo mira Jtorttil gratta virtututit pro quibut a dm) eleetu» tolotait» 
tirbit propteruit pont^imtuM \\\\ l.j. La dale de la depotitio de S. Erembert a 
*Ié empruniOe ii la Vila fmnierti. Svr ce docnmenl cf. Legris, Let viei inler- 
rcUet des Saititi de FoiUrucUe d;ins Arnilecla Boilandiana, XVtl, p. 383-97. 
Le mart. hiéron. n'a r.onsené le souvenir d'aucune fûte de ce genre. La noiice 
qu'on y trouve pridie kal. Mttii vise lu iriinslalion enregislri^e par les 9e»ta 
BMni (Lâwenfeld, op. cit., p. 19). Le codex Wisêeni. (ad calcem) lit ù tort 
depotitio. Celte date du 30 avril a persisli.' dans i|ueliiues lextes flamands 
d'Ilsuard. Bhi'xellen, Aiji'icinc:t. Cf. .Sollerius, Uiuardi uiartj/rologium, PL.. 
1. CXXIll. cul, 9H9. Du la retrouve mcme au cidendrier d'un Psautier d'ori^ne 
flamande de la lin du viri« s., aujourd'liui â la Bodiéienne d'Oxford (Auct. 




J 



334 



IIËVIK MAPtl.l.ON. 



L 



D. IV, 3]. Aphii, 30. Deposido S. Hfrmherli epi. rf. Thf Er.eUiUi, 
and Qveriet on chrUlian Antiqititiei. \" Sejil. 1888, {i. 3S. — VIII kal. Jun. 
Maœimi], V.a lètc de la native inittuanl : In paga ebroitino loeo n 
ntu-iniaro sr.or. mart. Haxiiii et Veneiiandi fratr. qui ex brexia civiMe n 
een(ent»t, ten^ore beati damasi pape ai eoAmt unuxfipi. aller dioeonut ordinaUi 
et in gatliam nd predicandum dirreli tandem pott multos pro Ckritti n 
agongs inprefatu loco capitù abtcitionn coiatimnuitt demumque dietna Froflalimii^ 
fontanetlitm suai tramlali (XII lec.j. Celte nulir« dépend de \a Piuti^ 
fabuleuse îles dejx Saints (v. AcIa Sanetorum, tome VI de Mai. ji. 30, n" 4M 
Toul ce que l'on sali !t leur sujet a [lour pciml de déparl l'invention de leur 
religues ijui aurait vlé Tuile h Ponteneilc en IMU. iraprès tes Miracmt 
Wulframm, r.a\i.S,c{.Ael\ery.Spieilegiui», il, £48, ssq. — VII kl. Jun. Bodonu]. 
Duns le corps du murt. d'iisuard entre la mention de S. Priscus cl celle de 
S. Au){ustin. Oi intulti ici Godonit eonfasorii. Kn Tuce, duns lu marge, on lit 
encore mais avec peine |nepa| lis lei jWandreJ egisili. Une croix rouge renvoie 
dans la marge inrérieure, ù la mention suivante, tV'.rile plus tard (vers la tlnj 
du xiv' s., semble-t-it) : I« lerritorio Irtcouino apud atmiaw imulam mnt» 
taïKli godonit eonfeiiori* et tMniiehi magne tanclilatit t 
imuitt eccUtiam in Aonore teatorum apottolorvm pétri et paitli fundirH^M 
On possède deux vies de ce saint ])ersonna|,'e. La plus andeone a élé <'djtc-e p 
Henschenlus, Afta Satiet., mai, VI, 3° éd., p, UO-Ul, Une autre plus di^veloppj 
par Martine, Fet. ter. aii^. coll., VI, TgiHMI. Toutes deux joignent ; 
renseignements fournis par la Vita Watidregitili tes traditions du monastâ 
Tondit par S. Cand. Henschenius, loe. rit., [i. Un, remangue : /n Fimtamellm 
eeiusln BreeiaHa eolitur XXIV Juta biduo poil fettum S. WandregitUi emmeal 
Il n'en ('tail pas ainsi du moins à rt^poiguc où Tui n'dlg^ notre martyrologe. - 
V kal. Jun, aerptatii\ llf lec. -^ Il kal. Jun. Petrontlle] 111 lec. 

Jl'IN. Kai. Jun. TrantlaHo] llsuard. ad culcem : Eodem die, fontinelle ImM 
intio is. maximi et neiierandi martiruut atque beatorum Wlfra: 
ittquf errmberti confeiiorum XII I. La notice dumarL conserve mieiu <lueeetU 
(lu rMlenil, le souvenir de l'événemenl célfbTÔ. Les Miraeula Wulfram 
i'U|i. Vil (Sptcilfg, II. p. 2HH). ruconteni que le jour des calendes de Juin A. fl 
ti)â7, les ossements de ces divers blenhenreuii Turent dt^posi^s dans des châss 
précieuses. Celle de S. WulFrjn litait d'argent el avait M offerte par la dam 
Imuia. Cette » translation ", dont l'anniversaire fui depuis religieusenien 
conserv*", a dft exercer une certaine inOuence sur le diiveloppement du culle^ 
des saints qui en furent l'objet. — Ibid. XieAomedii] 111 lec.: BniiU^^ l|l lec 
— XVI kal. Jul. De braehio. Ilsuard, dfbut de la notice : Fonlinelti', fettiPiUi» 
tciWandregUili quanda hrarKiMm eiuadextrum ex utntvttifeiUfi pngo fonl(-ni-!ltttH 
cum BUts/no taudis Iripudio, lignis sequenliius, estdelatum. Ci'ili' iVlf uvjIl ;iijiir 

but traditionnel de ciîlébrer le retourâ Konienelle d'une relui m' kjm^jh', ii--. 

bras du saint Tondaleur, lequel aurait été rendu il l'alilx' llubci i loiMniii! . 
La notice consacré â Tabbé Robert par les Miraeula Wlfniiiiin < t, Ir .l.'J 
Spieitegium, loc. cit., I. Il, p. 2i8-T0J el la lin : Habillou, Arta SS. 
8. Senedicli, éd. 1734, tome 111, p. 337. ssq.) pas plus que la TrnniUm 
Wandregisiti, cf. Âeta Sanclorum. Jul. V, 281, ssq. ne font allusion b t 
i^vfnemenl aussi important. D'upri's la tradition, on aurait dd ce préciei 
souvenir non point directement il la bienveillance des moines de S.-Piem 
de Rlandin, mais â la générasii<^ d'un religieux de S.-Josse-.sur-Meren Poutliii 




TN CALENDRIER DE L^ABBAYE DE FOSTENELLE. 338 

cf. (rallia Christianaf vol. cil. col. 178 : Jtobertuê ...felix, quod sanctiWandre- 

ffisili brachiuin Blandiniettsibus ereptum ,/lammis a Rodolfo yreshytero comMo- 

r^ri^iti! ad sanctum ludocum obtinuerit, Fontanellamque solemm pontpa revexent. 

Le texte du martyrologe place le monast<>re de S.-Josse in pago Vimttiaeeiisi 

(en Vimeu) une autre fois encore, t'. note Id. Dee. Quoi qu'il en soit de rorijçine 

de la fête et de la relique, ({uestion que nous ne sommes pas en mesure de 

traiter ici, il nous suffira de renvoyer aux détails réunis par P. IJoschius, Acta 

tSanctorum, Julii V, p. 263 et 264. Le Bréviaire içothique de t'ontenelle, «lontle 

f^uie D, Pothier vient de retrouver un exemplaire à Oxford, in(ll(iue au même 

jour : SolemnitM brachii S. Wandregisili. In capp. cf. Acta Sanct. loc. cil. — 

XU kl. Jul. Bqini] dsuard à la lin de la notice : Ipso die fontinelle depositio 

tiomni baïni teruua^iensis urbis epi XII lec. cf. Gesta abbatum, éd. Lôwenfeld, 

Y>. 20. où est conservée cette date reproduite également par tous les niss. de la 

fTiMilla fofUanellensis du Hiéronymien. Il ne paraît pas avoir été honoré hors du 

monastère, cf. la notice d'Henschenius, Acta Sanct., tome V de Juin !2'' éd.. 

I). 23, ss<j.).— V kal. Julii. Jour vacant au calendrier. Isiiard ajoute à la lin de la 

notice : Oi insula translatio ^florentii confessons. Ipso die relatio corpons beati 

Wlfratmiab urbesothoniage^isi quem Deus ad laudem sui nominis claris assidue 

^lorijicat ^miraculis. Voir dans les Miracula Vulframni (Spicilegium, II, 270) 

révénement auquel il est fait allusion. Une fête fut instituée à cette époque en 

souvenir de cette translation (v. Miracula, p. 302). Le texte du martyrologe en 

conserve la trace bien qu'elle ait été sup[)rimée au calendrier. 

JUILLET. Fol. 4i du ms. (texte d'IIsuard dans la marge supérieure, d'une 
écriture plus récente) : Festum visitationis béate nwrie ab urbano papa sexto 
secundum formamsacramen. eucharistiepropter ifHpetra9tdamunioneminstituitur 
hieritis eiusdetn béate marie perpetuo virginis. cf. (iOllette, Histoire du bréviaire 
de Rouen, p. 160-170. — VI Idus. A malberge. Ilsuard ad calcem : Injlandria 
monasterio sci pétri gandensis, sce amalherge virginis. Dans le corps de la 
notice Septem fratum] III lec. — XV kal. Aug. Arnu{fi Tsuard ajoute : Apud 
castrum crispeium, beati amu{/i epi et ntartyris. — XIII kal. Aug. Margarete^ 
III lec; Ansigisi] cf. Gesta abbatum, éd. Lôwenfeld. p. 60. —XII kl. Aug. 
Praxedis] III lec; Victoris] III lec. — XI kl. Aug. Wandregisili] l'suard, en tète : 
Fontinelle monasterio depositio scissimi patris nostri Wamdkecisiu qui terrene 
nobilitati atque palatine Ji déliter renuntians administrationi,sponsam suam vir- 
ginem ipse virgo permanenschristo subar ravit sicque sce religioni, itiutato habitu, 
se ipsum delegavit. Deinde post multiplices in sca devotione labores propter 
multorum miraculorum operationem ultimo confectus sevio fratribus quos insti- 
tuerat quorum fiumerus erat ccc^ valefacieixs atque futurorum rerelatione eos 
premuniens tandem Christo vocante ad eternam féliciter migrarit requiem. 
Sepultus vero est primo quidem in eccclesia sci pauH sed evoluto tempore in ba^i- 
licam sci pétri quant ipse fundaverat honor{/ice est translatus ubi pia devotione 
Jidelium semper excolitur et annue festivatis competentibus gaudiis honoratur. 
inutile de faire remarquer qu'il n'est point «luestion dans cette notice de la 
Translatio à Gand; Magdalene] XII lec. — X kal. Aug. Apollinaris] III lec. — 
VIII kal. Christofori] III lec. — VII kal. Aug. Kn marge du martyrologe d'une 
écriture un peu plus récente, Eodem die natale béate Anne ma tris sce Marie 
Virginis. — VI kal. Septem] III lec. — IV kal. Octava Kn lêtedTsuard : Octava 
9ci patrie nostri Wandregisili, XII lec. — II kal. Aug. Germani III lec? La 
cathédrale de Rouen possédait un bras de S. (lermain. Cf. Dom Pommerave, 
HUtoire de la Cathédrale, p. 86. 



336 IIEVCE HABI1.L0N. 

AOUT hul. ifaehabeoruBi] 111 lec.; Euteiii] II] lec. — VIII Id. SUclC, III lec. 

— m id. Tiburtii] ni lec; rrttirini] XII Icfi.— XIX kal. 8e|it. Fv'ïwHH lec. — 
XVII. Anm(fi] XII leo. S. Amoiild de Hei/ dojl ù s» parenlé supposi^e aver 
S, Wiindrille son insertion au calendrier de PoDienelle. — XVI. Oclmrfi] XM 1er. 

— XV. Agapetf III lec. — XIV. Magni] Ilf lec. — Xill. Pkiliberlt' XII lec. - 
XI. Oelaea] Usuard ; Oelave beale <U' genitricit marie, y,\\\6c.\ Timolhri] WWcr. 

— IX. Atidoem] XII lec. lia te martyrologe. Le calendrier reporte sa fêle au 
lendemain. — Vlll kal. Aiig. Lutiopici] Hsnard ajoute a la tin : /(«n iciludoriri 
francorum régis, XI] lec. Le calendrier renvoie encore au lendemain la Ti'le de 
S. Louis. Ces deux translations sont dues sans doute b l'introduction de la Tête 
de S. Ouen. Cf. Collette, Op. cit., p. 179. — V kal ffemielù] IlLlec.; AugiulinC 
XII lec. 

SEPTEHHRE 111 Non. Ordinalio] llsuard en tcte ; Ordhtatio ici gregorii pape 
iirbii rame, XII lec. — ^onas Bei'tini\ [JsuanI, k la Un : Sitdiu ci^oùio dirpoiitio 
lieati bertini mire limpUcitati» al imuocenlie viri, primi abhatit et fundalorit 
eiusdm cetiobii. Bfxit autem LtX aimit eundem locttm quibiu felietler decui-f* 
in nmeclHte bena migravit ad doniinuiii. XII ou 111 lec. — V Id. Qorgrmti III 
lec— WAé.Jaeinti] 111 lec. - Id. .1/^,. ,.,„ un,.. xvill kal. Ott. Conir/iVi 
III lec. — XVII. Nirhomedia] III lf> i Aj)ud g-rmiiulittiin ki 

aicadi-i abbtttis, 111 lec. Ipio die urtu :.■, W\ lec. — TII kal. 

Ocl. Usuard ajoute : Modem die vigihn '. ■'.' ''■■ ■'_. '.--/oli elevangi-litU. 

OCTOBRE kal. Le martyrologe hiûronymien de Fonteaelle, rec^nsioo il>^ 
lienne. lisait II ce jour. Infontaneitadtdieatiobatitieœt.Servaliirtt.LtmdiberH 
eptaeûpi. — 11 \ACatia!U\ III lec — IdOct, Usuard, en léle: FontinelUmonatterio 
fettivitas trtmtlitliomt teu ordinationii ici VULFBANNI arehiepi tt cotifruom, 
doctorit gentil fretiimum XII lec II s'agit de l'invention du corps de s. WlTrun 
i|ui aurait él6 faite fi (^onieuelle vers 1027. par l'abbé Ct'rard. Cet heureux 
événement est raconté tout au long par Vlmentio ou Miracula i. Wlfraimi qui 
paraisnent avoir été rédigés pur un moine de Kontenelle pour rt^pan<lre aux 
prétentions des moines de S.-Pierre de Gund, lesi]ucls estimaient avoir reçu 
le dépOt du i^orps de S. Wllrau en même lein]is gue celui des reliques des 
SK. Wandrille et Ansberl. On lira le joli réril de celte controverse que nous a 
laissé Mabillon. Acta SS. Ordinti S. Beiudictil» l>. 1, 2" éJ. p. ;««-3i9. ■ .Vifwe 
lit de eorpere *. Vvifrnnari »opitn ett : tiquidem Fontanellenuri et Blandfnifmei 
ii) quat kabebanl SnUpiHi ipoliati nrnt a Citiviniitit, niii quod FontmuUeiutt 
caput Saneti huic eladi (ut aiuttt) ereptum, etiam Mine, ostendutit. • 
.Nov. Fridespide\ Usuard ajoute!] la notice du jour: Inbritftnnia niai 
oxenofordia ace frideiivide nirginii. XII lec. — XII, kal. Nov. Cottdedi' L'suard, 
â la (in de la notice : In pago relhotnagemi ici eomâedi Aeremile et cimfesioeit 
qui parentihu» relictii et palria ob amùreiH regni celettit traniHt i« galham 
atque in intula qua dieeàalur beleitmaca Urenue df.ù per plutitiut militant 
tempera clama miraciilis ac tanclitate inêignii ibidem in paee quievit. Tiiaf- 
latiu eit autem fimlinellam et honorifiea ibidem denatus eut aepullnra ubipri 
eohtm tnonaêlice profesaiomt aub beato lamberto ponlifice dévote i^itpondefat^^ 
XII lec Sa vie, conservée dans le Maiua Ckronicon Fontanelletue, » été publi 
par Mabillon, Acta, II, i- éd., p. 8i&«30. — XI kal. Oftava] Usuard Oelaw, 
yulfranni 'arehiepi. XII lec. — X kal. Bornant] Usuard, ad calcem Jtoi 



ard.^H 



t 




IIRM f. MABIULOV. 



APPEXDJCE 



Vers la fin du moyen -âge, comme il a élé dil plus haut, le Lrv«or des bien- 
heureux de Konlenelle s'enrichil gingulièrement. sous t'influence de préoc- 
cupations que nous aurions tort d'apprécier avec notre mentalité actuelle. 
On mit â contribution la Viia Wandregisili, tes Oeita abbatvm, etc.. et l'on 
gratilia d'une auréole tous les vénérables personnages qu'on y rencontra. 
Ce travail ne fut pas t'oiuvre d'un jour. A des épo<|ues diverses, on en surprend 
les iirogrès. Des trois listes ha^ographtques que nous allons donner ici en 
appendice au calendrier, aucune n'est complètement inédite. 

La première el la plus ancienne (xi* s.) ùsl extraite du cclélire Mains Ckro- 
nkon FontattfUense (aujourd'hui au Havre, n" 33%). Elle a déjà ëlc publiée 
par Litwenleld: In den Bibliotheken der Normandie, dans JVi'iK'* Archiv, 
IX {iSSi), p. 370, el par M. Omont, Catalogue général de* JUaniucriU. tome II. 
p. 333. A l'époque ofi elle Tut écrite, si^remenl 6\ Lando elS. Raventrui 
ne r>;œvaient a Fontenelle aucun C(tlle liturgique. 

La seconde <xiv' s.} devait être assez longue el ne pas laisser beaucoup de 
noms â glaner après elle. Malheureusement elle nous est parvenue Ibrt incom- 
plète. .Nous n'en possédons guère que le début. Elle est empruntée au Minux 
Chronieon Fontanelhnse (aujourd'hui Rouen 1911), dont ce qui en reste 
occupe le dernier feuillel. On la reproduit d'après le Calalaijm cod. hagiogr. 
lat. Btbliolhecit publica- Rothomagemû du R. P. Pooeetet iAnaUcla 
Boltandiana. .VXlll. p. Î38). 

La troisième, apparentée de très près à la precédi-nte dont elle parait n'être 
qu'un remaniement, est due au lèle d'un vénérable religieux de S.-Wandrilto. 
« Uomp Guillaume la Vieille, prieur de Harcoussis, mort l'an l-t3l, » qui l'a 
inséra au ^ 165 de son Registre des Chartres et escripturei du prieuré 
de MarcoHiiii (aujourd'hui Rouen Itîâ). Elle a été publiée il y a trenb> ans 
dans un ouvrage qui fut tire seulement à ceiil exemplaires, cf. Sauvage : 
Abrégé de la vie et miracles de Saint- Wtilfran ... par Dont GuiUaume 
la ViriUe ... publié pour la pfYmière fait. Rouen. Mciéric, 1876, gr. in-8, 
p. »-35. ^m 



I. 



' LJHte du Mnlus Cbronicon. 



Hn>c sunl nomina episcoporuin qui ex monaslerio Fonlaneila ad pontiltciitus 
gradum sunl promoli. S. Liialbertus. epiacopus Lugdunensis; S. Ansbortus. 
episi-opus Rolom;igensis: ^^. Vulfrannus. episi-opus Senonioe urbis: S Eren — ^. 
bertus, rpisci^is Tolose url>is; S. Bainus. fpiscopus Taruenensis; S, Landa^^ 
cpiscopus Itemt'usisi S. Ravcnerus, episcopus Sagiensis. 




UN CALENDRIER DE L*ABBAYE DE FONTBNELLE. 339 



II. — Momina aanctoimm huiua aacri monaeterii 

Fontanelleneie ecclealee* 

S. Wandregisilus, primus abbas et fondator huius monasterii. 

S. GoDO, eius nepos, monachus eiusdem ioci, deinde abbas et fondator monas- 
terii quod est in territorio Trecassino apud Augiam insulam. 

S. Agatho, monachus eiusdem loci. 

S. SiNDARDUs, monachus huius loci. 

S. Herembertus, monachus eiusdem loci, inde Tholose episeopus. 

S. Lanbertus, monachus et secondus abbas ac archiepiscopus Lugdunensis. 

S. Ravengerius, monachus huius loci, inde episeopus Sagiensis. 

S. Ermelandus, monachus huius loci, deinde primus abbas monasterii quod 
dicitur Antrum. 

S. Dbsideratus, monachus huius loci. 

S. CoNDEDUs, monachus huius loci. 

S. Ansbertus, monachus et tercius abbas ac archiepiscopus Rothomagensis. 

S. Gennarous, vice dominus Rothomagensis, monachus huius loci sub boato 
Ansberto, deinde abbas tercius Flaviacensis. 

lu. — IVomina aanctoimm hulue aacri ac rebe- 
lla cenobll Fontanellenaie, Rothomagensis 
Dioeeala. 

^^anctus Wandregisillus, primus abbas et fondator dicti cenobii Fontineiiensis. 
^^nctus GoDO, eius nepos, monachus eiusdem loci, deinde primus abbas et 

fondator monasterii quod est apud augiam (Ouye) insulam in territorio 

Trecassino. 
^anctus Rrembertus, monachus huius Eccle, postea episeopus Tholose (Tho- 

louse) cuius sacrum corpus Fontanelle continet cenobium. 
^anctus SiNDARDUS, monachus huius Eccle. 

^anctus Desideratus, qui fuit filius Waningi fundatoris Fiscampni (Fescam). 
Cactus Agatho. 
^anctus Lambertus, monachus huius cenobii ac abbas, postea archiepiscopus 

Lugdunensis (Lyon). 
^nctus Ravengerius, monachus huius Eccle, deinde episeopus Sagiensis 

(Seez) in Neustria. 
^nctus Ermelandus, monachus Eccle huius, et postea primus abbas monasterii 

quod dicitur Antrium (la Fosse), in Britannia minori. 
Sanctus Gondedus, monachus huius Eccle, cuius sacrum corpus Fontanelle 

continet cenobium. 



U<\ 



HMIILI.ON, 



Saiictiis Ansiikhtus, nioo^ichiis huius Eculc, ac abbas 8. inde archiepiscopiis 
Itothomagensis (Rouen), cuiiis sarnim corpus sandi Pétri Gandensis 
continet i^nobium. 

Sanclus WLFHANNtis. monachus huius Eccle. poslea arcliiepisr. Senoni» (Sftm) 
iirbia, nredicator el doi'tor genlie Fresionum. cnius sacrum corpus Fonta- 
nelle conlioet cenobium. 

Sanctus Gennaruus. vice dominug Rotom., monacliiis hulus E»'le, deinde 
abbas terlius Flauiaceasie CFly) cenobii. 

HoTGiuxs. moiiaehiis huius cenobii, Dcpos sandi Wirranni. 

Sanctus lliTBERTUs, monachus el abbas 9 huius Ëccle. cuiiis sacmni corpus 
Fontanelle conlinet cenobium. 

SancluB Bainus, monachusel abbas 3, deinde episcopus Taroenne f rAf^roucnw^i. 

Sanclus Benigmis. moDaetius et abbas <i huius looi. inde Flauiacensls (Flyi. 
cuius sacrum corpus Fontanelle conlinet cenobium. 

Sanctus mna. monachus huius monasterii. 

Sanclus Baga. monachus huius loci. 

Sanctus Hugo, arch. Rothora., abbas 7 huius loci ac Gemmetici. 

Sanclus Lanuo, monachus <ft abbas 8 huius loci, inde arch. Ri?niis (RainsK 

Sanctus lilitNAKius fErinariust monachus el prior huius loci. 

Sanclus Wando, monachus el abbas huius loci ac predicator Fresïe. 

Theooericus. libusHilderici régis francorummonacus huius cenobii. 

Sanctus Austhuij'us. monachus et abbas huius loci. 

Ovo venerabilis, monachus hujus L«nobii. 

Sanctus T R AS AR lus, monachus huius cenobii. 

Sanctus Habduimis, qui lloruit incellasancti Saturnini. 

Sanclus ëinardus, monachus el abbas huius loci. 

Sanctus EIu.uebehtus, monachus et abbas huius loci. 

Sanctus Ansigesus. monachus et abbas huius loci. inde Flauiaoensis (f'ty). 

Sanclus Gesvoi.dus, monachus el abbas huius loci ac episcopug EbroioensU) 

Sanctus FuLco. monachus et abba» huius loci. 

Sanclus Girberths, monachus et abbas huius loci. 

Sanclus Graoulphcs, monachus et abt}as huius loni, ruius sacrum corpus 
Fontanelle conlinet cenobium. 

Sanctus Gai.terius, monachus et abt)3s huius loci, ^^ 

Sanctus UoDUi.puus. ^H 

Sanctus Lodvlphus. ^H 

Sanclus Gcktabuds. monachus huius loci et abbas Gemmeticrneis. ^1 

Sanctus Arnulphus, episcopus Metensis in Lolharingia, avus s. WandreicisilT. 

Corpora Sanctorum Martyrum HACHAnn et F^mgrentian^ Virginia guor (sicj 
Fontanelle conlinet t^nobium, 

Corpora Sanctorum Maximi et VENiuiANni Fonlaneile conlinet cenobium. 

Sunl et alii complures sancli. Itaque per miram eorum sanctitalem, etc. 

A. L. 




34â ilEVrK MABILLDN. 

vainement de les initier à la culture, antique. Saint Isidore de Séville 
«ut le même insuccès; l'encyclopédie qu'il dressa pour l'usage 
commun l'endlt Inutile le recours aux classiques eux-mêmes. 

Il y eut cejiendaiit des moines et des élèves qui se livrèrent à 
l'étude autour des églises et dans les monastères; mais ils se 
contentaieut d'apprendn; les ctioses nécessaires pour mener con- 
venablement la vie cléricale ou monastique, c'est-à-dire [wnr 
chanter les offices, administrer les sacrements et instruire les 
lldèles des vérités religieuses. Les études classiques n'étaient las 
néanmoins condamnées à disparaître; leur renaissance se fit par 
les monastères de l'Irlande et de la Bretagne, où on les cultivait. 
non pour elles-mêmes, mais en vue des services qu'elles devaient 
nsndre aux lettres divines. Les Bmlons, qui n'avaient presque rien 
connu de la civilisation païenne, ne partageaient pas les défiances 
des Gallo-Romains. Toutefois saint Colomlian, tiui avait reçu chez 
les moines irlandais une culture très développée, ne parvint pas 
à communiquer aux moines l'rancs son amour des lettres. C'est que 
les monastères continuaient à èlre sur le continent les centres de 
la réaction contre le paganisme et ses souvenirs. On ne pouvait y 
ISire une place aux arts libéraux et aux écrivains profanes. 

I,es moines irlandais et anglo-saxons furent mieux inspirés; ils 
parvinrent à isoler de l'antiquité païenne la culture classique; avec 
plus de liberté et de succès que Cassiodore, ils en dégagèrent les 
éléments assimilables à des chrétiens, consacrés au service de 
Dieu et à la préparation du salut. Ils ne purent néanmoins s'élever 
jusqu'aux idées émises jadis par saint Justin, saint Augustin et 
saint Basile. Alcuin est la personnilication la plus complète de ce 
mouvement intellectuel. C'est à l'aide de ses lettres et de ses divers 
écrits que M. Koctier expo.se l'état des études dans les monastères 
anglo-saxons et plus particulièrement à l'école d'York, d'où ellt^s 
devaient passer en France. Il a commencé par suivre (tas à \as 
leur conservation, leur décadence ou leur progrès depuis Ausone, 
discut^int les uns après les autres les problèmes historiques ou 
littéraires qu'il trouvait sur .son chemin, avec l'érudition abondante 
et nette qui caractérise notre érudion fi-anvaise. Je me plais a 
rendre hommage à son impartialité. 

2. Les moines, ri'Alcuin à saint Anselme, furent les précurseurs 
de la scolastique. M. de Wulf leur réserve une bonne place dans 
son Histoire de la /ihilosophie médiévale '. La philosophie chré- 



1 Deuxième liililioii, r 



s el au'Tiien 





'" (li; M. de Wuir Ji ceux qui s'occupent du développement 6 
dans les cloîtres de l'attcieiine France. Cet intérêt est ai 
l'abondance des renseignements bibliographiques qui accon 
les principai>;s divisiuns de son travail. 

3. I! n'est pas de recueil périodique qui ait conti-ibud ati 
la Reifue Bénédictine de Maredsous au progrès des études c 
monastique dans ces vingt demièrps années. Elle parut 
sous le titre modeste de Messager des fidèles; et rien i 
prévoir l'importance qu'elle devait prendre, gi-iice à la colla 
assidue de deux moines bien jeunes au moment de sa fc 
Dom Ursmer Berlière et Dom Germain Morin. Le premier 
riiistuire monastique son domaine ; il l'a exploré dans tous 
Des articles sur les sujets les plus variés et toujours doc 
richement sont le l'ruit de ses travaux personnels; la Hem 
dictine en a généralement eu la primeur. On lui doit, en 
lier, une longue série d'études sur la partie la moins co 
notre histoire, qui va du xin' au xvi' siècle. Ses Bulletins à 
bénédictine tiennent au courant de ce qui se publie en Fr 
Belgique et dans les autres pays sur l'ordre bénédictin. Doi 
qui s'est ftiit une spécialité de l'ancienne littérature chrétiei 
temps à autre abordé divers sujets monastiques avec la 
déliée et le sens historique (lui caractérisent toutes ses publ 
Nos confrères de Maredsous, pour rendre plus l^cile et i 
tique le recours aux travaux insérés dans leur Revue, viei 
publier une table des matières '; c'est un répertoire indîs 
d'histoire monastique. Elle comprend une table généi 
articles, une table analytique des matières et enfin u 
alphabétique tjes ouvrages analysés ou signalés dans la biblic 

4. Parmi les thèses présentées |jar les élèves de l'Éi 
cttarles, trois ont eu pour objet, en 190S, un aiooastër&, H 



CHRONIQUE BIBLIOGRAPHIQUE. 34^ 

^^ |)arler de l'abbaye de Montmartre dans une tlièse ayant pour 
^'tt*e : Histoire de la formation territoriale du village édifié sur la 
^^^ite Montmartre et ses environs immédiats ^ U abbaye bénédic- 
l^'^^e de Notre- Dame-aux-Nonnains de Troyes de^ origines à ravinée 
^ ^19 a fourni à M. Régis Roluner un sujet intéressant 2. 

o. Dom Gliarles de Viscli, prieur de Tabbaye cistercienne des 

'^^vjnes et auteur de la Bibliotheca ScriptorumOrdinisCi^teixiensis, 

*^<iliangea des lettres avec les Bénédictins de Saint-Germain-des- 

l^i'és. Dom Donatien de Bruyne a publié onze lettres écrites par lui 

^ Dom L. d'Achery et à Dom J. Mabillon ou à lui adressées par les 

^tîlèbres Mauristes (1664-16G5) ^. Elles ont trait aux questions de 

littérature ecclésiastique (pii faisaient l'objet de leurs études. On 

y remarque des demandes de renseignements sur les écrits du Belge 

Gérard, sur la Bibliothèque des écrivains de l'ordre de Citeaux, 

Sur (luelques vies de saints et sur quehiues écrits de saint Bernard 

dont Mabillon préparait une édition. 

Nous nous bornons à signaler les articles suivants : Un disciple 
fie Descartes original et peu connu, par M. de Kirwan *, il s'agit de 
Dom Desgabets. La Paléographie grecque de Montfaucon et le 
P, Harduin, par M. Omont '^. Les notes qui ont paru dans Vlntei*- 
9né4iaire des chercheurs sur les Bénédictins afliliés aux loges 
maçonniques sur la fin du xviir siècle ^. Dom Leclerc(i traite des 
iinneaux d'abbés et d'abl)esses dans son article sur les anneaux ^. 
On vient de rééditer les œuvres bagiograpliiques du morne Jonas 
^ans le recueil des écrivains pour l'usage des écoles ^, Nous regret- 
tons que l'éditeur des anciennes coutumes de Cluny ne nous ait pas 
-■'o/s à même de parler de son travail en connaissance de cause ®. 



^ Positions des thèses, etc., p. 107-114. 

'^ Ibid,, p. Iî»-li9. 

^ Correspondance inédite échangée entre deux Mauristes et Charles de Vise h, 
"^eur des Dunes, Bruges, 1905, iii-8, de iO p., exl. des Aniwîes de la Société 
émulation pour Vétude de Vhistoire et des antiquités de la Flandre, ltM)r>. 

^ Bulletin de l' Académie Delphinale (lOOi), p. 378-3fli. 

* Paris, Leroux, s. d., in-8, ext. lievue des études grecques, p.^Oi-:204. 
^ An. 1905, t. I. p. :>8, 181. iW. i9i, 3i3. iOH. :>18. (W7, 7il, 791. HTil. 
"^ Dictionnaire d^archéologie chrétienne et de liturgie, I. p. :àl8<>-il87. 

* Scriptores rerutn Germanicarum in usum scholarum. Jon.e vitœ sanetorum 
^lutnbani, Vedasti, Johannis, a Bhi'.no Khi'sch, Hainiover.jlOOo, iii-8, xii-3(W{p. 

^ Consuetudines tnonasticœ. II. Consuetudines Cluniacenses antiquiores necnon 
>^isuetudines Sublacenses et Sac ri Specus 7iunr priinum ex rariis apographis 

* ter se collatis, edidit IJurNo Albkhs. Typis Moiilis Cassiiii, llM)5,in-«, xv-âiO p. 



i.\i.E NAHILLON. 



■ ■ruviiices ocoléHinHliquoiît du ■■ni-l«i et d« St^uMtA 



1 . Dorn Ant. du Bounj a étmiié les phases diverses par iesquelli 
a passé l'observance monaslicfue dans l'alibaye de Saint-Germaii 
diîs-Prés ', Pour la période qui va du vr au xir siècle, il se liurne 
à mellre en œuvre les renseignements tournis par Mabillon fl 
Bouillart. Mais, h partir du xiv" siècle, il nous apprend une foule de 
choses curieuses et intéressantes sur la vie intérieure de la grande 
abbaye; elles soni puisées aux sources manuscrites, que conservei 
les fonds Saint-Germain â la Bibliothèque rt aux Ai'chives nationales^ 
Nous sommes édifiés en premier lieu sur une réforme tentée (13( 
[a.T l'abbé Pierre de Courpalay; les statuts de cet abbé, 
renferme le ms. lai. 138i de la Bibliothèque Nationale, mér 
raient l'honneur d'une publication. Deux cents ans plus lard (ISi 
le cardinal d'Amboise chargea de réformer l'abbaye deux moim 
ciunistes de Saint-Martin-des-Cbamps, dont l'un l'ut le célèbi 
Jean Kaulin; cette iiimvelle tentative n'eut pas grand succès. 
L'introduction de la réforme de Ghezal-Benoit eut des résultats plus 
sérieux; elle eut pour pi-omoteurs deux abbés commendataii'es 
illustres, Guillaume Briconnet et le cardinal de Toumnn. La réforma, 
inti'oduite au xvrr siècli^ par les Bénédictins de Saint-Maur 
il surmonter les plus grands obstacles; un témoin oculaii 
Dom Gottnn, a raconté les diflicuUés du début. 

Dom du Bourg a eu à sa disposition tous les moyens de se 
renseigner. S'il expose avec complai-sance les effets heureux de la 
ferveur monastique, il ne craint pas de signaler avec franchise et 
de flétrir les abus de la décadence. Il se montre parliculiëreraent 
sévère pour les moines signataires de la fameuse requête de 1765, 
qui tendait fi délruiie les fondements même de la vie religieuse. 
Cela lait, il met les choses au point el s'écarte des généralisations 
l^miiières à la plupart des écrivains qui s'occupent de la lin de 
l'ancien régime. On accepte trop aisément chez nous les condamna- 
tions portées contre nos pères par leurs pires ennemis. Une 
tatation faite par le vénérable auteur de cette étude demande à ël 
soulignée : malgré une décadence trop réelle, les Bénédictins 
Saint-Germain-des-Prés conservaient à la veille de la Kévolutii 



rma^_ 



L 




■ ri> menattiqw dmu l'aàànjre dt SitM-Gerianin-det-Préi siM) difKirHim 
épo^uet de ton histoire, A\tus Sevtie de> quatietti hitloriftiea, LXXXI, p.i 



CHRONIUCË OIItLIOCHAI'IIIUL'B. 

une grande dignité monastique, il y avail dans leurs rangs des 
moines grdves el pieux. 

2. Le charlrier du prieuré de Sainl-Marlin-des-Cliain|is, conservé 
aux Arcliives nationales, est des plus riciies. Il ne renferme pas 
moins de mille documents, dont les neuf dixièmes sont inédits, 
|x)ur la pi^i-iode qui vii des premières annties du roi Philippe I" à la 
mort de Philippe le Bel, péritMle durant laquelle se constitua la 
(tropriété monastique. Le Cartulaire gémirai, que l'on formerait 
avec ce recueil de pièces, serait d'un grand intérêt; sa publication 
aurait de quoi tenter la Société de l'histoire de Paris et de l'Ile-de- 
Vrance. En attendant. M, Dejioin a publié, au nom de la Conl'érence 
des Sociétés historiques du département de Seine-et-Otse. une 
compilation formée dans la première moitié du xii" siècle sous 
le titre de iibet- teslamentortim Sancti Martini a Campis '.lia mis 
dans l'exécution de ce travail le soin dont il est coutumier, ne 
laissant aucun nom propre sans l'identitier, enrichissant son texte 
de notes où les renseignements alwndenl et faisant précéder chaque 
document d'une analyse succincte el exacte. Le Liber Testamen- 
torum débute [Wr un acte du roi Philippe I" de l'année 1079; c'est 
le don l'ait par lui de Saint-Martin à l'abbé de Cluuy, saint Hugues. 
La dernière, la centième, est de peu antérieure à 1100. Ces chartes 
intéressant tout d'abord les premières années de l'histoire de ce 
monastère et la construction de son église; on y trouve des indica- 
tions sur un certain nombre de localités du Parisis, de la Brie, 
du GAtinais, de la Beâuce. 

3. On trouve à glaner dans les Curiosités histoi-iqws el pitto- 
resques du Vieux-Monlntarlre, par M. Ch. Sellier *, des passages 
qui intéressent l'histoire des abbayes de Saint-Pierre de Montmarli-e 
et de Saint-Denis. Cette dernière est fréquemment nommée dans le 
chapitre consacré aux seigneurs de Clignancnurt; elle y avait des 
possessions. Les chapitres sur Montmartre vinicole et sur les 
moulins à vent fournissent occasion de parler de rabt>aye de Saint- 
Pierre, qui po,ssédait des moulins el des vignes. Un chapitre entier 
est réservé au tombeau d'Adélaide de Savoie, femme de Louis VI, 
morte dans l'abbaye (1154) qu'elle avait fondée, el aux sépultures 
des abbesses et des moniales. 

i. Il n'y eut jamais ni abbaye ni prieuré dans la paroisse de 



1 SeprottutlioK annoUe du mamucril ifc la BMioMqNe JVfl/intw/i-, t. 
M. 10977, Paris, Picaril. IW5, Jn-«. xv-ti< |i. 
> Paris. Champion, in-1«, rx-31K |>. 




348 ltF.VI;E UAnlLLON. 

Komainville, au diocèse de Paris. Son histoire Iburnit néanmoins 
des renseignements sur iiudiiues ramilles religieuses qui y eurent 
(li'S domaines, gui s'y recrutèrent ou entretinrent des relations avec 
ses liabitaiils. M. Husson, ancien maire de Romainville, vient 
d'écrire une monograpliie de celle localilë ', On y trouvera des 
notes à glaner sur Saint-Denis, Sainl-Magloire, Sainte-Geneviève et 
les Céleslins. Dans son liistoire de Marly-le-Boi *, M. Piton donne 
des renseignements liisloriques sur le prieuré ijue l'abbaye de 
Coulombs avait en ce lieu. Cette at}b3ye eut pour chaml)rier le 
fameux Pierre Bersuire. M. l'abbé Mollat publie le bref jar I 
Clément VI Uii conféra ce. bénétlce (ifl décembre 13i9| *. 

5. M. Lliuillier, t|ui s'est tout parliculièrement occupé de l'histuiit 
des personnes et des lieux du département de Seine-et-Marne, avj 
réuni une riche bibliotbètiuc d'histoire locale, qui a été mise i 
vente après sa mort. Le catalogue, publié )iar M. Champion, f 
indis|)ensable pour dresser la bibliographie monastique des ancien 
diocèses de Sens et de Miaux *. 

6. Peu de monastères possèdent une liste de saints comparabM 
à celle de l'abbaye nrléanatse de Micy. On n'y compte pas r 
de quarante noms, i\ savoir : les saints Mesmin l'Ancien, Mesna 
le Jeune, Kiispire, Théoderaire, Lubin, Doulchard, Lié, 
Frambaud, Urbice, Senard, Avit, Adjulus, Amator, Calais, Pavac< 
Viàtre, Léonard de Noblac, Léonard de Vendeuvre, Constanlia 
Bigorner, Laumer, Liphard, Almire, Ulpbace, Bomer, Eusiof 
Butin, Livent, Ducat, Florent, Euchard. Dié, Front, Gaidt, Bri« 
Ernée, Alvée. Mai-j-. Mais l'existence de quelques-uns de 
bienheureux est l'orl problématique; il en est qui n'ont vraiseiu 
blablement jamais vécu à Micy. Le R. P. Poncelet a soumis à i; 
examen rigoureux les documents hagiographiques et autres qui V 
concernent ".Voici ses conclusions : Le jin-mier document authei 
tique qui se rapporte à Micy est nn diplôme de lA)uis-le-Débonnairt 
du 8 janvier 8iS; les detix vies di^ saint Mesmin ont été r&Ugét 



1 HUtoire de Romainviltf, deg Umpi anUquen à la fin du XIX' siftlf, par 
M. <;ADUitL lliisMiN, Piiris, Pion. IW.'i, iii-N. lU-'UI n- 

* Marlg-lf-liot. ton hiiloire \iiii C. Pito:^. Purin, Joniihi, t!NI5. ici-t. \M-i(ii p 
Ouvrage orni' <le };raviire.silu)iK 1« (exle. 

ï Pierre Bersuire, fiHMitniiti- de N.-D. de Colitmbi, au dincfte de Ckarlr» 
<liins Sepue Bénédictine. XXII (IfUS). p. 371-273. 

* Catnlogut itlme biblioUitque tpéeiate mr te déparUmeiit de Seiitê-«t-M<m 
formée par M. l.huilliei- dr Melun. Paris, Cliainpioit, mo, in-H. Ull p. 

r- le* SainU de Micy, duri.s Analeeta BoUaitdiima. XXIV (IIWSJ, |i. 5-lM, 



ClIRONIOlîE BIBLIOGRAPHIQUE. 3i9 

au ix*" siècle et il est iin[)ossibl(? de découvrir la moindre trace de 

traditions antérieures dont leurs auteurs auraient pu tirer parti; si 

saint Avit est mentionné par Grégoire de Tours, sa vie la plus 

ancienne n'a été écrite qu'après la mort de Cliarlemagne; celle de 

saint Lubin a dû être rédigée vers le milieu du ix'* siècle, dans 

l'état du moins où elle nous est conservée; la plus ancienne que 

nous ayons de saint Calais appartient à la même épocpie; celle de 

saint Almire est sortie de l'^întourage dr^s auteurs des Actes des 

évé/fues du Mans; celle de saint Viàtre dérive de la plus ancienne 

vie de saint Avit et ne saurait être antérieure au ix'' siècle; celle de 

saint Lié n'est guère (lu'une adaptation laite à ce bienheureux de 

/a vie de saint Viàtre; celle de saint Doulcliard est d'une époque 

très récente. Ce sont les seuls saints de Micy dont les actes nous 

Soient conservés. Des Catalogues des Saints de Micy (lue l'on 

possède, le plus ancien est celui que Létald a inséré dans ses 

Miracles de saint Mesmin; il est incomplet. Il existe à la Biblio- 

tlièque Nationale, en tête d'une vie de saint Mesmin, un autre 

ciatalogue, que l'on dit remonter au ix'' siècle; mais nous n'avons 

là qu'une copie du xv^ siècle, à laquelle on a pu faire des additions. 

C^n peut encore augmenter cette liste de (juelques noms nouveaux 

^^nipruntés à des documents authentitpies, et on atteint le chiffre 

cie 33. Les autres bienheureux attribués à Micy le sont par sim[»le 

c^onjecture. 

7. Les Lettres inédites de Le Brun Desniarets à Baluze 
<1743-1718), publiées par M. J. Nouaillac \ toutes écrites d'Orléans, 
contiennent d'intéressants détails sur ses relations avec les Béné- 
<lictins du prieuré de Bonne-Nouvelle. Il est plus j)articulièrement 
question de la bibliothèque de Prousteau, qu'ils reçurent alors, et 
des polémiques soulevées par l'édition du De Mortibus persecU' 
torum, auxquelles [)rit part Baluze, cpii soutenait l'attribution tradi- 
tionnelle de cette œuvre à Lactance contre le sentiment de l'éditeur, 
Dom Le Nourry. 

8. Les abbés et les abbesses étaient tenus de ju'êter le serment 
d'obéissance entre les mains de l'évêque diocésain, au moment de 
leur bénédiction. Les évêques taisaient une promesse semblable 
à leur métropolitain. La formule était insérée au Pontifical sous 
le nom de professio. Un engagement verbal ne suflisait [)as. Abbés 
ot abbesses laissaient une attestation écrite de leur promesse de 



i Bulletin de la Société des lettres, scietices et arts de la Corrèze, Tulle, 190;>, 
p. 290-316. 



n-sped iH ()'(rf)éissaiK'«, qui était conservée soigneusement aux 
archives (k> l'^lisi! cathédrale. A Sens, on les insn-ivil tribord 
sur U> Pontiflcal, puis dans un registre spécial. M. le chanoine 
(llurtraire a pu relever toute une série de ces professions dans 
tkus |toDlilir-au.\ sénonais. conservés l'un â la Bibliothèque Natio- 
uale et l'autre â la bil>liotlièqiie de Metz, qu'il a publiées en 
appendice à la suite de son Cartiilaù-e du cliapilre de Sens ' ~ 
1^* diiH-^' de Sens comptait 20 abltnyes d'hommes et 9 de femmef 
Pc» de dioc^'Ses de France en avaient autant. La liste des profea 
sioiis |K)ur ces diverses maisons commeuce, sous l'épiscopm i 
Pierre de Corixïil. («ar celle de Nicolas, abbé des Écharlis (vei'S 1 21* 
et sf cl6( le 13 inai 1330 par celle de Jean Huniult, abbé i 
Morigny. I^ilu eutrv les mains du cardinal Duprat. Elles sont s 
nombre du ISK. Ces trxtes pi-rmettent de réparer plusieurs orui^ 
sions et de corriger i|uelques dates fautives de la Gallia chrislia 
Nous relevons, avec le rhanoine Chai-traire, les rectilicatîons ( 
cuntssious suivaiit#« : |Kiut Gcrcanceaiix. Guillaume, avant 133( 
et Kobert. son sticcesscur; pour les Ëcharlis, les abbés Eudet 
\-ers. ISâO, el Piem-; pmir Dilo, l'abbé Guillaume, vers 1224; poui 
Saint-Paul de Sens, les abbés L^r et Rol>ert, vers la même 
épixpie: pour Cliatimes. un abbé Simon; pour Barbeaux, l'abbé 
Michel II, vers 1239; pour Fonlaine-Jeau. Martin, vers 1238; pour 
Saint-l'icrn> df- Mt-tua, Jt-an Grandin. en 1433; |>our Vauluisanl, 
un altlMï Guillaume; pour VUliers, l'abhesse .\lpa)s, en 1220; pour 
la Ktmmenje, Pabbosse Hélolse; pour Champ-Benoît, l'abbesi 
Nicole; jHHir la Ooiir-Sotre-Dame. les al)besses .\gnès, vers 12 
el Mar^H'rile. en 12M; [xiiir Mont-Notre-Dame, Marie, vers iï 
et Gila. 

!>. \a' nuinuscnl IVan^-ais 5^> de la Btbiiothètjue Nationale coD^ 
tient une lùsloîrv de Tabliaye de Villechasson de Rozoi, écrite a 
svir* siècle \y»T le Pèn* Vignier, S, J.. complétée par un recueil d 
diH'uuienls tiH2-I496V du y trouve, entre autres choses intére 
santés, une bnlle înédile du pape Alexandre III (12 ocl. 11<>4 



1 Cmrtmtmrt é» cAi^fr* A Sn$, jwMm' acte pltuiain appendift», \ 
H. le chan. CaAMmiw. S«ns. Durhemin. IWU, iii-8. xini-3lM p., p. i3»-Mf.-* 
Nous Irouvons dans le mrps loème du cailulaire deux pi('«es intéressant 
rhisloire inontstii|ue : pruo>s-\-erbal (tu smneai faii par Jean de .Vanton, altW 
M Sainl-nemiain d'Auierre. au sujel des obliplions imposées par les électeurs 
rapiiulaires au fuiiir airheMiiiue de Sens .I4±i;, p. SfrW; leUre de Clémenl Vt^ 
Domniani Vabtké de Saiote-Colonibe. avec ies doyens de Paris el d 
exécuteur d'uoe bulle {I390K p. tiH. 





CHUONIQCE BIBLIOGRAPHIOUE. 351 

signalée par Pottliast; c'est la « grande charte » ou « pancarte » de 
Tabbaye, dans laquelle sont établis ses droits de propriété. Elle 
^ été récemment publiée par M. Lucien Auvray, dans un article 
ayant pour titre : Un recueil de pièces sur Vabbaye de Rozoi-le- 
Jeune ^ Les Chartes de Molesmes relatives au prieuré de Douchif 
(1168-1235), publiées par M. X. Stein 2, au nombre de 15, sont 
extraites du cartulaire de Molesmes, conservé aux archives dépar- 
tementales de la Gôte-d'Or ; (luelques-unes de c<îs pièces intéressent 
en outre le prieuré de Montigny, com. de Chàteaurenard, Loiret, 
ancien diocèse de Sens. 

10. Nous avons signalé plus haut la thèse présentée parM. Rohmer 
pour obtenir le di[)lôme d'archiviste-paléogra[)he sur Vabbaye des 
Bénédictines de Notre-Dame-aux-Nonnains.— M. Vernier a publié 
des notes intéressantes sur les officiei'S laïques de Vabbaye de 
Saint-Loup de Troyes ^, et M. de Beuve des Chartes de Notice-Dame- 
en-l'Isle de Troyes *, prieuré conventuel des chanoines réguliers 
de Tordre du Val-des-Écoliers, qui avait sous sa dépendance les 
prieurés de Sainte-Catherine de Paris, de Saint-Nicolas-aux-Cor- 
delles, du diocèse de Laon, et de Notre-Dame-en-PIsle de Choisel, 
au diocèse de Troyes. 



Provinces ecclésiastiques de Vienne 

et de Liyon* 

1. La thèse pour le doctorat présentée par M. Fabbé Martin à 
rUniversité de Lyon sur les Conciles et bullaires du diocèse de 
Lyon des origines à la réunion du Lyonnais à la France en 
1312^, intéresse, cela va sans dire, un grand nombre de prieurés 
et d'abbayes du diocèse et des régions voisines. On y trouve, avec 
l'analyse des bulles et des actes émanant de la chancellerie archiépis- 
copale à eux adressés, la mention des réunions d'évêques assemblés 
soit dans leur enceinte, soit pour une affaire les concernant. Pour 
se faire une idée de cet intérêt spécial de l'œuvre de M. Martin, il 



1 Annales de la Société historique et archéologique du Gàtinais, XXII 1, 
(imo), p. 88-88. 

« Ibid., p. 211-228. 

^ Paris, Imp. nal., 1905, in-8 de 19 p., exl. du Bulletin historique et philolo- 
gique. Saint-Loup était une abbaye de chanoines n^guiiers. 

* Revue champenoise et bourguignonne, H (190o), p. 167-183 

& Lyon,Vitte, 1905, in-8, xc-729 p. 



;io2 



llKVrii MAI!M,LO^. 



sullit di' jeter les yeux sur la table îles matières au nom de" 
(les monastères lyonnais. Comme les ëvéfjues de Lyon Turenl long- 
temps les iniermédiaires entre le Siège apostolique et les Ëglise^ 
de Fnmce. ils eurent à faire avec un grand nombre d'établissements 
religieux éloignés de leur juridiction épiscopale. C'est |K)ur ce 
motir que celle publication ne doit point rester inaperçue; i-lle 
intéresse par un point ou [lar une auli'e l'histoire de nos princiiiales 
abbayes l'rancaises : Cluny. CIteaux.'Clairvaux, la Otaise-Dieu, 
Saint-VictoPdeMarseillc.FigeacFlavigny.Marinoutier, Saint-Seine. 
Talloires, Saint-llul', Saint-Antoine de Viennois, Vt-zelay, Tuurnus. 
Sainl-Bénigiie, Le Monastier, etc., etc. L'auteur ne publie point le 
texte des documents; il se contente d'une courte analyse en l'ran- 
i;.ais, oti le l'ait saillant est indiqui', et d'une bibliographie aussi 
complète (jue possible, dans laiiuelle il signale l'original du docu- 
ment en question, s'il existe qucl(|iie part, ou, i\ son défaut, les 
copies connues. M. l'abbé Martin n'a négligé aucune peine pour se 
rapprocher, autant que l'aire se pouvait, du texte primitif, se livrant 
au même travail que s'il avait voulu donner une édition criti<jue. 
Il indique toutes les éditions connues de cha<iue document avec la 
précision rigoureuse d'un hibliographedemétier. Ces renseignements 
bibliographiques sont très utiles pour l'histoire des monastères. La 
tâche des historiens serait bien sim|)[iliée s'ils avaient dans tous 
les diocèses un travail seinblalile à celui que Lyon doit Èi l'at 
Martin. 

2. L'abbaye royale de Jouy-Dieu prés VUlefranche-en-Beauj(h\ 
lais (1115-1738) ' fut d'abord un prieuré dé[)endant du monastère 
deTiron, fondé en 1115 |)arGuichard III de Beaujeu. 1/éreclion en 
abbaye se lit en 1137. En 1738, après de longs procès, cette maison 
fut sécularisée et unie à l'église collégiale de Villefranche. qui 
venait d'être fondée récemment. La nomination de l'abbé de i 
Dieu souleva de graves dillicullés entre les moines de cette abbaye 
et les abbés de Tiron; l'auteur les expose en détail; il signale ausf 
la transformation en Chartreuses des jirieurés de Seillon et i 
Montmerle ; il a pu, malgré la pénurie des documents, rectiBer 4 
Completel' la liste des abbés donnée par la Gallia cfirisliana. 
pièces justificatives complètent heureusement ce volume. 

3. L'histoire d'un petit séminaire au diocèse de Lyon. L'Argen 
tiére *, appartient à l'histoire monastique. Cet établissement fu^ 




1 Par Joseph Ballafet, ViHefranche, Mercier, 1004. in-8, t06 p. 
^ Par le rhanoine Leistknscrneideh, Lyon, ViUe, I90S, xx-i64 p. 



CHRONIQUE BIBLIOGRAPHIQUE. 353 

ouvert dans les édifices claustraux d'un chapitre noble, qui avait 
lui-même remplacé (1777) un modeste prieuré de Bénédictines, 
dépendant de l'abbaye de Savigny, dont la fondation remontait à 
l'an 1273. L'histoire du prieuré et du chapitre occupe le premier 
chapitre du volume; elle est complétée par quelques-unes des pièces 
justificatives, données en appendice. Les moines de Savigny .avaient 
en ces lieux des terres et des droits depuis le x*' siècle. - M. Guigne, 
en publiant une Lettre du cardinal Hugues de Saint-Cher (4 juin 
1248) ^ imposant une réforme aux moines de Savigny, rectifie la 
liste des abbés de ce monastère. M. l'abbé Matagrin consacre un 
cha[)itre de sa monographie de la Paroisse de Saint-Êtien7ie, plus 
tard Saint-André de Souzy *, à la vUla Mortei'ium, située sur ce 
territoire, qui fut donnée à l'abbaye de Savigny en 955. 

4. Un extrait des chapitres généraux de la collégiale ancienne 
abbaye de Saint-Martin d'Ainay, que M. l'abbé Martin publie dans 
une Chronique d'Ainay au XVlll" siècle ^, fournit des renseigne- 
ments nouveaux sur la vie intérieure et le fonctionnement de ce 
chapitre. On trouve dans le Bulletin historique du diocèse de Lyon 
des indications utiles sur les fouilles faites récemment à l'Ile-Barbe* 
et un passage de V Antiquité de la cité de Lyon, par Symphorien 
Champier, sur une précieuse relique, to^amte coupede l'Ile-Barbe^, 
— Dans un article sur Ronsard, prieur de Marnant ®, M. l'abbé 
^anel pul)lie les pièces relatives à cette nomination (1533) et donne 
sur quelques autres titulaires de ce bénéfice des détails intéres- 
sants ; ce prieuré fut plus tard uni au petit séminaire de Lyon, que 
<lirigeaient les Lazaristes. — En écrivant sa monographie de la 
Seigneurie de Cuire et la Croix-Rousse en Frani'- Lyonnais ^, 
M. A. Grand parle du prieuré qui lut le berceau de cette localité. 

5. Il est question d'un prieuré que l'abbaye de Tournus avait 
en ces lieux, dans la monographie de la Paroisse de Béziat, par 
M. Bourdin **. Cette abbaye de Tournus a eu un passé magnifique, 
qui a laissé une église très belles devenue aujourd'hui paroissiali\ 
Monsieur l'abbé Cuié, archiprétre de Tournus, qui a consacré son 



1 Paris, Imp. nal., 1905, in-8 de 20 p., ext. Bul. hist. du comité, 
« Bulletin historique du diocèse de Lyon, VI (1903), p. 2i0-2:r2. 
3 Ibid., VI (1905), p. 203--2I1. 
* Ihid,, VI, Chronique du ffi /. 
^ Ibid,, VI, p. m. 
e Ibid., VI, p. 169-175. 

7 Lyon, Brun, 1905. in-«. 195 p. 

8 BuUetin de la Société Gorini, II (1905), p. 55^. 

23 



334 HEVCE MAlifLLOS. 

activité et son iiitulligence y la restauration de ce monuménTÎ 
culte de saint Philibi-rt, vient de j)iiblier un ouvrage (jui, sans être 
une histoire dc^tinitive de l'alihayc de Tournus, offre un réel intérêt '. 
C'est un guide historique et descriptif du monastère et de son 
^lise, qu'il a voulu donner, mais un guide sûr, parce que bien 
inforiné. La partie archéologique est de beaucoup la mieux soignée. 
L'auteur ne néglige aucun détail de ce monument unique en son 
geure, avec ses trois églises suj^erposées, construites du x' au 
m' siècle, sans [«rler des compléments et des modilicatioQS que 
les siècles suivants y ont apportés. Une illustration abondante 
donne l'Lnpression de la chose vue. Il est regrettable cependant 
que l'auteur ne se soit point contenté d'une illustration documen- 
taire; les fantaisies sont déplacées dans un ouvrage aussi sérieux; 
j'en dirai autant des poésies, l'aibles du reste, qui ëmaillent cer- 
taines pages. M. l'abbé Curé s'attache, dans la partie historique, o 
faire revivre l'ancienne abbaye sous les yeux du lecteur, avec sa 
forte organisation inlérieure, l'exercice de ses droits et privilèges. 
Tout cela est fort instructif. I^^s pages qu'il consacre aux anciens 
manuscrits de Tournus sont à noter. Il a confié à M, Jean Vircy le 
soin -de rédiger un chapitre préliminaire sur tes différentes époques 
de eonstruclion de Sainl-Philiberi ; M. Gabriel Je.anlon a écrit le 
chapitre sur les droits seigneuriaux de l'abbaye. — M. Poupardin 
a mis au point et publié un travail commencé par le regretté 
M. Giry '. C'est une réédition de la Vie et des miracles de sainl 
Philiùert, par Ermentaire, moine de Noirmoutier, et de la C/rro- 
nit/ne de Tournus, par Falcon, d'après un ms, de Tournus, conte- 
nant une copie du x' sièrle de l'œuvre d'Ermenlaire et une du 
xin' de celle de Falcon. Le texte d'Ermenlaire a été comparé avec 
celui d'un ms. du Vatican, duquel pourrait bien dériver celui de 
Tournus. M. Poupardin a complété celte publication par l'analyse 
de vingt-neuf documents, huiles ou diplômes de l'époque carolin- 
gienne (819-956], concernant cette abbaye. — Signalons, en pas- 
sant, une étude de M. A. de Barthélémy sur la Numismatique du- 
nisienne ^. et trois lettres et une biographie A'Un écrivain inconnu 
du XI' siècle, Walter, moine d'HomiecourC, puis de Vézelay *, par I 



1 Saint-PkilibeH dt Teurniu, par l'abbe H. (U'BiS, Paris. Picard, IMS. i 
iitl [j-, orni> de nombreuses gravures dans le (e\le. 

2 MontimenlJi de l'Aisloire det atbafft de Saint-Philibert (Noi 
Grandiieu. roiirnus), publiés <faprèi tes tiolei ^Arthur Otrp, par F 
Pot'i>AiiuiN, Paris, Picard, 190S, in-S. LrM30 p. 

s RfBue de nutaUnuttique flMB), p. li-SI, 
* Seeue Sinédietine, XXII (laOSj, p. ies>4tl0. 



CHRONIQUE BfBLIO(;RAPHlQlJE. 355 

Dom Germain Morin ; ce tut probablement saint Hugues de Gluny 
qui obtint son transfert d'Honnecourt à Vézelay. 

6. Dans son court article sur Samt Lupicin et son évangélmire S 
M. Et. Deville publie une lettre de Dom Ruinart à Dom J. Monnier, 
Bénédictin de la congrégation de Saint-Vanne (30 sejH. 1693). — 
M. Louis Ritz a analysé et commenté le Manusant de V abbaye 
de Talloires consei^vé au Musée Britannique *. — Ucely dont 
M. L. de Montravel vient d'écrire riiistoire ^, possédait un prieuré 
de Saint-Chatfre du Monastier sous le vocable de Saint-Pierre-6s- 
Liens ; l'auteur publie des actes concernantce prieuréde 1239à 1780. 

Provinces ecclésiasticiiies du Midi. 

1. M. Tabbé Guillaume a publié le texte d'une bulle du pape 

Eugène III (6 novembre 1145), contirmant la fondation de l'abbaye 

de Boscodon *. Nous avons à signaler une étude historique et 

archéologique de M. Meunier sur V abbaye de Saini-Vklor de 

Marseille '^ et une étude hagiographlipie de Ch. Florisoone, ayant 

pour titre : La légende dorée des Gaules^ Sainl-Honorat et 

/ ^abbaye de Lérins ®. — M. Albert Dut'ourcy a t'ait à l'Académie des 

Inscriptions et Belles-Lettres une intéressante communication sur 

irins et la légende chrétienne ' dans laquelle il donne quelques 

perçus nouveaux sur la part que prirent les moines de Lérins à la 

^'•édaction des gestes des martyrs. Il s'y prononce pour l'attribution 

^^ saint Euclier de Lyon de la passion de saint Maurice d'Agaune. 

2. M. le chanoine Degert traduit une description latine d'une 
^^ncienne mosaïque du monastère de la Daurade de Toulouse, 
« extraite de la Chronique de Dom Odon Lamothe, dont le texte fait 
ï)artie de la collection du Monasticum Benedictinum de la Biblio- 
thèque Nationale ®. — Dans ses Glanures historiques, M. A. Vidal 



i Annules fraiK-comtoises, XVII (lî)0,i;', p. 110-111. 

* Annecy, Abry, iOOo, in-8, 23 p. exl. Revue savoisienne (19(>i). 
3 Revue de Vimrais, XIII (1906), p. 5-49-561. 

* Deux bulles inédites des papes Eughie III et Alexandre III en faveur d^ 
l'abbaye de Boscodon et du prieuré de Sainte-Colombe de Gap, dans Amiales des 
Alpes, VllI (1904-1905), p. 83-91. 

5 Revue du Sud-Ouest, 1905, ocl. 

Quinzaine, mars 1905, p. 73-100. 

7 Bulletin de l'Académie des Inscrtptiotis et Belles-Lettres (1905). p. ii:>-4i3. 

* La plus a^iciefine 7)wsa\que chrétienne de la Gaule méridionale d'après un 
document iftédit, dans Bulletin de littérature ecclésiastique (Toulouse;, 1905, 
p. 3-15. 



i 



3bB 

|iiililii^ hi Prinse de possession de l'abbaye de S<Mr^ par 
M. lU-vmùn Braniiiie. cmnme procureur de M. de la TrémoUle- 
iiuirmduUe}'. U' 9 août 1102 '. M. Gabié, dans son article sur 
ic Château de Monterai, Amiet, évêque d'Albi, et le prmtré 
(l'Appelle ', complète et; que M. de Lasteyiie nous a appris sur 
cett<- déiietidance de Saint-Hartial de Limijges et sur le prieuré 
de Kieupeyroux, au diocèse de Rodez, dépendant do la même 
abbaye. M. Tabbé Galabert a encadré une Iransaction entre le 
monastère de Saint- Anlonin el le prieuré de Mjac (ii mai H28)' 
dans un intéressant commentaire: nous assistons à la séculari- 
sation d'un prieuré-cure de cbanoines réguliers; ijuatre prêtres 
séculiers et un curé soumis à des statuts spéciaux, remplacent le 
prieur et les religieux. M. L. Jubie modifie un certain nombre 
d'identifications de lieux proposés jadis par M. nesjardins, éditeur 
du cartulaire de Conques, dans ses Notes sur quelques actes du 
cartulaire de l'abbaye de Conques, qui fonl mention des localités 
iituêes dans le Calvadez et principalement dans la partie de cette 
vicomte qu'on nommait le Bairi'z *. — La Notice historique de 
M. J.-F. Artières sur les libertés, pnvilèges, eoutunws et fran- 
chises de la ville de Millau en Itoueriiue *, l'ait connaître les 
privilèges accordés au prieuré de Notre - Dame , dépendant 
de Saint-Viclor de Marseille, par les papes Urbain II, Adrien I\' 
et Alexandre [Il et [tar les princes d'Anigon. — yi. l'ablié 
Albe, dans les Titres et dwuments concernant le Limousin et le 
Quercu du temps des papes d'Avignoti <>, publie deux lettres du 
pape Grégoire XI au doyen de Souillac, Pons de Barmes (1" août 
et 20 sept. 1372), pour l'engager à l'aire cesser les désordres causés 
par son neveu, qui, après s'être emparé du chilteau de Pinsac, 
ravageait les terres de la vicomte de Turenne. — M. Élie Rossignol 
publie et commente un croquis d'une partie de la ville de Gaillac 
(milieu du xvii' s.) et un plan du commencement du xix'. intéres- 
sants pour l'histoire du monastère ' ; ce dernier est tiré de 
YHistoire de Gaillac depuis l'an 654 jusqu'à l'an 1789 de 
Frédéric Hugonet, conservée manuscrite aux archives de la ville. , 



i Revue ^ département du Tarn, XXII (m)5i, p. 4SMIU. 

« Ibii., p. 1-12. 

» Méitioire de la SoeiéU Utt(fTnire de VAvryrnm, XVI wma]. 

* Ihid., XVI, p. «.58. 
« nid. XVI, p. Wî et s. 

• Bulletin de la SoeiéU tciruti/fiiut, Kitlorique et archénlegiqae de la Cor, 
XXVII, p. 3«t-360. 

I (iuatre piani. Mtmlans et Oaillac, dans fCeoue du Tam, XXII (IM»), p.Si 



■9m 



»«e 




oiiKOKJOtJR hibijoi:haphiqiie. 



357 



H. le chanoine Degert poursuit h publication de son histoire 
de l'ancien diocèse d' Aire '. Il s'occupe des origines de l'abbaye de 
Sainl-Sever. Sa fondation au vu'' siècle est désormais reléguée 
parmi les récits légendaires ; la date de la restauration est fixée au 
14 septembre 988; il n'y a plus de doute à élever sur l'authenticité 
de la charte qui l'atteste. Les évéqucs de la lin du xr' et du 
XII* siècle, Pierre II, Guillaume, Bonhomme, Vital de Saint- 
Hermès encouragèrent de tout leur pouvoir l'eHlorescence monas- 
tique dans leur diocèse. L'auteur se trouve amené à raconter les 
origines de Sainte-Quittarie d'Aire, devenue bientôt après prieuré 
de la Chaise-Dieu, de Saint-Girons de Hagetman, de Pontaut, de 
Sainl-Loubouer, de laCaslelle. de Monlgaillard. Notons en passant 
le {tarti qu'il a su tirer des Antiquilales VaconÙB Benedictirue de 
fiom Estiennol et de ses fragmenta kisloriœ aquitaniœ. — 
H. Degert insère fréquemment dans la Hevtie de Gascogne sous le 
titre d'Additions et corrections à la a Oallia christiana » des notes 
brèves dont il y aura à tenir compte, lorsqu'il s'agira de retire les 
listes des abbés. Nous avons à signaler celles qui concernent les 
altbés de Sainl-Savin * et de Lescale-Dieu '. — Notons dans ce 
même périodique un article de M. Gézérac sur l'abbé de 
lUontesquiou-Fézensac, prieur de Saint-Oreas *,et de M. J. Dodien 
Sur le Prieuré de Saint- Léger-sur-l'Adour en 1402 *; l'auteur de 
ce dernier travail utilise le procès-verbal des visites faites par 
l'abbé de Lezat, Guillaume Kigaud, dans les prieurés de sa dépen- 
tiance. Ce document, qui est conservé aux Archives départemen- 
tales de l'Ariége, renlerme de très utiles renseignements sur les 
autres prieurés de cette abbaye. Peyrisse, Valcntine, Saint-Béat, 
fierai, Montant, Montsabaoth, Muret, Rabastens, Navarrens, Trie. 
— M, René Pagel a consacré quelques pages â l'historien du 
diocèse d'Auch, Dom Brugèles, prieur de Sarrancolin '. — 
M. l'abbé Latfont a raconté la fin de l'abbaye de Saint-Maurin, dans 
Haint-Maurin pendant lapériode révolutionnaire- '. — MM. Barrau- 



1 RevM de amcBgw (1903). p. 437-439. SOi-321. 

» Ibid., p. 498. 

» Ibid., [>. 43S. 

* Ibid.. p. 436-482. 

s IHd., p. 407J24. 

" Auch, Cocharaux, 1903, in-8 de Hi p., exl. BulMin df la SociéU arcAéolo- 
aique du Oeri. 

^ nulUlin de In Seeiilé archéologique df Tim-et-Qaronne. X\\\\\ (109S], 
p. aï83. 




t 



3S8 IlEVI E MABILLON. 

Diliigo et Poupardiii onl |iublié le Cartulaire de- Saint- Vincenl- 
(le-luai '. 

■i. Il exislait à Berdoiiès, diocèse d'Aucli, un monastère de 
Bëoédiclins, ([uand les Cisterciens y fondèrent un établissement 
nouveau (vers 11281 qui l'absorba. Cette abbaye possédait encore 
aux xvii' et XVIII' siècles une belle bibliotliëque et de ricluvs 
archives ; une faible partie de ce déjKit a échappé à l'incendie et au 
pilliige durant la Révolution. Le cartulaire, aciieté à Mirande par 
un citoyen Burot, devint dans la suite la propriété du grand sémi- 
naire d'Aucb. M. l'abbé Cazaiiran, après une longue préparation. 
vient de le publier -. Pour combler les lacunes que présente ce 
manuscrit, il s'est aidé d'une copie incomplète due â la plume de 
l'abbé Vergés, conservée dans le même dépôt, et des chartes ori- 
ginales ou transcrites que possèdent les Archives nationales ou 
départementales. Il n'y a pas moins de 823 pièces dans ce recueil, 
qui va de H34 à 1238. On y chercherait en vain des documents qui 
aient un intérêt historique réel. II ne contient ni bulle ni diplôme 
royal, ni l'une de ces pièces curieuses qui projettent une vive 
lumière sur l'histoire d'une province ou d'un diocèse. Tout reste 
dans le cadre limité où s'écoule l'existence d'un monastère éloigné 
des villes. Mais, par contre, on ne saurait rien imaginer de plus 
intéressant pour quiconque veut reconstituer la vie d'une commu~ ■ 
nauté monastique en plein moyen-âge et la suivre dans ses relation^ 
avec les Tamillcs et les localités voisines. 

M. Cazauran devait épargner à ses lecteurs un travail d'invest 
gation à travers ce volumineux cartulaire et leur présenter I 
même le fruit de ses observations personnelles. Il l'a t'ait dans uiri 
longue introduction où il a mis à coniribution sa connaissanoi 
approfondie de l'histoire dp la province ecclésiastique d'Auch, 
y trouve l'organisation intérieure de l'abbaye; la nature du recni 
tement qui se l^it d'ordinairi? sur place dans de modestes familles d 
cultivateurs; il s'y rencontre des hommes qui ont été marié&'l 
L'agriculture est la grande occupation de.s moines deBerdouèaJ 
ils cultivent le blé et la vigne, ils font de l'élevage et de l'apiculture, 
ils laissent leur terre en reims d'une année à l'autre. Ce monastère 
produit rbnpression d'une maison sagement administrée; elle a 
des capitaux qui sont prêtés sur gage. Si le cartulaire de Berdouës 
contient peu de renseignements sur les familles du pays, il i 



) Cartulaire de Berdouès, publié eL annoli.^ iiar l;ibbi^ 
doyen (le Mirande. Paris, Picard, t90S, in-S, 270-876. ji. 




CHRONIQUE BIBLIOGRAPHIQUE. 359 

rempli d'indications précises sur l'état de la propriété et sur la 
hiérarchie ecclésiastique. 

M. Cazauran a complété son édition du cartulaire par une 

histoire très documentée de Tabbaye, dans laquelle il a groupé 

sous le nom de chatjue abbé les faits contemporains. Nous avons 

désormais une monographie définitive de Berdouès. Il a fait plus 

encore; mettant à profit ses longues années d'études historiques 

locales et ses courses à travers les paroisses du diocèse d'Aucli, il 

a enrichi son édition du cartulaire de notes pleines d'érudition; 

chaque nom de lieu et de personne est accompagné d'indications 

nombreuses et sûres, valant toute une monographie. L'éditeur 

parle quelque part des matériaux qu'il a réunis sur les paroisses 

du diocèse, il en a lait passer toute une partie dans cette annotation. 

Son livre est ainsi devenu un instrument de travail indispensable à 

quiconque voudra s'occuper des anciens diocèses qui forment 

actuellement celui d'Auch. 



Provinces ecclésiastlciues de Oourf^es 

et cle Oorcleaux.. 

1. Pendant qu'il occupait le i)oste d'archiviste départemental du 
her, M. Jacques Soyer, aujourd'hui archiviste à Orléans, avait 
ntrepris la publication des Actes des Souveimns antérieurs au 

JCP siècle conservés dans le dépôt dont il avait la garde. La 
deuxième partie de son recueil, qui comprend les actes appartenant 
au Fonds de l'abbaye de Notre-Dame de Fontmorigny, ordre de 
(Ateaux, a paru dans les Mémoires de la Société des Antiquaires 
dn Centre ^ Les documents publiés, diplômes royaux ou bulles, 
sont au nombre de 38, allant de 1135 à 1379. 

2. Nous ne possédons pas d'histoire du monastère de Mauriac. 
M. le docteur de Ribier en a réuni les principaux éléments dans un 
recueil de documents concernant cette maison bénédictine *. Le 
plus curieux est une chronique rédigée au xyi*" siècle, qui a un 
réel intérêt, au moins pour ce que son auteur a vu ou connu d'une 
manière certaine. L'introduction du docteur de Ribier équivaut à 
une étude des sources d'histoire du monastère ; on trouve un bon 



1 XXVIII, 1905, p. 93-200. 

* La Chronique de Mauriac par Mont fort, suivie de documents inédits sur la 
ville et le monastère, Paris, Champion, 1905, in-8, 260 p. 



360 RRVUB HABILLON. 

résumé de cette histoire dans son Coup d'œil mr les origines et b 
développement de la ville et du monastère de l^aiiriac. La liste dea 1 
doyens, suivie de celle des prieurs claustraux maiiristes, l'édifie etj 
complète celle de la GaUia. Nous trouvons dans ce volump deui 
pièces relatives à la congrégation de Saint-Maur, dont la plufd 
curieuse est un récit par Doin François Laurent de l'introduclioM 
de la réfonne dans le monastère de Mauriac (I(i27-i670), plusieui 
inventaires des revenus au xvii' siècle et les actes de vente c 
monastère, de ses dépendances et propriétés pour la somme t 
77,300rr3nc8(1791-n94j.et quelques documents relatil'sâ l'électioal 
et â l'installation des doyens. 

3. M*' Duchesne, le P. Poncelet et M. Bruno Krusch plaçaient? 
sous le règne de Pépin le Bref la translation des reliques de saint 
Austremoine de Volvic à Mozat. Après avoir de nouveau examiné 
ce l'ait, M. Levillain s'est prononcé pour une date bien différente, 
l'année 863 >. M*' Duchesne étudie à son tour les motil's qui ont 
déterminé le sentiment de M. Levillain et maintient ses atTirma- 
tions *. Sa critique du diplôme de 863 aboutit à cette conclusion : 

u Le mieux donc est de considériT la cliarte comme fausse et , 
la date comme imaginaire. » Il fait en outre remarquer que lae 
diverses vies de saint Austremoine dérivent toutes de ce litUJ 
diplôme. Le dernier mot n'est pas encore dit sur ce sujet. 

4. Le diocèse de Limoges avait sur son territoire le monastérfl 
cliel' d'ordre de Grandmont, des abbayes célèbres comme S 
Augustin et Solignac pour les tiommes, la Règle et les Allois imm 
les femmes, une maison de Feuillants, Saint-Martin de Limogea 
des Bénédictines enseignantes au Dorât, sans compter des monas 
tères moins importants et de nombreux prieurés. Ces ëtablissemenlsJ 
mêlés de la manière la plus intime à l'existence du diocèse, partit^ 
pèrent à la transformation que lui fit subir la réforme du svii 
Aussi la savante étude que M. l'abbé Aulagne vient de consacrer A 
cette renaissance ecclésiastique ' est-elle d'un grand intérêt pourj 
leur histoire durant cette période. On y trouve une foule de rei 
gnements locaux puisés par l'auteur aux meilleures sources. Il b 



i ■■ 



1 La translation dei religufi de laint Autiremoine à Matai et le d^plâme it 

Ptipin H d-Aquilaine IS6^). dans le Moyen-Âge. Wll [imi), [i. 38t-337. 

3 Sur la Iramlalion de saint Auxtremoine, daus Anaieeta BoUandiaua, SXIV.1 
(IW3). p. 105.111. 

Cn tiède de vie eecUtiattique en province. La rifortMe catholique du X7Ifi-M 
tièete dans le diocèse de Limoges, Paris, Champion, 1906, in-fi, :< 



CHEtOMOUE BIBI.IOr.RAfllIOUE. 3C1 

à désirer que nous eussions pour tous les diocèses de France une 
œuvre de cette valeur. 

5. Le second volume des Archives historiques de la Corrèze, 
publie par M. Clément-Simon ', ne contient qu'un petit nomtire 
de pièces intéressant l'histoire moniistique. Les voici : une lettre de 
Pierre, abbé de Tulle, au sujet de l'église de Roc-Amadour (12H|, 
que l'éditeur l'ait suivre d'une notice surlecartulairedecetteabbaye; 
une transaction dans laquelle intervient l'abbé de Saint-Martial de 
Limoges (1297); un accord entre Guillaume de Chanac, archidiacre 
rie Paris, et Pierre Royer, le futur Clément VI, prieur de 
Saint-Pantaléon deLapleau (1321); entin la liste des abbés, prieurs 
ou de leurs délégués, ayant pris part aux Étais provinciaux du 
Bas-Limousin, assemblés h Tulle en 1388 pour l'élection des 
députés aux États généraux de Blois. — Nous avons à signaler 
L'ne prétendue histoire de l'abbaye de Beaulieu au Xlt' siècle par 
M. Ant. Thomas*; les renseignements Tournis par M. Tli. Bourneix 
sur le prieuré de Montrés dans son article sur Ti'ois prieurés 
limousins. II, Chambery ', et ceux donnés sur le prieuré de 
Chaunac, dépendant de l'abbaye de Tulle, par M. Victor Foret dans 
son étude sur Une seigneurie en Bas-Limousin *. 

6. M- l'abbé Fouché a publié la monographie de Tailiebourg *. 
Il y est question d'un prieuré-cure que l'abbaye poitevine de 
Saint-Savin possédait en cette ville. L'église et le prieuré dispa- 
rurent pendant les guerres de i-eligion ; il n'en reste plus qu'un 
souvenir. Parmi les hommes illustres nés à Tailiebourg, l'auteur 
signale Guillaume Conchamp, fondateur et premier abbé de 
FoDtdouce. M. Fouclié s'est distingué déj^ par la publication de 
plusieurs monographies paroissiales, oii l'on trouve à glaner pour 
l'histoire monastique : il parle, dans Saint-Julien de l'Escap ', 
d'un prieuré-cure appartenant aux abbesses de Notre-Dame de 
Saintes, et dans Fontenet ', d'un prieuré de Sainl-Jean-d'Angély. 



1 Paris, Champion. IIKH, in-S, OiS p. 

' Toulouse, Privai, 1B03, in-8, ,1 p., eut 

3 BulUlin de la Sociale dei lettres, n 
p. 301-3111. 

* 3fd., 69-73. 

B Tailiebourg. la Cotlégialt, Notrit-Dame de Sainte-Croix. La prieuré de 
Saint-Savin. L'hôpital Saint-Jacquet, la Léproserie. Sommet illiulret, Saint- 
Jean d'Angély. ino.^, in-S. lit p. 

" Sitinl^ean il'Angély, leOi. Iti-S. 119 p. 

T Ihd., 1003, in-e, 78 p. 



363 



7. M. l'abbé Caiilaiis, dans un inléressanl article archéologique 
sur les Eglises de Saintes ', s'occupe des églises de l'abbaye de 
Nulm-Daine et du monastère de ^int-Eutropc, ijui sont deux 
cliefs-d'ieuvre d'architetHure romane. M. L. Brutiat, dans une 
élude sur Vlmmunité ecclésiastique et la Papauté, Sainlimge et 
Aunis, X' et XII' siècles *, éludie. imi se servant des carlulaires 
imprimés, les immunités oclroyéi's aux monastères de la l'égion 
par les seigneurs et les princes et confirmés par les sonvei-ains 
|K)ntil'cs. — Le comte de Broglie, dont M. E. V^cn racoiitt; la 
mort à Sainl-Jean d'Angély le Ui août 1 781, d'après le mémoire 
du docteur Marchant ', reçut la sépulture dans l'abbaye. — Il est 
question dans V Intermédiaire des Chercheurs de Franv-oise- 
Gabrielle d'Orléans, abbesse de Sainl-Ausone d'Angouléme * et du 
prieuré |)oitevin de Vaux *. - M. l'abbé Uzureaii fait connaître 
l'état des biens et des revenus de l'Abbaye de Fontei>raull en 1 790 • 
et raconte la destruction de la célèbre ablaye. — Dans son travail 
sur la Crypte de Saint-FUibert à Noirm/mlier ', M. Léon Maître 
se prononce pour l'origine mérovingienne du monument dans 
lequel le sarcophage et les reliques de ce bienheureux restèrent 
exposés jusqu'aux invasions normandes. — Le mf-me archéologue 
parle des cryptes de Sainl-Philibert de Grandiieu et de Nouuillé 
dans son étude sur les Hypogées chrétiens et les crytes du Poitou 
antérieures à l'an ÎOOO". 



t*i-ovinceci«»cclê«in«tIc|iieHdeXour*>»l.<l«»Rouea>l 

1 . T>«m Bèdf Adiocti l'ait une revue critique de tons les travaui; 
dont la Vita Sancfi Maiiri a été l'objet depuis l'année 1898 M 
lia paru, depuis, un travail de M. L. H&lyhna, La vie de saint MaWf S 



1 Senue df VArt chrétien \ I1KI3), p. .■tii4-.199. 

' Recueil de la Committion des arts et monununtt de la Charente-Infériatrû^ 
XVII (IfNKi), p. 7W«l. 
■ Rrnie de Sainlimge 'I d'ÀunU, XXV (IMS], p. I7I-17H. 

* LII|1B«3|, p. 38*. 

* Ll. p. Ua, 37U, flOÎ. 79*. 87J : LU, p. 78, 190. 
e Revue Bénédictine. XXlt (190S). p. 163-370, 
' Rmue du BiaPoilou. XVHI 1190*). p. 1-13. 
" liid., p. iî9-il.'S. 
" Zur Vita Sancti iTauri, ilan 

(I90S). p. i-iS, Î08-S36, 



. Studifn iind ifitteilnngeif 'te llai^crn. XXWl 



GHRONfQUE BIBLIOGRAPHIQUE. 363 

Exposé d'une théorie de M. Aug. Molinier \ dans lequel Tauteur 
maintient la position prise à TÉcole des chartes par M. Giry. 
La Revue des questions historuiues annonce la publication pro- 
chaine d'un article de Dom Landreau sur ce même sujet. Notre 
confrère vient de publier une histoire, que Ton peut regarder 
comme définitive, de Tabbaye de Glanfeuil pendant la période 
carolingienne, en mettant à contribution le Livre des miracles 
composé par Tabbé Odon et les sources diplomatiques qui 
nous sont conservées ^. Voici quelques faits et quehiues dates : 
destruction et ruine du monastère à une époque incertaine, par 
Tabbé Gaidulfe de Ravenne, qui Tavait reçu de Pépin-le-Bref; 
restauration avec les moines venus de Saint-Pierre-des-Fossés 
vers 831 ; abbatiats de Gosbert (840-843), d'Ebroïn (844-852), qui se 
déchargea du gouvernement sur Goslin vers 845, de Théodrade 
(853-861), d'Odon (863-899). L'abbaye de Glanfeuil fut affranchie de 
toute dépendance vis-à-vis de Saint-Pierre-des-Fossés, au temps 
d'Ebroin. Lorsque les Normands envahirent l'Anjou, peu après son 
élection, l'abbé Odon dut partir avec ses religieux et les reliques 
du saint fondateur. Cette migration eut pour terme le monastère 
des Fossés (15 novembre 868), qui prit dans la suite le nom de 
Saint-Maur. 

2. Dans son travail sur les Origines de l'Église du Mans *, 
M. l'abbé Busson doit examiner la confiance méritée par l'auteur 
des Actus Episcopoi*um Cenomanensium, qui sont sa principale 
source historique; comme les vies des saints moines, les fon- 
dations des monastères et les chartes de Saint-Calais occupent 
dans ce recueil une place importante, il est amené à se prononcer 
sur la vérité des faits monasticjues allégués. — L'abbaye de Saint- 
Vincent du Mans possédait à Mézières-sous-Ballu un prieuré fondé 
autour d'une église avec des terres et des droits acquis ou reçus 
à partir de 1070; il était, à la fin de l'ancien régime, uni à la sacristie 
du monastère. M. H. Biard en fait l'historique dans sa monographie de 
Mézières'sous-Ballu *. — Signalons un article de Dom Guilloreau 
sur V Abbaye de la Couture au XP siècle y Prérogatives et charges 
des officiei's claustraux *, et les Notes sur les vignes de Bawuges- 



1 Revue historique, LXXXVIII (!90o), p. 287-395. 

* Les vicissitudes de l'abbaye de Saint-Maur aux VIII* et IX* siècles, Angers, 
Siraudeau, 1905, in-8 de 59 p., ext. de V Anjou historique. 

8 Province du Maine, XII (19()i), XIÏI (1905). 

* Ibid,, p. 323-332. 

^ Hevue historique du Maine (1905) p. 236-256. 



364 REVUE MABILLON. 

sur-Loir au XIV siècle ', par M. l'abbt' Angol, oîi on trouva 
documents sur l'abbaye de la Roe, dont les innines conslituèreot 
un vignoble en ces lieux (136li-1370). 

3. M. Ouine fait une étude particulière des saints de Brelî^e. 
Il s'est précédemment occupé des saints celtiques Samsoii cl 
Tupiaf et des saints de Dol. Nous avons sous les yeux une étude 
sur trois Saints de Broaitiande, l. Sainl Méen *. 11. Saint 
Gobrien '. III. Saint Armel *. Le travail sur sainl Méen, qui est 
surtout liiblic^Riphique, intéresse l'histoire du monastère qui 
l'avait pour patron. Dans l'étude sur saint Armel, nous avons 
deux notes fi prendre : l'existence fi Saint-Armel des Boschaus 
(diocèse de Kennes) d'un monastère qui disparut pendant les 
invasions normandes, et l'attribution à un moine du un' siècle de 
Saint-Melaine ou de Landevenec de la légende du saint, qui est 
insérée dans l'ancien bréviaire de Léon. 

4. Dans ses remarquables Éludes sur la cmdiliffn de la classe 
agricole et l'état de l'agriculture en Normandie au mojien-âge^, 
M. L. Delisle avait signalé l'influence économique des abbayes 
normandes et des services rendus par elles aux habitants de la 
campagne par le crédit agricole. M. Génestral a l'ait de cette 
question le sujet d'une thèse de doctorat en droit : Rôle des 
monastères cotnme établissements de crédit étudié en Normandie 
du XI" à la fin du XIW siècle ■, Plus récemment et avec le 
concours de M. Allix, il l'a étudiée sur un domaine beaucoup plus 
restreint, dans la seule abbaye de Troani. Les opération» 
financières de l'abbaye de Troarn, du XI' au XIV' siècle '. 
M. E. Van Roey a consacré à ces deux études une recension " qui 
est à lire. Après des observations et de critiques motivées, il 
conclut : « Un l'ait économique reste, déjà connu d'ailleurs d'une 
layon générale, mais remarquablement mis en lumière par tes 
auteurs ; à mesure que la société, travaillée par le besoin des expé- 
ditions d'outre-mer, se détachait de la terre, se déracinait, les 



I 



1 Atimlesjl^cltoùet, VI (1905), [>. m-iH. 
» Paris. Le Daull, iflOi, in-S de 31 p. 
» 3'tt., 1803, in-8 de 34 p. 
* Ibid., ISori. in-8 (le 54)1. 

1* Lo librairie Champion a de nouveau |iiii»lif l'b travail, Pa 
in-8, Li-738 [). 
fl Paris, Rousseau, llMll, in-8, xii-i60 [i. 

' Viertr{}tthrsckrifl far tocial- und Wirttekafsgackkhtg, 11 (IftU), | 
B Revtit dSittoire ecctésiattique, VI (tSOaj, p. 1Ï0-U7. 




CHRONIQUE BIBLIOGRAPHIQUE. 365 

al)bayes s'y enracinaient, s'y attachaient d'avantage. Mais, encore 
une Ibis, où laut-il chercher l'explication de ce fait, dans l'esprit 
de lucre des monastères, ou bien dans les conditions sociales 
ambiantes ^? » C'est en ces termes qu'il convient de poser le 
problème. 

5. V Abbaye de Noire-Dame de Gresiain de l'm^dre de Saint- 
Benoît, à l'ancien diocèse de Lisievx \ fut fondée, après 
l'année 1050, par Herluin de Conteville et Ariette, sa femme. 
Guillaume le Conquérant fut l'un des principaux bienfaiteurs. Les 
premiers moines venaient de Saint-Wandrille et de Préaux. Ce 
monastère, pendant les sept siècles de son histoire, fut peu 
remarqué, à côté des puissantes et célèbres abbayes normandes. 
On ne put l'incorporer à la congrégation de Saint-Maur. Aussi le 
le relâchement s'y développe-t-il rapidement au xviir siècle. On le 
sécularisa en 1757. Du chartrier, alors dispersé, il ne reste à peu 
près rien; M. Briard a dû fouiller la Bibliothèque et les Archives 
nationales et les dépôts de documents de la région pour rédiger sa 
monographie, qui est une œuvre sérieuse et définitive. Il publie 
dans un long appendice la plupart des documents dont il a pu 
retrouver le texte ou la copie. 

6. L'abbaye cistercienne de Bonport fut fondée sur les bords de 
la Seine, en H89, par Richard Cœur-de-Lion. L'église et les 
bâtiments claustraux furent élevés dans la première moitié du siècle 
suivant. Ces édifices recurent dans la suite des modifications et des 
compléments. L'église a été démolie après la Révolution. Un(^ j)artie 
du mobilier dispersé est conservée à Pont-de-l'Arche. Avec ce (jui 
reste du monastère, les débris de l'église et les plans anci(»ns, 
M. l'abbé Chevallier a entrepris la reconstitution de ce. monument *. 
Après (juelques renseignements indispensables sur l'origine de 
l'abbaye, il énumère les faits relatifs à la construction et aborde la 
description. L'église (intérieur et extérieur), la sacristie, le dortoir, 
le chapitre, le parloir, le noviciat, la bibliothècpie, l'hôtellerie, 
le chauffbir, le réfectoire, la cuisine, le logement des convers, 
le cloître, les pierres tombales avec leurs inscriptions, les 
carreaux émaillés, les dalles de sculpture, le mobilier, les 
vitraux, tout est décrit et étudié avec le plus grand soin. L'illustra- 



1 Revue d'Histoire ecclésiastique, VI (1905), p. 127. 

2 Notre-Dame de Bonport, Étude archéologique sur une abbaye normande de 
l'Ordre de Cîteaux, par l'abW Ém. Chevallier, Mesnil, Didot. 1904. in-i, xi-120 p. 
Ouvrage orné de plusieurs {gravures. 



3^ RCTTE SABIIXA). 

tion fârticulièrement soigner A>nD^ ^ r-^jA- i^n sTkztA inî^vt. 
L'^iUteur U-rmine par uneéCuiir' t>4D(ar:k:iir -^tr^r t> ii#i.«Diiiii»^Dt *fi 
quf Iques éiliticf^ cistifrciens se rattadiaot ^«uk* iui au ty^*' de 
Ptjoîi^y : il en prend deux en Nomandie. SarîçQy, o-ostruit f»pu 
i'jl^nvknl de 1193 à liX), et 1»^ Breuii-Bef»<î;. 4>:4mi>''not^ vers 
1 Iw et terminé en I±î4. 

T. I>>:*m Gougei. Bénédictin de la G>n^r«;pti*>ii de Saint-Maiir. 

ivai: re«;u la mission de travailler à une histoire de b Nomiandio. 

•^n -.1 •itatw^ration avec les Pères Tmistain, Tassin et Lenfant. Il fut 

ic5sici:'t Q<:»miné successivement pri»nir des iDoaastèn^ de Saint- 

Pene «le Chartres, de Saint-Germer de Flav et de Sùint-E%TouL Mais 

i»fS .îiiîii.'uUtrTS «^ue lui «x^casionnèrent ses relatKKis impnidentt:*s avec 

!eîi jiJiseoLïtrrs. le déterminèrent à demander un chan^»^ment de 

cou:r>^c:«:*Q. au«{uel s«>n état de santé donnait un m«:»tif canoni«]ue. 

l <e retira «iaos l'at»bave non réformée de Fontenav i1o± , vi>isine 

il' '.aea. >a vill*^ aatale, où il mourut en 1790, à fàge de quatrv^vîngt- 

h^tf' ijis. PtiiUj'pe Lamar^. qui lui servit de secrétaire durant les 

irrviervs JL^*c*re< »Je s#:»n existence, a rédigé des mémoirv*s pleins 

i (icer^t. l y -à «ietf^ renseignements nombreux sur tuute la carrière 

•Je iH.iti tH'i.:;j?H ^i sur l'abtiaye de Fontenay. Par les faits qu1l 

S i'iti; jktvs ie:!^ càvoir tinement observés, Lamare fournit les 

.•aM«r'C:> i^'iv- lns«iur*Is on reconstituerait aisément la physionomie 

.fr ut! àv*s ?uoiia>;eres qui avaient échappé à faction réformatrice 

J« NiiîiOfour, Ou Cn>uve dans s^in mémorial des traits curieux qui 

o ,\x;r*tt^rt es rj» .^astères et les moines normands de réj>o<|ue. 

M .' Ni>:, ;, . Meii: de le publier |H>ur la première fois, a 

i;.^''K'i»;.' ...vri:» >tî intérêt en IVnrichissant de notes érudites t»i 

. ti \ t;. ^ vj " ,f \^^*rsdvvamentsqui intéressent la vie de DomGouget 

.'. *>.v, . •• S; s^cî ubt-ave '. Tout cela nous mène à la veille de 

S H V ivr Ha!la\> u j'Cîl'iie une intéressante description de ce 
;. ^\ s •• >: • ^t.;s ubOiixr s »ir^ Juniièges et de Saint -Wandrille *. — 
H v^a:» ; '. .i\,t .«ps ^v^:r sujet dun discours prononcé en la séî^nce 
v r; V •' vi«' 'si S\:cCo des antiquain^s de Normandie, le 28 janvier 
hK^. { u.'ihi'é^ ,iu Krt" ei ses prieurés anglais aujr A7//' el 
M ^ ^H eus 1 :o\îe en a ete publié dans le bulletin de la Sixiélé '. 



^ W •««/.'♦(4. M* c^^Ltf^ LatÊÊarf, Sfcr/tatre de Dom Gouget^ Bénédictin de 
i ' \iir U y*/H:itHtt^ 1T74-ITÎÎ8 , publié par i\. Vanel. Caen, Jouan, !90o. xn-H. 
\\\\iihvV7 Lv 
* '1 f :-^fH'. /<».fWrt\ SttmS'WaHdrtue fl Jumit^ges. dans le Journal des 

•^ \\\. n:a^t* à i»ari. lUieu. Uelesques, 1905. iu-« de 18 p. 



CHRONIQrE BIBLIOGRAPHIQUE. 367 

Un ecclésiastique, qui signe avec ses seules initiales P. A., a publié 
un Essai hùnUrrique et archéologique sur l'église de Narville K 
Cette église tut construite durant le xv** et le xvi' siècle, par les 
soins et aux irais des abbés de Jumièges, (jui avaient rciçu cette 
|)aroisse avec un domaine du duc de Normandie, Guillaume Longue- 
Épée (930); les moines purent y créer un vignoble et une exploi- 
tation agricole prospère; ils se bâtirent en outre un manoir rural. 
— M. de Bacourt a donné quelques Épitaphes d'anciennes abbesses 
de la Trinilé de Cae7i *. — M. F. Soinménil a terminé sa mono- 
graphie de l'Abbaye cislercienne de Valusse ^. — M. L. Couppey 
continue celle de l Abbaye de Notre-Dame duVœuprèsChei*bourg^^ 
qui api)artenait aux chanoines réguliers. — Dans ses Notices sur 
quelques manuseints normands consei'vés à la bibliotfiéque de 
Sainte-Geneviève, M. U. Devillc a donné Y analyse d'un ancien 
cartulaire de l'abbaye de Saint-Étienne de Caen ^, et une étude 
sur un manuscrit de P. Ange le Bachelier, chanoine régulier de la 
congrégation de France, contenant V Histoire du prieuré du Plessis- 
Griinould •, qui dépendait de la môme congrégation. Dans son 
Essai bibliographique sur les anciens livres liturgiques du diocèse 
d'Evreux ^, M. le chanoine Porée signale et décrit les livres litur- 
giques encore conservés des monastères de Saint-Taurin et d(» 
Saint-Sauveur d'Evreux, du Bec, de la Croix-Saint-Leuffroy, de 
F^réaux, de Couches, de Lyre, de Bourg-Achard et de la Noe. Ils 
îàont manuscrits, sauf le bréviaire du Bec imprimé en 1550, un 
l^roï)re de cette abbaye pour le bréviaire de la congrégation de 
Saint-Maur et un office de saint Anselme. — Nous avons du même 
5^uteur un travail sur les Stalles du prieuré de Notre-Dame du Parc 
^i'Harcourt ^, exécutées sous le gouvernement du prieur Kichard 
Araiot; c'était une maison de chanoines réguliers. — La Biblio- 
graphie du Mont-Saint-Michel, par M. Ed. Dupont ®, contient par 
ordre alphabéticpie la nomenclature des ouvrages spéciaux ayant ce 
monastère pour objet, des articles, études et livres qui s\v 



i Revue catholique de Normandie, W (1905), p. liH-iriH. 

*-* làid., p. 834i6. 

3 Ibid,, p. 5-13. 

^ Tbid., p. 87-99. 

»/»trf., p. 17^2. 

« Ibid., p. 53-57. 

7 Evreux, 1404, in-8 de 55 p. 

» Bulletin monumental, LXIX (1905), p. 322-329. 

» Avranches, 1905, in-8 de 62 p. 



368 REVIK MAttILLON. 

rapportent, des maDuscrils de la biblioUièque d'Avranches et des 
bibliothèques frdnçaises ou étrangères, utiles pour son histoire. 
Nous regrettons <]ue l'auteur, homme très au courant de son sujet, 
ne nous ait pas tixés d'un mol sur la valeur des principaux articles 
qu'il cnumère. Il aurait pu, au moyen d'une table bien dressée. 
nous donner un grou}>enient méthodique de sa bibliographie, qui 
;iiiruil eu par là quelques avantages d'une bibliogrdphie critique. 



et Cambrai. 

1. M. le chanoine Morel a entrepris la puhlicalion des chartes 
de l'abbaye de Saint-Corneille de Compi^ne. Le premier volume 
qui a paru ', ne contient pas moins de 324 pièces, allant du 
3 mai 877 à l'année 1216. La bulle d'Eugène III (19 juin IloOi, 
demandant à Suger, abbé de Sainl-Denis, de reniplac«T par des 
moines les chanoines de Saint-Corneille, qui était une simple 
collégiale, tombés dans le relâchement, est la cinquante-deuxième. 
Parmi les documents antérieurs à la fondation de l'abbaye, signaloi 
une charte du roi Philippe I (1903) relative à la translation ai 
saint Suaii'e dans cette t^îise. D'autres diplômes royaux témoignent 
de l'intérêt que prenaient les souverains à un chapitre dont 
Charles le Chauve avait été le fondateur. On ne trouve durant cette 
période qu'une seule bulle; elle émane d'Eugène III, qui, it la 
veille de la réforme, conlirrae les possessions de Saint-Corneille et 
l'exemple de la juridiction ëpiscofiale. Les bulles abondent dans la 
partie du recueil qui concerne le monastère bénédictin, il y en a 
d'Hadrien IV, d'Alexandre III, de Lucius III, d'Urbain III, de 
Clément m, de Céli-slin III et d'Innocent III, qui accordent 
généralement la sauvegarde apostolique, terminent des |)rocès ou 
confirment des droits antérieurs; Innocent III concède aux abbés 
l'usage de la mitre et de la crosse, le 18 janvier 1205. l^s diplômes 
royaux sont beaucoup plus nombreux encore. Nous mentionnons 
l'érection de la commune de Compiègne par Louis VU (11S3) et la 
protection royale accordée à ceux qui vont quêter [jour le saint 
Suaire. La substitution de.s Bénédictins aux chanoines séculiers 
provoqua de graves difficultés qui donnèrent lieu a un certaini 



1 Carlulaire de l'abbayt dt Saitit-Comeille de Compii-ffm-, 
Monldidier. 1901, in-4, xi 1-488 p. 











CHRONIQUE BIBLIOGKAPHIQrE. 369 

nombre de documents conservés dans le cartulaire. On y trouve 
les chartes relatives aux droits de Tabbaye sur Thôpital de Saint- 
Nicolas, sur la collégiale de Saint-Clément, sur le clergé de la 
ville et sur plusieurs paroisses du diocèse de Beauvais. Les autres 
pièces se rapportent à des donations, à des échanges de terres, de 
bois, de dîmes, de redevances, de maisons, de granges, de colons, 
d'autels, et à l'exercice de certains droits. On y suit la trace des 
rapports de Tabbaye de Compiègne avec celles de Trois-Fontaines, 
de Cheminon, d'Ourscamps, de Corbie, de Saint-Just, de Notre- 
Dame de Soissons, de Montmertin, et avec les prieurés d'Alincourt 
et de Saint-Pierre de Gompiègne. 

L'éditeur a formé son nîcueil avec des chartes éparses dans les 
cartulaires blanc et rouge de l'abbaye, dans les collections formées 
au xvrr et au xviir siècle et dans les divers dépôts. Chaque docu- 
ment est précédé d'un sommaire complet et net, où sont mis en 
ordre tous les renseignements utiles. 

2. Notre distingué collaborateur, M. Levillain, par ses Dernièi^es 
observations sur les chartes mérovingiennes de Corbie ^ répond 
aux objections de M. Krusch avec une modération dans les formes 
qui fait encore mieux ressortir la solidité de la position prise par 
lui dans la question des chartes de Corbie. 

3. M. l'abbé Chrétien a entrepris, pour le Comité archéologique, 
historique (^t scientiliiiue de Noyon, la publication du Pouillé de 
L*ancien diocèse de Noyon 2. Un premier fascicule a paru; il est 
consacré aux doyennés de Noyon (»t de Chauny. Les autres parties 
Ue ce document ne tarderont point à paraître, nous l'espérons du 
rnoins. L'éditeur se contente pour le moment de publier tel (luel le 
texte qu'il a entre les mains, se réservant d<^ compléter un jour ce 
pouillé par une série de notict^s historicpies sur chacune des loca- 
lités qui y sont mentionnées. Nous aurons beaucoup à y prendre 
pour l'histoire monastiiiue du Noyonnais. Le texte du pouillé rendra 
dès maintenant service; il présente exactement la physionomie 
religieuse de ces deux doyennés au xviii*' siècle ; il indique (juelqufîs 
prieurés et signale les abbayes desquelles dépendaient certaines 
paroisses. 

4. La fondation du monastère des Célestins de Villeneuve lez- 
Soissons par Engucrrand VII de Coucy, les générosités de Louis, 
duc d'Orléans, pour ces religieux, les événements dont leur maison 



1 Le Moym-Age (1905). 

i Montdidier, 1903, in-4 de 107 p. 

24 



370 



l'ut le théâtre durant les guerres de religion et de la Ligue, el entiii 
leur suppression par la commission des réguliers, ont l'ournî à 
M. l'abbé Roussel les éléments d'une intén^ssante Histoire de l'ab- 
baye des Cékstim de VUtenenve-lez-Soissons '. C'est par inadver- 
tance sans doute iju'il parle d'abtraye ; car les Célestîns n'ont Jamais 
eu que des ppieiirés eliez nous. Di; nombnnises pièces justiticalives 
complètent heureusement son volume. 

5. Mentionnons encore les articles de M. Berthelé sur le Pseiulo- 
iléamhulatmre de l'églixe de Morimottd *, de M. H. Hallais sur 
l'Abbaije de Sainl-Jean-des-Vigttes ^ dans le voisinage de Soissons, 
de M. Jadyrt sur Vue laiiue des forges de l'abbaije cistercienne de 
Signy *, et les Documents inédits pour servir à l'histoire de Sainl- 
Vatéi'H, publiés pur M. Alcius I^edieu '. Dans son article sur les 
OEitvres posthumes de M- Ch. Givel-et *, M. Jadart mentionne les 
notes intéressantes laissées par lui, qui concernent les abbayes de 
Saint-Remy. de Saint-Nicatse et de Saint-Thierry. M. Ernest Pelit, 
dans son Catalogue d'actes relatifs au.r Jointrille ', signale des 
actes reiatiis aux monastères de Be^ulieu en Argonne, de Benoîte- 
vaux, de Cheniinon, de Moriraond, de Molesnics, de Moutier-Saint- 
Jean, de Saint-Urbain de Troyes, d'Avaux et de Sept-Fontaines. 

6. M. l'abbé Dubrulle a choisi comme sujet de thèse le BulUUtv 
de la province de Beims sous le pontificat de Pie II '. Ce ti-avail 
est une lionne contribution ii l'histoire des diocèses de l'ancienne 
province ecclésiastii|ue dH Reims de 1458 h 14C4. Dans son intro- 
duction, l'auteur trace le Uibleau de celte t'potiue. durant laquelle 
le clergé oublia de travailler, par la .sairiti-lé de sa vie, à la réforme 
religieuse; le mauvais choix des |)asleurs, le cumul des bénélices 
et la non-résidence des bénéllciers avaient amené un relâchement 
général de la discipline et des mœurs, qui eut pour conséquence 
l'atale l'appauvrissement des églises. C'est la désolation des églises 
qui continue sous une autre forme et dans des conditions nouvelle 
il y eut cependant (juelques tentatives de restauration religieui' 



i Paris, Picani, 1904, m-8, vi-Wfi [>. 

■ Sevue de lArt chrétien (19a'i>, [>. i01-l<M. 
> Joumal dei Débats, ilMKi, 38 orlohre. Telle maison ti\i\ia 

noines rf?y"l'ers. 
* Revue hitiorique ardamaise (tOtlSl, p. 3ia.îï7. 
6 Abbeville. Lafusse, liNlS, iri-IO. 

■ Travaua de l'Académie de Heitiu, CXV (1903), p. .loe-SM. 
' Benue ckau^ienoiie el bourguignonne, Il (tOU3), |). 1S3-I6(I. 
" Lille, Giurd, 190S, ia-S, s-IS» p. 




GHHOMQrE BIBLIOGRAPHIQUE. 371 

mais elles lurent sans résultat a[)précial)le. Les monastères, livrés 
à la commende, n'étaient pas mieux partagés (jue les églises sécu- 
lières. Commendataires <^t hénéliciers recevaient les abbayes et les 
bénélices du Saint-Siège, qui percevait sur eux de nombreuses 
redevances. On trouve dans les lettn^s des papes la fidèle image 
de ce que pouvaient être les églises monaslifjues ou autres d*une 
région. L'abbé Dubrulle se conUmte de donner une analyse très 
sobre de chaque lettre, qu'il illustre de notes empruntées aux 
suppliques et autres documents conservés à Kome. La table, 
dressée avec soin, rend très pratique Tusage de ce recueil. 

7. Le même auteur a publié une liste d(^s Bénéficiei's des diocèses 
d'ArraSy Cambrai, Thérouanne, Tournai, pendant le pontificat 
de Martin V, d'après les documenta cotisei'vés aux archives d'État 
à Rome ^ et un Inventaire de^ chartes de l'abbaye de Saint- André 
du Cateau (1033-1800) ^. Nous relevons dans le Bulletin d'études 
de la province e^clésiastif/ue de Cambrai l<*s publications suivantes : 
Fondation d'une lampe à ^otre-Dame des Malades, en 1334, par 
Jeanne de Valois, |)ar M. Tabbé Broutin ^, une liste des Prêtres 
du cantmi d'Haubourdin et le serment du 19 fructidor an V 
(5 sept, 1 707), par Tabbé Salembier *, sur laquelle figurent quelques 
Bénédictins; une notice de M. Tabbé Desilve sur Deux recluses des 
XI"* et Xll' siècles à V abbaye de Saint- Amand ^\ b* procès- verbal 
de la ViMte du chef de sainte Aldeyonde en 1025, par Tabbesse 
de Maubeuge, Bonne de Hf^nnin, en présence de Pierre Le Jeune, 
abbé de Hautmont, et Antoine de Winglie, abbé de Liessies *; une 
description de la Carte de la châtellenie de Lille, par Martin Doué, 
au commencement du XVI l" siècle ^, dans laciuelle se trouvent, 
avec les armoiries des abbayes, collégiales et établissements reli- 
gieux, des notices historiques intéressantes que l'éditeur reproduit; 
et une note de M. A. Bocquillet sur Le Cateau dans la seconde 
moitié du AT/" siècle ^, avec un document qui atteste les dommages 
i^ausés par l'armée royale aux domaines de l'abbaye et des habi- 
tants (1591). 



1 Analec tes pour servir à l'histoire de la Belgique, XXXI (1905), p. 27r>-320. 

2 Renaix, 1905, in-8, ext. Revue des bibliothèques et archives de Belgique, 

3 VII (1905), p. 15-24. 

4 P. 83-88. 

» P. 210-218. 
« P. 239. 
7 P. 2i9 et s. 
«P. 39-il. 



BIBLIOGRAPHIE 



Ahbé E. Lesne, La Hiérarchie éjmvopale. Provinces, inêtro- 
politaiiis, primats, en Gaule et Germanie, 74:2-88:2. — Paris, 
Al|)honse Picard, 1905, in-8, xv-3o0 p. 

M. Tabbé G. Lesne a recueilli un nombre très considérable de faits 
appartenant à l'histoire de Tépiscopat dans Terapire franc, principalement 
au ix^ siècle; et il les a réunis et savamment groupés autour d*un point 
central, qui est le développement du pouvoir des métropolitains. La juridic- 
tion archiépiscopale ne s'est établie dans les pays francs que lentement et 
péniblement, et le temps où elle a été florissante a été relativement court, un 
peu plus d*un siècle, après lequel elle a rapidement déchu. 

L'ouvrage est divisé en trois parties, d'après une synthèse qui s'accommode 
à peu près de Tordre chronologique : 

L La restauration do la hiérarchie épiscopale par saint Boniface et Pépin le 
Bref, puis par Charlemagne et Louis le Pieux. 

IL L'organisation métropolitaine au ix' siècle. 

IIL L'opposition que rencontra au même siècle cette institution. 

l 

Sous les Mépovingiens du v*' au vnr siècle, l'organisation [trovinciale est 
très flottante, surtout au milieu des bouleversements du vi« et du vu*. Un 
système arbitraire et désordonné, la volonté absolue des princes remplace 
Texercice régulier du pouvoir ecch'siastique. Des conciles cependant se 
réunissent et délibèrent n [kîu près librement, avec rintclligence très per- 
sistante dos bons principes, mais leurs canons demeurent lettre morte. Les 
princes n'y font pas d'apparition, mais ils n'en tiennent pas compte. I^e désordre 
arrive à son comble avec les spoliations violentes de Charles Martel : pendant 
toute la première moitié du viir siècle, la hiérarchie est complètement 
détruite (714-741). 

Pendant ce temps l'Église d'Angleterre a gardé une organisation régulière. 
Saint Bonifaœ apporte dans sa mission les institutions ecclésiastiques de son 
pays. C'est comme archevêque qu'il a sa mission : c'est du pontife romain (lu'il 
l'a reçue avec le |)allium, du pape, un |)eu oublié auparavant dans les églises 



BIBLIOGRAPHIE. 373 

franques. La restauration, bien commencée, éprouve un arrêt qui désole saint 
Boniface. Pépin avait cessé de s'intéresser à son œuvre. Force fut de se 
contenter d*une hiérarchie indécise, sans lien canonique, reposant sur des 
métropolitains dépourvus de siège. Tel fut Tétat des choses avec Ghrodegang 
de Metz et Wilchaire de Sens, successeurs de saint Boniface comme légats 
du Saint-Siège. 

Charlemagne et le pape Hadrien I" sont d'accord pour rétablir la hiérarchie. 
Mais leur activité est fort modérée. Le monarque voudrait autant que possible 
reconstituer les anciennes circonscriptions métropolitaines conformément à 
la Notitia Pravinciarum. Sa bonne volonté procède de son respect pour les 
saints canons, plutôt que de Tutililé qu'il voit au développement de la juri- 
diction métropolitaine. Il ne suit pas Tidée très nette do saint Boniface sur 
l'autorité effective et permanente des archevêques; il voudrait plutôt leur voir 

• 

le rôle de missi, revêtus de fonctions temporaires et localisées, L'emplo* 
des agents de transmission est d'ailleurs tout à fait dans sa politique. 

Sous Louis le Pieux on comprend que l'initiative énergique du prince a 
beaucoup diminué. Les évoques et leurs chefs prennent une grande impor 
Uinee : il s'établit une certaine confusion entre le missaticum, toi que l'enten- 
dait Charlemagne, et la diœi'esis. L'institution du synode provincial reprend 
de la vigueur et presque de la régularité. 

Entre les trois stades de cette restauration préparatoire il y a une liaison 
logique : saint Boniface en a eu l'idée, Charlemagne en a fourni les cadres et 
Louis le Pieux l'a réalisée. 



11 



Au IX* siècle la métropole est le cœur de la province, parce qu'elle en a été 
d'abord le noyau. Élu et sacré par tous les évêques de la province, ou 
diœjcesis, le métropolitain demande toujours le p?lllium, reconnaissant ninsi 
(]ue son pouvoir émane du |)ontife romain. Nulle primatio n*est alors admise, 
et tous les métropolitains ont les mêmes droits : ils ne re<?onnnissent au-dessus 
d'eux que le pa|)e. Hincmar de Reims lui-même se défend d'exercer aucun 
pouvoir sur lej» autres archevêques. f/Hte disposition n'emp«Vhe pas une par- 
faite concorde, et elle a l'avantage d'éviter l'influence du pouvoir rivil sur 
quel<}ue puissante créature. 

Dans l'institution des évêques le rôle du métropolitain est de surveiller 
l'élection, de s'entremettre pour toutes les difllcultés entre le diO(»èse électeur 
et le roi, de sacrer l'élu, après l'examen canonique, (x^t examen est en somme 
une seconde élection, sanctionnant ou cassant la première. L'examen est fait 
par tous les évêques de la province, et présidé par le métropolitain, qui est 
pour le moins prépondérant, f^s métropolitains abuseront de leur pouvoir, 
cassant des élections qui leur déplaisent, ou qui déplaisent à leurs puissants 



374 [lEVL'Ë UAKiLLON. 

pmtecleura. Le sacre, ëlanl le fruit d'un tel pouvoir, établit une vraie /Uiatûm. ' 
Le siifTraganl promet obéissance à celui gui ilevient son supérieur : il lui est ' 
subordonné en beaucoup de choseBi il lui demande des instructions, en subit 
même qu'il ne demande pas. L'archevêijue intervient pour réprimer les ubus, 
comme par exemple l'usage excessif que luisaient certains èvéïiues de l'arine 1 
de l'excommunication. Les sujets ont droit d'appel au métropolitain. r«Iui-<â 
donne des juges â son suCTrapnl accusé; mais la sentence sera prononcée par 
le synode présidé par lui. 

Dans tous les munastèreK de sa province il présente les abbés à 
droit de visite et d'enquêle. Hincmar n'hésite pas a lui attribuer le même droit ' 
sur les diocèses dt; ses suffragants. Le métropolitain pourvoit au siè^e en cas J 
de maladie, d'impotence, d'indignité et de démission de quelque év^ue de j 
sa province. 

L'archevêque seul réunit le synode, quelguefois, il est vrai, par ordre du 
roi. — 11 y avait |)eu de régularité dans ces réunions, et on obtenait dillicilement 1 
le zélé et l'assiduité dos évèqucs. — Lck synniles commencent par de grandes I 
séances publiques destinées à l'Instruction des grands personnages et du / 
clergé sur les choses de la Toi et les régies disciplinaires de l'Ëglise. Rtisuita 1 
on régie en sessions closes les qut^slions soumises a l'assemblée des évèques. 
Finalement les sentences du synode se confondent avec celles de l'arclievéque : 1 
c'est la même juridiction. Bien qu'en principe le métro |iol lia in ne puisse s 
passer de l'avis et du consentement des ëvéques, dans ses actes importants 1 
hors de son diocèse propre, en fait le conseil et le consentement sont obliga- 
toires dans le sens du métropolitain. 

A la fin de c«tle seconde partie, la plus im|)ortante de l'ouvrage. H, l'abbé 1 
Lesne pn'-vient une objection, que la lecture suggère, en eflet. Toute la cod- 
naissance des pouvoirs el attributions des métropolitains au ix' siècle repose 1 
presque exclusivement sur des témoignages empruntés à la vie de Hincmtr j 
(le Reims. Est on bien en drfiiid'élendm les conclusionsâ tous les archevêques 1 
des pays fi'ancs? H. LcKne répond que Hincmar ne se rêi'lame pas d6 I 
droits |)ersonnels. mais des droits de tons les métropolilains; que lesévëquet I 
ne protestaient pas — à peu d'exceptions près.... r.ertainB lecteurs peut-être. 
mnlgré la valeur de ce raisonnement, seront tentés de mettre quelques J 
restrictions aux conclusions générales du livre. 

m 

1^ doctrine des fauxsfs ilêcréCalex sur la juridiction métropolitaine n'est 1 
pas celle de Hincmar. U'après elles, cette juridiction n'est ni immédiate, ni J 
personnelle, ni sans appel. D'autre part, la suprématie de l'archevêque i 
maintenue, principalement en matière de consécration des suiVraganls. 

I^s faussaires du ix' sièclo auteurs de ce recueil ont des intuitions de J 




Briii,im:ji:M'HJF.. 37S 

rcforrne. de retour aux aDciennes K'gles. Ils craigoeat que l'excès du pouvoir 
(les niétroimUlaiiis ne tourne a l'intrusion du pouvoir laïque dans l'Eglise. 

1,'auteur soutient par une forte argutnenlallon, l'opinion que les Tausses 
ilécrêlales sont d'origine rémoise, et que lea faussaires sont probablement les 
clercs ordonnés par Ebbon de Reims et déposés |>ar Hincmar son successeui'. 
Hais il rejette l'hypothèse d'une rollaboralion des siiflrugants en lutte avec 
Hincmar, (.^omme Rulhad. Wulfad, Hincmar de Laon.Ces révoltés, qui d'ailleurs 
ne repr-isentenl pas du loiii l'état d'esprit de la province de Reims, ont l^il 
un usage audacieux des fausses décrélales, mais ils n'en furent pas les 
i-omplices. Ce sont des mauvaises lëtcs prenant des armes on ils les Itouvenl. 

Cela constitue en somme un succès modeste aux fausses décrétaies dans la 
province de Reims. Les ■■fforls des papes, particuliéremenl de Nicolas I". ont 
tieaucoup pitis fait que ce recueil apocryphe pour la pénétration du pouvoir 
pontiDcal dans l'Eglise franque du ix' siècle. 

(hielle idée d'est-on laite de la primatie. aux siècles carolingiens? On en 
diereherail vainement la signilIcatiOD dans les fausses décrétaies. qui tombent 
partout dans les confusions et les contre-sens; car, dans son vrai sens ancien. 
primat est synonyme de métropolitain. On trouvera plutôt une sorte de 
primatie dans la mission de fMi\i Bonifaue et de ses deux SDCcessenrs. 
Ati IX', siècle, Hincmar maintient énergir(uemenl le droit métropolitain ; pour 
liri chaque métropole est une primatie. Déjà, en 8U, la nomination de Drogon, 
évèque de Metz, comme vicaire apostolique, était restée sans cUbl. 

Kn ST."!, Charles le Cliauve ayant tenté de faire renonnallre à Auguste lie Sens 
la primatie des Hautes et de Germanie, en inlerpré'anl des pouvoirs de légat 
apostolique conliés jiar Jean VIII, Hincmar protesta et arn>Ui ta tentative. En 
878 il y eut encore une Dominaiion de vicaire apostolique en faveur du siège 
d'Arles: mais de primatie proprement dite le \t' siècle n'en connut point, 

La politique a eu sa pari dans la vie d'is grands archevêques du tx' siècle. 
Le partage entre les lits do Louis le Pieux avait rais un grjml désordre dans 
les circonscriptions provinciales. La province de Reims avait été partagée 
entre Lolhaire et Charte.''; de ta des conJlils violents qui ne cessent que 
lorsque Hincmar a réussi à faire revenir toute la province au roi Cliarles le 
Chauve, L'importance politique de Hincmar, archevêque d'une province 
bYinlière, fait songer à celle qu'eut auprès de Lothaire le métropolitain de 
Hayence. Luitberg. C'est encore sur le pouvoir métropolitain légitime ou 
usurpé que s'appuient Boson en Provence et Koménoé en Rretagno, pour 
accomplir leur schisme politique. 

En conclusion, un coup d'œil sur l'avenir nous montre les archevêques du 
X* siècle se déconsidérant par toutes sortes d'abus et leur pouvoir tombant en 
décadence. U réforme du xi' siècle ne pouvant s'appuyer sur l'autorité métro- 
politaine usée, partira directement de Rome ei désormais il n'y aura plus 
d'intermédiaires entre le iKnitife romain el les évéques. 




370 REVUE MABILLON. 



TABLE DES MATIÈRES 

Noire Programme 1 

R, P. Don Besse. L'Ordre de Cluny et son gouvernement. — l. L'abbé 
de Ciuny, supérieur général 3 

L. Levillain. Note sur quehjues abbés de Saint-Denis 41 

.... L'Ottice divin dans l'abbave de Saint-Denis. Le calendrier de 1590 . 54 

(;. OriLLOT. Les origines <le la gravure sur bois et les monastères français. 73 

R. P. DoM Besse. L'Ordre de (Unny et son gouvernement. — IL Les cha- 
pitres généraux 97 

R. P. DoM Andoyeu. Le Bréviaire de Saint- Denis-en-France . . . 139, 195 

Abbé Langlois. Scribes de Chartres 138 

R. P. DoM Besse. L'Ordre (ie Cluny et son gouvernement. — IH. Visites 
des monastères 177 

(i. GriLLOT. Le cœur d'Anne d'Autriche et l'abbaye de Val-de-(ir;\ce 211, 307 

R. P. DoM Besse. Mélanges d'histoire monasti(|ue. — I. Nol«s sur le col- 
lège de Saint-Jérôme de Dôle. 11. Les Bénédictins au collège de 
Thoissey. — III. laie lettre de Nicolas Boucherai, abbé de (Uteaux, au 
roi Louis XIII (1615). — IV. Vue traduction de la vie de .saint Benoît en 
vers patois. — V. Autobibliographie de (iénébrard 273 

A. L. Ln calendrier de l'abbaye de Fontenelle 321 

Chronique bibliographique 341 

Bibliographie 372 



LA FRANCE MONASÏIQLK 

Directeur : R. P. Doni J.-M. RESSE 
Prix d'abonnement : SA tr. 
Il pamil cli;iqi]e année deux volumes et In REVISE MABILLON 



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DES AIICIIEVÊCIIÉS, ÉVÉCIIÉS 

ABBAYES ET PllfEUliÉS DE FKANCE 

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Tome 1. Province ecclésiasliijue de Paris, i vol. in-8*. xxiv-3!^S p. 

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par le R. P. Dom BESSE 
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Ce volume set-a prochainement livré aux sousci'iplettvs. 

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Dom As(;eti, l. I, un vol. in-8". 
Introduction à la France monastiiiiie. fintices hinloriques et bililio- 

grapliùfues des Ordres et des CoiigréijiUmi.i monastiques et cano- 

mates, l vol. in-8\ 

Pour paraître les niinêca Mulviiiitea i 

Les déi)endances de Saint-Germniit-iles-Prés, l. II. 

Histoire de sainte ïiaUiilde, reine de France et fondatrice d£ l abbaye 

de Clieltes, par le R. P. Dom OmTiniKR. 
Recueil historique des Abbaye* et Prieurés de France ; i. Il, La 

Provence monastique, pin- le R. P. Dom Oi-i^st:, l. Ht, Languedoc \ 

el Oa.icogne monastique ; l. IV. Provinces ecclésmtiques de Vieaue i 

et de Lyon. etc. 



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